‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 8 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

IV

* Modestia veslra nota sit oinnibus hominibus. Philipp, IV, 5.

afl'ectation , toute la suite de sa vie régulière sans air de prétention. C'est presque toujours de rincoustance, de la légèreté de l'esprit que naissent les mouvemens mal ordonnés du corps ; au contraire, l'extérieur modeste et composé annonce et maintient la piété intérieure ; la retenue des sens dans la bienséance chrétienne marque le recueillement de l'esprit; le calme du dehors fuit juger la tranquillité du dedans. La sagesse de l'homme, dit le sage, se manifeste jusque sur son visage ' ; elle le dirige dans toutes les actions de sa vie; elle le suit jusque dans les épanchemens d'ime innocente gaieté.

Car il ne faut pas croire que la vertu exemplaire du prêtre le rende sauvage et morose. Placé par son état au milieu (hi monde, il sait vivre avec lui sans s'y livrer ; et, en communiquant avec lui, ne pas s'en laisser corrompre. Il l'attire, par ses manières engageantes, aux [)rlncipes évangéliques , et il ne se laisse pas entraîner aux

' In facio prudcnlis lucel sapicntia. Proi'. xvii,

Sapicntia lioniiuis liiccl in viihii jus. L'cc/. viii,i .

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le docteur des nations '. Il n'y a pas de vertu dont ils ne doivent être les modèles , pas de bonne œuvre dont ils ne doivent donner des exemples. Ce serait un champ trop vaste à moissonner, que .de détailler tous les objets qu'embrasse l'édification ecclésiastique ; mais on peut en général les rapporter à trois points : le ministre sacré doit se montrer exemplaire principalement dans sa personne, dans sa conversation., dans ses fonctions.

Oue votre modestie soit connue de tous les hommes ", dit S. Paul. Toute la personne de Tecclésiastique doit annoncer extérieurement la modestie de son àme , ses manières graves sans morgue, son ton digne sans hauteur, son maintien poli sans lamiliaritc, ses discours circonspects sans dissimulation, ses démarches mesurées sans

,' In omnibus teipsum prisbe exemplum bonorum operum, iu doctrina, in intcgritate, in gravilaie. Tit. n, 7.

Nemo adolescentiam tuam contemnat , sed exemplum esto fideiium, iu verbo, in couversatione, incharitate, in fide, in castitate. / Tinioth. IV, 12.

* Modestia veslra nola sit omnibus hoininibus. Philipp. IV, 5.

SUR L ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE. l'J'J

ailectalion, toute la suite de sa vie régulière sans air de prétention. C'est presque toujours de rincoiistance, de la légèreté de l'esprit que naissent les mouvemens mal ordonnés du corps ; au contraire, l'extérieur modeste et composé annonce et maintient la piété intérieure ; la retenue des sens dans la bienséance chrétienne marque le recueillement de l'esprit; le calme du dehors fait juger la tranquillité du dedans. La sagesse de l'homme, dit le sage, se manifeste jusque sur son visage ' ; elle le dirige dans toutes les actions de sa vie; elle le suit jusque dans les épanchemens d'une innocente gaieté.

Car il ne faut pas croire que la vertu exemplaire du prêtre le rende sauvage et morose. Placé par son état au milieu du monde, il sait vivre avec lui sans s'y livrer ; et, en communiquant avec lui, ne pas s'en laisser corrompre. Il l'attire, par ses manières engageantes, aux principes évangéliques, et il ne se laisse pas entraîner aux

' In facic prudcntis Iiicct sapicntia. Proi'. xvii, Sapicntia honiiiiis lucct in vului jus. Jt'cc/. vm,i .

maximes mondaines. 11 allie, avec une prudente circonspection, les convenances sociales et la décence sacerdotale. L'ecclésiastique qui n'a pas l'esprit de son état a besoin de se répandre au dehors, et partout où il se montre il fait voir son inutilité, sa dissipation, souvent ses scandales. Le ministre pieux se présente quelquefois dans le monde, non pour son plaisir, mais pour l'avantage du monde; il s'en retire souvent pour se pénétrer plus profondément des principes qu'il vient' ensuite y rapporter. Ainsi il rend sa retraite même utile à son troupeau; il y puise le recueillement pour répandre l'édification. S'il fuit les assemblées mondaines, dissipées, légères, dans lesquelles sa vertu, ou au moins sa réputation, courraient des risques, il se produit volontiers dans les sociétés vertueuses, et c'est pour les rendre plus vertueuses encore. Ses conversations, assaisonnées du sel de la sagesse, le sont aussi, selon les convenances, de celui de la gaieté; en même temps qu'elles pi'êchent la vertu, elles l'insinuent; en la persuadant, il la rend aimable, et c'est en la faisant chérir qu'il la fait pratiquer.

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C'est surtout dans l'exercice de ses fonctions, que le prêtre est tenu du devoir sacré de l'édification. Dans le ciel, les anges ne chantent le cantique élernel de la sainte Trinité que prosternés devant elle, pénétrés de respect, saisis de tremblement. Sur la terre, le prêtre , revêtu du même ministère , doit l'exercer avec îa même vénération , avec la même frayeur. Tantôt organe de tout le peuple pour lequel il intercède et dont il porte les veux, tantôt ministre de Dieu dont il apporte , répand et distribue les grâces, il doit s'élever à la hauteur de ses sublimes fonctions, et s'en rendre digne par la manière de les exercer. Ce n'est qu'en donnant lui-même l'exenLple du plus profond respect pour les saints mystères qu'il célèbre , qu'il pourra l'imprimer au peuple qui le contemple.

Comment inspirera aux fidèles la dévotion, le recueillement, la ferveur qui doivent les animer devant notre adorable sacrifice, celui qui [)r('senle à leurs adorations la Victime sainte avec un air dissipé, une démarche légère, des regards distraits, un ton précipité? La modestie, la gravité, la dignité du sacrificateur montre au peuple as-

semblé la grandeur, l'importance, la sublimité du sacrifice ; son indévotîon, son inatlenlion, son air évaporé , sont un sujet de douleur pour les pieux, de scandale pour les faibles, d'affermissement dans leur lâcheté pour les tièdes, de dérision pour les libertins, de contradiction et d'objection pour les incrédules.

Mais celte édification qui nous est tant recommandée, n'est-elle pas en opposition avec l'iiumililé qui nous est si impérieusement prescrite? Le devoir de faire connaître le bien que l'on fait, et celui de le cacher, peuvent- ils s'observer ensemble?

Comment concilier le précepte de laisser ignorer à la main gauche le bien que fait la droite ', avec le commandemcnt.de faire voir aux hommes ses bonnes œuvres? Non, la loi que Jésus-Christ a donnée au m onde

' Cum ergo facis eleemosynam, iioli tuba cauere ante te, siciit hypocritse faciunt in synagogis et in vicis, ut honorificentur ab hominibus. Amen dico vobis, receperunt niercedeni suam. ïe autem faciente eleemosynam, nesciat manus tua sinistra quid faciat dextera tua ; et sit eleemosyna tua in abscondito ; et pater tuus, qui videt in abscondito, reddet tibi. Matih. vi, 2, 3, 4-

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n'est pas contradictoire ; on peut laisser connaître le bien que l'on fait, ou pour sou avantage , ou pour celui du prochain , ou pour en retirer des éloges, ou pour engager les autres à faire de môme : l'un est édification, l'autre est hypocrisie, et il y a entre ces deux choses toute la distance qui est entre la charité et la vanité ; elles diffèrent par leur motif, par leur but et par leur mode. Par Iciir motif, elles agissent, l'une pour la gloire de |Dieu et le bien du pi'ochain, l'autre pour sa propre utilité ; par leur but, l'une n'a en vue que les biens spirituels , l'autre recherche ses avantages temporels ; par leur mode, l'une, sans aflectation, laisse apercevoir ses bonnes œuvres, l'autre en fait parade. Considérons les deux préceptes du Sauveur que l'on voudrait mettre en opposition. Dans l'un, il défend d'étaler avec affectation ses aumônes , de les faire précéder par le son de la trompettee, d'avoir pour objet les louanges des hommes; et c'est à cette occasion qu'il recommande de laisser ignorer à la main gauche l'aumône que distribue la droite. Dans son autre commandement, il veut, comme nous l'avons vu, que ses ministres

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fassent honorer Dieu parTexemple de leur sainteté ; et c'est pour cela qu'il leur prescrit de faire briller leur lumière devant les hommes , en sorte que leurs bonnes œuvres en soient vues. Ainsi se concilient pleinement ses deux commandemens : il ordonne de porter les autres au bien, il défend de cherchera s'en faire louer, et, en recommandant de faire connaître ses vertus, il interdit de les aflecier. Ces deux préceptes sont si peu contraires l'un à l'autre, que les prêtres les plus édifîans sont conslammenl les plus humbles; ils font le bien et n'en désirent pas la gloire ; ils y portent les autres, et rejettent leurs éloges. Et lorsque par leurs exemples ils ont engagé des âmes à Dieu, ils disent du fond de leur cœur: Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous devions'.

' Cum feceritis omnia qnœ prsecepta sunt vobis, dicile : Servi inutiles sumus, quod debuinius facere, fecimus. Luc, xvii, lo.

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DEVOIR DE la; PRIÈRE.

La prière est pour tous les fidèles un devoir essentiel; devoir que leur impose le précepte formel de Jésus-Clirist , devoir auquel les rappelle sans cesse le sentiment de leurs besoins. La grâce est nécessaire à l'homme pour opérer le bien, la prière lui est nécessaire pour obtenir la grâce. Celui-là, dit S. Augustin, sait bien vivre, qui sait prier ; par la raison contraire, celui qui ne prie pas, ou qui ne prie pas bien, vit infailliblement mal ! il est dans le cliamp du Seigneur une plante qui, ne recevant pas de la terre les sucs nourriciers, languit, se fane, et ne tarde pas à périr.

Si celui qui n'est que citoyen du royaume de Dieu a un besoin essentiel de la grâce, n'est-elle pas plus nécessaire encore à celui qui en est le ministre? Si, sans la prière, le fidèle est dans l'impuissance de remplir ses obligations, comment sans la prière |sera-t-ll possible au prêtre de s'ac-

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atteindre le haut degré d'élévation où ils sont parvenus.

On distingue deux sortes de prières :

l'une privée, que chacun fait en son propre nom pour satisfaire sa dévotion particulière; l'autre publique, et celle-là est encore dé deux espèces : savoir, les prières qui se font en commun par des personnes réunies, et celles qui se font en particulier, mais au nom de toute l'Eglise et par son ordre. Telle est spécialement la récitation de l'office divin prescrite à tous les ecclésiastiques pourvus de bénéfices, ou constitués dans les ordres sacrés. Quoique le bréviaire soit la seule prière nommément ordonnée, et positivement déterminée dans son mode, on peut dire avec vérité, dans un sens étendu, que toutes les prières du prêtre sont des prières publiques. Son caractère de médiateur, d'intercesseur public ne le quitte jamais; c'est toujours l'Eglise qui prie par lui. De même que toutes les paroles de vie qu'il adresse au peuple son es paroles de Dieu dont il est le ministre, de même toutes les prières qu'il adresse à Dieu sont les prières du peuple dont il est le représentant. Dieu instruit par son or-

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gane, le peuple supplie par sa voix. Lors même qu'il intercède pour sa propre personne, c'est encore pour les fidèles qu'il implore la bonté divine, puisqu'il sollicite auprès d'elle les moyens de leur être plus utile.

La prière du prêtre a donc deux objets : lui-même, et le peuple qui lui esl confié ' . Considérée par rapport à lui, elle est, tout ensemble, son salut dans les dangers, sa force dans les tentations, son repos dans les fatigues, sa consolation dans les peines.

Placés par notre étataii milieu du monde, nous respirons sans cesse son air contagieux, et nous ne devons pas nous en laisser infecter. Continuellement environnés, recherchés, sollicités par ses séductions et ses illusions si flatteuses, il faut que nous nous tenions continuellement en garde contre elles et contre nous-mêmes. Il est bien difficile, dit un saint Père, que ce tourbillon de poussière à travers lequel nous marchons ne salisse pas les cœurs

' El proplerca débet, quetnadmoduni pro populo, ita ctiam et pro scinclipso offcrrc pro pcc calis. Hcbr. v, 5.

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même religieux '. A ces périls communs à tous ceux qui vivent clans le monde, notre ministère en ajoute de particuliers. C'est pour nous spccialement qu'outre-passer le bien est faire le mal, et notre position nous expose sans cesse à tous les excès opposés : excès de rigorisme ou de relàcliement dans l'instruction, excès d'emportement ou de mollesse dans l'exlior talion, excès de dureté ou de faiblesse dans la correction, excès de lenteur on de précipitation dans les fonctions. Et seulement lorsque nous sommes assis sur le sacré tribunal, confidens des faiblesses d'un sexe fragile, combien n'avons-nous pas à craindre que notre imagination, peut-être même notre cœur, n'en restent souillés? Celui pour qui nous courons tant de dangei's est le seul qui puisse nous en préserver; lui seul peut nous inspirer les précautions qui les font éviter, le courage qui y soulient, la prudence qui en fait sortir ; lui seul peut nous communiquer la force de triomplier des

' Dum per varias actiones vitœ hujus sollicitudo distenditur, necesse est de muudano pulvere etiam religiosa corda sordesceie. .S". Léo, sermo vi, de qiiadrag.

SUR i/état ecclésiastique. 189 tentalions dont nous sommes plus violemment assaillis que d'autres, car c'est surtout autour de nous que, semblable à un lion^ l'ennemi du salut rôde avec une infatigable activité '; il compte que la perte du pasteur lui livrera le troupeau sans défense : c'est contre lui qu'il dirige ses principales attaques. Comment, si nous restons livrés à notre faiblesse, pourrionsnous résister à un ennemi infiniment plus fort et plus habile que nous? Comment ne succomberons-nous pas à des tentations si multipliées, si variées, si fortes, si séduisantes, qui nous assiègent à tout moment, et de tous côtés, soit comme hommes, soit comme prêtres? Nous n'avons, pour sortir triomphans de ces dangers et de ces combats, qu'un seul moyen, mais un moyen facile, efficace, assuré : c'est la prière. IN'eût-elle que l'avantage de nous occuper entièrement de Dieu, par là même elle nous distrait des dissipations mondaines. Entièrement plein de l'idée de son Créateur, l'esprit est vide des pensées dange-

' Advcrsarius vesler diabolui, tanquam leoriigicnscircuil.fiuifrcus quciu tlcvorct. / Pctr. v, S.

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reuses qui sont le commencement de la tentation, et le principe du péclié. Le premier bienfait de la prière est de ])révenir la tentation, de l'arrêter à l'entrée du cœur, de l'empêclier d'y pénétrer. Veillez et priez, dit le divin Maître, pour ne pas entrer en tentation '. Le second, et le principal bienfait de l'oraison, est d'implorer et d'obtenir le secours de l'Allié tout -puissant avec lequel nous sommes assurés de triompher. 11 nous est promis ce secours invincible, mais il n'est promis qu'à nos p ricres ; Dieu désire nous l'accorder, mais il exige que nous le sollicitions. Notre prière est comme un traité d'alliance, par lequel il se déclare notre auxiliaire contre l'ennemi commun. Pouvons-nous manquer de vaincre, quand, comme dit l'Apôtre chéri^ celui qui est au-dedans de nous pour nous défendre est plus fort que celui qui nous attaque au dehors*. Le Seigneur est mon aide, dit David, je ne crains point ce que les hommes

' Vigilate, et orate, ul non intretis iu tenlationem. Matth. xxvi, 4 1 .

* Vicistis; eum quoniam major est qui in vobis est, quam qui in mundo. IJoaiuiV, 4>

SUR l'état ecclésiastique. igi

peuvent me faire ; le Seigneur est mon aide, je braverai mes ennemis'. Que tous les camps de l'enfer se réunissent contre moi, mon cœur ne les redoutera pont; qu'ils me livrent la bataille, ma confiance est en Dieu\

A la force qui fait surmonter les obstacles, la prière joint les douceurs qui font l'agrément et le charme de notre ministère. Prêtres mondains, ce langage vous est étranger; vous ne le comprendrez pas, vous qui n'avez jamais senti les satisfactions, les joies pures que l'on goûte dans le commerce avec Dieu. Interrogez ceux de vos confrères que leur haute sainteté a familiarisés avec ce pieux exercice ; ils vous diront que c'est aux pieds de Jésus-Christ qu'ils trouvent le délassement de leurs pénibles travaux , qu'ils puisent l'encouragement et la force pour les reprendre ; ils vous apprendront (et puissiez-vous enfin

' Dominus mihi adjulor : non limcbo quicl facial Tuihi honio. Dominus mihi adjulor, et ego despiciam inimicos meos. Ps. cxvn, 6, 7.

* Si consislaiil advcrsum me castra, non limobil cor mcum ; si cxsingat advcrsum nie pra)lium, in hoc ego spcrabo. Ps. xxvi, i.

les entendre, les croire, les imiter), ils vous apprendront que c'est dans les entretiens avec Dieu qu'ils puisent les touchantes consolations si nécessaires dans les traverses, dans les dégoûts, dans les peines que fait éprouver la pi-atique du ministère ; ils A'ous diront quelle joie inonde leurs cœurs, quand, au sortir de leurs laborieux travaux, ils vont, tantôt rendre grâces à Dieu des succès qu'il leur a accordés, tantôt lui en demander l'accroissement, tantôt se consoler avec lui du malheur de n'en avoir pas obtenu. Ma'iheureux, qui n'avez jamais éprouvé ces tendres effusions de l'àme sainte dans le cœur de Dieu, vous ne connaissez de votre état que ce qu'il a de pénible et de rigoureux; vous ignorez ce qu'il a de doux et de consolant !

Prier pour soi-même n'est pas le seul devoir du prêtre ; il est aussi, comme nous l'avons dit, rigoureusement obligé à prier pour le peuple. C'est pour conduire les hommes au salut que son ministère est institué ; il doit employer à cet objet cher et sacré tous les mayens qui sont en son pouvoir, et la prière est un des plus puissans. Les fidèles ont donc à ses prières.

SUR l'état ecclésiastique. I 98 comme à toutes ses autres fonctions, un droit incontestable. C'est une dette, qu'à son entrée dans le sanctuaire il a contractée, et envers Dieu qui lui en a imposé l'obligation, et envers ceux pour le salut desquels elle lui a été imposée. C'est sa voix que les fidèles viennent implorer pour être protégés auprès du trône céleste, et obtenir les dons qui en découlent. C'est à sa voix, à sa puissante intercession, que Dieu accorde pour l'ordinaire ses bienfaits. Il est le canal sacré qui communique du ciel à la terre, par lequel montent les vœux et descendent les grâces. Placé entre le vestibule et l'autel, il gérait sans cesse pour le peuple et implore sur lui la miséricorde céleste '. Loin de moi^ disait le prêtre Samuel aux Israélites, cet énorme péché contre Dieu, que je cesse de prier pour vous '' ! Le grand Apôtre répèle souvent à ses disciples qu'il remplit continuellement

' Inter veslibuliim et altarc plorabunt sacerdotes minislri Doinini, et diccnt : Parce, Domine, |)aicc populo \UQ. Joely 11, 17.

* Absil autein a me lioc pcccatuni in Dominum, ut cfssem or.irc pro vobis. l Acg. xn, -ii.

pour eus. ce devoir cher et sacré '. Et pourquoi donc a-t-il fallu nous en faire une obligation? Un pasteur qui chérit son troupeau n'en trouve- t-il pas le principe dans son cœur? Connaissant tout le bien que ces oraisons attirent sur ce peuple, peut-il se résoudre à l'en priver? Quels que soient les besoins spirituels des fidèles, les supplications de leur pasteur ont la force de les leur procurer. S'agit-il de ramener le pécheur des voies de l'iniquité? il est un [Etienne obtenant la conversion de Paul. Faut-il détourner le glaive de la justice suprême suspendu sur les prévaricateurs ? il est un Aaron placé entre les vivans et les morts , et, par ses vœux ardens, faisant cesser la plaie qui désole Israël '. Veut-il faire des-

' Non cesso gratias agens pro vobis, memoriani vestri faciens iu orationibus meis. Eplies. i, i6.

Non cessamus pro vobis crantes, et postulantes iitimpleamini agnitione voluntatis ejus in omni sapientia et iutellectu spirituali. Coloss. î, 9.

Gratias ago Deo ineo in omni memoria vestri, sempcr in cunctis orationibus meis pro omnibus vobis, ciim gaudio deprecationem faciens. Philip, h 3, 4. ^

^ Stans intfci' morluos ac viveutes. pro populo dcprecalus est, et plaga cessavit. Aiim. xvi, 48.

cendre sur le peuple les grâces d'en-haut? il est un Elie ouvrant le ciel par ses oraisons, et attirant sur la terre la rosée céleste qui lui fait produire des fruits aboudans '. Est-il question de fortifier une âme dans les tentations, et de lui donner la victoire sur l'ennemi du salut? il est un MoVse levant les mains au ciel tandis qu'Israël combat, et le faisant triompher d'Amalec *. Combien de fois la prière de ce saint conducteur n'éteignit-elle pas dans la main de Dieu les foudres allumés contre san peuple^!

' Rursum oravit, cl cœliim dédit pluviam. Terra dédit fructuin suiiiu. Jac. v, 18.

* Cumque levaret Moyses manus, vinccbal Israël : sin aufem paululuni rcmisisset, snperabat Amalec. Exod. xvii, 11.

^ Moyses autem orabat Doininum Dcum smim, diccns... Placalusquc est Domimis no l'acclct ma luin quod Jocutiis fucral adversus populuin siium. Exod. xxxii, 1 1, 14.

Domimis iratus est : et accensus in eos ignis Domiuidevoravit exiremam castrorum partem. Cumque clamassct populus ad Moyscn, oravit Moyses adDomiriiim, et absoiptus csL ignis. ISnm. xi, i, 2.

Etait Moyses ad Domimim... Dimitle, obsecro, peccatuiTJ |)opuli luijus scciindum magniliidiiK-m misericordi;c tua;... Dixitquc Domiiius : Dimisi juxtaverbum tuum. JSuin. xiv, i3, ly, uo.

igS CONSIDÉRATIONS

Et il semble même, ce que nous n'oserions imaginer si le livre saint ne nous le révélait pas, il semble que Dieu croyait ne pas pouvoir résister à ses instances ; puisque, voulant punir les Israélites, il lui demand ne pas l'implorer pour eux ' . A insi le Maître suprême, imposant à ses ministres le devoir de l'invoquer pour le peuple, attache à leur invocation une efficacité particulière. Il est naturel de penser que les prières qu'il a commandées lui sont les plus agréables , et qu'il exauce avec une complaisance spéciale des vœux qui lui sont offerts par son ordre. Combien donc se rend coupable le ministre qui néglige un si saint, si efficace, si nécessaire exercice ! Quel compte n'aurat-il pas à rendre des prières qu'il aurait dû faire, et qu'il a omises; des dons de tout genre qu'il aurait pu attirer sur les fidèles, et qu'il a laissés dans les trésors célestes; de tous les biens qu'il aurait été en son pouvoir et de son devoir de distribuer, et

• Rursumque ait DomiDus ad Moysen : Cerno quod popvilus iste durae cervicis sit : Dimitte me, ut irascatur furor meus contra eos, et deleam eos. Exod. XXXII, 9, 10.

SUR l'état ecclésiastique. igy dont, par son défaut de piété, il s'est rendu incapable ? Entreprendra-t-il d'exhorter à la vertu, s'il n'a pas attiré par ses vœux l'onction sur ses discours, la docilité sur ses auditeurs ? Il ne sera qu'un airain sonnant, une cymbale retentissante. Essaierat-il de tonner contre les vices ? d'où aurat-il tiré le zèle qui en donne la force? Cherche]'a-t-il à calmer la colère céleste, lui qui a besoin de l'apaiser pour lui-même, et qui peut-être est celui qui l'attire? Formera-t-il des hommes d'oraison, ne l'étant pas? S'efforcera-t-il de verser des adoucissemens dans des âmes affligées? N'ayant pas puisé dans la source sacrée les paroles de consolation, celles qu'il adressera seront froides comme son cœur ; et, tel que les austères amis de Job, il ne sera qu'un consolateur à cliarge'. Oifrira-t-il la victime de propiliation? Quelles bénédictions attirera celui qui est lui-même un objet de malédiction? Tous ses travaux en un mot resteront sans succès, parce qu'il aura travaillé seul. En vain aura-t-il labouré, planté,

• Atidivi fréquenter lalia, consolatorc» onerosi omues vos cslis. Job, xvi, -j.

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arrosé, il ne verra pas d'accroissement, il ne recueillera pas de fruit, ne l'ayant pas solli cité auprès de celui de qui seul il peut en obtenir.

Il faut toujours prier, et ne jamais cesser ', disait à ses disciples le divin Sauveur. Son grand Apôtre nous répète de sa part cette importante leçon ". Long-temps auparavant l'Esprit saint l'avait donnée aux Juifs par l'organe de l'Ecclésiastique ^. Le saint homme Tobie exhortait son fils à remplir constamment ce devoir si nécessaire en soi , si utile pour tout le cours de la vie'^ : et David adressait au Seigneur ses supplications à toutes les heures du jour ^ Le corps, qui vit de l'air, l'attire sans cesse

' Dicebat autem et parabolani ad illos, quoniani oportet semper orare et non deficere. Luc.

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