‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 15 sur 19 · DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

DÉSINTÉRESSEMENT

C'est un principe fondé sur la justice, et dicté par la raison ; c'est un principe fondamental de la société, que tout ouvrier a droit à tirer sa subsistance de son travail . Il est donc juste, raisonnable, utile, que celui qui dessert l'autel vive de l'autel. Il est même d'autant plus nécessaire, qu'il trouve dans son ministère un entrelien suffisant, qu'il lui est impossible de le tirer d'ailleurs. Les fonctions de son étal l'absorbant tout entier, et occupant tous

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ses momens, il faut bien que son état lui assure une existence qu^il ne peut pas se procurer par d'autres travaux. Cette vérité est d'autant plus certaine, qu'elle a été consacrée par la bouclie du divin Maître.

Envoyant ses disciples annoncer sa venue aux villes de la Judée, il les autorise à demeurer dans les maisons où ils seront reçus, et à y manger ce qui leur sera pi'ésenté ; d'après le principe que tout ouvrier est digne de son salaire '. Son grand Apôtre développe cette doctrine : il établit en plusieurs endroits le droit qu'il aurait à recevoir le piix de ses travaux apostoliques : mais en même temps il déclare qu'il ne veut pas en user. Pour ne pas être à charge à ses frères, aux pénibles fatigues de son apostolat il joint un travail assidu, dont il lire sa subsistance. Sa rétribution, c'est de prêcher l'Evangile sans rétribution *• Ainsi cet admirable prédicateur de

« In eadem aulem domo manetc, edenlcs et bibcnles quœ apud illos suut : dignus est enini operarius mercede sua. Luc. x, 7.

* Si nos vobis spiiitualia scminavimus, magnum est si nos carnalia vestra mctamus ? Si alii potestatis vesli a} participes sunt, quare non poilus nos ?

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Jésus-Christ, en même temps qu'il est notre docteur, se fait notre modèle. Ses écrits établissent noire droit; et sa conduite nous montre le meilleur usage que nous puissions en faire. Ne séparons pas ce qu'il a si sagement uni ; ce qu'il permet, et ce qu'il recommande ; ce que nous pou-

sed non usl sumus hac potestate : sed omnia sustinemus, ne quod offeDdiculuin demus Evangelio Christi. Nescltis quoniain qui in sacrario operantur, quœ de sacrario sunt edunt; et qui altari deserviunl, cum altari participant? ïta et Dominas ordinavit iis qui Evangelium annuntiant de Evangelio vivere. Ego autem nullo horuni usus sum.... Quae est ergo mevces mea ? Ut Evangelium prœdicans, sine sumptus ponam Evangelium, ut non abutar potestate mea in Evangelio. / Cor. ix, ii, 18.

Cum possemus vobis oneri esse ut Christi Apostoli : sed facti sumus parvuli in medio vestrum, tanquam si nutrix foveal filios suos — Memores enim estis, fratres, laboris nostri, et fatigationis : nocte ac die opérantes, ne quem vestrum gravaremus, prsedicavimus in vobis Evangelium Dei. / Thessal. 11, 7, 9,

Neque gratis panem manducavimus ab aliquo, sed in labore, et in faligatione, nocte et die opérantes, ne quem vestrum gravaremus : Non quasi non habuerimus potestatem, sed ut nosmetipsos formam daremus vobis ad imitandum nos. H Thessal. m, 8, 9,

Et alibi passim.

SUR l'état ecclésiastique. 3i5 vons slvictement exiger, et ce qu'il est louable de ne pas réclamer. De ces principes, deux conséquences découlent naturellement. La première est, que le revenu ecclésiastique est un salaire : donc il n'appartient qu'à l'ouvrier ecclésiastique. Le prêtre qui ne travaille pas, n'y a aucun droit. En se l'appropriant, il viole le pacte de la fondation : il associe les récompenses du travail aux douceurs de la fainéantise : il usurpe la place, il dévore la substance d'un ministre laborieux et utile : il est sur l'arbre de vie une de ces brandies parasites qui non-seulement ne portent pas de fruit, mais qui absorbent la sève qui devrait en produire, et que le maître retranche et jette au feu.

La seconde conséquence, et c'est celle qui doit nous occuper ici, est l'esprit dans lequel nous devons posséder les biens que l'Eglise nous confie, et l'usage que nous devons en faire.

Si vous abondez en richesses, disait le roi-prophète , gardez - vous d'y attacher votre cœur'. Si au contraire vous vous

' Divitiao si aflluant, nolitc cor apponcrc. Ps.

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