‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 11 sur 156 · L’OR I K NT · texte numérisé non relu

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plus d’autre mission que de délivrer les forces sociales des liens artificiels qui entravent leur essor. C’est pour cela que le monde oriental lui est devenu si étranger qu’il lui semlile en y entrant aborder sur un continent historique duquel le sépare un abîme plus profond que l’Océan.

L’Orient n’était pas^en, mesure d’échapper au despotisme. Le moyen âge en est sorti parce qu’il renfermait en soi un principe supérieur à lui-môme, l’idée du respect de la personne humaine enveloppée dans le christianisme; parce que, d’autre part, les barbares venus du Nord lui apportaient une sève d’individualité, une énergie de corps et de caractère que l’Orient n’eut pas et ne pouvait avoir. Où manque le nerf moral, ce muscle de l’àme, il n’est pas de remède à l’asservissement. Où ce nerf existe la liberté prévaudra inévitablement au bout d’un certain temps, car elle n’est que l’individu faisant triompher son droit à l’existence et à l’humanité. L’Orient avait en outre contre lui son immense étendue et la dissémination de ses peuples sans cesse remués, déplacés par'la conquête. Quelque chose d’analogue se passe dans un État contemporain qui tient beaucoup de l’Asie et dont l’ambition penche de son côté, bien qu’il soit la puissance septentrionale par excellence. Que l’empire russe s’étende outre mesure au lieu de se concentrer, qu’il accueille en soi des éléments trop disparates, l’estomac lui fera défaut pour les digérer; il ne pourra se maintenir que par le despotisme politique et religieux résumé en un seul homme. La fatalité qui s’attache aux trop vastes agglomérations, impuissantes à se concentrer, restera la sienne. L’Amérique elle-

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mâme n’y aurait point échappé si, dans son immense étendue et la diversité de ses éléments eu fusion, ses fon> dateurs n’avaient apporté les mœurs, l’instinct, les idées d'une nation déjà formée qui est la plus politique et la plus libérale de toutes les nations. Peuple nouveau doté de la sagesse pratique d’un peuple ancien, les Américains ont, par la fédération, échappé aux périls résultant de l'amas croissant des populations et de l’étendue des territoires. Par la fédération, ils ont divisé le problème et laissé à chaque agglomération politique le soin, et, grâce au bénéfice de ses limites restreintes, le moyen do le résoudre pour soi. Les solutions locales, devenues des provinces ou des États, se sont unies dans une solution générale qui est l’Amérique. Et puis, l’Amérique s’en tire par la conquête, — celle du sol qui ne lui manque encore nulle part; elle donne un débouché à la vieille Europe et profite de l’expérience de celle-ci, sur une terre vierge elle apporte une civilisation toute armée qui lui donne la victoire.

L’Orient, privé de telles ressources, incapable de rien emprunter, devait, après avoir atteint son apogée, tourner sur lui-même, décliner, et s’endormir dans la torpeur jusfju’au jour où l’Occident, sans le régénérer, le réveillerait par son contact. Les sociétés qu’il a produites ressemblent à sa végétation qui nous offre de larges épanouissements; l’ampleur et l’éclat y remplacent la force, la sève s’y délaie au détriment de la saveur. L’Orienta plus de fleurs, le Nord moins rapide a plus de maturité et de fruits.

Le monde oriental se reflète dans la famille orientale dont la constitution est également théocralique et despb-

l/ORIENT.

tique. « La pluralité des femmes, dit Heeren, mène nécessairement au despotisme dans la famille, parce qu'il fait de la femme une esclave, et par conséquent de l'homme un maître. La société ne se compose donc pas d’un certain nombre de pères de famille, mais de despotes domestiques, qui, parce qu’ils font eu.x mémes du despotisme, veulent être traités despotiquement à leur tour. Qui commande aveuglément n’est habile qu’à obéir aveuglément. »

Nous trouvons la famille constituée fortement chez tous les peuples dont l’individualité politique s’accentue avec vigueur. Chez les Juifs, elle fut l’élément de la vie patriarcale, de la tribu qui n’est qu’une réunion de familles sous l’autorité d’un homme choisi lui-môme parmi les pères de famille. Chez les Grecs, nous la verrons l>eaucoup plus respectée qu’il ne semble d’abord ; chez les Romains, assise première de la cité, elle affecte dans la personne du pater familias un caractère presque religieux. Parmi les nations modernes, les plus solides sont celles qui ont les familles les plus solides. La famille est la pierre dont les sociétés sont bâties ; quand elle se désagrégé, la société se décompose.

Les sociétés guerrières et théocratiques de l’Orient furent tout ce qu’elles pouvaient être en dehors de la famille et de la liberté. Les arts techniques y acquirent une perfection due principalement, j’imagine, aux traditions que le système des castes entretenait parmi les artisans et qui faisaient école. L’Orient, surtout en Perse et dans l’Assyrie, a la main artiste, ses tissus, ses armes, ses vases, sa vaisselle, l’ornementation de ses palais et de ses monuments en témoignent encore sous nos yeux.

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Ce n’esl pas la façon grecque, mais c’est ingénieux presque toujours, souvent original, quelquefois même beau et mesuré. Le sens de l’ensemble n’a pas encore triomphé dans l’équilibre des lignes monumentales ou dans la pleine harmonie de la forme vivante; cependant la forme humaine, et particulièrement le visage humain, y sont traités avec respect. Dans les bas-reliefs et les statues de Ninive que nous devons aux fouilles de M. Layard je remarque l’amour intelligent avec lequel le cheval est étudié, il semble mieux compris que l’homme luimême. Certains lions ailés sont superbes de force et de calme. Ce qui domine dans la sculpture assyrienne, c’est la musculature, l’énergie précise en môme temps qu’ornée. Les profils sont nobles, très-purs de dessin, les attitudes et le geste expressifs et justes. Moins anguleuse que la sculpture égyptienne en proie à la roideur des formes traditionnelles sacrées, celle de Ninive est plus voisine de la nature et l’on voit le constant effort qu’elle fait pour s’en rapprocher. L’Égypte emprisonnée dans scs liens sacerdotaux n’a pas su marquer aussi bien que l’Assyrie la différence naturelle du contour féminin et de la ligne masculine. L’art assyrien qui se meut avec plus d’aisauce ne s’est pas non plus laissé écraser sous les surcharges et les monstrueuses superfétations auxquelles a succombé celui de l’Inde. C’est de la Perse éprise d’élégance qu’il me paraît s’être davantage rapproché. Il caresse le détail, s’y complaît partout et s’y attache trop pour ne pas s’y perdre souvent, — il a toutefois dans le mélange de la forme humaine et de la forme animale.

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