‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 71 sur 156 · Légende de Samgha. — Eug. Burnoof · texte numérisé non relu

Légende de Samgha. — Eug. Burnoof

L’OniENT.

son, renferment tout ce qu’ont dit les Bouddhas; c’est pourquoi on les appelle souvent Bouddha vatchana, « la parole des Bouddhas » ou Mûla Grantba, a le livre du texte. » Les Chinois expliquent ce terme de la même manière. D’après M.Laudresse, il signilie « les doctrines attachées ou cousues, » et coulient tous les enseignements saints où l’on traite de la loi en discours suivis, longs ou courts. « Rédiges en général sous une forme et dans un langage très-simple, les Sùtras gardent la trace visible de leur origine. Ce sont des dialogues relatifs à la morale et à la philosophie, où Çakya remplit le rôle de maître. Loin de présenter sa pensée sous celte forme concise qui est si familière à l’enseignement brahmanique, il la développe .avec des répétitions et une diflusion fatigante sans doute, mais qui donnent à son enseignement le caractère d’une véritable prédication... Au lieu de cet enseignement mystérieux confié presqu’en secret à un petit nombre d’auditeurs, au lieu de ces formules dont l’obscurité étudiée semble aussi bien faite pour décourager la pénétration du disciple que pour l’exercer, les Sôtras nous montrent autour^deÇôkya un nombreux auditoire, composé de tous ceux qui veulent l’écouter, et dans son langage ce besoin de se faire comprendre qui a des paroles pour toutes les intelligences, et qui, par ses perpétuelles répétitions, ne laisse aucune excuse aux esprits les moins attentifs ni aux mémoires les plus rebelles. Cette dilférence profonde est dans l’ensemble même du bouddhisme, doctrine dont le prosélytisme est le trait caractéristique ; mais le prosélytisme lui-même n’est qu’un effet de ce sentiment de bienveillance et de charité universelle qui anime le Bouddha, et qui est à la fois la cause

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m CONSIDÉRATIONS SUR L'HISTOIRE.

et le but de la mission qu’il se donne sur la terre*. »

Un Sùtra commence toujours par ces mots : Voici ce qui a été entendu par moi ; — l’enseignement, oral d’abord et traditionnel, recueilli plus tard, transformé, remanié, donna naissance aux évangiles du bouddhisme, aux livres de la parole. Ses apôtres étaient d’infatigable* prêcheurs, s'il faut en croire les cent brahmanes qui, à la vue d’un disciple de Bouddha s’avançant vers leur ermitage, se dirent les uns aux autres : « Continuons de nous livrer à nos occupations ordinaires (c’est-à-dire ne faisons semblant de rien), car ces Gramanas, fîlsdeÇakya, sont de grands parleurs ; il faut qu’aucun d'entre nous ne dise un mot à celui-ci. »

Ces excellents brahmanes pratiquaient d’instinct le sage précepte de l’Ecclésiaste : « Ne dispute point avec un grand parleur, et n’entasse pas de bois dans son feu. «

Ils pratiquaient encore mieux la malpropreté. « Un jour des mendiants nus se trouvaient réunis pour prendre leur repas dans la maison de la belle-mère de Sumâgadha, fille d’Anâtha pindika. La belle-mère dit à sa bru : Ma fille, viens voir des ^personnages respectables. Sumâgadha se dit en elle-même : Sans doute on a invité des grands auditeurs, comme le Stl>avira Çâradvàti putlra, Mahà Màudgalyàyana, et d’autres. Elle sortit donc pleine de joie etdesatisfaction; maisellen’eutpasplutôt vu cesmendiants portant leurs cheveux en forme d’ailes de pigeon, sales, n’ayant d’autres vêtements que les souillures dont ils étaient couverts (ils n’étaient pas vêtus de poésie comme l’antique), exhalant une mauvaise odeur, nus et sembla-

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