L.A GRECE
Ajax, le guerrier. L’heureux accord du sentiment et de la pensée, de l'action et de la raison, de la sensation et de l’esprit, fut la prérogative du monde grec: la Grèce s’est complu dans le libre jeu des facultés humaines, et. l’homme plus qu’ailleurs y a joui de soi.
A ces qualités du génie grec se rattache pour moi l’explication d’un fait , au premier abord singulier. Les Grecs n’ont pas plus distingué le surnaturel du naturel que les autres peuples de l’Orient ; néanmoins ils n’ont pas inventé de .miracles : ils n'onf imaginé que des métamorphoses. D’où vient qu’ils n’aient point guéri des malades, ressuscité des morts, marché sur les eaux, arrêté le soleil en sa course? C'est que le miracle n’est pas seulement antinaturel, il est inesthétique, et que les Grecs aimèrent trop la nature jusqu’au sein du surnaturel, et trop la beauté jusque dans la fable, pour se livrer à ces fantaisies de l’imagination. La métamorphose n’est qu’un changement de forme ; les Grecs qui avaient le culte de la forme vivante ont transformé Jupiter en cygne ou en taureau, Io en génisse, Daphné en laurier : ils ont transformé sans réformer, et toujours selon les indications du sujet. Même en dépassant la nature ils ont continué de la respecter.