I. Lun Yv, cli- x>, g II
l'Egypte.
L'Architecture. — L'ICgypto moraliste en rcganl de la mort et du jugement. Le. livre des morts. L'enfer et le paradis. — Le gouvernement. — Le sacerdoce, les hiéroglyphes. — L'orgueil égyptien. — La lleligion, les divinités : le mythe d'üsiris. — La gravité égyptienne. — Civilisation et imeurs. — llhamsés le grand.
Un peuple se retrouve partout, mais dans sa langue et dans sa religion, dans sa tradition orale ou écrite, il faut le chercher; sou architecture le présente d’emhléc aux yeux, elle vous impose de sa personnalité une impression immédiate dont l’esprit reste ineflaçahlemont marqué. Les œuvres de la littérature et de la peinture, celles de la statuaire en tant qu'elle se dégage de l’art monumental et se fait une existeuce à part, nous oiïreut sans doute aussi une empreinte du génie national; à cette empreinte toutefois se mêle l’elligie de leur auteur, que nous apercevons d'abord. L’architecture au contraire se subordonne des individus même quand elle leur emprunte des chefsd’œuvre; plus impersonnelle que les autres arts, elle dit mieux aussi le caractère d’un peuple entier ou d’une époque et doit être à ce titre regardée comme leur vrai style. Elle exprime l’individualité collective, semblable en ceci à l’épopée; et n’est-elle pas une sorte d’épopée
L’ORIENT
en pierres, tout vrai monument n'est-ii pas une œuvre tirée des profondeurs inconscientes de laine nationale par l’eilort de quelques-uns?
L’Égypte est la patrie du monolithe. Ses monuments indiquent tons la même chose : l’homme faisant effort pour vaincre la destruction. Pyramides, nécropoles taillées dans le roc, temples, obélisques, corps embaumés et protégés avec une si méticuleuse science, nous racontentà l'envi ce labeur colossal del’Égyptien qui se raidit contre le néant. Quelle patience déployée pour vaincre le temps et s’emparer de l'éternité! S’il n’a pas réussi dans celte tdche impossible, le génie égyptien a su du moins conquérir la durée dont il se montre épris. A la fois colossal et minutieux , le même peuple qui a construit les pyramides, creusé le lac Mœris, percé lolabyrinthedeThèbes, s’est appliqué au détail avec une patience inouïe j ses momies environnées de bandelettes, et la réglementation de sa vie enveloppée de prescriptions, en fournissent la preuve. Il a de l’ordre et sait tenir son ménage; il distingue, subdivise, analyse : avant nous, il a institué des spécialités en médecine. « La médecine est si sagement distribuée en Égypte, dit Hérodote, qu’un médecin ne se mêle que d’une espèce de maladie, et non de plusieurs. Les uns sont pour les yeux, les autres pour la tête, ceux-ci pour les dents, ceux-là pour les maux de ventre et des parties voisines ; d’autres enfin pour les maladies inconnues ». — Ces derniers, je pense, devaient être les plus occupés.
Les matériaux que le sol mettait sous la main de l' Égyptien, marbre, granit, porphyre, ont influé sur le caractère deson architecture, mais ne semble-t-il pas d’autre part
133 CONSI DÉMÂTIONS SUK L’HISTOIME.
que ces matériaux eux-mêmes se soient otrerts au caractère égyptien? Il y a dausce caractère aussi une solidité de granit. Le despotisme malheureusement on participe, il est massif et pèse d’un poids accablant sur la société. Ces monuments élevés à la gloire des Pharaons, ils ont été portés sur les épaules. de générations qui vécurent pour souffrir et qui se sont effacées dans la poussière des siècles amoncelés à leur pied. Nous les voyons en pensée défiler devant nous, continuant de père en fils, sous l'encouragement du fouet, mordues par l’ardent soleil, leur corvée héréditaire. La pyramide de Chéops, qui condamna tout le peuple aux travaux forcés, et celle de Chéphren, ont transmis le nom de leurs fondateurs à la postérité; mais ces noms le peuple les exécrait, il fut après eux défendu de les prononcer. Cent mille hommes, dit-on, auraient travaillé pendant quarante années à la première pyramide! Chaque Pharaon se faisait ainsi durant sa vie élever sou tombeau, dont les dimensions progressivement accrues indiquaient celles de son règne. A quoi dès lors servait-il de changer de maître à ces milliers d’esclaves, condamnés à gémir sous la pierre qui ne pesait que sur les vivants? Et quand l’œuvre des nécropoles-pyramides cessa, et qu'abandonnant Memphis les Pharaons s’établirent à Thèbes, c’est l’ouvrage du labyrinthe qui commença, les travailleurs continuèrent une corvée plus dure encore sous terre. Souvent, lorsque le roi après l’achèvement de son tombeau dans son étendue première se sentait encore en force et se pouvait promettre une série d'années nouvelles, il faisait tailler d'autres gâteries se reliant à celle du milieu par des inclinaisons plus abruptes; de nouveaux corridors et des chambres latérales se joi-