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Le Tour du monde, par M. lù'iuionJ l’iauciiut

L'OHIENT.

les maisons, et Tou tue les habitants. Un seul échappa; ayant essuyé sans être atteint dix coups de feu, il n'en cheminait pas moins sur la voie sans hâter son pas et sans regarder derrière lui. « Je le fis épargner, me dit l'oificier, émerveillé de tant de courage. Je courus sur lui, et, lui frappant avec la paume*üe ma main un rude coup sur l'épaule, je vis cet homme étonnant me répondre avec un pâle sourire, et sans que je sentisse sous mon étreinte brutale un seul frisson agiter son corps. J’essayai de lui faire comprendre mon admiration ; il parut s’en soucier très-peu, je dois l’avouer. Je me hâtai de le confier à deux de mes hommes qui empêchèrent qu’on ne lui fit aucun mal. » — 11 était temps.

Du reste, les Chinois nous offrent des exemples de tueries politiques monstres et qui, dans ces proportions sans doute n’ont été atteintes par aucun autre peuple d’Orient ni d’Occident. A Canton, le mandarin Yeh, — un lettré — fit tomber cent mille têtes de rebelles dans les eaux du Kouang-Foung : la Chine est un pays si peuplé! A genoux sur le bord du quai, raconte un témoin, les victimes attendaient, impassibles, le coup fatal. Les têtes pieuvaientdans le fleuve, moisson du glaive qui ne se fatiguait point. Un prétendant à l’empire, chef de rebelles, nommé Tchang-Hien, dans l’espoir de vaincre par la terreur, sur une simple censure de son administration par un religieux bouddhiste fit égorger tous les bonzes de la proviuce, au nombre de plus de vingt mille. Six cent mille habitants d’une grande ville eurent le même sort, on ne lit grâce à aucun. Les annales chinoises disent qu’un lleuve de sang couvrit la terre... Le tyran fit jeter les cadavres dans la rivière, afin que les habitants des contrées

qu’ello arrosait fussent avertis, par le spectacle de ses eaux changées en sang et des corps qu'elle charriait, du sort qui les attendait eux-mêmes... Ce tigre altéré de sang exerça sa rage sur les animaux qui avaient échappé au massacre général des habitants : chevaux, bœufs, moutons, tous les troupeaux furent égorgés par son ordre » Les mémoires très-intéressants de la mission russe à Pékin s, auxquels nous avons emprunté déjà les données sur les révolutions territoriales et le socialisme de la Chine, nous donnent le récit pathétique de ce qui se passa lors de la chute de la dynastie des Min, la dernière dynastie nationale, renversée eu 1644 par une rébellion militaire et remplacée par celle des Tar laïcs mantohous, entrés en conquérants sur le territoire des anciens « Fils du ciel, » et devenus fils du ciel à leur tour. Lorsque l’empereur régnant se vit perdu, il dit simplement : « Je plains le peuple; » puis, il envoya ses trois fils à leurs parents du côté des femmes , ajouta en se tournant vers l’impératrice : « C'en est fait de la bonne cause, » et tous se mirent à sangloter. Les domestiques suivirent leur exemple. L’empereur les renvoya et leur recommanda de no plus songer qu’à eux. L'impératrice baissa la tête et dit : « Voilà dix-huit ans que je vis avec toi, tu as toujours écouté ma voix : eh bien, il ne faut pas survivre à ce jour. » Elle embrassa l’héritier du trône et les deux princes avec une inexprimable douleur, les embrassa une seconde et une troisième fois, et les congédia; puis elle se rendit au palais et se pendit. L’empo-

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