I. Eschyle, Agamemnon, le chœur
l’union incestueuse, destin fatal que j’ai sans conscience subi, pauvre malheureux ! Il a plu qu’il ën advînt ainsi aux dieux qui peut-être depuis longtemps étaient courroucés contre ma maison. Mais en moi-même tu ne trouveras la souillure d’aucun attentat par lequel j’aie offensé moi-même ou ma race. Car, dis-moi, lorsqu’un jour un arrêt des dieux retentit qui condamnait mon père à tomber sous le bras de son bis, comment peux-tu équitablement me reprocher cette faute, à moi qui n’avais pas encore reçu de mon père et de ma mère le germe de la vie, et qui n’étais pas encore né1 ? Et quand misérable je vis le jour, j’en vins aux mains avec mon père et le tuai, ne sachant ni ce que je faisais ni contre qui je le faisais ; comment me blâmes- tu de ce que je fis sans liberté? » Celte protestation, par-dessus la tête de Créon, vole à l’adresse des dieux. Mais non, elle les dépasse eux-mêmes et 11e les atteint que parce qu’ils ne peuvent empêcher l’injustice, et que le destin les domine. Il semble qu’OEdipe dans ce passage les accuse formellement d’avoir décrété la ruine de sa race en décidant que son père serait tué par son propre fils; qu’on y regarde avec plus d’attention, et l’on comprendra que l’oracle prédisant cette catastrophe au roi Laïus était bien l’interprète de cette puissance impersonnelle que Prométhée déclare être supérieure même à Jupiter. Il est vrai que les tragiques confondent souvent en apparence le destin avec les dieux; en réalité, et si l’on pénètre au fond de la notion tragique, on sent que les dieux s’ils proclament le destin par la bouche d’un oracle 11e font pas le destin, qu’ils le pro-