‹ Considérations sur l'histoireChapitre 116 sur 143 · I. PloUrqne, Vie de Lÿiandre · texte numérisé non relu

I. PloUrqne, Vie de Lÿiandre

quement à manquer de génie et s'est condamné à la stérilité. On est contraint d’admirer l’énergie du parti pris Spartiate, qui sera tenté de l’imiter? Athènes a vécu, mais elle revit, Sparte n’a que vécu.

Thucydide pense que « le motif véritable et non divulgué » de la guerre entre les deux cités fut que les Athéniens, devenus puissants et inspirant des craintes aux Lacédémoniens, mirent ceux-ci dans la nécessité de prendre les armes.

La nécessité, en pareille occurrence, on la connaît : elle se nomme l’ambition. Quand la guerre latente éclata entre les deux champions, ils s’efforcèrent d’attirer autourd’eux des alliés. Ce fut, on le conçoit, leur grande affaire, et cette brigue des alliances grecques ou étrangères ne prit fin qu’avec la Grèce; on préparait ainsi de loin, mais dès le début, la venue de Philippe de Macédoine et des Romains que l’avenir tenait en réserve derrière la scène poulie dénoûmeht. « Peu d’années après qu’ils eurent repoussé le barbare en réunissant leurs efforts, les Grecs se divisèrent entre les Athéniens et les Lacédémoniens, tant ceux qui s’étaient détachés du roi que ceux qui s’étaient alliés contre lui. Par leur prépondérance ces deux peuples brillèrent du plus grand éclat. Les uns étaient puissants sur terre, et les autres sur mer. La coalition dura peu de temps ; les Lacédémoniens et les Athéniens se brouillèrent ensuite et se firent la guerre avec l’aide des alliés. Les autres Grecs, s’ils venaient à se diviser, se liguaient avec les deux peuples ; de sorte que, depuis la guerre des Perses jusqu’à celle-ci, sans interruption, tantôt en paix, tantôt en guerre entre eux ou avec leurs alliés rebelles, ils furent bien préparés pour combattre et acqui-

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rent plus d’expérience, parce qu’ils s’exercaient au milieu des dangers *. »

Voilà donc la carrière ouverte aux dissensions de ménage entre les peuples de la Grèce que le Perse avait unis.

« Le plus important des faits antérieurs, poursuit Thucydide, est la guerre médique ; mais elle fut bientôt terminée en deux batailles sur mer et autant sur terre. La guerre actuelle s’est prolongée considérablement, et, pendant sa durée, il est arrivé en Grèce des désastres tels qu’il n’y en eut pas de semblable dans un espace de temps égal : car jamais tant de villes ne furent prises et dévastées, les unes par les barbares, les autres par les Grecs eux-mêmes qui se faisaient la guerre (il y en eut même qui, étant tombées au pouvoir de l’ennemi, changèrent d'habitants), ni tant d’exils d’hommes, ni tant de meurtres, soit dans les batailles, soit dans les séditions. Des choses qu’on entendait raconter autrefois, mais qui ne s’effectuaient que rarement, devinrent croyables : des tremblements de terre, par exemple, qui s’étendirent sur une grande partie de la terre avec beaucoup de violence ; des éclipses de soleil, plus fréquentes que celles antérieurement connues de mémoire d’homme ; dans certains pays, de grandes sécheresses, et, par suite, la famine ; enfin, ce qui causa non moins de mal, et détruisit une partie de la Grèce, la peste. Tous ces maux fondirent sur elle à la fois en même temps que la guerre actuelle. Les Athéniens et les Lacédémoniens la commencèrent, en rompant le traité de trente ans, conclu entre eux après la prise de l’Eubée. »

i. Thucydide.

La guerre en se prolongeant va produire ses effets ordinaires, éclipser dans l’homme la partie humaine, la raison et la justice, au profit de la partie bestiale, la fureur de la vengeance et des sanglantes représailles.

Les habitants d'Égine sont chassés avec leurs femmes et leurs enfants.par les Athéniens qui les accusent d’être une des principales causes de la guerre ; c’est qu'il ne déplaisait pas aux Athéniens de peupler Égine à leur profit et de la posséder. « Ils croyaient, dit Thucydide qu'ils posséderaient avec plus de sûreté Égine, qui touche au Péioponèse, en y envoyant uno colonie tirée de leur sein, et y firent passer des colons peu de temps après. Les Lacédémoniens par inimitié pour les Athéniens, et reconnaissants du bienfait que, dans le temps du tremblement de terre et de l’insurrection des Ilotes, les Éginètes leur avaient rendu, donnèrent à ces exilés Thyréa pour l’habiter, et ses campagnes pour en jouir. Le territoire de Thyréa confine à l’Argie et à la Laconie, en descendant jusqu’à la mer. Une partie des Éginètes s’y établit, et les autres se dispersèrent dans le reste de la Grèce.

« A la suite d’un combat naval qui donna la victoire aux Gorcyréens sur les Corinthiens dont ils détruisirent quinze vaisseaux, les vainqueurs réduisirent encore Je même jour par capitulation ceux qui assiégeaient Épidamne; d’après cette capitulation, ils vendirent les étrangers, et retinrent les Corinthiens dans les fers, jusqu’à ce qu’il en fût décidé autrement.

« Après le combat naval, les Corcyréens dressèrent un trophée à Leucimne, promontoire de Corcyre.et égorgèrent tous leurs prisonniers, excepté les Corinthiens, qu’ils retinrent dans les fers. Ensuite les Corinthiens et leurs

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alliés, battus sur mer, s’étant retirés chez eux, les Corcyréens restèrent maîtres de tous ces parages ; puis ayant fait voile pour Leucade, colonie des Corinthiens, ils en ravagèrent la campagne et brûlèrent Cyllène, chantier des Éléens, parce que ceux-ci avaient fourni aux Corinthiens des vaisseaux et de l’argent. Durant la plus grande partie de l’année, après le combat naval, ils eurent l’empire de la mer, et, débarquant chez les alliés des Corinthiens, y portèrent le ravage. »

L’exemple était donné par les Athéniens. A chaque propos, ils dévastent les domaines des Lacédémoniens et de leurs alliés, qui le leur rendent à chaque occasion.

« De là, s’étant embarqués, ils allèrent à Prasiæ, ville maritime de la Laconie, ravagèrent une partie de la campagne, prirent la place et la saccagèrent. »

Des ambassadeurs de Sparte sont mis à mort par les Athéniens qui les égorgent : « Sans les juger, raconte Thucydide, et pendant qu’ils voulaient parler. Ils les jetèrent ensuite dans des fondrières. Ils se crurent en droit d’user de représailles contre les Lacédémoniens, qui tuèrent et jetèrent dans les fondrières les commerçants d’Athènes et des alliés qu’ils avaient pris naviguant autour du Péloponèse sur des vaisseaux marchands ; car au commencement de la guerre les Lacédémoniens traitaient en ennemis et mettaient à mort tous ceux qu’ils arrêtaient sur mer, soit alliés des Athéniens, soit neutres. »

Faut-il en croire Xénophon lorsqu’il décrit ainsi les procédés des Athéniens envers leurs alliés, même dans la paix : « A l’égard des alliés, quand il* aborde chez eux, il y

!. Le peuple athénien.

poursuit les gens de mérite de sa calomnie et de sa haine, mais c'est parce qu’il est convaincu que tout supérieur doit être haï de son inférieur ; que, si on laisse les riches et les puissants se fortifier dans la république, avant peu la souveraineté populaire aura vécu à Athènes. C’est eu vertu de ces principes que le peuple dégrade les hommes de talent, confisque leurs biens, les condamne à la mort ou à l’exil et élève des hommes de rien. Par contre les gens recommandables d’Athènes soutiennent les gens recommandables des villes alliées, dans la penséequ’il est de leur intérêt de défendre les premiers citoyens d’uiie république. On dira peut-être que ce serait une force pour les Athéniens d’avoir des alliés en état de leur fournir des subsides. Mais les démocrates regardent comme un plus grand bien que chaque Athénien mette personnellement la main sur la fortune des alliés, afin que ceux-ci, réduits à ce qu’il faut pour vivre et pour travailler, soient hors d'état de nuire. Le peuple athénien parait encore avoir pris une mauvaise mesure, en contraignant les alliés à venir par mer à Athènes pour leurs procès. Mais il calcule de son côté tous les avantages qui peuvent en résulter pour le peuple d'Athènes. Et d’abord il tire profit toute l'année des sommes consignées par les parties; ensuite, sans sortir de chez lui, sans mettre voiles dehors, il gouverne les villes alliées, soutient les états démocratiques et écrase ses ennemis dans les tribunaux. Si au contraire les alliés avaient chez eux droit de justice, leur haine des Athéniens leur ferait conjurer la perte de tous ceux des leurs qui tiendraient pour le peuple d’Athènes. Ce n’est pas tout. Le peuple athénien gagne encore ceci à traduire les alliés devant les tribunaux d'Athènes.

LA GRKCE.

D’abord la république s’enrichit de la perception du centième au Pirée ; ensuite si l'on a une maison à louer on en tire un meilleur profit; et de môme si l’on a un attelage ou un esclave à mettre en location; enfin les crieurs publics ne se trouvent pas mal de ce voyage des alliés. De plus, si les alliés ne venaient pas vider leurs procès à Athènes ils n’auraient de considération que pour ceux des Athéniens qui naviguent chez eux, stratèges, triérarques députés ; maintenant, chacun des alliés est contraint de faire la cour à tout le peuple, sachant bien qu’une fois à Athènes il ne pourra perdre ni gagner que par devant le peuple qui est la loi d'Athènes. Là encore, on est forcé de s’humilier dans les tribunaux et de prendre la main de chaque arrivant. Aussi les alliés sont-ils réellement les esclaves du peuple. »

C’est tout ce que j'ai vu dans Rome à mon abord.

N'a-t-on point de présents à Taire,

Point de pourpre à donner, c’est en vain qu’on espère Quelque refuge aux lois : encor leur ministère A-t-il mille longueurs

Sparte, devenue maîtresse d’Athènes dans cette guerre acharnée, lui fit payer cher sa gloire et son ascendant dominateur; mais la vitalité d’Athènes n’est pas éteinte, les trente tyrans installés chez elle, ses murs rasés, sa flotte détruite ne l’ont pas épuisée. Le traité d’Antalcidas lui laisse le temps de respirer, elle' se redresse et prospère de nouveau ; son heure n’est pas venue.

Elle ne sonnera que lorsque la mort germera dans son propre sein, et que la décadence née d'elle-même rongera

i. La Fontaine, Paysan du Danube.

sou génie, ver mortel dans un fruit savoureux et brillant. Aucun peuple ne vit et ne meurt que par lui-même; ceux qui succombent aux accidents du dehors montrent par là qu’ils étaient sans individualité, qu’ils n’étaient pas.

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