IV, I
Sa CONSIDÉRATIONS
avoir son aveu et sa mission? Et de quoi s'agit-il, en effet, dans l'admission à l'état ecclésiastique ? De ce qu'il y a de plus important pour l'honneur de Dieu et le salut des hommes : de donner au Seigneur des ministres fidèles ou criminels ; qui le fassent connaître ou ignorer, adorer ou blasphémer ; qui dispensent ou qui profanent les choses saintes : de former des vases d'honneur ou d'ignominie ; de donner aux aveugles des guides qui les dirigent bien, ou qui les égarent; aux faibles, des appuis qui les soutiennent, ou les fassent tomber; aux ignorans, des maîtres de vérité ou d'erreur ; aux coupables, des dii-ecteurs qui les retirent du vice, ou qui les y plongent encore plus ; à tous les chrétiens, des chefs qui les sauvent ou qui les damnent. Que le Seigneur , que le Dieu des esprits de tous les hommes pourvoie donc lui-même cette multitude de conducteurs qui veillent sur elle , qui la guident, qui la mènent et la ramènent; afin que le peuple du Seigneur ne soit pas comme des brebis sans pasteurs '. Demandons au Maître de ' ProvideatDominusDeus spirilum oraniscarnis,
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cette vaste moisson, Jésus-Christ nous le recommande, d'y envoyer lui-même des ouvriers'. Mais gardons-nous d'y admettre ceux qu'il n'a pas envoyés. Qu'il s'arrête devant la porte du sanctuaire, et qu'il n'entreprenne pas de la passer, celui à qui Dieu ne l'a point ouverte.
Quatre considérations principales montrent la nécessité d'une vocation divine pour entrer dans le ministère sacré : le précepte positif, la natui-e et l'importance des fonctions, la nécessité de la grâce , le danger de la cliute.
Il faadiait n'avoir aucune connaissance des saintes Ecritures , pour révoquer en doute ce principe qui y est si souvent inculqué , qu'il n'est permis d'exercer les fonctions saintes, qu'à ceux que Dieu daigne y appeler. Dans la multitude des textes sacrés, bonions-nous à quelques-uns des
hominem, qui sit super mullltudincm hauc, et possit exile et inirarc antc eos, et educere eos vcl introducerc : ne sit populus Doniini sicnt ovcs absque paslore. Niim. xxvii, lO, 17.
' Messis quidem multa, operarii autcni pauci. Rogate ergo Douiinuiii messis, ul inittal opcrarios in incsscui suain. Maltli. ix, 3;, 38.
plus précis. Aussitôt que Dieu donne une religion à Israël, il établit un ministère chargé spécialement de son culte : et par sa volonté suprême, il nomme ceux qui eu seront revêtus '. Entre les douze tribus, il choisit Lévi pour être exclusivement appliquée au service de son autel ' : et parmi cette tribu, il élève par un choix pax'ticulier Aaron à l'honneur du suprême sacei'doce ^.
Si le sacerdoce que Jésus-Christ est venu détruire, ne pouvait être exercé que sur l'ordre, et avec la mission de Dieu, combien plus celui qu'il est venu établir ! Tous étaient appelés à être ses disciples : douze seulement sont par lui tirés du milieu d'eux
' Notum faclet Dominus qui ad se pertineant, et sanctos applicabit sibi : et quos elegerit , appropinquabuut ei. JSiim. xvi, 5.
* Vos elegit Dominus, ut stetis coram eo, et 7niuistretis illi, colalisque eum, et creaielisei inceusum. Il Parai, xxix, ii.
2 Excelsuin fecit Aaron statuit ei testamen-
tum œternum, et dédit illi sacerdotiuni gentis . . . Ipsum elegit ab omni vivente , ofïerre sacriticium Deo, incensum et bonum odoreni, in memoriam placare pro populo suo. Eccli. xlv, 7, 8, 20.
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pour être ses apôtres '. Il leur déclare positivement que c'est, non pas eux qui l'ont choisi, mais lui qui les a élus '. S. Paul admis ensuite à Thonneur de l'épiscopat dit en plusieurs endroits que c'est le bon plaisir et la vocation de Dieu qui l'en a revctu ^• Et qui oserait usurper ce respectable ministère, si Jésus-Christ , tout Dieu qu'il était, n'a voulu l'exercer qu'après l'avoir reçu de son Père? La mission qu'il donne à ses Apôtres est celle que lui avait confé» rce son Père*. Son Apôtre défend de sa part à qui que ce soit, de s'arroger cet honneur,
' Vocavit discipulos suos : et elcgit duodecim ex ipsis (quos et apostolos) iiominavit. Luc. vi, i3.
^ Non vos luc clogislis : scd ego clegl vos. Joan. XV, i6.
3 Pauhis, scrvus'Jcsu Cluisli/vocaliis apostolus, segrcgaliis in cvangcliiim I)ei. Rom. r, i.
Paiilns vocalus aposlolus Jcsu Chiisti por voluntatem Dei. I Cor. i, i.
Cum placult ci qui me segregavit ex utero matris mcaî, et vocavit pci' gratiain suam, ut revclaret Filium suum in me, ut cvangelizarcm iiluni in gentil)us. Galat. i, i5, et alibi.
'* Sicut tu misisli me in munduni, et ego misi eos in mundiiin. Jonn. xvu, i8.
Sicut niisil me Pater, et ego milto vos. Ihid. XX, ai .
s'il n'est appelé de Dieu de même qu'Aaron , puisque Jésus-Christ ne s'est pas honoré lui-même de la dignité de pontife, mais en a été décoré par celui qui lui a dit : Tu es mon fils : tu es le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech '. Il est donc ( et c'est encore de la bouche divine qu'est sorti cet oracle) , il est un voleur, un larron, celui qui n'entre pas dans la bergerie du Seigneur par la porte légitime. Celui-là seul est le \rai pasteur qui s'y introduit par cette porte. Mais quelle est-elle cette entrée autorisée ? Le bon Pasteur par excellence le dit immédiatement après. C'est lui-même : c'est par lui que Ton doit entrer pour être sauvé, et pour trouver de bons pâturages \
' Nec quisquam sumit sibi lionorem, scd qui vocatur a Deo, tanquam Aaron. Sic et Christus non semetipsum clarificavit ut pontifex fieret ; sed qui locutus est ad eum : Filius meus es tu, ego hodie genui te. Quemadmodum et in alio loco dicit : Tu es sacerdos in œteruum, secundum ordinem Melchisédech. Hebr. v, 4i 5, 6.
^ Amen, ainen dico vobis : Qui non intrat per oslium in ovile ovium, sed ascendit aliunde, ille fur est et lalro : qui autem intrat per ostium
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Le prêtre est strictement, et dans le sens le plus rigoureux, l'homme de Dieu. Tiré du milieu des hommes , il est établi pour eux, mais dans les choses de Dieu'. Ses fonctions les plus multipliées, les plus importantes qui existent, exigent une capacité particulière et par conséquent une vocation spéciale. H est l'ambassadeur de Dieu auprès des hommes, comme si Dieu lui-même les exhortait par sa bouche *. Quel autre que l'envoyé de Dieu a droit de porter la parole en son nom^? De quelle autorité prêcherontses vérités saintes, ceux qui n'en ont pas reçu de lui la mission*? Les prêtres ministres du Seigneur doivent,
pastor esl oviurn. . . . Ego su m ostium. Pcr ine si quis introicrit salvabltur, et ingredictur, et cgredietiir, et pascua invenict. . . Ego sum pastor bonus. Joan. X, I et seq.
' Omnis namquc pontifes ex homlnlbus assumptus pro honiinibus constituitur in iis quœ sunt ad Deum. Hehr. v, i.
* Pro Cliristo crgo legatione fungimur, tanquam Dco exhortante pcr nos. H Cor. v, 20.
^ Qucni enim misit Deus, verba Dei loquilur : Joan. m, 34-
* Quoniodo vero prsedicabuat nisi iniltanlur? Rom. X, i5.
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entre le vestibule et l'autel, les larmes aux yeux, coDJuier le Père des miséricordes de pardonner à son peuple '. Leur médiation pourra-t-elle être efllcace si elle n'est pas agréable à celui à qui elle est adressée^ Après avoir porté au pied du trône suprême les regrets et les vœux des pénitens, le ministre sacré en rapporte et prononce sur eux les paroles de la réconciliation *. Quelle vertu auront-elles dans sa boucbe si elles n'émanent pas de celui à qui seul appartient le pardon ? Il est tenu d'offrir le sacrifice de propitiation pour les péchés du peuple et pour les siens propres^. Dieu daignera-t-il agréer l'offrande de celui qu'il n'a pas chargé de la lui présenter?
Considérons quel assemblage, quel accord de vertus diverses exige l'état sacerdotal !^Une foi vive mais éclairée, soumise et non crédule ; une espérance ferme, sans
' luter vestibulum et altare plorabunt sacerdotes ministri Domini, et diceut : Parce, Domine, parce populo tuo. Joël, ii, 17.
" Posuitinnobisverbum reconciliationis. JlCor.
^ Débet, qucmadmodum pro populo, ita etiam et pro semetipso offerre pro peccatis. Hebr. v, 3.
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être pi'ésomptueuse ; une pieté tendre, qui ne soit pas superstitieuse; une dévotion active, et non minutieuse; un zèle toujours ardent, et jamais emporté; une prudence qu'on ne puisse pas soupçonner de finesse ; une franchise sans indiscrétion ; une douceur sans faiblesse; une fermeté sans dureté; une aflahilité sans familiarité; une dignité sans hauteur; une complaisance sans facilité; une économie sans avarice ; une libéralité sans dissipation ; en un mot , une perfection toujours soutenue, et jamais excessive. Le défaut et l'excès sont également nuisibles au ministre, également préjudiciables au succès du ministère. Quel homme, grand Dieu, a été créé capable de réunir et de concilier tant de qualités? Ce fardeau qne des anges auraient peine à supporter, quel homme n'en sera pas accablé , si Dieu ne lui prête la main pour le soutenir? D'où pourra-t-il tenir ces qualités si multipliées, si nécessaires, si rares, si ce n'est de celui qui les distribue comme il lui plaît? Et comment pourra-t-il se flalJcr de les obtenir s'il n'est pas appelé par celui qui proportionne ses grâces à l'état qu'il
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fait embrasser ? C^est de la grâce primitive (le vocation, que découlent toutes les autres. Eii vain sur le lac de Génézaretli les Apôtres ont pêche toute la nuit par le temps le plus favorable, leur travail a été infructueux tant qu'il n'a pas été commandé par leur maître. Mais aussitôt qu^il leur a ordonné de jeter le filet, ils font la pêche miiaculeuse, figure de l'autre pêche plus raiiaculeuse encore qu'ils firent sur toute la face de la terre , quand sa mission les eut faits pêcheurs d'hommes. Le prêtre est chargé d'édifier la maison du Seigneur : il y travaillera inutilement, si le Seigneur ne l'aide à la bâtir. Il veille à la garde de la Cité sainte; si Dieu ne la défend pas, toute sa vigilance ne servira de rien '. Il est dans un état de guerre continuelle contre l'ennemi du salut; il préserve de ses attaques et lui-même et son peuple. Serat-il aussi fort, aussi habile que ce redoutable ennemi, si Dieu ne lui prête son se-
' Nisi Dominus aedificaverlt domum, in vanum laboraverunt qui sediûcant eam. Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam. Ps. cxxvi, I.
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cours? Dieu rassistera-t-il, s'il ne l'a pas chargé du combat ? Dieu aidera sans doute ceux qu'il a appelés, son choix même est une sorte d'engagement à les seconder.
Mais que doit-il à ceux qu'il n'a pas appelés , qui se sont ingérés dans son ministère sans lui et malgré lui? Les téméraires! c'est à titre d'intrusion, qu'ils osent prétendre aux secours divins. Ils veulent que la grâce de Dieu soit le prix de leur résistance à sa volonté^ de leur révolte^ de leur usurpation.
Le Seigneur ne les a pas envoyés, dit le Prophète : ils n'ont pas ti-ouvé la voie des commandemens , et par cette raison ils ont péri '. Leur ci'iminelle invasion du ministère souillera tout le cours de leur ministère. Ils continueront toute leur vie d'étro ce qu'ils étaient en y entrant. Ils conserveront jusqu'à la fin l'esprit qu'ils y auront porté. Ce n'est plus de Dieu, qui ne les a pas introduits dans son sanctuaire, c'est de leurs passions qui les y ont poussés, qu'ils
' Non hos clogit Dominus, ueque viam disciplinœ invcncrunt ; proplerea perierunt. Bàntch.
seront les ministres. Chaque pas qu'ils feront dans cette pénible cai-rière sera une chute ; et quelles chutes que celles du prêtre! Plus sa dignité est élevée, plus il est dangereux, plus il est funeste d'en tomber ; plus il est difficile de se relever et d'y remonter.
Nous sommes indignés quand nous lisons dans l'histoire ancienne de l'Eglise , hélas ! et quand nous nous rappelons ce que nous avons vu dans notre Eglise, la criminelle usurpation de ces schismatiques qui, contre la disposition des saints canons, contre la doctrine de Jésus-Chiist, se sont ariogé des fonctions qui ne leur avaient pas été confiées par l'autorité sacrée, et qui, selon l'expression du Prophète, ont possédé le sanctuaire de Dieu comme on se met en possession d'un héritage '. Vous , dont l'audacieuse présomption s'est ajîproprié un ministère qui ne vous avait pas été donné, quelle différence mettez-vous devant Dieu entre leiu' intrusion et la vôtre? Je dis devant Dieu, car devant les hommes ils ont
' Haereditate possideanius Sancluarium Dei. Ps
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un crime de plus que vous, celui d'avoir rompu le lieu extérieur de l'unité. Mais, aux yeux de celui qui connaît l'intérieur des consciences, vous êtes tous coupables d'une prévarication commune. Les uns comme les autres, vous violez le précepte exprès du souverain Maître. Les uns comme les autres, vous exercez, contre l'inteatioii du suprême Distributeur des ministères , un ministère qu'il ne vous a point donné. Les uns comme les autres, vous occupez injustement dans le sanctuaire des places qui devraient être remplies par des ministres légitimes. Les uns comme les autres, vous entraînez dans la voie de perdition les peuples que vous prétendez diriger ; eux par défaut de pouvoirs, vous par le criminel usage que vous en faites. Tremblez à l'aspect de mon sanctuaire, je suis le Seigneur', disait le Tout-Puissant au peuple d'Israël; et il ne parlait alors que d'un sanctuaire figuratif. Contemplez les terribles chàtimens dont il punissait les plus légères irrévérences envers ces choses sain-
• Pavete ad sanctiiarium moiun. Ego DoiDimis. Levil. XXVI, 1.
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tes, qui n'étaient que l'ombre des nôtres. Voyez Nadab et Abiu dévorés par le feu profane qu'ils avaient eu l'imprudence de mettre dans l'encensoir ; Oza, frappé de mort pour s'être permis de toucber l'arche dans la crainte qu'elle ne tombât ; le pieux roi Ozias couvert de lèpre pour avoir eu la témérité de porter la main à l'encensoir. Et qu'étaient toutes ces fautes à côté de voire profanation? Lisez les menaces sévères que, par Isaïe, par Jérémie, par Ezécliiel, par Osée, le Seigneur fait aux faux prophètes qui avaient l'arrogance de prédire en son nom, quoiqu'il ne les eût pas envoyés '.
' Vse dfilii esertores, dicItDominus, utfaceretis consilium, et uon ex me : et ordircmini telam, et non per spirilum nieum, ut adderetis peccafira super peccatuni..... Os nieum uon interrogastis,