‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 87 sur 156 · Maliabliarata · texte numérisé non relu

Maliabliarata

33i CO.NSIÜÉUATIONS SUR L IUSTOIRK.

Louis XIV passèrülU sur mainte formalité, cela ue vaudrait pas la peine d’être dieu pour ne s’en point affranchir. Toutefois, si les monarques indous se dispensent assez volontiers des règles prescrites pour le mariage ordinaire, ils ne perdent jamais dans leuis rencontres cette exquise pudeur dont l’âme des Indous est tout imprégnée, qui s’échappe de celle des princes comme de celle des simples mortels et monte à leurs lèvres pour y éclore eu fleurs de langage, en images poétiques à la fois chastes et brûlantes.

Sacountala surprise au fond de l’ermitage paternel par le roi Douchmanta le prie d’attendre le retour de l’anachorète alin qu’il dispose de sa main. Le royal amoureux n’est pas de cet avis : « Qu’est-il donc besoin de son consentement? répond-il avec feu; n’est-ce pas à l’ânie seule à se donner elle-même à l’âme aimante qui doit lui servir de refuge dans les plaisirs, comme dans les peines de la vie? D’ailleurs le divin Manou, notie grand législateur, en réglant les dill’érents modes d’uniou propres aux diverses castes, a spécifié celui-là pour la noble race des kshatryas ; ne crains donc pas, chère Sacountalâ, en m’accordant ici ta main do ton propre mouvement, de commettre un acte répréhensible, et dont la vertu ait jamais à rougir.

« — Eh bien I répond la vierge, les joues colorées de la plus aimable pudeur, s’il est vrai qu’en cédant à ton désir je ne pèche pas contre la sainte loi du devoir, s’il est vrai que je puisse ainsi que tu me le dis (et voudrais-tu me tromper!) disposer moi-même de mon cœur, écoute, ô Roi ! les conditions qu’ose t’imposer une fille timide : Si de l’union que nous allons contracter il doit résulter la

L'OIUENT.

naissance d’un fils, engage-moi ta parole royale de lui donner le titre de Youva-râdja*, et de le faire reconnaître * à tes peuples comme ton légitime successeur. »

Gliacpn est ici dans sou rôle, DouchmaïUa dans son rôle d’homme et de roi, Sacountala dans son rôle de femme. Quant aux paroles que le poëte met dans la lx»uche du monarque, c’est l’éternel discours de l’amour qui fuit la conscience dans le sophisme. Le sophisme est l’avocat naturel de la passion. Mais que fait la femme eu présence du séducteur? elle se plaît aux assurances qu’il lui prodigue, elle désire qu’il la rassure et timidement l’invite à le faire; elle aussi trouve dans son esprit un avocat complice de son cœur.

Ce petit dialogue est le thème unique sur lequel, depuis qu’il y a des hommes et des femmes, et tant qu’il y en aura, les scènes de séduction hrodero'nt leurs variantes.

Celle-ci, je me hâte de le dire, finit hien, et Douchmanta, le séducteur séduit, est fidèle à sa parole comme à sou amour. Api'ès avoir mis à l'épreuve Sacountala, ainsi que Rama crut devoir le faire à l’égard de la vertueuse Sitâ — afin de dissiper devant ses peuples tout injurieux soupçon — il fait de la fille de l’anachorète la reine de sou royaume, et de son fils, Rharata, publiquement reconnu, l’héritier de sou trône. Tout est hien qui finit bien, alors surtout que les rois épousent des filles d’anachorètes et resserrent ainsi les liens du sacerdoce et de l’empire.

Le peuple indou est voluptueux en môme temps que rêveur et tendre; la chair le tourmente. Ne serait-ce point

1. üuéralement jeime roi, c’esl le litre de l'héritier présomptif de U cobronne.

là, avec le désir du repos propre au pays du soleil et l’esprit métaphysique, la raison de son effort pour dompter les sens? Le contraire naît du contraire, prétend Socrate. 11 y a dans l’Inde des femmes ascètes, le saint accomplit des prodiges, il réalise des miracles, il dépasse les dieux eux-mêmes parfois et menace de les détrôner ; c’est un Hercule qui combat les monstres de la chair réputés invincibles : monstre lui-même de sainteté I Mais la volupté est toujours là qui guette l’homme dans le saint et qui attend l’instant de ressaisir le saint en reprenant l’homme, en chatouillant de son aiguillon les sens qui peut-être ne sont qu’assoupis. Ces combats de la sainteté et de la volupté sont maguiliquement décrits dans les poèmes épiques. C’est d’un de ces conflits qu’est née Sacountala, elle est sortie d’une victoire de la femme. Le saint Visouâmitra menaçant de détrôner Indra par sa piété, celui-ci, inquiet de son empire, lui envoie sa plus belle nymphe pour le tenter. « O la plus belle des Apsaras, lui dit-il, j’attends do toi une faveur. Visouâmitra, par la violence des tourments qu’il s’inflige, accroît tellement aux yeux de Brahma la somme de ses mérites, que je tremble que bientôt il ne l’emporte sur les miens et ne me prive de mon autorité. Va donc, et cherche par mille moyens à le troubler dans ses actes religieux. Avec cette fleur de jeunesse et de beauté qui brille dans tous tes charmes, comment pourrais-tu ,ue pas réussir? Mets tout en usage; et ce sou de voix si touchant, et ce regard si doux, et ce sourire si perfide ; je te devrai le repos. »

La nymphe de beauté doute de son pouvoir ; comment réussirait-elle où le maître de la foudre risque d’échouer? Elle rappelle à Indra tous les actes étonnants, tous les

L'ORIENT

prodiges, tous les miracles du saint : «Qui, moi, s’écrie-lelle, j’oserais aborder, toucher cet être effrayant, au front resplendissant comme le feu du sacrifice , redoutable comme le temps destructeur, lorsqu’à sou seul aspect les plus grands saints, Soma‘, l’inflexible Yama* lui-même sont pénétrés de terreur 1 Cependant tu l’ordonnes, ô chef des Souras^, il faut que j’obéisse. Mais je l’en supplie, pense aux moyens de diminuer les dangei-s que je cours dans cette entreprise hardie. Ordonne à Marouta, le dieu des vents, de diriger avec grâce les plis de ma robe, de la soulever un peu quand je formerai devant le vertueux Mouni une danse légère ; que Maninalha ‘ aux flèches brûlantes s’attache à mes pas, et que le zéphir répande autour de moi les parfums les plus enivrants.

« Un peu rassurée par la promesse d’Indra, qui accède à ses désirs, la nymphe descend sur la terre, s’arrête non loin de la sauvage retraite de VisouAmitra, et sur une pelouse d’on elle peut être vue du saint ermite elle se met à folâtrer en imprimant à ses pas un mouvement cadencé. Cependant Marouta, au souffle parfumé, se joue dans les plis ondoyants de sa robe qui la dispute en blancheur aux froids rayons de l’astre paisible des nuits, et occasionne un voluptueux désordre que Ménacà, comme si elle cédait à un mouvement de pudeur, augmente encore en feignant de le réparer.

« Malheureusement pour le saint homme, scs regards viennent à tomber sur la nymphe dans ce dangereux mo-

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