Guerrier
L’ORIENT
conséquence de l'antécédente; celui qui s’est élevé revêt une vie plus élevée, celui qui s’est abaissé une vie inférieure, les âmes descendent ou montent suivant le poids de leurs fautes ou l’allégement qu’elles doivent à leurs vertus : chacune se fait sa destinée. En se spiritualisant elles se rendent dignes d’une meilleure existence, en se chargeant de matière, esclaves des sens, du corps et de la terre, elles s’alourdissent et s'enfoncent dans les épaisseurs des existences inférieures jusqu’aux régions infernales.
« Je vais maintenant, annonce le Code de Manou, vous déclarer succinctement et par ordre les diverses transmigrations que l’âme éprouve dans cet univers par l’influence des trois qualités.
« Les âmes douées de la qualité de bonté acquièrent la nature divine, celles que domine la passion ont en partage la condition humaine, les âmes plongées dans l’obscurité sont ravalées à l’état d’animaux ; telles sont les trois principales sortes de transmigrations. »
Chaque âme se condamnait elle-même : nulle ne l’était irrévocablement. Après une expiation suffisante, les plus perverses, confinées dans l’enfer, en sortaient pour pénétrer dans le corps d’un soudra, porte infime par où elles rentraient dans la spirale des existences terrestres et recommençaient l’épreuve.
Une fois lancé dans le champ de la métempsycose, l’Indou se complut à en suivre le parallélisme, elle devint la peine du talion. On ne renaît pas seulement dans une caste, esclave, artisan, guerrier, brahmane; on renaît dans des corps d’animaux : les cruels comme bêtes féroces, les frivoles comme oiseaux — ou danseurs. « Si un homme a dérobé par cupidité des pierres précieuses, des
perles, du corail, ou des bijoux de diverses sortes, il reualt dans la tribu des orfèvres, ou dans le corps de l’oiseau liémacara.
« Pour avoir volédu grain, il devient rat dans la naissance qui suit ; du laiton, cygne , de l'eau, du miel, taon ; du lait, corneille ; le suc extrait d’une plante, chien; du beurre clarifié, mangouste*. »
Cela se poursuit ainsi dans les plus minutieux détails : à chacun selon ses préférences, l’instinct détermine la forme et décide de l'être. Par exemple, il ne fallait pas toucher aux brahmanes : qui se rend coupable de Leutative de meurtre sur l’un d’eux, suivant le succès de sa tentative est voué aux plus épouvantables tourments.
Le Dwidja’qui se précipite 6ur un brahmane, dit le •quatrième livre du code de Manou, dans l'intention de le blesser, mais qui ne le frappe pas, est condamué à tourner pendant cent années dans l’eufer appelé IUmisra.
« Pour l’avoir, parcolèreetà dessein, frappé rien qu’avec un brin d'herbe, il doit renaître, pendant vingt et une transmigrations, dans le ventre d’un animal ignoble.
« L’homme qui, par ignorance de la foi, fait couler le sang du corps d’un brahmane qui ne le combattait pas, éprouvera après sa mort la peine la plus vive.
« Autant le sang en tombant à terre absorbe de grains de poussière, autant d’années celui qui a fait couler ■ce sang sera dévoré par des animaux carnassiers, dans l’autre monde. »