I. Histoire générale de la Chine
S. Publiés à Saint-Pétersbourg, de 1852 h 1S37, par le docteur Charles Abel. Voir Revue germanique, t. I.
L'ORIENT
reur vit ce spectacle en passant devant le palais et dit : « C’est bien , c’est bien. » Il appela è’ainée des princesses* qui avait déjà plus de quinze ans, et dans l’angoisso* de son cœur, s’adressant à l’enfant qui fondait en larmes, il prononça ces paroles : « Pourquoi es-tu née dans ma maison? » Ayant mis son bras gauche devant les yeux, il tira son sabre de la main droite et frappa. La princesse voulut parer avec le bras, le coup porta sur l’épaule gauche et le bras tomba par terre. L’entant fut renversée, le
sang coula à flots, l’empereur laissa échapper sou sabre : il n’était plus en état de le manier. Tandis qu’on criait dans le palais que l’empereur avait tiré le sabre, il se précipita vers sa seconde femme et lui ordonna de se suicider. Elle se pendit sans délibérer, mais la corde cassa et la malheureuse tomba à terre. Elle reprit ses sens, et l’empereur la frappa trois fois de son sabre. Alors furent appelées les autres femmes et les concubines : l'empereur les tua toutes de sa propre main. Il lit dire à l’impératrice mère de se dépêcher de mourir. 11 appela ensuite l’eunuque Wan-tschen-en, s’entretint quelque peu avec lui, et ils burent du vin. Vers la troisième veille de la nuit, l’empereur se déguisa, mit les bottes de Wan-tschen-en, et accompagné de quelques douzaines d’eunuques portant des haches, ayant lui-même un trident à la main, il abandonna le palais. Le cortège se dirigea vers la porte Zi-chua-muin, où les eunuques de garde, par soupçon de quelque nouveauté survenue au palais, tirèrent sur eux. On ne pouvait plus. s’enfuir vers le Sud. Par divers détours, l’empereur avec sa suite perça jusqu’au mur de la ville, y monta, et vit aux perches à signaux de la porte Zjan-muin trois lanternes. Ils comprirent tous qu’il n’y
CONSIDERATIONS SUR I/IIISTOIHE.
avait plus de salut : l’ennemi avait pénétré dans la ville intérieure. L’empereur se transporta avec ses compagnons à la maison du portier Tschju-tschun-tschan pour se consulter avec lui; mais il n’y était pas et taisait ripaille en ville. Les domestiques ne laissèrent pas même entrer l’empereur dans la maison ; il alla à une autre porte, mais la trouva trop solidement verrouillée pour qu’il fïlt possible de l’ouvrir. L’aurore approchait, et l’empereur retourna au palais, après avoir tout à fait échoué. Le 19, à l’aube, il se rendit au palais de Jui-zjan-djan, et frappa sur la cloche à signaux dont l’appel avait coutume de réunir tous les fonctionnaires. La cloche sonna, mais personne ne parut. L’empereur commanda alors aux employés de sa cour de se disperser, prit Wan-tschen-enpar la main et l’entraîna dans le jardin intérieur; là ils grimpèrent sur la montagne Wan-scheu-schan et allèrent au pavillon Scheu-chuan-tin. L’empereur dit en soupirant : « Je n’ai pas ménagé mes grâces aux fonctionnaires. Pourquoi donc aucun d’eux n’est-il auprès de moi quand les choses sont venues si loin ? Y en a-t-il seulement un qui se conduise comme Tscheu-zi, lors de la révolution de la capitale du Sud? Peut-être n’ont-ils pas entendu la cloche, et que c’est là ce qui les empêche d’accourir. »
Telles furent les dernières et tristes réflexions de l’empereur; il se pendit à l’arbre Chai-tan-schu, sous le pavillon, et l’eunuque se pendit en face de lui. Dans celle aventure qui eut pour objet da remplacer une dynastie par une autre, les plus épouvantables excès furent commis par les soldats victorieux de l'insurrection, et, pour échapper au déshonneur, des femmes et des filles sans