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disposition était là, quant à la chose c'est affaire de date.
« Si la défiance et le mépris de la Divinité sont des sentiments bien criminels, une passion plus terrible encore c’est la superstition : semblable à l’eau qui gagne toutes les parties basses, elle s’insinue dans les âmes abattues par la crainte, les glace de terreur et les remplit des opinions les plus absurdes; c’est l’effet qu’elle produisit alors sur Alexandre. » Plutarque parle ici des derniers temps de la vie de son personnage. Imagination et vanité, tempérament d’homme de lettres sous le conquérant, ainsi nous apparaît Alexandre, héros aimable d'ailleurs, généreux à l’occasion et gentleman. César et Frédéric sont des héros lettrés et philosophes, différence considérable; s’il eût écrit ses Commentaires, Alexandre aurait un peu déclamé, et ses proclamations, s’il en fit, ont dû ressembler de loin à celles de Napoléon; avec moins d’emphase toutefois parce qu’il s’agissait de plaire aux Athéniens et que Napoléon succédait à des tribuns. Il y avait du théâtral, partant du comédien, dans l’un et dans l’autre, mais dans Alexandre nulle fourberie. Lorsque Bonaparte, sur les pas d’Alexandre qu’il aimait à citer, s’achemine en projet vers l’Inde à travers l'Égypte, il se fait Turc pour la circonstance. Comment s’y prend Alexandre pour séduire les Orientaux ? « Alors Alexandre se rapprocha davantage des mœurs et des manières des barbares; il s'appliqua aussi à les lier eux-mémes aux usages des Macédoniens, dans la pensée que ce mélange et cette communication réciproques des mœurs des deux peuples, en cimentant leur bienveillance mutuelle, contribueraient plus q ue la force à affermir sa puissance quand il se serait éloigné des barbares. 11 choisit donc parmi eux i. 33
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CONSIDÉRATIONS SUR L’HISTOIRE, trente mille jeunes gens qu’il fît instruire dans les lettres grecques et former aux exercices militaires des Macé- • donien» ; il leur donna plusieurs maîtres chargés de diriger leur éducation. »
Il en advint, je pense, à peu près de ces écoles comme de nos écoles d’Alger où nous avons la prétention d’enseigner notre civilisation aux Arabes conquis. Les Perses d’ailleurs ne s’estimaient nullement barbares, et de fait ils ne l’étaient pas. Sans le reflet qu’elle empruntait au voisinage de la Grèce, la Macédoine eût pâli auprès d’eux.
Il n’y a dans l’expédition d’Alexandre que matière à poésie. C’est un superbe décor avec un mgnifique héros : le héros parti, le décor tombe, et la rampe s'éteint dans la nuit.
Tel se montre le personnage. Mais l’homme n’étaitil pas humain? Oui, il comblait dé cadeaux ses amis, il aimait les « propos de table » à la manière de Cyrus, de Luther et de Xénophon — mais il tuait Clilus au dessert. Il était généreux, mais il était à ses heures aussi terriblement sanguin. Thèbes détruite après avoir été livrée au pillage, six mille habitants massacrés, trente mille vendus comme esclaves; Tyr saccagée et sa garnison passée au fil de l’épée en savent quelque chose. Alexandre se repent sans doute car il n’a pas mauvais cœur, il veut relever Tyr, reconstruire Thèbes — il eût voulu sans doute ressusciter Clitus. On lui pardonne tout, à cet enfant gâté du succès ; et puis c’est une des figures jeunes de l’histoire: Alexandre, Jésus, Julien l’Apostat, les morts de la trentième année, à ce titre seul déjà, ont une auréole. Morts de la trentième année, le destin vous salue 1
LA GRÈCE
Celui-ci aimait à plaire et plaisait ; il y réussit encore auprès de la postérité qu’il a ensorcelée. Quoique prince et vainqueur il chérit sa mère 01vmpia3, qui lui envoie des semonces, lui reproche ses libéralités à ses amis, libéralités qui l’honorent, pense-t-elle, mais qui donnent à ceux qui en sont l’objet le moyen de se faire beaucoup de partisans en les lui ôtant à lui-même. Comme Olympias lui donnait souvent cet avis dans ses lettres, il ne les communiquait plus à personne. Une fois seulement qu’il venait d’en ouvrir une, Héphestion s’approcha et la lut avec lui par-dessus son épaule, ainsi qu’il avait coutume défaire; Alexandre ne l’en empêcha point, mais il tira son anneau du doigt et en mit sans dire mot le cachet sur la bouche d’Héphestion. — Voilà qui est charmant, et ce trait serait à la scène d’un effet à la fois gracieux et solennel. Nous en trouvons d’autres de même espèce dans la vie du conquérant. Un Macédonien qui conduisait un mulet chargé de l'or du roi, voyant le mulet exténué, met la charge sur son dos. Alexandre l’aperçoit qui, pliant sous Je faix, est sur le point de jeter le fardeau. Informé de son action: « Mon ami, lui dit-il, ne te fatigue pas plus qu’il ne faut ; fais seulement en sorte de porter cet argent jusque chez toi, car je te le donne. » Antipater, gouverneur de Macédoine, lui ayant écrit une longue lettre contre Olympias : « Il ne sait pas, répondit-il, que dix mille lettres pareilles sont effacées par une larme d’une mère! »
Des menus propos que l’histoire a mis dans la bouche des personnages illustres, il est malaisé de savoir le vrai ; cependant ces propos, même inventés, ont une part de vérité, car ils le sont dans le sens du caractère auquel on les prête. Alexandre avait bon cœur. Mais ce n’est pas
le cœur qui le guida dans ses conquêtes, c’est la gloriole, — la gloriole c’est Alexandre le Grand. Il se montre jusqu’au bout tel qu’on l’a vu d’abord.
Arrivé au bord du Gange, ses soldats refusent de passer le fleuve. Ils viennent à sa porte, envieux de le toucher par leurs cris et leurs gémissements. Alexandre consent à revenir sur ses pas. « II se laissa fléchir, dit Plutarque, et se disposa à retourner sur ses pas, après avoir imaginé, avec une vanité de sophiste, tout ce qui pouvait donner une opinion exagérée de sa gloire. 11 fit faire des armes, des mangeoires pour les chevaux et des mors d’une grandeur et d’un poids extraordinaires, et les dispersa de côté et d’autre dans la campagne. Il dressa aussi, en l’honneur des dieux, des autels. »
Sur ce trait final, tirons l’échelle, et que les claqueurs de la postérité, les badauds de gloire, applaudissent : la divine poussière d'Alexandre en frémira d’aise où qu’elle soit.
ROME