‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 80 sur 156 · I. Mol qui venl dire irme qui lue eenl hommes à la fois · texte numérisé non relu

I. Mol qui venl dire irme qui lue eenl hommes à la fois

S. Terme géitériqae pour désigner au l>arbare on un étrauger.

lois, ses nombreux sujets, chacun dans la caste où il était né, remplissaient avec plaisir des devoirs qui ne leur étaient imposés que par la justice elle-même ; et, à l’abri de toute oppression, sous un tel monarque, ils passaient au sein de la sécurité la plus profonde des jours dont rien n’altérait le bonheur. Plein de confiance dans ses vénérables brahmanes qu’animait seul le' feu de la piété la plus pure, le peuple, dirigé par leurs conseils, se rendait la divinité favorable par un culte de paix et d’amour; la nature elle-même semblait prendre plaisir à favoriser cette heureuse contrée : des pluies douc«îs et fécondantes, dans la saison la plus favorable, arrosaient régulièrement la terre dont le sein fertile, sans être déchiré par le soc de la charrue, produisait en abondance les fruits les plus nourrissants ; et d'immenses troupeaux, errants de toutes parts dans de gras pâturages, apportaient chaque jour à l’homme le tribut de leur lait. »

Qui n’eût voulu vivre sous le règne du roi l%uchmanta, de l’antique race de Pourou, sixième de la dynastie lunaire, plutôt que sous le règne du roi-soleil, trèschrétien, qui fut également un monarque de droit divin et le plus glorieux représentant d’une théocratie dont Bossuet, son pontife, a pris soin de nous faire la théorie :

« Je n’appelle pas majesté, dit l’évêque solennel, cette pompe qui environne les rois, ou cet éclat extérieur qui éblouit le vulgaire. C’est le rejaillisement de la majesté et non pas la majesté elle-même.

« La majesté est l’image de la grandeur de Dieu dans le prince.

« Dieu est infini. Dieu est tout. Le prince, en tant que prince, n’est pas regardé comme un homme particu-

L’ORIKNT.

lier ; c'est un personnage public, tout l’État est en lui, la volonté de tout le peuple est enlermée dans la sienne. Comme en Dieu est réunie toute perfection et toute vertu, ainsi la toute-puissance des particuliers est réunie en la personne du prince. Quelle grandeur qu’un seul homme en contienne tant I

« La puissance de Dieu se fait en un' instant de l'extrémité du monde à l'autre ; la puissance royale agit en même temps dans tout le royaume. Elle tient tout le royaume en état, comme Dieu y tient tout le monde.

a Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant ; que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion.

« Considérez le prince dans son cabinet. De Impartent les ordres qui font aller de concert les magistrats et les capitaines, les citoyens et les soldats, les provinces et les armées par mer et par terre. C’est l’image de Dieu, qui, assis dans son trône au plus haut des deux, fait aller toute la nature. »

Il ne se rencontre rien dans l’Orient théocratique qui se puisse mesurer avec une théocratie pareille; elleéclipse même l’Asie, et c’est peut-être en y songeant que La Rochefoucauld écrivait que ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face. Nous savons dans quels abîmes s’est éteint l’astre sublime.

Le droit divin des Indous déduisait tout de Brahma, véritable chef de la société. Les castes dérivaient de lui, elles étaient comme ses prolongements au milieu des hommes. D’après les Védas, il existe trois castes pures : les brahmanes issus de la bouche de Brahma, les kschatryas ou guerriers issus de ses bras, les vaiçjas, agricul- 1. *0

leurs, artisans et commerçants, issus de ses pieds. La lecture des livres sacrés, permise au.x trois premières castes, est interdite à la quatrième, celle des soudras esclaves appartenant à la race conquise et qui ne parle point le sanscrit. Pendant le règne de l’auguste et vertueux Râma, est-il dit à la fin du Ramayana, règne plein de justice où toute la terre « couverte de peuples gras et joyeux regorgea de froment et de richesses, » où il n’y eut pas de voleur dans le monde, où le pauvre ne toucha à rien, où jamais on ne vit des vieillards rendre les honneurs funèbres à des enfants — les classes vécurent « renfermées dans leurs devoirs et dans leurs occupations, les créatures s’adonnèrent à la’pratique de la vertu. » L'ordre dépend 'de cela : les classes renfermées dans leurs devoirs et dans leurs occupations respectives ; l’édifice menace ruine dès qu’elles en sortent. Les castes représentent l’hérédité introduite dans les fonctions sociales. Platon bâtit avec des castes sa république idéale, et s’il ne les déduit pas théocratiquement d’un être suprême, il les tire philosophiquement des fonctions de l’âme traduites en professions. Les gouvernants sont en haut ; les guerriers ou gardiens viennent après ; en troisième lieu, les artisans et les commerçants. Les prêtres sont absents, mais les philosophes les remplacent : les gouvernants en effet sont des philosophes dans cette république philosophique où tout est beaucoup trop rationnel pour être raisonnable. Le système est calqué sur l’éthique de l’auteur : la partie intellectuelle de l’âme ayant mission de régir l’homme, c’est la sagesse qui doit être la vertu distinctive des gouvernants; la volonté faisant le guerrier, le courage qui en est l’expression supérieure sera la vertu

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L’ORIENT

distinctive du guerrier ; la moyenne formée d’artisans et de négociants aura pour vertu principale la modération conforme à la médiocrité de sa condition et de ses désirs. Hiérarchique d’un côté, la république de Platon est communautaire de l’autre, car les gouvernants et les guer-, riers ne doivent sacrifier leur rôle à aucun intérêt particulier, ils ne doivent ni se marier ni rien posséder individuellement. Napoléon, lors de la création de l’Université française, imagina un instant des professeurs célibataires dévoués à l’état enseignant comme les prêtres à l’Église. C’était une caste que cette idée, une caste au service de l’État-fétiche.

Partout où l'on essayera de systématiser la société, on aboutira soit à la hiérarchie des castes, comme cela est arrivé aux saint^imoniens remontant la pente de la théocratie; soit au communisme qui décrète l’égalité sociale de par la loi do l’utopie, contrairement à la loi de la nature humaine et de la société. U est inévitable que le systètoe social des castes se retrouve dans celui des pénalités; où l'égalité civile n’existe pas, l’égalité pénale qui la suppose doit nécessairement faire défaut. Les pénalités du Gode de Manou sont hiérarchiques et s'abaissent à mesure que les castes s’élèvent. En bonne justice, le devoir se mesure au pouvoir, l’effet moral de la faute à la position, au rang, à la notoriété de celui qui la commet; les peines devraient en conséquence,- s’il y avait inégalité, se montrer progressives de bas en haut : un brahmane pour la môme faute devrait être puni plus qu’un soutra esclave ou qu’un simple artisan ; mais cette idée toute moderne, et qui a trouvé accès dans notre code, du moins quant à son esprit, par l’institution du jury appré-

308 CONSIDÉRATIONS SUR LIIISTOIRE.

dateur des faits et circonstances relatives, est en sens contraire de celles dont s’inspirait l’Orient. Le système moderne a d’ailleurs aussi ses périls, car sa trop libre application en substituant l’appréciation psychologique à l’appréciation matérielle du fait tend du même coup à livrer au hasard des jugements individuels la permanence des intérêts sociaux. Il faudra toujours des peines pour sauvegarder la société, et ces peines devront toujoure être proportionnées aux risques que les actes contraires à la société font courir à celle-ci. L’homme que ne retient pas la conscience ne peut être retenu que par la crainte, et c’est la crainte seule qui agit dans le châtiment. Il est consolant de penser qu’à mesure que la conscience sociale s’épure et se répand — c’est-à-dire plus la société se cultive — moins le législateur a besoin de frapper fort pour frapper juste. Telle société, telles pénalités ; on n’obtient le progrès des lois pénales que par le progrès des mœurs et des idées ; d’où résulte, soit dit en passant, que la suppression de la peine de mort doit se faire par en bas, et qu’elle ne comporte qu’une solution relative, telle société étant assez mûre pour s’en passer alors que telle autre encore trop barbare n’y saurait renoncer sans abandonner une arme nécessaire à sa défense. Dans le code de Manou la peine de mort est moins prodiguée que dans les autres codes du haut Orient, elle y figure cependant. Eu revanche, les mutilations et les peines corporelles y foisonnent. Cela vient-il seulement de la barbarie que nous attribuons à cette société? J’incline à penser que le fait n’est pas sans quelque intime connexion avec l’absence de sens plastique dont témoignent la sculpture, la peinture et l’architecture des Indous : ils craignent moins de

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