N1NIVE ET BABYLONE
Noire pas»' historique. — L'Orient en face Je l'Occident. — Agglomérations humaines, nationalités et citoyens absents. — Castes et théocratie. — Orient et moyen Age. — l-i famille. — Despotisme et conquêtes. — Klévations, écroulements d'empires. — Art, industrie cl morale en Assyrie. — Les prophètes.
Lorsque nous nous retournons vers le passé, la distance parcourue nous semble énorme. Que l'on se figure cependant l'humanité comme une suite de générations se tenant par la main, et chaque génération représentée par un homme; eu étendant à cinquante années la vie d’une génération, mille années seraient résumées par vingt individus, dix mille par deux cents. Pour atteindre au temps d’Abraham ou de Ninus une chaîne de soixante-quatre individus suffiraient; il n’en faudrait guère plus de cinquante pour remonter jusqu’à Lycurgue, cinquante atteindraientà Platon, quarante dépasseraient Jésus-Chris et 1ère moderne. Nous ne serions pas à une distanct
de plus de vingt de Charlemagne, douze seulement nous sépareraient de saint Louis, six combleraient à peu près l'intervalle entre nous et Charles-Quint. En vérité, l’histoire est bien jeune. L’homme sans doute est plus ancien que l’histoire, et si par delà les empreintes qu'ont laissées sur le silex ses débuts inexpérimentés, franchissant des âges géologiques, nous 1p. prenons à la date des terrains où se rencontrent ses premiers débris, il nous semblera que notre espèce fuit derrière nous en des perspectives incalculables. Et pourtant cet espace où notre esprit se perd est-il aussi vaste qu'il uous apparaît? L’intervalle qui sépare l’apparition de l’homme de la première condensation terrestre est immense aux yeux d’un être qui le mesure à sa propre durée ; mais cette appréciation relative est peut-être celle d’un éphémère, et tel insecte qui vit à peine un jour, s’il devait comparer notre existence à la sienne, trouverait sans doute que nous plongeons dans l’éternité. Le temps n’est qu’un rapport, et si l’on mesuro à la vie de notre espèce sur la terre jusqu’à ce jour celui qui s’y écoula lorsqu’elle ne l’habitait point encore, l’on sera tenté de dire que l’homme est d’hier sur la planète.
La terre accomplit son mouvement d’occident en orient. L’histoire a marché en sens contraire, c’est vers l’Orient que regarde l’hommo moderne lorsqu’il sc retourne vers ses origines.
L’Orient nous offre deux grandes races, la race aryenne et la race sémitique, qui n’ont trouvé leur point de confluence que dans notre civilisation. La race est-elle un fait dérivé ou bien un fait originel ? Je crois qu’elle est un fait originel, mais quand même il en serait autrement.
L'ORIENT
elle se trouverait dans l’histoire et s’y montrerait comme si elle était un fait originel. Qu’importe d’ailleurs à l’historien ce débat, si dès le début de l’hifctoire appréciable c’est la diversité qu’il rencontre et dont il relève les etl’ets ? Qu’il y ait eu plusieurs avènements de l’homme par groupes ou paires isolées, en un lieu de la terre ou bien en plusieurs, à quoi bon s’échauffer là-dessus? l’homme a fait son avènement, voilà l’évidence, et la nature de l’homme subsiste en tous les hommes à des degrés inégaux, mais incontestables. Les physiologistes même qui déduisent l’homme du singe n’ont jamais songé à classer le nègre parmi les primates. S’ils ne le font pas, ils avouent que le nègre appartient à l’espèce humaine ; ils confessent l’unité de l’espèce dans sa diversité, et reconnaissent que s’il existe des races supérieures, parmi ces races des peuples supérieurs, parmi ces peuples des individus supérieurs, les plus hautes expressions de l’humanité et les plus infimes font ensemble partie de celle-ci. Ses traits distinctifs, pour être moins accusés, se retrouvent chez le plus humble des Papous, et la faculté du langage, la curiosité, la religion, l’aptitude au progrès, si faibles qu’elles soient, ^distinguent de l’animal pour l’unir à elle.
La variété des races, des peuples, des individus, est nécessaire au travail humain, une espèce uniforme serait condamnée à la stérilité. Races, peuples, individus, qui durant de si longs siècles ont travaillé à l’écart sans se connaître, ou ne se sont rencontrés que pour se combattre, tendent aujourd’hui à un but commun : l’espèce divisée, éparpillée , aspire à relier ses membres épars et tend à s’organiser. Nous assistons à ce spectacle, nous contri-
ïO CONSIDÉRATIONS SUR L'HISTOIRE.
huons à cette œuvre encore confuse qui caractérisera notre temps et fera de notre siècle le premier eu date de l’ère de l'humanité. Ce résultat n’aurait pu se produire si, au fond de la diversité première, dans l’isolement des efforts ou dans la lutte, il n’y avait eu quelque unité déjà présente que le progrès actuel met au jour en même temps qu’il l’utilise, mais qu’il n’eût pu créer. L’unité de but, la civilisation, proclame et suppose l’unité d’espèce. En s'étendant, la civilisation entraîne au loin dans son mouvement jusqu’aux races, aux peuples, aux individus les plus excentriques; sou pouvoir ne cesse entièrement qu’avec la nature humaine dont elle indique les extrêmes limites au point même où sa contagion cesse de se produire. Aucun animal n’en est touché, et s’il en est que l’homme se subordonne, il n’en est pas qu’il ait amené à y participer : il enseigne au perroquet à répéter son langage, il ne lui enseigne pas le langage; il soumet à l’obéissance des animaux, il ne leur apprend pas à fonder des sociétés en leur inspirant le besoin de la justice; il les met à son propre égard dans un état de crainte et de respect, il n’a mis dans aucun la vénération et le culte du beau idéal; il les dresse en nouant leur intelligence à la sienne, il n’a lait entrer nulle part la moindre curiosité dans leur cerveau. L’animal modifié par l’homme reste un reflet.
La civilisation est donc bien le propre do notre espèce, elle est bien sa nature et sa fin.
Aujourd’hui nous la portons en Orient d’où elle est descendue. Combien l’Orient diffère de nous ! Et cependant nous en venons. Don blo charme qui nous attire vers lui, et nous retient autour do notre lorceau rempli
L'OKIENT.
SI
de mystères. Depuis que les explorations des Anglais, depuis que la philologie allemande et française ont ouvert à l'Europe les portes de l’Inde et nous ont ramenés près de nos origines, une révolution a commencé de s’accomplir silencieusement dans les esprits : l’Occident et l’Orient mis en contact, c’est l’humanité qui se retrouve en se complétant. Placée sur ces pistes antiques, fouillant les religions et les langues , elle suit ses propres' pas, étudiant, distinguant et comparant, relevant avec une sorte de piété les vestiges de son pèlerinage vers le nord où commença, la Grèce et Rome franchies, l’école de ses la!>orieuses conquêtes sur la nature et sur ellemême.
L’Inde, la Perse, l’Égypte n’ont pas résisté à l’application soutenue de la curiosité occidentale, elles ont dù se rendre. Ces recherches ont produit des héros. Le dévouement à la science jusqu’à la mort en vaut un autre : se donner à l’humanité, do quelque façon quo ce soit, c’est la grandeur humaine. Il n’y a que ce spectacle de la grandeur modeste et sans fracas, abondante en sympathie, qui nous puisse consoler de la fausse grandeur des ambitieux ou des fanatiques qui remuent le monde et ne savent que le faire reculer. Ce n’est pas Napoléon qui a fait la conquête de l’Égypte, c’est Champollion ; ce n’est pas Cyrus ni Alexandre qui se sont vraiment emparés de l’Orient, c’est la légion des Anquetil, des Burnouf, des Cbézy, des Humboldt, des Weber, qui le possèdent parce qu’ils le connaissent et nous apprennent à le connaître. Et que dire de ces hardis voyageurs, Barth, Overweg, Livingstone, et tant d’autres, qui parcourent seuls, au péril de leur vie, les contrées inexplorées de
l’Asie ou de l’Afrique, non plus pour les soumettre mais pour révéler à l’homme sa demeure jusqu'en ses points les plus inaccessibles et rattacher partout, dans l’intérôt de tous, les fils interrompus du réseau humain.
La supériorité de l'Occident est incontestable, c'est là qu’est le mouvement. L’Orient n’apparalt plus que comme une immense nécropole dans laquelle se pressent les fantômes des peuples éteints et des races flétries. Que sont les Indous et les Égyptiens d’aujourd'hui au regard de leurs aïeux qui se lèvent et ressuscitent à l’appel do l’érudit? Des ombres qui se propagent. Les peuples ont le triste privilège de se survivre en prolongeant leur existence après avoir cessé d’être. Ce destin qui a frappé l’Oriant, puis la Grèce, Rome et Jérusalem, un jour nous atteindra. Mais nous ne mourrons pas tout entiers, le meilleur de notre âme et de nos œuvres aura passé dans les sociétés futures, dans les peuples nouveaux évoqués par l’impérissable loi du progrès qui tue et qui fait vivre — qui peut-être quelque jour raniment les peuples flétris en infusant dans leur veine épuisée le sang de ceux où fermente l’avenir.
Ce qui frappe d’abord au spectacle de l’Orient, c’est l'étendue des empires qui s’y sont déployés. Mais ces empires ne renferment point de peuples au sens moderne du mot. Ce ne- sont pas des organismes, des nations proprement dites. L'âme ainsi que le corps y sont diffus, et bien qu’on y saisisse une individualité chinoise, égyptienne, indoue, persane, l’individualité politique n’y est pas constituée : le citoyen est absent. Ce sont des multitudes parquées en castes. Sur certains points elles se rapprochent en de formidables condensations humaines;
L'ÜlîlE NT.
elles créent Ninive, Babylono, Persépolis, Thèbes, Memphis, elles ne donnent point naissance à ces capitales où, ramenée sur elle-même en quelque sorte, une nation converge et prend conscience de soi. Athènes, Rome, Jérusalem, au regard de ces gigantesques agglomérations de peuples, sont des points imperceptibles. Et cependant les foules armées de Xerxès et de Darius se dispersent en se heurtant aux soldats citoyens d’Athènes, Rome fait la conquête du monde , Jérusalem deux fois captive de l’Asie ne s’y dissout point et reste triomphante au cœur de ses enfants. C’est que dans ces petits États la vie nationale est concentrée comme les rayons au foyer de la lentille; c’est que dans chaque habitant d’Athènes et de Rome il y a un citoyen d’Athènes ou de Rome, dans chaque habitant de Jérusalem un Juif qui porte avec soi l’orgueil de la cité sainte, élue par Jéhovah, le Dieu unique.
« L’éparpillement, dit le Ramayana, est la fin de» amas, l'écroulement est la fin des élévations, la séparation est la fin des assemblages, et la mort la fin de la vie.»
Cette voix, venue du fond de Orient, exprime à merveille la constitution de celui-ci : il est un amas, un assemblage de peuples. Et celte constitution nous explique à son tour trois choses que nous rencontrons à peu près dans tout l’Orient : le despotisme sacerdotal, la conquête, les castes.
A cause de leur prodigieuse étendue et de leur éparpillement, ces peuples ne pouvaient être régis que par le despotisme le plus absolu; à cause du despotisme qui les régissait , ils ne pouvaient avoir d'autre politique que la conquête. Faute d’une loi intérieure d’organi-
Si CONSI DÉ HAT IONS SUR L'IllSTOlHE.
sation, ils 11e purent trouver leur assiette que dans le système des castes. Les castes sont l’architecture sociale de l’Orient. Elles représentent les étages de la société, dont les matériaux superposés sont cimentés par le despotisme. Les castes mettent l’ordonnance dans les sociétés qui ne connaissent pas l’ordre, fruit exclusif de la justice. Le moyen Age, plus barbare que l’Orient sous maint rapport, à cet égard lui ressemble : les castes sont-elles autre chose que de grandes corporations systématiques; les serfs, les vilains, les seigneurs ne forment-ils pas aussi les étages de l’édifice social couronné par le double despotisme du sacerdoce et de l’empire? Orient et moyen Age sont essentiellement théocratiques. L’autorité non consentie et la conquête régnent des deux parts. Des agglomérations foulées ou poussées les unes contre les autres, un branle-bas incessant de peuples, d’ambitions et de fanatismes; des guerres, des massacres, des élévations et des abaissements au-dessus desquels reparaissent les guerriers et les prêtres, tantôt unis, tantôt divisés, toujours dominateurs, — tel est l’Orient, tel le moyeu Age. Toutefois, dans la confusion de celui-ci s'ébauchent les nations modernes qui substitueront à la caste fermée la classe légalement accessible à. tous, au joug du sacerdoce la communauté des consciences autonomes, à la tyrannie de droit divin la liberté de droit humain, à l’unité mécanique du despotisme l’unité organique de la justice. Le monde contemporain n’a pas encore définitivement et partout cause gagnée, mais son incontestable tendance est là, son esprit et son avenir : le gouvernement n'a plus d’autre objet à ses yeux que d’assurer la liberté réciproque des hommes, l’État
VOflIENT.
plus d’autre mission que de délivrer les forces sociales des liens artificiels qui entravent leur essor. C’est pour cela que le monde oriental lui est devenu si étranger qu'il lui semble en y entrant aborder sur un continent historique duquel le sépare un abîme plus profond que l’Océan.
L’Orient n’était pas en mesure d'échapper au despotisme. Le moyen âge en est sorti parce qu’il renfermait en soi un principe supérieur à lui-même, l’idée du respect de la personne humaine enveloppée dans le christianisme; parce que, d’autre part, les barbares venus du Nord lui apportaient une sève d’individualité, une énergie de corps et de caractère que l’Orient n’eut pas et ne pouvait avoir. Où manque le nerf moral, ce muscle de l'âme, il n’est pas de remède à l’asservissement. Où ce nerf existe la liberté prévaudra inévitablement au bout d’un certain temps, car elle n’est que l’individu faisant triompher son droit à l’existence et à l’humanité. L'Orient avait en outre contre lui son immense étendue et la dissémination de ses peuples sans cesse remués, déplacés par la conquête. Quelque chose d’analogue se passe dans un État contemporain qui tient beaucoup de l’Asie et dont l’ambition penche de son côté, bien qu’il soit la puissance septentrionale par excellence. Que l’empire russe s’étende outre mesure au lieu de se concentrer, qu’il accueille en soi des éléments trop disparates, l'estomac lui fera défaut pour les digérer; il ne pourra se maintenir que par le despotisme politique et religieux résumé en un seul homme. La fatalité qui s’attache aux trop vastes agglomérations, impuissantes à se concentrer, restera la sienue. L’Amérique eile-
même n’y aurait point échappé si, dans son immense étendue et la diversité de ses éléments en fusion, ses fondateurs n’avaient apporté les mœurs, l'inslidct, Jes idées d’une nation déjà formée qui est la plus politique et la plus libérale de toutes les nations. Peuple nouveau doté de la sagesse pratique d’un peuple ancien, les Américains ont, par la fédération, échappé aux périls résultant de l’amas croissant des populations et de l’étendue des territoires. Par la fédération, ils ont divisé le problème et laissé à chaque agglomération politique le soin, et, grâce au bénéfice de ses limites restreintes, le moyen de le résoudre pour soi. Les solutions locales, devenues des provinces ou des Étals, se sont unies dans une solution générale qui est l’Amérique. Et puis, l’Amérique s’en tire par la conquête, — celle du sol qui ne lui manque encore nulle part; elle donne un débouché à la vieille Europe et profite de l’expérience de celle-ci, sur une terre vierge elle apporte une civilisation toute armée qui lui donne la victoire.
L’Orient, privé do telles ressources, incapable de rien emprunter, devait, après avoir atteint son apogée, tourner sur lui-même, décliner, et s'endormir dans la torpeur jusqu’au jour où l’Occident, sans le régénérer, le réveillerait par son contact. Les sociétés qu’il a produites ressemblent à sa végétation qui nous ollre de larges épanouissements; l’ampleur et l’éclat y remplacent la force, la sève s'y délaie au détriment de la saveur. L’Orient a plus de fleurs, le Nord moins rapide a plus de maturité et de fruits.
Le monde oriental se reflète dans la famille orientale Q dont la constitution est également théocratique et despo-
L'ORIENT
tique. « La pluralité des femmes, dit Ileeren, mène nécessairement 'au despotisme dans la famille, parce qu’il fait de la femme une esclave, et par conséquent dé L’homme un maître. La société ne se compose donc pas d’un certain nombre de pères de famille, mais de despotes domestiques, qui, parce qu’ils font eux-mêmes du despotisme, veulent être traités despotiquement à leur tour. Qui commande aveuglément n’est habile qu’à obéir aveuglément. »
Nous trouvons la famille constituée fortement chez tous les peuples dont l’individualité politique s’accentue avec vigueur. Chez les Juifs, elle fut l’élément de la vie patriarcale, de la tribu qui n’est qu’une réunion de familles sous l'autorité d’un homme choisi lui-même parmi les pères de famille. Chez les Grecs, nous la verrons beaucoup plus respectée qu’il ne semble d’abord ; chez les Romains, assise première de la cité, elle alîecte dans la personne du pater familias un caractère presque religieux. Parmi les nations modernes, les plus solides sont celles qui ont les familles les plus solides. La famille est la pierre dont les sociétés sont bâties; quand elle se désagrégé, la société se décompose.
Les sociétés guerrières et théocratiques de l’Orient furent tout ce qu’elles pouvaient être en dehors de la famille et de la liberté. Les arts techniques y acquirent uno perfection duc principalement, j’imagine, aux traditions que le système des castes entretenait parmi les artisans et qui faisaient école. L'Orient, surtout en Perse et dans l’Assyrie, a la main artiste, ses tissus, ses armes, ses vases, sa vaisselle, l'ornementation de ses palais et de ses monuments en témoignent encore sous nos yeux.
Ce n’est pas la fanon grecque, mais c’est ingénieux presque toujours, souvent original, quelquefois môme beau et mesuré. Le sens de l'ensemble n’a pas encore triomphé dans l’éqUilibre des lignes monumentales ou dans la pleine harmonie de la forme vivante; cependant la forme humaine, et particulièrement le visage humain, y sont trailés avec respect. Dans les bas-reliefs et les statues de Ninive que nous devons aux fouilles de M. Lavard 1 , je remarque l’amour intelligent avec lequel le cheval est étudié, il semble mieux compris que l’homme luimême. Certains lions ailés sont superbes de force et de calme. Ce qui domine dans la sculpture assyrienne, c’est la musculature, l’énergie précise en même temps qu’ornée. Les profils sont nobles, très-purs de dessin, les attitudes et le geste expressifs et justes. Moins anguleuse que la sculpture égyptienne en proie à la roideur des formes traditionnelles sacrées, celle de Ninive est plus voisine de la nature et l’on voit le constant effort qu’elle fait pour s’en rapprocher. L’Égypte emprisonnée dans ses liens sacerdotaux n’a pas su marquer aussi bien que l’Assyrie la différence naturelle du contour féminin et de la ligne masculine. L’art assyrien qui se meut avec plus d’aisance ne s’est pas non plus laissé écraser sous les surcharges et les monstrueuses superfétations auxquelles a succombé celui de l’Inde. C’est de la Perse éprise d’élégance qu’il me paraît s’être davantage rapproché. Il caresse le détail, s’y complaît partout et s’y attache trop pour ne pas s’y perdre sou veut, — il a toutefois daus le mélange de la forme humaine et de la forme animale,