‹ Considérations sur l'histoireChapitre 106 sur 143 · I. Deschanel, la Courtiianti grnqvei · texte numérisé non relu

I. Deschanel, la Courtiianti grnqvei

genre à la perfection qui voulait, ni d’emblée. Corinthe, la ville des plaisirs et de la richesse bourgeoise, mais artiste jusque dans ses corruptions, cultivait les sens et de la volupté faisait l’art de la sensation. Corinthe tenait école de volupté, Corinthe avait ses traditionset ses maîtres I Aspasie est la premièro des femmes libres, comme Périclès son amant est le premier des hommes d'État d’Athènes. De Pénélope à Aspasie il n’y a point de chemin, mais dans notre monde n’en est-il pas encore de môme; n'avons-nous pas les deux espèces féminines qui ■répondent, l’une au besoin de la société, parce qu’elle répond à ceux de la famille dont la société ne se peut passer; dont l’autre satisfait aux besoins d’imagination, de mobilité, j’allais dire d’inconstance et de faiblesse qui possèdent, hélas! en tout pays la nature masculine? Comme chef de famille, l'homme est monogame et doit l’être : les enfants ne sauraient appartenir à plusieurs femmes ni à plusieurs hommes sans que la famille se dissolve. Mais l’homme en dehors de ce rôle utile, moral, humain, a peine à se contenir dans la monogamie ; ses sens, et peut-être plus souvent encore son orgueil ou sa vanité, en font un polygame de tendresse et d’appétit. Il n’accouche pas, la femme accouche, cela met entre eux déjà une grande dilféreuce. Et puis, la femme « meilleure ou pire, » lorsqu’elle est meilleure, ce qui fréquemment arrive, est par sa nature même portée à s’attacher à un seul amour ; elle vit davantage par le cœur, qui aime à se fixer, à s'attacher en se dévouant. Lorsqu’elle chancelle et tombe , c’est presque toujours faute d’un appui que l’homme lui refuse. Cet appui, elle ne le trouve que dans la famille, elle y est chez elle. Qu’elle

• LA GRÈCE

en sorte, elle n’y pourra rentrer. Les fautes de l’homme ne sont point sans conséquence, elles n’ont point d’ordinaire celles qui s’attachent aux fautes de la femme. Sans doute la fidélité mutuelle et l’inaltérable constance des époux sont le mariage même ; mais les Aspasie seront toujours là pour accuser et pour alimenter l’infirmité de nature inhérente à l’homme; d’autres diront qu’elles existent pour suppléer à l'insuffisance de l’épouse. Ceux-là sont des Aspasie ou des Périclès.

Il existe cependant un idéal, il existe une vérité supérieure : c’est l’union qui met l’amour dans le mariage à côté du devoir, la culture et l’agrément dans l’épouse même, la droiture et l’affection dans le spectacle de ce qu’il y a de plus beau, de plus heureux, de plus fort et de plus sain au monde : le spectacle de l’homme et de la femme se complétant l’un l’autre et fondant en une seule leurs destinées pour la perpétuer dans leurs enfants. Mais que font de cet idéal ceux qui sont chargés de le réaliser, qu’en font les coups de hasard du sort et de l’amour, également aveugles? La réalité nous le montre, elle qui jette son ironique défi à tout idéal. Aussi les philosophes tant pis et les poètes amers garderont beau jeu. Les Simonide et les Archiloque continueront de médire ou de rire, et prétendront que « la femme est la chaîne indestructible qu’on a mise aux pieds de l’homme, » ou comme le disait un poëte inconnu : que la femme est le plus grand malheur de l’homme ; ce qui pourrait être vrai quelquefois si l’homme ne commençait pas être le plus grand malheur de la femme. Ils sont leur plus grand malheur l’un à l’autre quand ils ne sont pas leur plus grand bonheur : voilà la vérité. Simonide compare

la femme par excellence à l’abeille. L’abeille fait le miel ; que la femme mette dans son cœur le miel de l’amour, qu’il monte à ses lèvres et coule avec ses paroles dans les âmes pour les adoucir !

Disons avec Schiller : Honorez les femmes. Sans cesser de les aimer dans leur beauté, aimous-les dans leurs vertus. Quand les hommes en arrivent à estimer la beauté des femmes plus que leur vertu, ils sont bien près de ne plus les estimer qu’aux dépens de leur vertu. Le jour d’une décadence commune et d’une corruption réciproque est alors venu, car la famille est minée.

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