Élève des brahmanes, étudiant en théologie
L’ORIENT
La vache et le brahmane sont aux yeux de l’Indou les êtres les plus précieux de la création. Celui qui a sauvé une vache ou un brahmane expie son crime d'avoir tué un homme de la classe sacerdotale. Les brahmanes sont déclarés par Manou la base et les kshatriyas le sommet de la loi; celui qui déclare sa faute en leur présence lorsqu’ils sont réunis est purifié. Si trois brahmanes versés dans les Védas s’étant réunis déclarent aux coupables l’expiaiiou qu’exige leur crime, la pénitence indiquée suffira pour leur purification, « car les paroles des sages enlèvent la souillure. » Un brahmane ou un dwidja qui a dans un parfait recueillement accompli une des expiations indiquées, efface le crime d’avoir tué un homme de la classe sacerdotale en pensant fermement qu'il y a une autre rie pour l’dme. Le brahmane du reste n’échappe pas au chdliment : meurtrier lui-même d’un brahmane « qu'il a tué sans le vouloir et auquel il était très-supérieur en bonnes qualités » — un brahmane peut donc n’avoir pas que des qualités supérieures — - doit se bâtir une cabane dans une forêt et y demeurer douze ans ', ne vivant que d’aumônes, ayant pris comme marque de son crime le crâne du mort ou tout autre crâne humain à défaut du .premier. Si le coupable appartient à la classe militaire, et s’il a tué volontairement un brahmane recommandable, qu’il s’offre de son plein gré comme but à des archers instruits de son désir d’expier ce meurtre, ou bien qu’il se jette trois fois, « ou jusqu’à ce qu’il meure, » la tête la première dans un feu ardent. Le meurtre ayant été commis involontairement a sur un brahmane peu recom-
I. Manon, livre XI. Le nombre d'années doit être doublé pour un Kshatriya, triplé pour un Vaiçja, quadruplé pour un Sondra.
mandable, » que le thvidja coupable fasse à pied cent yodjanas (neuf ou cinq milles anglais pour un yodjana) en récitant le texte d’un des Védas, mangeant peu et maîtrisant ses sens. Le cas est prévu où le brahmane tué par mégarde n’était recommandable par aucune qualité; alors il sudit que le meurtrier, s’il est riche, donne tout ce qu’il possède à un brahmane versé dans les Védas ou assez de bien pour qu’il puisse subsister, ou une maison garnie des ustensiles nécessaires pour la durée de son existence; ou bien qu’il marche contre le courant vers la source de la Saraswati en mangeant seulement des grains sauvages qu’on offre aux dieux; ou bien encore qu’il réduise sa nourriture à une très-petite quantité et qu'il répète trois fois laSanbila (collection de prières) du Véda. — Ce n’est guère, mais n’oublions pas que l’homicide est involontaire et que le brahmane était de ceux qui ne sont recommandables par aucune qualité.
Ces pénalités, avec leurs distinctions à l’appui, nous disent assez que le code de Manou, si haut qu’il place les brahmes, et tout en les égalant aux dieux en d’autres passages, ne les regarde pas comme impeccables; il leur laisse une grande portion de nature humaine et les oblige à ne dépasser la foule que par l’efTort qu’ils font pour atteindre à la sainteté. Un stage rigoureux précède l’investiture. « Le dwidja ayant préalablement terminé ses études, après avoir ainsi demeuré dans l’ordre des maîtres de la maison conformément a la règle, doit vivre ensuite dans la forêt muni d’une ferme résolution et parfaitement maître de ses organes. Renonçant aux aliments qu’on mange dans les villages et à tout ce qu’il possède, confiant sa femme à ses fils, qu’il parte seul, ou
L'ORIENT
ÎÎS
bien qu’il emmène sa femme avec lui. Qu’il porte une peau de gazelle ou un vêtement d’écorce; qu’il se baigne soir et matin; qu’il porte toujours ses cheveux longs et laisse pousser sa barbe, les poils de son corps et ses ongles. 11 doit s’appliquer sans cesse à la lecture du Véda, endurer tout avec patience, être bienveillant et parfaitement recueilli, donner toujours, ne jamais recevoir, se montrer compatissant à l’égard de tous les êtres *. Après nn premier temps d’épreuve, il lui est [recommandé d’augmenter par degré ses austérités, afin que celles-ci devenant de plus en plus fortes il « dessèche sa substance mortelle. » Exempt alors de tout penchant aux plaisirs sensuels, chaste comme un novice, ayant pour lit la terre, l’aumône pour soutien de son existence, retiré au sein des forêts, il ne cesse de suivre les pieuses pratiques et de méditer le Livre saint pour « unir son âme à l’Être suprême. » Mais qu’il no désire point la mort, qu'il ne désire point la vie; qu’il attende le moment fixé pour lui, « comme un domestique attend ses gages. » A-t-il quelque maladie incurable, « qu’il se dirige vers la région invincible du nord-est, et marche d’un pas assuré jusqu’à la dissolution de son corps, aspirant à l’union divine et ne vivant que d'eau et d'air. »
« Le culte prescrit par les Livres saints, dit Manou *, est de deux sortes : l’un, en rapport avec ce monde et procurant des jouissances, comme celles du paradis par exemple; l’autre, détaché des choses de ce monde et conduisant à la félicité suprême.
« Un acte pieux, procédant de l’espoir d’un avantage