‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 67 sur 156 · Mai Duncker, Hittoire de Vanliqnité · texte numérisé non relu

Mai Duncker, Hittoire de Vanliqnité

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main, pendant vingt ans parcourut les pays de l’Inde, prêchant la parole nouvelle au inonde allligé, la douleur humaine et la délivrance de la douleur.

Qn’est-cedonc que ce fils de roi avait trouvé?

Il avait trouvé la religion du désespoir et de l’énervement.

* Les êtres que le malheur a frappés assez fort pour les empêcher de renaître jamais au bonheur, dit Victor Jacquemont, ceux pour lesquels la vie n’est plus, dans le [iréseiU, qu’un état indifl'érent de la sensibilité, animé <|ueIquefois des souvenirs du passé, et dans l’avenir qu’un horizon limité, sans illusions, sans espérances, ces êtres-là-sont les plus justes appréciateurs de la destinée de l’homme. Isolée en quelque sorte du inonde au milieu duquel ils vivent, morte à la plupart des joies, leur îlme, tranquille désormais, plane sur le tableau de l’existence humaine, et, avec l’œil e.xercé des passions jadis trop actives, elle en découvre, elle en pénètre à fond tous les détails. Ne doit-il pas être un juge éclairé du théâtre, l’acteur habile retiré de la scène ? »

Ces paroles. Bouddha eût pu se les approprier. Mais Bouddha fait un pas de plus; après avoir contemplé en spectateur le tableau de l’existence humaine, il reconuait que cette existence n’est que misère, vanité l’espérance qui l’enveloppe de ses mirages ; que le désir de vivre qui entretient la vie est l’illusion et même doit être détruitdans le cœur afin que la racine des futures existences en soit ôtée. Il n’y a rien à espérer de l’être, donc il faut cesser d'être : voilà le remède et la théorie de Bouddha.

Dans Œdipe à Colonne, le chœur fait ces tristes réflexions :

L'ORIENT. SSl

« Le mieux est de ne pas naître ; et une fois né, le second degré du bonheur est de rentrer au plus tôt dans le néant. Car à peine la jeunesse a-t-elle amené ses folles erreurs, quelles peines, quelles traverses ne fondent pas sur nous? les meurtres, la discorde, les combats, l’envie j et à la fin arrive la vieillesse chagrine, impuissante, insociable, importune, en qui se réunissent tous les maux. »

«< Tout ce qui naît mérite de disparaître, mieux vaudrait donc que rien ne fôt, » dit de son côté Méphistophélès.

Ce sentiment du néant do la vie, exprimé dans toutes les littératures, mais qui chez les hommes en général n’est que passager, chez Bouddha constitue la dominante de l'ame et l’idée fixe de l’esprit. Le spleen en lui s’est systématisé, il est devenu une doctrine au service de laquelle il a missa pénétrante dialectique; car le génie du libérateur Hidou estfait de dialectique eide compassion. Ne nous y trompons pas cependant : Bouddha obéit, à l’égal des autres fondateurs de religions, au besoin de félicité qui est la loi de la religion parcequ’el le est celledu cœur humain. S’il alx)ulit à l’anéantissement, c’est qu’il ne voit que l’anéantissement pour échapper aux misères renaissantes de l’être enfermé dans les cercles de la métempsycose. C’est par horreur de la réalité vouée à l’incurable imperfection qu’il se précipite dans le vide, et son horreur de l’existence n’est encore que le désir de l’idéal surexcité jus qu'au désespoir. Si Ja soif humaine de félicité et de perfection ne l’avait possédé au plus haut degré, s’il n’avait possédé en même temps un amour des hommes capable de l’identifier avec toutes leurs souffrances, comment aurait-

il ressenti ces souffrances si profondément que pour s’y dérober il va jusqu'à proposer au.x vivants l'extirpation du désir de vivre comme but de toute morale et de toute sainteté ? '

Si nous voulons comprendre ce phénomène qui nous saisit comme un paradoxe, n’oublions pas que nous sommes eu Orient.

Après une journée écrasante de travail et de chaleur, nous nous sentons à bout de force et n’aspirons plus qu’à nous étendre et à dormir. Une lassitude analogue, mais de l’àme, dut envahir Bouddha lorsqu’après de longues méditations il se fut représenté la misère de tous les hommes toujours renaissante avec eux, et que par l'effort de son imagination il eut accumulé sur son cœur, comme un poids écrasant, la pensée des existences vécues et de ccllesqu'ilauraitàendurer encore sans terme dans l’avenir. Do cette pensée naquit un immense découragement doublé d’une compassion immense : ce fut le bouddhisme. Si le christianisme est un cri d’espoir de la souffrance humaine qui en appelle à la justice, le bouddhisme est un soupir infini de la souffrance humaine s'ahimant dans le désespoir sous le fardeau de misères sans cesse renouvelées, pour enfanter un dernier désir, le désir du nonêtre. — Ah qu’il serait doux de s’endormir sans réveil, à jamais! Ce soupir s’exhale du cœur de Bouddha; il a vu la roue de l’univers tourner sans trêve, emportant dans son mouvement les âmes r.ondamnëes à l’évolution d’une interminable douleur, et ses lèvres ont laissé tomber ces paroles: Vous qui entrez dans la vie, laissez l’espérance, ou triomphez de la vie.

« La mort, ô mon fils, est un bien pour tous les hom-

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