‹ Considérations sur l'histoireChapitre 18 sur 143 · L'OBI E NT · texte numérisé non relu

L'OBI E NT

necessaires à la vie y manqueront; mais on est toujours sûr d’y trouver quelques belles maximes écrites sur des baudes de papier rouge 1 . »

Le môme auteur nous informe que l'enseignement est libre sans restriction eu Chine, et qu’il ne s’étend pas seulement aux hautes sphères, mais se trouve répandu dans toutes les classes : « 11 n’est pas de petit village, de réunion de quelques fermes où l’on ne rencontre un instituteur. A quelques exceptions près, tous les Chinois savent lire et écrire, du moins suffisamment pour les besoins de la vie ordinaire. » Cependant la Chine reste un pays desséché, aride d’esprit et corrompu : l’inspiration morale n’y est pas. Et que peut sans elle l’instruction pour soutenir ou relever les peuples! elle sert plus à les gâter qu’à les améliorer, car elle fait des raisonneurs et souvent par l’abus du raisonnement des sophistes. La Chine bourdonne de raisonneurs et de raisonnements, et si le bonhomme Chrvsale de Molière y fondait une dynastie, les motifs ne lui manqueraient certes pas de s’écrier :

Raisonner est l'emploi de tonie ma maison,

Et le raisonnement en bannit la raison.

La Chine n’a pas d"id&d qui fasse battre son cœur, pas de pensée qui pénètre et creuse au fond de son être jusqu’à ce mystère de l’iufini où nous rencontrons Dieu en nous. Elle est exclusivement cérébrale. Mais on ne vit que par l’âme, et l’âme elle-même ne vit que par la foi en quelque chose de plus grand que l’homme, de plus grand

t Hue, l’Empire Minois.

CONSIDÉRATIONS SUR L’IUSTOIRE.

que le présent. Hors de l'idéal l'esprit meurt d’asphyxie. Le Chinois, qui ne vit que du cerveau, s’il n’a pas échappé . au fanatisme politique et révolutionnaire, a du moins échappé au fanatisme religieux : l'abominable fléau n’a éclaté en Chine que grâce aux missionnaires bouddhistes ou européens ; encore n'a-t-on sévi contre ces derniers que parce qu’on soupçonnait en eux, sous l'apôtre, l’étranger venu pour attenter à l’existence politique et nationale du céleste empire. Le missionnaire Hue dit que le Chinois parle volontiers de la religion, mais comme d'une chose qui ne le regarde pas et n’est pas faite pour lui. C’est apparemment que le Chinois n'est pas fait pour elle. Il pourrait, s’il avait lu nos poètes, répondre simplement à ses convertisseurs ce que répondait certain héros à qui lui prêchait la vertu :

Nous n’avons pas, dit-il, le crine fait de mime.

Depuis quatorze siècles les missionnaires chrétiens palpenf le crâne chinois, ils n'ont pu y découvrir encore la bosse des choses divines. Et la tolérance des Chinois les désole parce qu’elle n’est que de l’indifférence ; indifférence qui résulte elle-même de l’incapacité du Chinois en matière religieuse, de son impuissance à rien voir, sentir, imaginer au delà de sa présente condition. Le problème de la destinée humaine, où gtt le problème religieux, n’existe pas pour lui; il n’étreint pas son âme et ne lui fait pas pousser le cri d’espérance ou de désespoir qui est la religion dans le cœur, il ne tourmente pas sou intelligence et ne lui fait pas engendrer ces conjectures diverses, ces hypothèses puériles ou grandioses qui sont

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