Kngène UurDOuf, IiilroJuctiuii au BouJJhisnu
a. Ibil.
L’OIUENT.
sul^slance de tous les vivants, Bouddha disait que c’est la douleur. Il prêchait la compassion dans un double but, et parce qu’elle soulage autrui et parce qu’elle sert à vous détacher du moi égoïste qu’il s’agit de vaincre. Quiconque embrassait sa loi et s'identihait avec sa pensée devait comme lui-même sentir se fondre l’orgueil humain et la dureté du cœur au creuset de la charité. Il recommandait la douceur, la patience, la mansuétude envers les serviteurs, la générosité envers les pauvres, les secours apportés aux malades. Il recommandait de semer les routes de végétau* salutaires, d'y planter des arbres, d’y établir des refuges et des hôtelleries, afin que pauvres et pèlerins y trouvassent nourriture et refuge ; il voulait qu’on creusât des puits pour eux, qu’on accueillit les voyageurs sans leur rien demander. Les brahmanes défendaient de tuer des animaux, Bouddha accentua vivement cette défense, car il ne faut faire de mal à aucuno créature, avoir de la compassion pour les bêtes et soigner celles qui sont vieilles ou malades. « Animaux, mes frères! » disait le doux François d’Assise. La compassion de Bouddha n’a d’autres limites que celles de la souffiance. Mais , à l’exemple de Jésus , il défend qu’on fasse parade de ses bonnes œuvres, et si l’on a commis ce péché, soit en pensée, soit en parole, soit eu action, il est nécessaire de s’en reiientir : le re- [)entir, et non les pratiques cérémonielles, effaçant le péché.
Le peuple est comme les enfants : il sent ceux qui l'aiment, et les aime à son tour. Ctlui de l'Inde se prit au.x compassions de la doctrine bouddhiste plulôtqu’à sa partie spéculative qu’il ne comprenait sans doute guère mieux
281 COXSIDhiHATlOXS SUll L’HlSTGIUi:.
qu’il ne saisissait les spéculations des brahmes sur l'inrmi, sans attributs, sans commencement ni fin, égal pour lui au néant. Que lui importait de s’effacer dans l’être universel ou dans le nirvâna? Les brahmes voyant l’influence de Bouddha se propager comprirent enfin le dangerd’une prédication qu’ils avaient pu d’abord juger parallèle à la leur : le courant populaire les abandonnait pour aller à celui qui prêchait avant tout la charité. N’osant ou ne voulant pas faire éclater une lutte ouverte, en gens prudents ils tâchèrent de détourner du Bouddha la sympathie des princes qu’ils tenaient sous leur ascendant. Ils ne réussirent pas â leur gré, la contagion gagnait les puissants et les faibles ; Bouddha menaçait de remonter sur le trône qu’il avait méprisé et de s’y asseoir de nouveau en esprit. Â la fois roi par sa puissance et peuple par son cœur, il atteignait les hommes en haut comme en bas et faisait échec à la théocratie à ses deux extrémités. Les premières peisécutions qui éclatèrent après sa mort ne semblent pas néanmoins avoir pris beaucoup d’extension, et ce sont plutôt des épisodes qu’une épidémie do fanatisme dont elles nous donnent l’idée. Ainsi la légende &lmgha nous raconte que de mauvais religieux, expulsés par d’autres, mirent le feu à un vibâra (ermitage), et que « là furent brûlées un grand nombre de personnes, tant parmi les étudiants que parmi les maîtres. > Les persécutions ne semblent avoir pris le caractère d’une lutte violente que six siècles après notre ère. Les brahmanes réussirent alors à mettre de leur côté le bras séculier d’un prince dont la haine contre les sectateure de Bouddha s’éleva jusqu’à la fureur, car il ordonna que du pont jusqu’aux
montagnes neigeuses (de la pointe de l'Indoustan en face de Geylan jusqu’à l’Himalaya) quiconque n’étranglerait pas les sectateurs de Bouddha, vieillards et enfants, serait étranglé lui-même. Les bouddhistes en masse se réfugièrent dans l’île de Geylan, en Chine etauThibet. Durant la longue période qui précéda ces massacres, les brahmanes ne trouvant ni dans le peuple ni parmi les princes un suflisant appui partagèrent avec leurs rivaux, les moines bouddhistes, la direction des âmes. Ils eurent recours à unautremoyén,quifait honneuràleur fécondité métaphysique autant qu’à l’ingénieuse pénétration de leur esprit. Renonçant à détruire le bouddhisme en le combattant de front, ils essayèrent de l’attirer dans les eaux du brahmanisme et de l’y noyer à l’aide d’une nouvelle évolution de leur théologie. Le plus important témoignage de cette tentative de fusion est le Bhagavat-Gilà, intercalé dans le poème épique du Mahabbaratà. Ge compromis est un chef-d’œuvre. Le bouddhisme, par exemple, repousse l’offrande que le brahmanisme recommande. Gomment les brahmes vont-ils s’y prendre pour allier ces contraires? Ils diront dans le Bhagavat-Gità :
« Quand on m’offre en adoration une feuille, une fleur, un fruit ou de l’eau, je les reçois pour aliments comme une offrande pieuse. Ainsi donc, ce que tu fais, ce que tu manges, ce que tu sacrifies, ce que tu donnes, ce que tu t’infliges, fais-m’en l’offrande... et avec une ûme toute à la sainte communion, libre, tu viendras à moi. P
Le passage suivant combine avec l’existence de Brahma la crainte bouddhiste des renaissances :
« Je me prosterne devant ses pieds, séjour du Iwnheur
et de la félicité suprême, où s’arrête la loi de la renaissance pour ceux qui s’y sont réfugiés'. »
Le Bhagavat-Gitâ contient des choses admirables, et l'on ne saurait y voir une simple fabrication, une œuvre de parti pris où ne se révèle que le dessein de souder ensemble les morceaux hétérogènes de deux systèmes en les trahissant l’un par l’autre. L’intention de transiger est évidente, mais j’y vois mieux encore l’effort du brahmanisme rendu plus attentif à lui-même, et devenu plus spiritualiste sous les yeux de' son antagoniste qui le -contrôle et qui le juge. Les deux doctrines se rencontraient dans le culte de la pénitence et dans le dogme de la mortiücation qui leur est commun, leurs vues spéculatives tendaient ensemble à l’effacement de l’être individuel comme terme dernier de la béatitude. 11 n’y avait point d'opposition radicale. Les brahmanes restèrent vénérés du peuple et les livres bouddhistes, loin de leur tenir rigueur, leur gardent au contraire une place prééminente.
« Les brahmanes sont ceux dont le nom se représente le plus souvent ; ils figurent dans presque tous les sùtras, et toujours leur supériorité sur les autres castes est incontestée. Ils se distinguent par leur savoir et par leur amour pour la vertu. On en voit qui, parvenus au rang de richis ou de sages, vivent au milieu des forêts, ou dans les cavernes des montagnes. Ils s’y livrent à de rudes pénitences, les uns couchés sur des lits hérissés de pointes aiguës (cela fait penser à Pascal), ou sur la cendre; les autres tenant, pendant toute leur vie, les bras levés au-
Is BItagnvata-pouràna, Eug. Durnouf.
L'ORIENT
dessus de leur tête; quelques-uns assis, en plein soleil, au milieu de quatre brasiers ardents. Ils récitent les mautras brahmaniques et les enseignent à leurs disciples *. » Tandis que les brahmanes s’ingéniaient à multiplier, ou bien à mettre en lumière les points'de contact entre leur doctrine et celle de Bouddha, le peuple à sa manière rapprochai: celle-ci, comme il l’avait fait à l’égard du brahmanisme, de ses besoins permanents. Bouddha ne prêchait point de dieu, et le peuple a besoin de dieux. Que fit le peuple? il divinisa Bouddha lui-même. Sur la souche première, il greffa ses légendes, et cueillit des miracles. Ce labeur finit par l’adoration des os , des cheveux, des dents de Bouddha. Les légendes nous apprennent qu’aussitôt après les funérailles de Bouddha
une querelle s’éleva entre ses disciples autour de l’urne
d’or où l’on avait déposé ses restes. Le roi do Maghada envoya une armée pour les réclamer, la compétition fut vive. A la fin, et pour tout apaiser, on distribua les restes en huit parties entre les huit compétiteurs. L’usage s’établit d’enfermer les reliques de Bouddhadans des urnes précieuses et de les environner ou de les surmonter d’un monument, stupa, de forme cylindrique ordinairement terminé en coupole. Un roi de Maghada, vers 250 ans avant Jésus, fit ouvrir les huit stupas, sauf un, et distribuer en douze mille parties chaque monceau, ce qui donna quatre-vingt-quatre mille parties des restes de Bouddha enfermées de nouveau en des coffrets d’or, d’argent, de pierres précieuses, etqui furent partagées entre les quatrevingt-quatre mille villes et localités de son royaume. Des