‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 68 sur 156 · L'OUIE.M · texte numérisé non relu

L'OUIE.M

mes ; elle est la nuit de ce jour inquiet qu'on appelle la vie. C’est dans le sommeil de la mort que reposent pour jamais les maladies, les chagrins, les craintes, qui agitent sans cesse les malheureux vivants *. »

L’âme humaine est faite pour espérer; elle croît sous le rayon de l’espérance comme la semence conGée à la terre sous le rayon du soleil : croire et croître sont pour elle même chose. Où le soleil manque, la semence ne lève pas ; où la puissance du soleil est exclusive la se mence est brûlée : ainsi des âmes qui se consument dans le feu torride d’une contemplation immobile, leur ascétisme les stérilise en les détachant de la terre pour les immobiliser en Dieu. Il faut au germe la terre et le ciel pour devenir plante, il faut que l'âme, germe intangible, pour se développer et fleurir s’enracine dans la réalité tout en aspirant à l’idéal. Ces conditions de la perfectibilité intérieure, l’Inde ascétique les a méconnues à ses dépens : elle s’est de ses propres mains déracinée du réel, et le désir qui est la sève de la vie, l’espoir qui en est la fleur, les œuvres qui en sont le fruit ont cessé de lui appartenir ; elle s’est étiolée etGnalenient éteinte dans l’abstraction. Redoutable enseignement!

Spinoza nous dit que le désir de tout être est de persévérer dans son être ; Bouddha veut pour anéantir l’être que celui-ci détruise en soi celte volonté qui lui est inhérente. Il appelle Nirvdnala victoire de l’être alwutis^ sanl à sa propre destruction par la radicale extinction du désir de vivre.

a 11 n’est pas facile de voir aujourd’hui, dit Eugène Bur-

1. Bernardin de Sainl-Pierre. Diuouu du vieillard à Paul apréi la mort de Virginie.

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nouf‘, ceqae Bouddha eiiteiiJait par leNirvàna, carilne lo définit nulle part. Mais comme il ne parle jamaisde Dieu, le NirvAiia pour lui ne peut être l'absorption de Time individuelle au sein d’un Dieu universel, ainsique le croyaient les Bràlunaues orthodoxes ; et comme il ne parle guère plus de la matière, sou Nirvdna n’est pas non plus la dissolution do l’ùine humaine au sein des éléments physiques. Le mot de vide, qui paraît déjà dans les monuments que tout nous prouve être les plus anciens, m’induit à penser que Çàkya vit le bien suprême dans l’anéantissement

complet du principe pensant L’âme de l’homme, selon

lui, transmigre nécessairement à travers un nombre infiui de formes; celle du plus grand saint, celle d’un Bouddha, qui va entrer dans le Nirvana complet, a eu un passé immense de misère et do bonheur, de vertus et de crimes. »

La soif du non-être n’en doit être que plus ardente. « 11 était temps que je m’en allasse, dit quelque part Fonlenelle, car je commençais à voir les choses telles qu'elles sont. » Cos paroles pourraient servir d’épigraphe au bouddhisme. Mais comment triompher du désir de vivre et tuer le germe des renaissances? Bouddha va nous l’apprendre.

« Et quand il eut reçu l’investiture , est-il dit d’un mendiant qui embrassa la doctrine du maître, il sentit en lui-même cette conviction : la naissance est anéantie pour moi; j’ai accompli les devoirs de la vie religieuse; j’ai fait ce que j’avais à faire ; je ne verrai pas une seule e.xistence après celle-ci. Arrivé ainsi à l’omniscience, ce

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