Bhagavata-ruraii.'l. Livre I, verset
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représentation de leurs dieux la forme humaine et la forme animale. L’art gothique a peuplé d’animaux symboliques le portail de ses cathédrales. Les matérialistes modernes parlent de la circulation de la matière : la métempsycose est la transsubstantiation de la matière sous l'action de l'âme. S’il existe des âmes, comment échapper à l'idée de la métempsycose ou terrestre ou planétaire autrement qu’en les absorbant en Brahma par un retour immédiat? Ce retour différé est-il un détour, alors l’idée de la métempsycose ne peut être remplacée que par celle de l’inconscience des âmes jusqu’au jour de leur réveil, c’est-à-dire de leur] résurrection en Dieu : car la supposition qu’elles rentrent dans le cercle des existences après ce sommeil nous ramènerait à une métempsycose coupée d’intermittences; il s’agirait dans ce cas d’une série alternante de vies et de morts où les âmes accompliraient leur destinée. Cependant il faudrait encore, ou les condamner à une évolution de renaissances infinies, ou les anéantir, ou les résorber dans l’infini. Que sont les anges de la mythologie chrétienne sinon des âmes qui changeant de lieu ont émigré dans un autre organisme supérieur et se sont munies d’une forme angélique, d’un corps f glorieux » tissé d’éléments plus éthérés?
Ce problème nous partagera toujourè parce qu’il est celui des rapports du fini et de l’infini, nœud gordien de l’univers. Les métaphysiciens de l’Inde ont cru l’avoir tranché par l’unité de substance ; mais dans cette unité le peuple a introduit la diversité des dieux et les innombrables métamorphoses : grâce à lui la multiplicité a ressaisi son droit en regard de l’unité, à l’inverse de ce qui SC passa eu Grèce où l’unité malgré le polythéisme fonda-
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mental se fit jour à travers la pluralité divine et triompha dans Jupiter.
Parfois la pensée de la métempsycose saisit notre esprit à l’aspect d’un profil, une e.tpression de visage nous l’apporte sous la forme d’un doute renfermant une possibilité : mais faute de rencontrer dans nos tendances religieuses les conditions propres à la fixer, elle ne fait que traverser notre intelligence et ne s’y arrête pas. L’Inde lui fut propice; la conjecture a germé, elle est devenue croyance; N’oublions pas qu'il n’y avait en Orient aucune barrière entre le naturel et le surnaturel, entre l’humain et le divin, qu’il n’y avait pas non plus l’orgueil occidental qui repousse du pied l’animal dans sou isolement et fait schisme entre lui et nous. La transition était aisée entre les deux règnes, le passage libre de l'un à l'autre. Et pourtant l’hypothèse qui fait du singe notre ancêtre, et celle plus radicale qui nous rattache au mollusque par l’insensible transformation des espèces progressives, a fait reparaître parmi nous, en pleins débats de science, sous un jour différent, cette même idée de la transsubstantiation des espèces ; car ne faut-il pas également dans cette hypothèse supposer le passage ouvert de l’animal à l’homme ? L’unité de substance est à la souche de cette conjecture, et je ne vois pas qu'à leur façon les Indous aient dit autre chose : leur métempsycose est une évolution dans les êtres d’une substance unique — celle de Brahma — qui émet des âmes, et puis les ayant laissées pérégriner plus ou moins longtemps à travers les corps, les résorbe en soi. Dira-t-on que dans l’hypothèse de Darwin, il existe eu plus l’idée du progrès ; nous répéterions alors que la notion de perfectibilité se trouve aussi
L'ORIENT
<lans les iiirarnalions rétrogrades représentées comme des rechutes et dans les incarnations supérieures qui tendent à la résorption finale des créatures enl’étre parfait. Lorsque nous parlons chrétiennement de rentrer dans le sein de Dieu, soit que nous nous figurions ce retour comme devant s’accomplir immédiatement après notre présente existence ou bien après plusieurs autres qui nous permettraient de nous rapprocher de la perfection à l’aide d’une série de progrès encore nécessaires, nous supposons toujours une transformation de nos âmes, une métempsycose par conséquent s’accomplissant sur cette terre ou dans les sphères supérieures, et qui, ne l’oublions pas, implique le progrès comme loi de son mouvement.
Il y a des notions que, sous des aspects et des noms divers, l’esprit humain retrouvera tou jours sur son chemin, incapable qu’il est d’échapper à sa propre logique. Celle de la transformation des êtres dominée par la loi de la perfectibilité est du nombre. Dans sa forme religieuse, elle associera constamment la félicité à la perfection et la perfection à la félicité. Nulle âme ne pouvant jouir de la félicité parfaite qui est le ciel qu’en partage avec la perfection qui est Dieu, aucune ne pénètre dans le ciel qu’en se rapprochant de Dieu; il faut même qu’elle s’identifie avec lui pour jouir de l'infini du Ixjnheur puisque l’infini du bonheur n’es’t possible que dans l’infini de l’être. Chaque religion trace donc aux âmes leur chemin vers Dieu, elle leur indique la voie de la délivrance et du salut. Les Indous, race contemplative, amoureuse de repos, fuyant tout ce qui inquiète, agite et fatigue l’homme, devaient aboutir à un idéal qui fût le repos même et faire du détachement des choses terres-
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*3i CONSIDÉRATIONS SUR L’HISTOIRE.
1res, du désir etdes sens, d’où naissent le trouble et l’agitation, le moyen d’y parvenir. La quiétude comme but, l’ascétisme-comme moyen ; c’est l’abrégé du brahmanisme. Cette manière dépenser, conséquence d’une manière d’être, trouvera dans le bouddhisme son dernier mot. Le génie panthéiste de l’Inde la poussait de ce côté. Dans le Mahabharata l’héroïsme l’emporte encore sur l’ascétisme, Brahma lutte avec Indra, il ne l’a pas vaincu définitivement; dans le Ramayaua, moins rapproché de l’époque guerrière, l’ascète a sans retour éclipsé le héros, ou plutôt l’ascétisme vainqueur des sens et du désir est devenu l’unique héroïsme auquel se doivent appliquer les grandes ùmes.
Rama, le héros du poème, fils du roi Daçaratha, aussi vaillant que pieux, est en ces termes exhorté par sa fidèle épouse, Sitd aux grands yeux, qui l'a suivi dans son volontaire exil au fond des bois :
« Te voici, dit-elle avec douceur, en chemin pour la forêt, accompagné de ton frère, avec ton arc et tes flèches à la main. A la vue des animaux qui errent dans ces futaies, comment ne voudrais-tu pas leur envoyer des flèches? En effet, seigneur, l’arc du kshatriya est, dit-on, comme le bois aliment du feu. Placée dans sa main, l'arme augmente malgré lui et beaucoup plus sa bouillante ardeur : aussi, l’effroi de saisir à l’instant les sauvages hôtes des bois, quand ils voient l’homme de guerre s’avancer ainsi. Les armes inspirent même à ceux qui vivent dans une solitude l’envie de tuer et de répandre le sang.
a Jadis s’était confiné dans les bois je ne sais quel ascète qui, vainqueur de ses organes des sens, était arrivé à la
L'ORIENT
perfection dans la forêt des pénitents. Là, quelqu’un étant venu trouver l’anachorète qui se maintenait dans une grande vertu, laissa dans ses mains, à titre de dépôt, une épée excellente et bien affilée.
« Une fois qu’il eut cette arme, l’ermite se dévouant au soin de conserver son dépôt, ne s’en fiait qu'à lui seul et ne quittait pas même cette épée dans les forêts. En quelque lieu qu’il aille recueillir des fruits ou des Heurs, il n’y va jamais sans porter ce glaive, tant son dépôt le tient dans une perpétuelle inquiétude. A force d’aller et venir sans cesse autour de cette arme, il arriva que peu à peu l’homme qui avait thésaurisé la pénitence finit par habituer sa pensée à la cruauté et perdit ses bonnes résolutions de pénitent. Ensuite, arraché au devoir par son âme, que cette familiarité avec une épée avait menée ainsijusqu’à l’endurcissement, l’anachorète alors de tomber dans l’abime infernal.
« C’est un souvenir que mon amour, que mon culte envers toi rappelle à ta mémoire : n’y vois pas une leçon que je veuille ici te donner.
« Quelle différence il y a des armes, des combats,
des exercices militaires aux travaux de la pénitence I Celle-ci est ton devoir maintenant; observe-le : tous les autres te sont défendus.
« La culture des armes enfante naturellement une pensée vaseuse d'injustice. Mais d’ailleurs qu’es-tu, depuis le jour où tu as cédé le trône? Un humble anachorète ! Le devoir est le père de l’utile ; le devoir engendre le bonheur : c’est par le devoir que l'on gagne le ciel, ce monde a pour essence le devoir. Le paradis est la récompense des hommes qui ont déchiré eux-mêmes
leur corps dans les pénitences ; le bonheur ne s’achète pas avec le lionheur *. »
Dès que les événements le laissent ou le rendent à lui-même, l’Indou glisse dans la contemplation et se prend à réfléchir sur l’essence indiscernable des choses. Aux premiers débuts de la mythologie grecque les dieux s’accusent fortement, se personnifient et se localisent; nous .sentons aussitôt que nous avons affaire au génie polythéiste. La mythologie indoue au contraire, après avoir vaguement dessiné les contours des dieux multiples, les livre en proie au seul Brahma; nous sommes en plein génie de monothéisme spéculatif dont le” panthéisme est la forme rafhnée et dernière. Combien sont différents Brahma et Jéhovah, le dieu du monothéisme spéculatif et le dieu du monothéisme actif! De Jupiter à Brahma la distance quoiijue grande est moindre, il y a .sève de panthéisme à la souche de la mythologie grecque, il n’en existe pas vestige dans le mosaïsme : l’Aryen et le Sémite ne se connaissent pas, le Sémite ignore absolument les liens qui unissent l’homme et la nature en Dieu.
« Ce qui n’est pas exprimé par la parole, mais ce par ^uoi la parole est exprimée, sache que cela est le Brahma. ■Ce qui ne pense pas par l’esprit, mais ce par quoi l’esprit pense, sache que cela est le Brahma.
« Si maintenant tu crois savoir ce que c’est que là Brahma, tu sais en réalité bien peu de chose sur le Brahma. Celui qui dit que le Brahma est inconnu, celui-là connait Je Brahma; celui qui le connaît ne le connait pas. Ce