‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 5 sur 19 · COi\51DÉRAT10?rS · texte numérisé non relu

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exlérieuie, est facile à reconnaître. On ne peut pas être dans l'erreur sur l'appel de son supérieur. Mais il n'en est pas de même des marques intérieures. Rien de plus aisé, de plus commun, de plus dangereux, que de se faire illusion sur ce point. L'imagination offusque souvent la raison : et la malheureuse corruption de notre nature, en causant notre égarement, y joint, ce qui le rend plus funeste, des prétextes qui le justifient. L'ennemi du salut, qui connaît toute Timportance de la vocation , pour nous en détourner, multiplie, et diversifie ses perfides suggestions. 11 emploie, pour nous aveugler, jusqu'aux motifs de sainteté. 11 exagère à ceux qui sont bien appelés les dangers de l'état ecclésiastique ; à ceux qui ne le sont pas, il en étale les avantages et les fruits. Pour nous garantir de ses pièges, et de notre propre illusion, trois moyens sont nécessaires : l'examen, le conseil et la prière.

De toutes les connaissances, celle que nous avons généralement la prétention de mieux posséder, et qui effectivement noua serait la plus nécessaire, est cependant

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celle que communément nous possédons le moins. C'est la connaissance de nousmêmes. Un examen véritablement impartial de sa propre nature, de ses inclinations vertueuses ou vicieuses, de ses qualités bonnes ou mauvaises, est, et extrêmement rare, et indispensablement nécessaire, surtout relativement à la vocation. O vous donc qui vous dispose^ à entrer dans le sanctuaire, avant de faire le premier pas , pénétrez dans l'intérieur de votre conscience, sondez-en tous les replis ; cherchez-y avec la plus profonde attention, en écartant avec soin toute prévention favorable, ou contraire, si vous possédez ce qui doit vous attirer, si vous n'avez pas en vous ce qui doit vous éloigner. Examinez si vous avez les talens , les dispositions qu'exigent les fonctions saintes ; et garantissez-vous soit de la présomption, soit de la pusillanimité. Examinez quelles inclinations vous portent vers ce saint étal, cl ne confondez pas un goût passager, avec des désirs solides; des velléités, avec de fermes résolutions. Examinez l'intcnlion qui vous meut, et distinguez soigncust'-

des idées transitoires du fond de votre volonté. Aux consciences délicates, le démon suggère des pensées d'ambition, d'avarice, de mollesse, et leur persuade que ce sont de véi-itables intentions. A celles dont les motifs sont vicieux, il joint quelques pensées de faire le bien, et leur fait croire que c'est là ce qui les fait agir. Examinez tout le cours de votre vie. Voyez si elle a toujours été innocente, ou si elle l'est devenue : considérez comment vos fautes ont été regrettées; comment elles ont été expiées.

Mais la bonne foi la plus entière, l'attention la plus soutenue, ne sont quelquefois pas suffisantes pour nous garantir de l'erreur. Il faut, à l'aide de ses propres réflexions , appeler des secours étrangers. Dans toute affaire importante on doit prendre conseil '. On le doit principalement dans la plus importante de toutes. Or, savoir consulter est une science. Il faut, d'a-

' Fili, sine consilio nlhil facias, et post factum non pœnitebis. Eccl. xxxir, 24-

Ante omnia opéra, verbum veraxpraecedat;ante omçem actum, consilium stabile. Id. xxxvii, 20.

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bord bien choisir ceux à qui on s'adresse, ensuite les mettre pleinement en état de donner des conseils salutaires. Il est; aisé de sentir que dans une matière aussi grave , aussi sainte que la vocation , il ne faut pas consulter les jeunes gens et les personnes qui ont l'esprit du monde ' ; beaucoup moins encore les pécheurs \ Il faut aussi se défier de ceux qui peuvent avoir quelque intérêt à leur conseil ^. Et c'est souvent de ceux qu'on serait le plus porté à consulter, qu'on doit redouter des conseils dangereux. Entièrement occupés de leurs vues charnelles, beaucoup de parens ne donnent à leurs enfans sur la vocation, que des conseils conformes à leurs vues intéres-

' Gum fatuis consilium non Labcas : non cniin potcrunt diligerc nisi qucc eis placent. Eccli, viii,

^ Gum vire irreligioso tracta de sanctilatc, et cumiujusto de justltia.... cum viro livide de gratiis agendis; cum inipio de pictalc, cum inlionesto de honestatc... Non altcndas his in omni consilio. Eccli. \x\yn, 12, i3, 14.

^ Omnis consiliarius prodit consilium, sed est consiliarius in scmolipso. A cousiliaiio serva auimam tnam, prius scito quaj sil illius nécessitas. Ibid. 8, 9.

sées. Ce n'est que selon des convenances de famille, qu'ils les pressent ou les détournent de se présenter à la porte du sanctuaire. Vous qui avez le bonheur d'être nés de parens véritablement chrétiens, de parens qui, dans le choix de votre état, ne considèrent d'autre intérêt que celui de votre salut, suivez avec docilité leurs avis paternels. Qui peut vous diriger plus sûrement que ceux qui réunissent au plus haut degré trois qualités, la connaissance de votre personnel, le tendre attachement pour vous, le désir ardent de votre véritable bien? Mais si vous avez lieu de croire que des vues humaines influent sur leurs insinuations, défiez-vous de leur tendresse, et de la vôtre. Ci'aignez de vous soumettre aveuglément à leurs conseils ; recevez-les avec respect, mais avec fermeté -; écoutezles, mais en vous réservant le droit de les juger. Votre vocation est votre affaire personnelle, purement personnelle , exclusivement personnelle. Elle n'est pas la leur, elle n'appartient pas à leur autorité : parce qu'elle dépend directement et immédiatement d'upe autorité à laquelle, et vous et

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eux, devez être entièrement et passivement soumis. C'est auprès des personnes pénétrées de la crainte du Seigneur, et revêtues de son esprit, que vous devez chercher des conseils sur cet acte si important et si délicat '. Choisissez un directeur capable de vous conduire, dont la piété soit soutenue par des lumières; ie zèle, guidé par la prudence; la science, mûrie pail'expérience. Ouvrez-lui votre cœur tout entier. Faites-lui connaître vos inclinations, vos facultés, votre caractère, votre esprit, toute la suite de votre vie, les fautes dont vous vous êtes rendu coupable, les bonnes œuvres que vous avez eu le bonheur de pi'atlquer, les grâces spéciales que vous avez reçues, les tentations dont vous êtes le plus souvent assailli, les passions

' Consiliuni scmper a sapieule perquire. Tob. IV, 19.

Gum viio sancto assiduus esto, quemcumque cognoveris observantcm timorem Dci, cujns anima est secundnm animain tuam; et qui, cuni tilnbaveris in tcnel)ris, condolebit tibi. Cor boni consilii statue tccum : non est ciiim tibi aliud pliu is illo. Anima viri sancli cnunliat aliquando vcra. qunm seplem circumspectores sedentes in cxcclso ad Bpeculandum. Eccli. xxxvu, i5 ol scq.

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auxquelles vous êtes le plus porté. Qu'ii lise clans votre intérieur, s'il était possible, comme Dieu y lit; au moins comme vous V lisez vous-même : et recevez avec Vespecl, avec confiance, avec docilité , les saints avis que, d'après sa connaissance des voies de Dieu et de vos dispositions , il jugera convenable de vous donner.

Tous les conseils humains, 'quelque sages qu'ils paraissent, ont encore besoin d'être dirigés par une sagesse supérieure. Pour acquérir les lumières nécessaires dans celte circonstance essentielle, demandezles à celui qui en est le Père. Allez au Soleil de vérité allumer le flambeau qui doit vous conduire. Qu'il dissipe de son vif éclat les ténèbres dont les passions, les préjugés, les insinuations étrangères, les suggestions de l'ennemi du salut, offusquent votre jaison. Conjurez celui qui seul connaît l'état pour lequel il vous a fait naître, de daigner vous le montrer, et de vous placer lui-même dans la voie par laquelle il veut vous faire venir à lui '. Suppliez -le de

' Omni teiiipore benedic Deura : et pelé ab eo

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verseï* sur vous sa grâce d'intelligeuce ; sur ceux à qui vous demandez des avis, sa grâce de conseil. Dites-lui avec David : Faitesmoi connaître, ô mon Dieu, la voie où vous voulez que je marche : enseignez-moi à faire votre volonté '. Répétez-lui après S. Paul : Seigneur, que voulez-vous que je lasse * ? C'est après avoir passé la nuit en prières que Jésus-Christ choisit ses Apôtres ^. Ce n'étaient pas des lumières qu'il sollicitait, lui qui en est la source : c'était une leçon qu'il nous donnait d'obtenir par la prière la grâce de connaître notre vocation. Assemblés dans le cénacle, après le retour dans lescieux de leur. divin Maître,

ut vias tuas dirigat, et omnia cousilia tua in ipso pcrmaneant. Toh. iv, 20.

In his omnibus dcprecare Altissimuin, ut dirigat iu vcritale viain tuain. Eccli. xxxvii, 19.

' Notam fac luilii viain in qiia ambulcm... Doce me faccrc voluntalcm luam, ipiia Dcus meus es tu. Ps. cxMi, 8, 10.

* Domine, quid me vis faccre ? Act. ix, 6.

^ Exiit in monlena orare, et crat peruoctans m oiatione Doi. Et cum dios faclus cssot, vocavit discipulos SU03 : et clegilduodccini ex ipsis. Luc. V, \i, i3.

^O CONSIDÉRÂT lOKS

ses Apôtres^ qu'il venait de revêtir de toute sa puissance, avaient bien le droit de choisir un successeur au perfide Judas. Mais c'est son choix qu'ils sollicitent, et qu'ils le supplient de faire connaître '. Pour implorer plus vivement, et pour obtenir plus sûrement ce bienfait si essentiel de connaître sa vocation, une pratique salutaire est de se retirer pendant quelque temps hors du monde. C'est dans le recueillement de la solitude que, dégagée des distractions et des dissipations mondaines, l'àme s'étudie avec plus d'attention, et prie avec plus de ferveur. C'est là aussi, et l'Esprit saint nous l'apprend, que Dieu aime à parler au cœur *.

En montrant les énormes dangers qui menacent les usurpateurs des fonctions saintes ; en exposant les conditions de divers genres, les différentes marques de vocation que doit réunir celui qui se présente au sanctuaire , en marquant les

' Tu Domine, qui nosti corda omnium, ostende quem elegeris. Act. i, 24.

* Ducam eam in solitudinem., et loquar ad cor (■jus. Osée, n, 14.

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moyens propres à connaître si on possède les qualités indispensablement exigées, notre intention n'est assurément pas de décourager, de détourner ceux que Dieu destine véritablement à son ministère.

O vous qui dans le témoignage de votre conscience, dans les avis de votre directeur, dans le choix de vos supérieurs, reconnaissez la voix de Dieu qui vous appelle', répondez-lui avec le Prophète : Seigneur, me voici : envoyez -moi '. Autant vous eussiez été coupable d'outrepasser sa défense, autant vous le seriez de résister à son commandement. Allez courber votre tète sous l'imposition des mains. Présentez-vous-y humblement, mais promptement et avec confiance. Présentez -\ eus humblement; reconnaissant dans la sincérité de votre cœur que c'est, non votre mérite, mais la bonté toute gratuite de Dieu, qui vous élève à ce haut degré d'honneur. Présentez-vous promptement. Quiind Dieu a parlé, toute délibération est inutile, tout délai est répréhensible. A la première

' F,t d ixi :Ecce ego, miltc ino. Is. vr, 6.

yîa CONSIDÉRA.TIONS

parole de Jésus -Christ, Matthieu quitte sans hésiter son comptoir; Pierre et André, Jacques et Jean abandonnent au même instant leurs filets. Présentez-vous avec confiance. Pouvez-vous, d'après la destination de Dieu, douter de son aide? pouvez-vous, avec son aide, douter du succès ? Tout souverain soutient de son autorité celui qu'il en a rendu dépositaire : c'est l'usurpateur qu'il réprime. Considérez que, dans toutes vos fonctions, vous agirez, non-seulement par l'ordre de Dieu, pour lui, et en sou nom, mais encore avec lui ; qu'il en sera toujours l'agent principal ; que vous ne serez que le coopérateur secondaire, et en quelque sorte l'instrument de ses divines opérations. Le fardeau qu'aucune épaule humaine n'est assez forte pour porter, devient léger quand la main toute -puissante le soulève. INe vous laissez donc pas effrayer de l'idée que vous êtes dépourvu des qualités nécessaires à ce grand ministère. Celui qui vous y veut vous donnera ce qui vous manque, et suppléera par luimême à ce qu'il ne vous aura pas accordé. Ses Apôtres, quand il les appela, étaient-

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ils plus capables que yous? Moïse et Jérémle représentent au Seigneux* leur incapacité. Il les rassure par la promesse de son assistance; et ils volent avec courage oii son ordre les envoie \

Nous nous sommes adressés jusqu'à présent à ceux qui, devant la porte du sanctuaire, doivent attendre qu'elle leur soit ouverte. Mais combien en est-il qui, sans avoir été admis dans l'enceinte sacrée, s'y sont furtivement introduits, ou en ont forcé la barrière ! O vous qui avez eu le

' Ait Moyses : Obsccro, Domine, non sum eloquens ab bcri et nudlustcrtius : et ex quo locutus es ad servum liiiim, impedifioris et tardions linguac sum. Dixit Dominus ad eum : Quis fecit os hominis? aut quis fabricatus est imitiim et surdum videntem et cœcum? Nonne ego? Pcrgc igitur, et ego ero in orc tuo : doccboque te qiiid loquaris. Al illc : Obsccro, inquit. Domine, niitte quoin niissurus es. Exod. iv, lo, i3.

Et dixi : A, a, a, Domine Deus : ecce nescio loqiii, quia puer ego sum. Et dixit Dominus ad Il H! : Noli diccrc : Puer sum : quoniam ad omnia «(iiaî mittam le, ibis; et univcrsa qiia;cumque iiKiudavero tibi, loqucris. Ne tinieas a facie eorutn : i|ina Iccum suui, ut cruain le. dicit Dominus. .Icrcm. I, 6, 7, 8.

malheur de vous rendre coupables de cette déplorable prévarication, gardez-vous de désespérer. A votre premier pécLé vous ajouteriez un second plus funeste encore, qui le rendrait irrépai'able. Le désespoir est l'extrême malheur : c'est le fond de l'abîme. Recourez avec une humble et timide espérance à la miséricorde suprême, toujours plus grande que nos crimes, puisqu'elle est infinie ; et qui, en vous donnant le temps du repentir, vous montre son désir de vous pardonner. Efforcez-vous d'abord de la fléchir par une douloureuse et sincère pénitence. Et quelle faute doit être plus détestée, plus regrettée, que celle qui a aggravé toutes les autres, et qui en a causé un très-grand nombre ? Expiez ensuite cette grave offense par uiie satisfaction qui y soit proportionnée : et, pour la faire oublier à Dieu, ayez-la vous-même, comme David, sans cesse devant les yeux '. Enfin travaillez pendant tout le cours de votre vie à réparer le vice de votre ordination, par

' Iniquitatem meam ego cognosco : et peccatum meum contra me est seniper. Ps. l, 5.

SUR l'jétAt ecclésiastique. ^5

une fidélité plus grande à tous vos devoirs, par une assiduité plus exacte à vos fonctions, par une conduite plus exemplaire, par un zèle plus ardent. Observez spécialement en quoi pécha votre vocation, afin de. ranimer en vous les dispositions contraires. Est-ce une vie licencieuse qui a souillé votre entrée dans le sanctuaire? Qae vos exemples futurs couvrent et fassent oublier vos désordres passés : etj si la sainteté n'a pas précédé votre ordination, qu'au moins elle la suive. Est-ce l'ignoi-ance qui vous rendait incapable du ministère sacerdotal? Suspendez l'exercice des fonctions saintes, jusqu'à ce que vous soyez instruit de ce qui est nécessaire pour vous en acquitter. Est-ce votre intention qui a été vicieuse ? Renoncez à ces richesses que vous eûtes le tort de désirer : éloignez-vous de ces honneurs dont votre ambition même vous a rendu iiidigne. Retournez, retournez à Dieu sincèrement, affectueusement, efficacement; et soyez assuré que, d'un vase d'ignominie que vous vous étiez rendu, il peut et veut encore faire de vous un vase d'élection.

n6 CONSIDÉ11A.T1ONS

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Quand dans le désert de Slnaï Dieu inslitua le sacerdoce lévitlque, la première obligation qu'il imposa à ceux qui devaient en être revêtus, fut la sainteté. Qu'ils soient saints , disait-il, parce que je suis saint. Je suis le Seigneur qui les sanctifie '. Quel plus haut degré de vertu n'exige pas le ministère infiniment plus relevé dont nous sommes lionorés? Dans l'économie charnelle et figurative, la moindre défectuosité corporelle excluait les descendans d'Aaron de l'exercice des fonctions sacerdotales '. Image sensible de la par-

' Sint ergo sancti, quia et ego sanctus suni, Dominus, qui sanclifico eos. Levit. xxi, 8.

* Loquere ad Aaron : homo de seminc tuo per familias, qui habuerit maculam, non ofFerct panes Deo suoj nec accedet ad ministerium ejus; si caîcus fuerit, si claudus, si parvo vel grandi vel lorto naso, si fracto pede, si manu, si gibbus, si lippus, si albuginem habens in oculo, si jugem scabicm; si impetiginem in corpore, vel herniosus. Omnis qui habuerjt maculam de semine Aa-

SUR i/étAt ecclésiastique. ^y

faite pureté île conscience, de l'entière exemption de tout péché, que notre loi toute spirituelle nous prescrit pour remj)lir les fonctions sacrées auxquelles elle nous députe. Autant que la réalité est audessus de la figure, autant que l'Eglise l'emporte sur la Synagogue, autant que le sacerdoce de Jésus-Christ est plus auguste que celui d'Aaron, autant que les sacremens de la loi nouvelle sont plus relevés que les cérémonies de la loi ancienne, autant les ministres chrétiens doivent être plus parfiiils que les ministres judaïques. Un plus grand honneur impose l'ohligation de plus grandes vertus; la plus haute dignité demande un mérite plus étendu ; le faîte de l'élévation exige le comble de la perfection. Successeur, représentant, coopérateur de Jésus -Christ, le ministre de son testament doit se rendre aussi semblaLle à lui qu'il est possible à un homme. Incapable d'atteindre son infinie pureté, il doit s'en approcher autant qu'il le peut. Dans l'impuissance de combler l'intervalle

ron saccrdolis, non accedol ofTcrrc lioslias Doini no, nc'c panes Dco siio. Levit. xxr, 17, at."

y8 CONSIDÉRATIONS

qui sépare la créature de son Créateur, il doit employer tous ses efforts à le diminuer. Je me sanctifie pour eux, disait le divin Sauveur, afin qu'ils soient véritablement sanctifiés '. Sa sainteté est le principe, le motif, rencouragement de la leur. Sa vie est le modèle de celle du prêtre : que la vie du prêtre présente l'image de la sienne. Comment regarder comme le môme ministèi'e que celui de Jésus-Christ, un ministère profané par des vices? Comment reconnaître le représentant du Saint des saints dans un homme souillé de péchés ? Comment associer des fonctions toutes divines avec les passions humaines? Comment réunir dans les mêmes opérations l'action de Jésus-Christ et celle ^de Déliai ^ ?

Je ^erai sanctifié dans ceux qui m'approchent, et je m'en glorifierai devant tout le peuple, disait le Seigneur ^. Ceux que le

' Et pro eis ego sanctifico meipsum : ut sint el ipsi sanctificati in veritate. Joan. xvii, 19.

' Quœ autem conventio Cbristi ad Belial ? // Cor. VI, i5.

^ Sanctificabor in iis qui appropiuquant naihi,

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Roi des rois approche de sa personne sont les ministres de son royaume, par qui parviennent jusqu'à lui les vœux de ses peuples, et par qui découlent sur son peuple ses commandemens et ses bienfaits. 11 reçoit avec complaisance, il accueille avec bonté, il exauce avec abondance les prières que lui présente au nom de son troupeau, et qu'appuie de ses propres instances un vertueux pasteur. La piété du ministre se répand sur tous les vœux particuliers dont elle se charge, les épure, les anime; leur communique la faveur dont elle jouit auprès du Maître suprême. Mais de quel front osera porter au pied du trône céleste les prières du peuple fidèle, celui qui n'est pas digne d'y présenter les siennes, et dont les supplications pour sa propre personne sont rejelées avec indignation ? Il a élevé, dit l'Esprit Saint, entre le Ciel et lui, un nuage qui empêche ses oraisons d'y arriver', et qui met obstacle aux grâces qui

et in conspeclu omnis popiili glorificabor. Levit. X, 3.

' Opposuisti nubca» tibi, ne Irauscal oratio. Thren. m, 44-

en descendraient. Dieu voudra-t-il faire le ministre de ses dons celui qui s'est rendu l'objet de sa colère? Rendra-t-il distributeur de ses grâces celui à qui il les refuse, et les attachera-t-il à des fonctions qui l'outragent? Fera-t-il passer ses bienfaits par un canal souillé de pourriture? De ce conduit infecté il ne découlera que des eaux corrompues qui empesteront tout le troupeau ; et la source pure dont jaillissait la vie, empoisonnée dans son passage, deviendra, pour ceux qui viendront s'y désaltérer, un principe de mort.

Qu'un prêtre révéré pour ses vertus paraisse dans la cbaire évangélique : sa piété a déjà touché tous les cœurs, avant même que sa voix se soit fait entendre. Mais le pi'être dépourvu de piété exerce son ministère sans fruit, comme sans onction. Ses exhortations pourront être élégantes, fleuries, pleines de traits saillans : elles resteleront toujours sèches et glacées, comme son cœur. Il sei"a toute sa vie incapable d'allumer dans les autres le feu de l'amour divin, celui qui n'en porte pas dans luimême une seule étincelle. Non, ce n'est

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pas réloquence qui fait germer, croître et fructifier la semence de la parole sacrée ; ses éclairs ne font qu'éblouir : c'est la douce rosée de la piété qui féconde. Les talens les plus brillans, sans la sainteté qui les soutienne, restent sans succès : les plus médiocres, relevés et animés par une haute piété, produisent les plus grands effets. Les beaux discours frappent l'esprit : les discours pieux touchent le cœur. Le charme de l'éloquence peut être agréable : il n'appartient qu'à l'onction de la piété d'être efficace. Les orateurs sont applaudis : les saints convertissent. Ce ne fut ])as par les discours persuasifs de la sagesse humaine que les Apôtres soumirent l'univers à l'Evangile, mais par la force supérieure de leur vertu et de l'esprit qui les animait'. Et peut-il espérer que Dieu ré- ]>andi'a ses bénédictions sur sa prédication, celui Iqui non-seulement ne les attire pas par sa vertu, mais les repousse par ses vices?

' Sernio meus, et prrcdicatio inca, non in persuasibilibus luimau;c saijioiilia! vcrhis, scJ in ostensionc spirilus el virlulis. I Cor, n, 4-

Quel personnage offre dans la chaire sacrée le ministre tlonl la vie contraste avec ses discours? Comment peut-il, devant sa propre conscience, soutenir le rôle de théâtre qu'il y joue ? Quelle idée peut-il avoir de lui-même, en publiant une loi qu'il enfreint, en recommandant des bonnes œuvres qu'il ne pratique pas, en proscrivant des péchés qu'il commet, en étalant des promesses qu'il dédaigne , en annonçant des menaces qu'il bi-ave? Il ne peut parler, ni de vertu sans rougir, ni de vice sans s'accuser. Chaque parole qu'il profère est un arrêt qu'il prononce contre lui-même. Quand, après le retour de la captivité, les prêtres et les lévites furent chargés de purifier le peuple, ils commencèrent par se pui-ifier eux-mêmes '. Quelle pureté en effet ne demande pas le ministère qui efface tous les péchés. La main qui nettéie le vase, si elle n'est pas nette elle-même, risque de le souiller encore davantage. 11 a sans doute une grande facilité pour faire rentrer en

' Mundati sunt sacerdotes et levitœ, et mundaverunt populum. II Esdr. xn, 3o.

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grâce avec Dieu le prêtre qui est luimême l'objet de ses bonnes grâces. Le Seigneur donne à ses exhortations l'onction, et aux coeurs qu'il exhorte la docilité. Il présente au Juge suprême, avec la confiance de sa sainteté, les regrets de l'âme qu'il a rendue pénitente : et, avec l'auloriré de son sacerdoce, il prononce la sentence qui fait disparaître le péché et renaître la justice, qui ferme l'enfer et ouvre le ciel. Mais n'est-ce pas une contradiction monstrueuse, que celui qui est l'ennemi de Dieu entreprenne de réconcilier avec Dieu; qu'il lui porte et qu'il rapporte de lui des pai'oles de paix, tandis qu'il est en guerre avec lui ? Quelles bénédictions peutil attirer sur sa médiation, quels bons effets peut-il en espérer, ayant besoin de médiateur pour ses propres offenses?

Quel homme, ou même quel ange, pourrait être digne de l'auguste fonction que le prêtre exerce aux saints autels? Quelle pureté créée serait en proportion avec la sublimité, et, j'oserai le dire, avec la divinité de ce grand ministère? Chaque jour le prêtre appelle Dieu, qui, condcscen-

dant à sa voix, descend du haut des cieux, et vient se renfermer dans les espèces euchai'istiques. Il tient entre ses mains l'Etre infini. Il présente au peuple l'objet de ses adorations, il reçoit dans lui celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir. Il distribue aux fidèles leur Créateur, leur Maître suprême. Le Seigneur ordonnait aux prêtres, enfans d'Aaron, d'être saints, spécialement à raison de Toblation de l'encens et des pains de proposition '. Quelle sainteté plus éminente encore n'exige-t-il pas des prêtres à qui il confie l'offrande, non plus d'un pain matériel, mais du pain consacré par sa parole ; du pain qui n'est plus du pain, mais qui est devenu le corps, le sang, l'àme, la divinité de Jésus-Christ? Quoi ! ce serait d'une bouche accoutumée à des discours légers, libres, peut-être plus ojiminels encore, que sortiraient les paroles sacrées qui attirent Jésus- Christ sur l'autel? Ce seraient des mains, instrumens

' Sancti eriint ( sacerdotes filii Aaron ) Deo suo <M non polluent nomen cjus : iucensum euiin Doinlni, et panes Dei sui offeruut : et ideo sancti erunt, Levit. xxi, 6.

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habituels du péché , qui traiteraient ses divins mystères? Ce serait dans un cœur souillé de passions et de vices, que le Saint des saints daignerait se renfermer? Nous ne l'ignorons pas cependant , et nous le confessons, l'efficacité du sang de Jésus- Christ ne dépend pas du mérite des ministres qui Toffrent. Sa parole infaillible ne passera jamais. Elle conservera jusqu'à la iin des siècles toute sa vertu, même sur les lèvres les plus indignes de la prononcer; mais elle sera la condamnation des ministres qui la prononceront indignement. En attirant du haut du ciel, et en répandant sur les têtes vertueuses les trésors de la grâce, ils amoncelleront sur leurs têtes criminelles des trésors de colère.

L'Esprit saint l'a dit ; le jugement le plus rigoureux est réservé à ceux qui président, et les puissans seront puissamment tourmentés '. Ce sont spécialement ceuxlà à qui Dieu dira dans le grand jour : Comment as-tu osé parler de ma justice que lu

' Horrendc et cilo apparebit vobis, quoniam jiidicium durissinuim his qui prœsuiit, flct... j>otentes autcin potenter tormcnta paticnUir. Saf). V") 6, 7.

bravais? De quel droit ta bouche impudente s'est -elle avisée d'annoncer mon Testament qui te condamne '? Le sujet qui secoue le joug de son souverain est bien coupable sans doute ; mais combien plus criminel encore est le ministre qui se révolte contre son prince ! Il était tenu de ramener au devoir les prévaricateurs, et lui - même l'enfreint et encourage à le violer. Il devait arrêter la rébellion, et c'est lui qui en lève l'étendard. Ministres du Trcs-Haut qui vous livrez à vos passions, voilà ce que vous êtes. Etablis pour empêcher les bommes d'offenser Dieu, pour îamener à lui ceux qui l'ont offensé, c'est voîis-mêmes qui vous rendez coupables de ces offenses : c'est vous qui donnez Texeinple de les réitérer. Vous jugez certainement Judas, trahissant son divin Maître, plus criminel que les Juifs le crucifiant. Que de conformités entre sa trahison et la vôtre ! Comme vous, il avait été comblé des grâces divines ; comme vous, il avait été élevé à l'honneur du sacerdoce ; comme

' Peccatori autem dixit Dens : Quare tu enarras juslitias meas, et assumis testamentum meum per os tuum? Ps. xlix, i6.

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vous, il sortait de la table où il avait reçu le Seigneur ; comme vous , il avait été averti de s'abstenir de son crime.

La sainteté nécessaire au prêtre consiste en deux choses : dans l'exemption de tout péché, dans l'exercice de toutes les bonnes œuvres, dans la fuite de tout mal, dans la pratique de tout bien. Il n'est saint, ni celui qui est livré à quelque vice, ni celui à qui il manque quelque vertu. Pour nous former, de la sainteté du sacerdoce, une idée très-haute sans doute, mais purement exacte et nullement exagérée, considérons d'abord ce que le prêtre doit n'être pas, et ensuite ce qu'il doit être.

Pour exei'cer ses fonctions saintes, le ministre de Dieu est strictement obligé d'être exempt de tout péché grave. Le précepte est positif. Il faut que Tévêque soit exempt de tout crime, à raison de ce qu'il est le dispensateur de Dieu '. Telle est la loi publiée par le grand Apôtre. Le prêtre, chargé comme l'évêque de cette dispensation, est donc soumis à la même

■ Oportet enitri epl.scopiim sine crimine esse, sicnt Dci (lispensatorein. TH. 1, 7.

obligation. Le diacre même, c'est encore S. Paul qui le lui défend, ne doit pas servii* à l'autel, s'il est cliai'gé de quelque crime'. Et ce n'est pas seulement de quelque crime particulier que les ministres sacrés doivent s'être abstenus. La loi est générale : il n'y est mis et elle ne souffre aucune exception. C'est une erreur funeste, dans laquelle tombent quelques ecclésiastiques, d'imaginer qu'il n'y a pour eux qu'une passion à éviter; et que, pourvu qu'ils ne se rendent pas coupables du pécbé honteux qui souille à la fois le corps et l'àme, ils restent innocens. Parce qu'ils ne se plongent pas dans l'impureté, ils ne craignent pas d'être enflés d'orgueil, emportés par la colère, dominés par l'avai'ice, adonnés à l'intempérance, livrés à la paresse, sujets à la médisance, adonnés au jeu. Ils prétendent allier ces criminelles passions avec la sainteté de leur ministère, et ils apportent hardiment à leurs fonctions sacrées des âmes chargées de ces vices.

Ces funestes dispositions destructives de

» Et hi autem (diaconi) probentur primumj et sic ministrent, nuUura crimen habentes. / Timoth.

ÎIT, 10.

SUR l'état ecclésiastique. 89

la sainteté sacerdotale, étaient un des malheurs de son peuple que le prophète Jérémie déplorait avec le plus d'amertume. Il se lamentait de voir l'or cpii autrefois avait brillé dans le temple, maintenant terni, dépouillé de son ancien éclat et même de sa couleur; et les colonnes qui avaient soutenu le sanctuaire désormais renversées, et leurs pierres dispersées dans toutes les places publiques '. Quand le simple fidèle a commis quelque faute, il peut quelquefois chercher sa justiticalion dans son ignorance. C/était l'excuse que la charité miséricoi'dieuse de Jésus-Christ donnait à son Père du crime que les Juifs commettaient envers lui \ Mais le dépositaire, le publicateur, l'interprète, le prédicateur de la loi oserait-il soutenir qu'il ne connaît j)as la loi. Criminel, si la sachant il l'enfreint, il est plus criminel encore de l'enfreindre parce qu'il ne la sait pas. Son ignorance

' Qiiomodo obscuralum est atirum, inulntiis csl color oplimus ; dispcrsi suni lapides saiicliiarii in cnpitc omnium platcaruiii. Tliren. iv, i.

" Jcsus aulcm dicchal : Palcr, dimitlo illis ; non enim sciunl (piid faciiinl. Luc. xxui, 3.|.

go CONSIDÉRATIOKS

est un péché de plus ajouté à sa prévarication. Mais non, ce n'est qu'une ignorance affectée, une ignorance fausse. Il n'est pas aveugle, il ferme les yeux. Il connaît la lumière, mais il la craint. Mais la clarté céleste perce à travers les ténèbres dont il cherche à s'envelopper. En vain s'effbrcet-il de repousser de son esprit les maxira^es saintes, elles pénètrent malgré lui jusqu'à sa conscience, la frappent de leur évidence, la soulèvent contre lui, et, par sa voix intérieure, lui reprochent, et de les violer, etde prétendre les méconnaître. Nous vous le dirons, ministre indigne de la sainteté de votre état, nous vous le dirons avec confiance, parce que ce sera d'après S. Paul, ou plutôt d'après le Saint-Esprit, dont il était l'organe. Vous vous glorifiez d'être le ministre de Dieu, vous connaissez sa volonté ; instruit par sa loij vous savez discerner ce qui est le plus utile ; vous vous flattez d'être le conducteur des aveugles, le flambeau de ceux qui marchent dans l'obscurité, le docteur des ignorans, le maître des enfans ; vous prétendez avoir dans la loi la règle de la science et de la

SUR l'état ecclê&iastiqué. 91

vérité : et cependant, vous qui enseignez les autres, vous ne vous enseignez pas vousmême ; vous qai publiez qu'on ne doit pas voler, vous volez ; vous qui dites qu'on ne doit point commettre d'adultère, vous vous en souillez ; vous qui avez en horreur les idoles, vous commettez des sacrilèges ; vous qui vous glorifiez dans la loi de Dieu, vous déshonorez Dieu par la violation de la loi'. Et pour sentir combien dans vous sont plus graves et plus criminelles que dans le simple fidèle les ofiensec contre Dieu, considérez les faveurs dont il vous a spécialement et de préférence comblé. Voyez la dignité de l'état auquel il vous a appelé, en vous rapprochant de lui. Repassez daus

' Gloriaris in Deo, et nosti volntitateni ejiis, et probas uliliora, instructus per Icgcin. Confidis teipsum esse ducem caecorum, lumen eorum qui in tenebris sunt, eruditorcm insipientlum, magisirum infanlium, habentem formam scicntiaî, et vcritatis in lege. Qui ergo alium doces, teipsum non <loces : qui pnedicas non furandum, l'uraris . <{ui dicis non mœchandum, mœcharis : qui aboininaris idola, sacrileglum facis : qui in legc gloriaris, per prœvaricationem legisDeum inhonoras. Rom. u, 17 et scq.

ga CO.VSIDÉRATIONS

votre esprit toutes les grâces particulières que vous avez reçues de sa bienfaisance. Rappelez-vous ces paroles si touchantes qu'il adressa à ses Apôtres, lorsque, dans la dernière cène, il venait de leur conférer le sacerdoce; et que, dans la même circonstance, au moment où il venait de vous imposer les mains, le pontife vous a répétées en son nom : Je ne vous nommerai plus mes serviteurs, je vous ai appelés mes amis '. C'est quand Dieu vous a déclaré son ami, que vous vous faites son ennemi. Tout couvei't de ses bienfaits, vous vous déterminez à l'offenser. Au vice déjà si énorme de voti'e pécbé, vous ajoutez le viee plus atroce encore de l'ingratitude. Ah î disait David considérant dans son esprit prophétique Jésus-Christ trahi par son Apôtre, comme il Test encore par plusieurs de ses ministres; si c'était mon ennemi qui m'eût chargé de malédictions, j'aurais pu le supporter ; si c'était celui qui me haïssait, qui eût proféré contre moi des paroles de haine, je me serais peut-être caché de lui. Mais

' Jam non dicain vos servos,... Vos autem dixi amicos. Joan. xv, i5.

SUR l'état ecclésiastique. Ç)3

c'est vous qui deviez avoir le même esprit que moi, vous l'un des chefs de mon j)euple, vous qui étiez dans mon étroite confidence, vous qui goûtâtes si souvent la douceur de ma table, vous qui avez marché avec moi dans une union intime au milieu de la maison du Seigneur '.

Etablis pour engendrer des enfans à l'Eglise, chargés de les nourrir du lait de la ]>arole, sans la sainteté qui féconde leuiç fonctions, les prêtres ne sont plus, selon l'expression d'un prophète, que des seins stériles et des mamelles' arides \ Elevés entre le ciel et la tei-re, comme ces nuages salutaires qui répandentsur nos campagnes la bienfaisante rosée, ilsne sontplus, comme dit un Apôtre, que des nuées ténébreuses et sans eau, emportées çà et là par toutes

' Quoniam si inimicus meus maledixisset mihi, sustinuisscm utique. Et si is qui odcrat me sujxir rue magna locutus ("uisset, abscondissen; me t'orsitau al> eo. Tu vero liomo unauiinis, dux meus, et notus meus : qui siuuil mccum dulces capiebaa cibos : in domo Dei ambulavimus cuna cousensu. Ps. Mv, i3, i4, i5.

* Da eis vulvam sine libeiis, el ubera aienha. (Jscc IX, i/j.

sortes de vents % qui non-seulement ne produisent rien, mais qui empêchent de descendre les influences célestes , et qui interceptent jusqu'aux rayons du soleil de vérité. Arbres inutiles et incapables de fructifier, ils occupent dans le champ du Seigneur la place d'arbres précieux, qui produiraient des fruits abondans et salutaires; et, de leur ombre meurtrière, ils ejtoujîent les plantes qui se trouvent audessous d'eux. De cela seul qu'un prêtre n'attire point par ses vœux les bénédictions célestes, il les repousse. Les grâces que l'ordre de la Providence attachait à ses prières sont perdues pour son peuple. C'est de cette cause funeste, c'est du manque de médiateurs puissans auprès de Dieu, c'est de l'inconsidération que s'attirent beaucoup de pasteurs et qui rejaillit sur leur ministère, que naissent de toutes parts l'affaiblissement de la foi, le relâchement de la discipline, la décadence des mœurs, l'extinction de la piété. Que Dieu nous

'' Nubes sine aqua. quœ a ventis circumferuntur. Jiid. 12.

SUR l'état ecclésiastique. gS

suscite des Esdras, et nous reverrons des peuples fidèles.

Ce n'est pas seulement des péchés énormes qui donnent la mort à l'âme, que doivent se garantir les ministres du Seigneur. Ils n'ont pas la sainteté de leur ministère^ s'ils se permettent même les fautes légères. Mais que dis-je? des fautes légères. Peut-il y en avoir de telles ? Toute offense volontaire envers Dieu n'est-eile pas essentiellement, et par sa nature, griève? Ne l'est-elle pas bien plus encore dans l'ecclésiastique, que la dignité de son état, la sainteté de ses fonctions, l'abondance des grâces reçues, l'étendue des connaissances, le devoir de l'enseignement, l'autorité des exemples^ obligent à une plus haute perfection? Que de choses répréhensibles dans lui, qui seraient innocentes dans un laïc ! Ce qui dans l'un n'est qu'une légère tache est pour l'autre une grande souillure. Voyez avec quel soin les sainls de tout état se sont constamment garantis, non-seulement des moindres fautes, mais de ce qui pouvait en avoir l'apparence. Le péché véniel, nous le savons, ne rend pas l'homme formellement ennemi de Dieu; mais il l'empcche d'élre

96 CONSIDÉRATIOKS

entièrement son ami. 11 ne chasse pas le Saint-Esprit, mais il le centriste. Il ne détruit pas la charité, mais il l'affaiblit. Il n'éleint pas la dévotion, mais il l'amortit. Il ne fait pas perdre tout-à-coup la grâce, mais il y met obstacle. Croyez-vous que Dieu vous doive ses grâces de prédilection j quand vous faites assez peu de cas de son amitié pour vous permettre les choses qui lui déplaisent? Et vous-même mettriez- vous au nombre de vos amis celui qui, s'abstenant envers vous des grands outrages, ne ferait pas difficulté de lancer contre vous des traits légers de médisance ou de raillerie ? J'oserai avancer une assertion, qui pourra étonner plusieurs personnes, mais qui cependant est une grande vérité. Il y a des gens pour qui un grand péché, quoique beaucoup plus criminel, est moins funeste que des fiiutes légères. L'homme foncièrement vertueux, qui a eu la faiblesse de se laisser emporter par une violente tentation, sent aussitôt toute l'étendue de son tort. La profondeur de sa chute lui donne une vive commotion qui lui fait faire effort pour s'en relever. Mais celui qui se laisse entraîner au nenchant qu'il a

SUR L ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE. y^

pour les fautes vénielles, ne s'aperçoit pas de sa décadence journalière. Il glisse dans rabîme,plutôtqu'il ne s'y précipite. jN'ayant pas l'ayei'sion des péchés moins graves , il en prend bientôt le goût ; insensiblement il en contracte l'habitude. L'horreur dont il était pénétré pour les péchés plus énormes s'affaiblit peu à peu ; il se familiarise avec leur idée , il redoute moins de les commettre : il y tombe, enfin, mais il y tombe affaibli par ses pertes continuelles et n'ayant plus la force de se relever; il y tombe, ayant perdu le sentiment d'horreur qui aurait pu l'en retirer ; il y tombe, ayant pris le goût de ce funeste état, et avec la volonté d'y persévérer. Ainsi s'accomplissent en lui les terribles oracles de l'Esprit saint : Il a négligé les petites choses, et il a fait une déplorable chute '; 11 n'a pas étouffé rétincelle, et il a causé un grand incendie '. Ce n'est pas pour l'ordinaire tout d'un coup que tombent les

' ()ui spermt modica, paulaliin dccidet. Eccl.

^ Ecce quantus ignis quam magnam sylvam incendit. Jac. m, ^.

grands édifices : c'est plus souvent par des infiltrations qui minent peu à peu les fondemens. Il est plus facile au nautonier de se défendre d'un vent violent, ou d'un flot impétueux, que d'une voie d'eau qu'il a négligé à temps de fermei*. La maladie qui prend violemment, et subitement, sera plus tôt guérie que celle qui procède d'un lent et successif amas d'humeurs. Cet état d'une âme qui est familiarisée avec le pécbé véniel, qui ne craint pas de le commettre, qui ne regrette pas sincèrement de l'avoir commis, qui n'en a ni scrupule, ni remords, qui ne prend ni résolutions ni précautions pour s'en préserver, est précisément l'état de tiédeur qui cause à Dieu du dégoût. Si elle lui répugne si violemment dans le simple fidèlej combien plus dans son ministre ! C'est à un d'entre eux qu'il fait la redoutable menace de le rejeter de sa bouche à cause de sa tiédeur '.

' Angelo Laodiciaî Ecclesiae scribe :.... Scio opéra tua, quia neque frigidus es, neque calidus : utinam frigidus esses, aut calidus 1 Sed quia tepidus es, et nec frigidus nec calidus, incipiam te evomere ex ore rneo. Apoc. ni. 14, i3, 16.

SUR l'état ecclésiastique. 99

La sainteté requise daas le prêtre n'est pas une chose purement négative. Nonseulement il doit n'être pas pécheur; il lui est formellement ordonné d'être juste.

L'exemption de tout vice lui est nécessaire, elle ne lui est pas suffisante ; elle est le commencement de la sainteté, elle n'est pas la sainteté même ; elle est le fondement sur lequel il doit élever l'édifice des vertus sacerdotales. S'il est ordonné au simple fidèle, en évitant le mal, de faire le bien ', combien ce précepte fondamental de toute la vie chrétienne est-il plus impératif et plus étendu pour le ministre du Seigneur ! Sa vertu doit être autant au-dessus de celle des laïcs, que sa dignité est supérieure. Tl doit être plus pieux que le peuple, celui dont l'état est de prier pour le peuple : chargé de le former à toutes les vertus, il doit les posséder plus éminemment; placé au milieu des fidèles comme un modèle, c'est pour qu'il présente à leur imitation la sainlet(': la plus oxcraplaire. Comment pourraient-ils observer, reconnaître, discerner celui qui en rien ne difl'érerait ' Déclina a inalo, rt fac bonuni. Ps. xxxvr, a;.

lOO CONSIDÉRATIONS

d'eux? Quelle honte n'est-ce pas pour un pasteur de voir dans le troupeau qu'il régit des ouailles plus saintes que lui ; de recevoir l'exemple de ceux à qui il devrait le donner; et, étant le premier en autorité, d'être le dernier en vertu ! C'est là ce qui attire sur les prêtres l'indignation du Seigneur; c'est qu'ils ne sont que ce qu'est le peuple. C'est pour cela qu'il les menace de visiter leurs voies pervei'ses, et de leur rendre le salaire de leurs vaines et criminelles pensées '.

Ce n'est pas seulement la dignité extérieure nécessaire à l'exemple public , que les prêtres doivent posséder. Le prince des Apôtres leur recommande de se faire les modèles du troupeau par leur esprit, et par leur âme \ Ils sont tenus, non à un simulacre de sainteté, mais à une sainteté réelle. S'ils n'en sont pas intérieurement pénétrés, Jésus-Christ ne voit en eux que le peuple infidèle qui l'honore des lèvres,

' Erit sicut populus, sic sacerdos; et visitabo super eum vias ejus : et cogitationes ejus redrlain ei. Usée, iv, 9.

- Forma facti gregis ex animo. / Petr. v. 3.

SUR L ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE. lOI

mais dont le cœur est loin de lui '; que ces sci'ibes et ces pharisiens hypocrites, semblables à des sépulcres blanchis et brillans aux yeux des hommes , mais au-dedans pleins de pourriture *. Ce ne sont pas dos feuilles, ce sont des fruits qu'il cherche sur le figuier ; et, parce qu'il n'en trouve paSj il ordonne de le couper. En vain aurontils parmi le monde la frivole réputation d'avoir la vie de la grâce : véritablement, et devant Dieu, ils sont morts ^. Et cette montre hypocrite ne sera-elle pas bientôt dévoilée par tant d'yeux intéressés, et occupés à l'observer? Comment se maintiendra celle régularité superficielle, sans un fonds de piété qui la produise, la soutienne, l'alimente, et la ranime? La branche que

' Popiiliis hic labiis me honorât; cor auteiu eorum longe est a me. Matlh. xv, 8.

''■ Va3 voljis, scribœ et pharisœi hypocrita3 : quia similes estis scpiilcris dcalbatis, qua;a foris parent hominibus spcciosa, iulus vero plena sunt ossibus morluonim, et omni spurcilia. Sic et vos a foris q\ii(lcni paretis homInil)us jusli, intus autempleni ostis bypocrisi et iniquitatc. Maltli, xxui, 27, 28.

^ Nomen habcs quod vivas, et mortuus es. /fpor. m, I.

l'on plante en lerre, quelque verdoyante qu'elle soit, si elle ne prend pas racine, est bientôt desséchée. Que de difficultés embarrassent, que d'inconvéniens environnent, que de dangers menacent, que de tentations obsèdent le ministre des autels! Que de passions il faut, non-seulement modérer, non-seulement réprimer; mais détruire et anéantir! Que de vertus contraires à ses inclinations il doit, non-seulement posséder, mais porter au plus liant degré' Au tribunal, ses oreilles sont frappées de récits de dissolutions. Dans le monde, ses regards ne tombent que sur des scandales. Au milieu de ces obscénités dont il est le témoin forcé, et le confident nécessaire, pDurra-t-il, s'il n'est intérieurement vertueux, conserver sa pureté? Restera-t-il humble dans les honneurs, pauvre au milieu des richesses, modeste parmi les éloges, patient dans les traverses, sobre dans les repas abondans, ferme devant les pulssans, saint parmi les pécheurs, séparé du monde au milieu du monde?

Il n'y a que le prêtre sincèrement, intimement, profondément pénétré de l'esprit

SUR l'état ecclésiastique. io3 ecclésiasti?[ue, qui puisse se rendre agréable à Dieu, et utile aux hommes. C'est une règle générale et absolue, que dans aucun état on ne peut réussir, si on n'est pas animé de l'esprit de son état. Cet esprit est une inclination, une affection, une habitude, qui nous fait tourner toutes nos pensées vers les choses de notre état; qui en fait notre objet principal et presque unique ; qui nous en fait chérir les devoirs, respecter les fonctions, désirer le succès. Comment tous ceux que nous voyons se distinguer dans les diverses professions, ont-ils acquis leur supériorité ? C'est par ce généreux esprit, qui adoucit les travaux, allège les fatigues, aplanit les difficultés, surmonte les obstacles. L'état ecclésiastique, où les obligations sont plus strictes, les devoirs plus importans, les fonctions plus multipliées, les vertus plus sublimes, serait-il donc, entre tous les autres, le seul exce[)té de la loi commune? Ah ! bien au contraire : si l'esprit de l'état est souverainement utile dans les autres conditions, il est absolument et indispensablement nécessaire dans la nolix'. Celui rpii n'a pas

l'esprit de Jésus-Christ, dit l'Apôtre, u'est pas à lui ' . Qu'un prêtre ait l'esprit de son état, il n'y a aucun bien qu'il ne soit capable de faire : qu'il vienne à le pei'dre, il n'y a plus aucun bien dont il soit capable. Il ne reste plus qu^un corps sans âme, une ombre sans consistance, un fantôme sans réalité. 11 exercera peut-être encore ses fonctions avec quelqu'apparence de régularité; mais sans goût, sans zèle, sans succès. Ce qui détruit dans beaucoup d'ecclésiastiques l'esprit de leur état, c'est l'esprit du monde, qui y est directement opposé ; qui entraine à la dissipation, au lieu du recueillement; à la vanité, au lieu de l'humilité; à la mollesse, au lieu de la mortification ; à la paresse, au lieu du travail; à l'amour des richesses, au lieu de leur détachement, au luxe, au lieu de la simplicité. Ce n'est pas l'esprit du monde que nous avons reçu dans notre ordination : c'est l'esprit qui vient de Dieu \ L'esprit qui doit reposer sur

' Si quisautem Spiritum Christi non habet, hic non est ejas. Rom. vin, 9.

- Nos auleni non spiritum hujus mundi accepiraus, sed spiiitum qui ex Deo est. ICor.u, 12.

SUR i/état ecclésiastique. io5 uous, comme il reposa sur le prince des pasteurs, est Tesprit du Seigneur ; l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, l'esprit de crainte de Dieu ' ; en un mot, l'esprit de toute vertu, l'esprit qui mène à la perfection.

A la perfection ! Est-ce qu^il est accordé à quelque créature d'atteindre la perfection entière, absolue ? Non sans doute : mais il est dans la perfection des degrés dilTérens, relatifs, et proportionnés aux diiférens états. Chaque homme a le pouvoir de parvenir à celle de son élat, et le devoir d'y aspirer. Entre tous les états celui qui est le plus parfait est évidemment celui qui exige la perfection la plus haute. Marche devant moi, et sois parfait % disait le Seigneur à Abraham. Ministres du Très-Haut, établis pour vous tenir sans cesse en sa présence, vous devez vous appliquer ce précepte. En

■ Requiescct super cum Spiritus Domini ; Spiritus sajifentiiTC et intelleclus, Spiritus consilii et fortitudiuis, Spirilus scicnlinc ctpielalis. Et replebit eum Spiritus tiinoris Domini. Is. xi, 2, 3.

* Ambula corani me, et esto prelcclu'î. Grn. x\u, I.

1 OÔ CONSIDÉRATIONS

contemplant Timportance de vos fonctions, l'éminence de votre dignité, la sublimité de votre caractère, vous sentirez sans doute votre impuissance à acquérir une perfection qui y corresponde. Que cette considération, toute juste qu'elle est, ne vous désespère pas. Dieu ne vous demande rien qui soit au-dessus de vos forces. Vous aurez fait tout ce que vous devez, quand vous aurez fait ce que vous pouvez : et vous serez aussi ])arfaits que vous êtes obligés de l'être, quand vous le serez autant que vous en êtes capables. Vos efforts pour arriver à la perfection seront eux-mêmes un point de perfection. Pour vous encourager à la poursuivre, levez les yeux vers cette multitude de saints, qui depuis les Apôtres se sont sanctifiés dans votre état, et dans tous les autres. Ils éprouvèrent les mêmes obstacles que vous : vous recevrez les mêmes semnrs qu'eux. Leurs exemples vous montrent le chemin du ciel, leurs voix vous y appellent, leurs prières vous y attirent.

Le premier moyen d'atteindre à la perfection, le plus nécessaire, et sans lequel tout autre est inutile, mais en même temps

SUR l'état ecclésiastique. 107 le plus efficace, qui fait prendre et employer utilement tous les autres, c'est de la désirer. Dans toute entreprise on n'obtient le succès que par le désir qu'on en ressent. Il ne faut pas croire cependant que tout désir de la perfection la fasse acquérir. Il doit réunir deux qualités; être vif et ardent; être ferme et constant. Ce fut ainsi que Daniel mérita d'être appelé l'homme des désirs. Mais des désirs légers ne forment que des velléités. Trop faibles pour donner une impulsion suffisante, ils n'eScitent pas à de véritables eJETorts. Des désirs transitoires, qui périssent presque aussitôt qu'ils naissent, ne produisent que des tentatives momentanées, abandonnées avant qu'elles aient pu obtenir leur effet. Pour rendre les désirs de la perfection dignes de leur objet, et propres à l'atteindre, il est nécessaire de les renouveler souvent. Le feu ne s'entretient et ne s'accroît que par l'aliment qu'on lui donne.

Le second moyen de parvenir à la perfection dont on est susceptible, est de la demander à l'Aulcur de tout don parfait. Ce que vous ne [)0uvez [)as, doutez- vous

lo8 CONSIDÉRATIONS

que Dieu ne le puisse. Promise à celui qui la demande, efficace pour celui qui l'obtient, la grâce divine répare ce qui est défectueux, perfectionne ce qui est bon; ajoute à ce qui est insuffisant, supplée à ce qui manque. L'homme le plus faible, de même que l'apôtre le plus zélé, peut tout, aidé de celui qui le conforte '.

Ce n'est pas encore assez de mériter la grâce par ses désirs, de la solliciter par ses vœux : il est encore nécessaire de la seconder par ses actions. L'acquisition de la perfection est le travail de toute la vie. Comme ses degrés sont infinis, on peut toujours en acquérir de nouveaux. Le plus parfait est celui qui sent le mieux ce qu'il a encore de mal, ce qui lui manque de bien. Si on n'avance pas dans celte voie, immanquablement on recule. Le cours de cette vie est comme celui d'un fleuve. Un courant violent de tentations, de séductions, d'illusions, d'exemples, de passions, nous entraîne vers l'abîme. Si, pour le surmonter, nous ne faisons pas des efforts continuels,

' Omuia possum in eo qui me confortât. Philip. 1%', i3.

SUR L'ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE. I Of)

nous en serons infailliblement emportés.

Voyez le négociant sans cesse occupé à augmenter sa richesse : ti'availlez de même sans relâche à grossir votre trésor dans le ciel. Voyez le peintre chaque jour retoucher, corriger, pei'fectionner son tableau : réformez de même ce qui peut rester en vous de défectueux; augmentez, épurez, perfectionnez ce que vous pouvez posséder de vertus. Justes, vous crie l'Oracle divin, justifiez-vous encore : saints, sanctifiez- vous davantage '.

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