Lcpsius, Briefe aus Aeggpten
i. Hérodote.
131 CONSI DILATIONS SUR L'HISTOIRE.
do volonté tendue. Il est spéculatif sans être métaphysicien, il s'élève haut sans perdre pied. Où le mènent cependant toutes ses spéculations sur la divinité, sur la destinée des âmes, sur la vie et sur le trépas? elles le mènent ou le ramènent à une pensée unique, celle du jugement.
Or c’est là le signe distinctif du moraliste. L’Égypte a le génie moraliste, les Égyptiens sont des moralistes spéculatifs. On dirait un croisement de Sémite et d’Aryen, et n’est-ce pas grâce à ces deux faces de sa nature que l’Égypte a pu intéresser les Grecs et n’être pas sans action sur les Juifs ? L’idée de la pureté domine la religion des Perses, celle de l’unité absorbe la religion des Indous; le culte des Phéniciens s’inspire de la vindicte divine qui commandel'expiation féroce; la notion religieuse d’Israël se résume dans l’alliance privilégiée d’un peuple avec Jéhovah qui le châtie ou qui le récompense selon qu’il viole ou respecte le saint contrat : sur l’Égypte religieuse plane le jugement.
Ou nous parle quelquefois de grandes assise où, dans l’ancienne Égypte, les rois morts étaient jugés par l’assemblée des vivants. Mais il y a là probablement plus de légende que d’histoire. L’histoire d’Égypte la plus authentique , ce sont les morts eux-mêmes qui nous la racontent. A cinq mille ans de distance les tombeaux parlent, les cercueils ouverts nous livrent la feuille de papyrus roulée qui rélatait en abrégé l’existence du défunt. Arrêtons un instant notre pensée sur ce drame de la mort si grandement conçu par les Égyptiens.
L’âme du défunt, quand le soleil disparait à l’horizon, descend aux lieux souterrains et comparait dans la salle
L* ORIENT
de la « double justice » où le dieu suprême, Osiris, donne audience aux morts, la couronne sur la tète, le .bâton recourbé et le fouet dans la main, environné des bandelettes des momies. Autour de sou trône s’épanche l'onde de la vie qui abreuve les fleurs du lotus. A ses côtés, ornés de la plume d’autruche, symbole de vérité et de justice, siègent les quarante-deux esprits dont la mission est de prononcer sur les quarante-deux péchés mortels qu’énumère la loi. L’âme traduite devant ses juges supplie le roi de la justice de l’accueillir favorablement dans la société des bienheureux, elle affirme qu’elle est restée exempte de mal. Le livre mortuaire de la tombe de Rhamsès IV renferme un catalogue accompagné d’un commentaire illustré où les péchés, conformément au goût symbolique des Égyptiens, sont représentés aux yeux: la débauche parle bouc, la voracité par le crocodile, la paresse par la tortue. L’âme du souverain adresse cette prière et fait cette confession à Osiris :
« Gloire à toi, grand Dieu maître de la vérité. J’ai comparu devant toi , maître, je me présente devant toi pour contempler ta bonté. J’ai reconnuet je confesse ton nom. Jeconnais les noms des quarante dieux qui siègent avec toi dans la salle de la vérité, qui vivent du châtiment des coupables, qui vivent du sang des coupables, au jour de la comparution devant Osiris le parfait. Refuge des esprits, maître de la' vérité, tel est ton nom! Puissé-je vous reconnaître, maîtres de la vérité. C’est la vérité que je vous apporte. Couvrez mes fautes! Je n’ai exercé ni fraude ni mal. Je n’ai pas commis d’homicide. Je n’ai pas menti en justice.
Je n’ai pas trompé l’homme dans le salaire desajournée.
Je n’ai pas été paresseux. Je ne me suis point lassé. Je
130 CONSIDÉRATIONS Sl!H L'IUSTOIRE.
ne me suis pas abandonné. Je ne me suis pas découragé. Je Hi’ai rien fait que les dieux aient en aversion. Je ne me suis pas élevé contre mon supérieur. Je n’ai pas opprimé, ni fait souffrir de la faim, ni fait pleurer personne. Je n’ai pas été trompeur en face des hommes. Je n’ai point altéré les mesures de l’Égypte. Je n’ai point soustrait les images des dieux. Je n'ai point ôté les bandelettes de lin des morts. Je n’ai point été débauché. Je n’ai point commis d’usure. Je n’ai point falsifié les sceaux. Je n’ai point diminué le poids de la balance. Je n’ai point troublé les gazelles dans leur retraite. Je ne me suis point emparé des oiseaux des dieux. Je ne me suis point saisi de leur poisson Kami et de leur poisson Oxynhvnchos. Je n’ai point élevé d’obstacles sur le fleuve. Je n'ai point détourné son cours. Je n’ai point frustré les dieux en dérobant le pain du sacrifice. Je n’ai point dispersé les troupeaux sacrés. Je suis pur! je suis pur! je suis pur! » L’égalité devant la mort et le jugement sont un dogme de l’Égypte : les castes expirent sous la terre, devant le trône d’Oriris il n’y a plus que des bons et des méchants. Après que le mort a plaidé sa cause, son cœur est placé sur un plateau delà balance, sur l’autre repose la plume d’autruche, symbole de vérité. D’un côté se lient le dieu Anubis à la tète de chacal, l’accusateur des morts, de l’autre Horos à la tête d’épervier. Thot, le greffier, est assis, muni de l’écritoire, il transcrit l’indication de Ja balance et la sentence du juge. Le cœur du défunt est-il trouvé trop léger, on l’envoie dans l’enfer, royaume des ténèbres. L’enfer des Égyptiens est représenté dans le tomlieau de Rhamsès VI, qui remonte à 1 200 ans avant Jésus-Christ, et qui figure dans la nécro-
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pôle île Thèbes. « Ces âmes ennemies, dit l'inscription, ne voient pas le dieu du soleil lorsqu'il fait luire les rayons de sa face. » L’enfer se divise en cinquantesept parties ou demeures auxquelles président autant de terribles dénions armés d'épdes qui en défendent — non l’entrée, hélas! — mais la sortie. Au-dessus de chaque section est indiqué le péché pour lequel les suppliciés endurent leurs tourments et la nature du tourment. — [.es supplices sont gradués et ne sont pas éternels; à l'opposé de l’enfer chrétien qui pour les coupables de tous les degrés n’a qu’un même supplice, et qui met l'éternité de la peine en regard de la faute temporaire d'une créature imparfaite née faillible, afin desatisfaire un dieu qui représente la perfectiou de l’amour et de la justice. Ce u’est pas toutefois que pour l’horreur de ses tortures l’enfer égyptien le cède sur aucun point à l’enfer gothique. Les Ames des damnés , peintes en noir — l’Éthiopie n’est pas loinv — sont attachées ?i des pieux et déchirées avec des épées par leurs gardiens couleurs de brique; d’autres sont suspendues la tête en bas, d’autres encore auxquelles on a coupé la tôle défilent en longues processions. Il y en a qui marchent les mains liées et traînent derrière elles leur coeur arraché de leur propre poitrine. Celles-ci sont rôties dans d’énormes chaudières en compagnie de leurs éventails, symbole de la fraîcheur et du repos chers à l’Orient'.
Les Ames de ceux qui furent trouvés justes devant Osiris « ne sont pas dans le lieu du châtiment; » elles obtiennent la plume de la justice, et les déesses Hathor et
i. Lettres de Chaœpollion. — Bruguli, HtisibtricUle avi Argyplrn.
Nut versent sur elles, du haut de leurs arbres favoris, l’eau de la vie éternelle. Ainsi fortifiées, elles traversent le monde souterrain, et passent sans encombre au milieu des plus redoutables animaux jusqu’à ce qu’elles arrivent, au Levant, dans les plaines de Ra, dieu de la lumière. Le tombeau de Rhamsès dit de ces âmes bienheureuses : « Celles-ci ont trouvé grâce devant les yeux du grand Dieu, elles habitent dans les demeures de la gloire où l’on vit de la vie céleste; les corps qu’elles* ont abandonnés reposent à jamais dans leurs tombeaux pendant qu’elles se réjouissent de l’aspect du plus grand des dieux. » L’on voit ces âmes occupées à couper du blé dans les champs, à cueillir des fleurs et des fruits; elles se promènent en des allées ombreuses, se baignent et nagent dans un vaste bassin. On n’eût pas imaginé de remplir d’ombrages un paradis septentrional, nous no mettons dans le paradis que ce que nous regrettons de laisser sur la terre ou ce qui nous y fait défaut ; reflet de nos désirs, notre paradis varie avec eux. Celui des Égyptiens ne pouvait être qu’une Egypte idéalisée, car nous sommes incapables de nous représenter des choses absolument étrangères à celles que nous voyons ou que nous éprouvons; les éléments premiers de leur conception nous échappent. 11 en est du songe céleste comme de ceux que nous faisons quelquefois durant notre sommeil : quelque différents qu’ils soient de la réalité, c’est néanmoins à l’aide des matériaux de notre existence présente que nous les formons: tel un peintre mêle à son gré et choisit les couleurs sur sa palette, alors que le désir d’un idéal supérieur guide sa main et compose l’ensemble. Voici, dans le paradis des Égyptiens, un
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trait vraiment indigène. Le dieu du soleil, Ra, qui préside à leurs travaux, dit aux âmes bienheureuses : « Prenez vos faux, récoltez le fruit des champs qui sont votre partage, -portez-le dans vos demeures , jouissez-en et présentez aux dieux ce pur don, ce don des champs et de la gloire. » N’eussions-nous point d’autre document sous les yeux, que nous en pourrions conclure sans une extraordinaire sagacité: de leur amour pour les ombrages et les frais bassins, que les Égyptiens furent un peuple d’Orient; do leurs récoltes des céréales célestes , qu’ils furent un peuple agriculteur voué spécialement à la culture du blé; de ce qu’ils fauchent encore en paradis, qu’ils furent un peuple actif aimant le travail ; de la part offerte aux dieux, qu’ils associaient toujours ceux-ci à leurs travaux, les a vaien ^présents à l’esprit dans la vie journalière et vénéraient en eux l’assistance que prête au cultivateur la gratuite fécondité d’un sol privilégié.
La haute idée de la justice d’outre-tombe engendrée par le génie moraliste des Égyptiens pénètre leur société en dépit de la discipline des castes, en dépit de la théocratie et de l’omnipotence des Pharaons. Mais il ne saurait être question ici de la justice au sens politique du mot. Un peuple soumis au despotisme avec naïveté, qui vit dans le despotisme comme dans son élément naturel, est très-capable de mettre dans sa religion, dans sa morale, dans sa législation même, des maximes empruntées aux notions de la plus pure équité : les droits de l’homme restent aux antipodes de sa manière de penser. Le code de Manou et les Védas, le Zend-Avesta, le Pentateuque do Moïse, bref tous les codes théocratiques de l'Orient, hérissés de règlements à l’infini, surchargés de
prescriptions locales qui nous semblent puéril» s, absurdes, ou nionstrueuses, n'ont réussi nulle part cependant i étouffer la conscience humaine suas leur végétation acci> dentelle. Par endroits, elle s'y révèle magniliquement et luit en larges rayons à travers leur fouillis; c'est ce qui nous permet de nous retrouver encore dans ces peuples qui d’ailleurs nous demeurent étrangers, qui même nous paraissent étranges; lu conscience humaine laisse subsister entre eux et nous quelque chose qui comble l'intervalle, elle maintient l’unité morale des nations, bien autrement profonde que leur diversité ethnologique. Tous les humilies ne trouvent pas la justice, tous la cherchent. Leur communauté n’est pas dans la notion, elle est dans le besoin du juste. Ainsi de la religion; invariable dans loisir de la félicité et de la perfection qui usl la commune substance du sentiment religieux, elle s'épanouit dans l’esprit en des hypothèses diverses. L’homme ne se rencontre en aucun lieu du moude à l’état d’individu, comme espèce il est dans tous les hommes : il s'appelle la nature humaine.
Le respect d’un peuple pour la justice se trahit daus le soin qu’il met à isoler les juges — qui sonldes hommes — de tout ce qui pourrait en eux troubler sou empire. En Égypte, trente citoyens choisis dans les villes principales étaient chargés de remplir cette haute fonction sociale qui fut d’abord l'exclusif apanage des prêtres. L’accusé avait droit à la défense, mais il n’était permis à personne de plaider de vive voix ni par avocat; l’Égypte craignait les séductions de l’oreille et du visage, plus défiante encore qu’Athèues ordonnant à l’aréopage de tenir ses séances dans les ténèbres, la patrie de Mènes a
roÿ tjwogle
L’OR 1 K NT. Ml
surpassé celle de Solon. Iæs parties exposaient leurs arguments par écrit, c’est à l’aide de pièces écrites que les juges se formaient une opinion et rendaient leurs sentences. I.es Égyptiens furent gens très avisés. L’image de la vérité était suspendue au cou du président ; nous n’oserious affirmer qu’elle figura toujours dans son cœur — tant il y a loin en tous les pays de ce que prescrivent les institutions à ce que réalisent les hommes. Un philosophe a dit que si les idées des hommes les mettent très-haut leurs pieds les mettent très-lms. Ce propos a certainement trouvé son application aux bords du Nil comme ailleurs. Il n’eu reste pas moins que les conceptions d’un peuple sont des indices de ce qu’il aurait voulu faire, et qu’elles donnent par suite l'exacte mesure de ce qu’il ambitionnait d’être : or, les indices que nous recueillons ici sont à l'honneur des Égyptiens et confirment l’opinion qu’ils nous ont donnée de leur génie moral supérieur fondé sur l’amour de la justice.
Quant à leur gouvernement, il est le plus théocratique de l’Orient dont l’essence politique est la théocratie. D’abord empreint d’un caractère fortement sacerdotal, il revêt cependant plus tard un caractère guerrier. C’est l’inverse de ce qui eut lieu dans l’Inde, et la raison en est simple : les Indous s’établissent par la conquête au bord du Gange, les Égyptiens n’ont pas à conquérir leur séjour, mais ils auront un jour à le défendre. Les rois sont élus à l'origine par les guerriers et les prêtres; ceux-ci n’en ont pas moins la prépondérance, car la voix de chacun des principaux vaut cent voix de guerriers, et celle des prêtres de second ordre vingt. Le ioi daus ces conditions est presque toujours tiré de la
caste sacerdotale. Quand la paisible possession du territoire fut disputée et qu’il fallut repousser les invasions des Éthiopiens et des Arabes, la caste guerrière prit le dessus et la royauté devint héréditaire; le gouvernement glissa du régime sacerdotal dans le régime féodal. Toutefois, la substance théoeratique demeura au fond du pouvoir qui en étaitsorti, et le souvenir de cette origine première laissa tlotter autour des prêtres comme une mystique auréole; ils marchèrent environnés d’une atmosphère sacrée. Bas-reliefs et peintures représentent partout les rois en commerce avec les dieux, le plus souvent comme sacrificateurs. Dans l’unedes salles du temple d'Àmonà Karnac, le père de Rhamsès le grand est reçu par le dieu assis sur son trône, derrière lequel so tient debout la déesse llator. Une inscription explique ainsi la scène : « Ceci est la visite du roi dans le temple de son père, Amon-Ra, qui dispense la vie *. » : Les Pharaons s’appuient matériellement sur les guerriers sans cesser de relever moralement des prêtres qui apportent à l’exercice de leur pouvoir le seul tempérament dont il soit susceptible en dehors du caractère personnel du souverain.
Cet esprit théoeratique de la royauté égyptienne, les prêtres ont grand soin do l’alimenter, car il retient la monarchie près du temple où s’exerce leur propre pouvoir. « De même, disent-ils, qu’au commencement de toutes choses, les dieux gouvernaient l’Égypte, les Pharaons l.i gouvernèrent ensuite à la place des dieux. Us no tirent pas seulement leur origine des dieux, 41s sont euxmêmes les dieux du pays*. » Le droit divin est la doctrine
i. Brugscii, Rciseb cric hit.
Hérodote:
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de toute société théocratique, sous n’importe quelle latitude. Il est cependant une chose qui, sous n’importe quelle latitude aussi, l’emportera sur le reste tant qu’il existera des hommes, — c’est le succès. Tous les rois de l’Égypte ne sortirent pas méthodiquement d'un conclave de prêtres ou de guerriers; il y eu eut qui n’eurent à se réclamer que d’eux-mêmes. Tel fut cet Aniasis qui dit un jour aux habitants de Sais prosternés devant la statue d'un dieu : « Cette statue est faite avec un bassin qui servait à laver les pieds. Cependant elle est l’objet de votre culte. Ma destinée est toute semblable : j’ai été d’abord un simple plébéien; aujourd’hui je suis votre roi et j’ai droit aux honneurs que je vous prescris do me rendre. » Les parvenus joueront toujours un rôle dans l’histoire, on ne supprimera pas le succès, parce que le succès consiste à réussir. Une société légale fait rentrer dans la loi par leur descendance les favoris de la fortune et les élus du hasard; une société théocratique par la main des prêtres les ramène bientôt dans le réseau dont ils n'ont réussi que momentanément à traverser les mailles.
Le sacerdoce égyptien, c’est l’hiéroglyphe.
L’hiéroglyphe est une espèce de rébus. Il exprime les choses par l'aspect, en déposant dans leur figuration un sens caché; il les découvre et les voile en même temps. L’on a dit de Platou qu’il était un peintre d’idées, la langue hiéroglyphique forme une peinture des idées; mais qui donc n’est pas, sans le savoir, un peintre d’idées, et quel mot pris à sa racine n’est pas une traduction du monde intérieur à l’aide du dehors? Toute langue, métaphorique en sa souche, est uné ligure; elle se compose
lii COJiSlDKHATlONS Sl'H L’HISTOIHK.
d'images empruntées aux phénomènes tangibles pour exprimer les phénomènes intangibles de notre âme , sensations, pensées, émotions. Le dehors et le dedans se rejoignent, ils se pénètrent dans le langage. De là vient que chaque race, peuple, ou individu, révèle dans le sien sou âme eu même temps que la nature qui l’enveloppe. L’hiéroglyphe met à nu le secret du langage. Il existait sur la porte d'un temple de la ville de Sais une inscription gravée se composant d’une figure d’enfant à cùlé de celle d’un vieillard, suivies de l’image d’un épervier, suivie elle-même de celle d’un poisson, auquel succédait un hippopotame. L’épervier signifiant la divinité, le poisson la haine, l’hippopotame le mal ou l'injustice, leur assemblage dans cet ordre voulait dire ; « Jeunes gens et vieillards, Dieu hait l’injustice. »
Cette méthode par l’aspect, populaire à son origine et dans sou esprit, ne le resta point; elle devint au contraire le moyen dont se servirent les prêtres pour éloigner du temple les multitudes profanes. Le langage deshiéroglyphes insensiblement se transforma par abréviation eu langue sacrée, sorte d’algèbre inabordable au vulgaire. Les prêtres s’abritèrent du peuple derrière ces rébus dont seuls ils avaient gardé la clef : c’était celle de leur pouvoir. Il leur fallait le mystère qui grandit et qui tient à distance, ils surent eu tirer parti avec un art consommé, avoc une profonde intelligence de sa portée en matière religieuse. Reconnaissons d’ailleurs qu’ils semblent avoir possédé eux-mêmes ce sentiment de respect délicat qui est comme la pudeur des choses divines et qui redoute pour elles les grossiers maniements d’un dogmatisme vulgaire. Leurs dieux gardèrent nu côté inaccessible par.où ils se