‹ Considérations sur l'Introduction de la Race Bovine du Durham dans nos Grandes Races FrançaisesChapitre 6 sur 28 · SANS PAR · texte numérisé non relu

SANS PAR

Cet auteur place le Durham dans la race primitive des Pays-Bas (Bos taurus Batavicus).

A une période géologique précédant la nôtre, les îles britanniques n’étant point séparées du continent, une longue bordure de côtes s’étendait de PEcosse à la Scandinavie. Le berceau du « Bos Batavicus » aurait été la zone moyenne de ces côtes.

Dans la suite, le refoulement marin et les bouleversements constitutifs de la configuration géographique actuelle, déterminèrent deux portions fort inégales d’un côté la vallée de la Tees, de l’autre une zone limitée au Nord par la mer, au Sud par l'Oise, la Somme, l'Aisne et même les hauteurs du plateau de Langres, à l'Est par le Danemark, le cours de l’Elbe et les Vosges, à l'Ouest par la mer.

Ces conceptions géologiques nous autoriseraient à penser qu’un ancêtre commun fut la souche du Durham et du Hollandais, ainsi que de plusieurs autres races.

Actuellement, les différences existant entre les deux races -en Cause ne sont pas à démontrer. Dans son ensemble, le Durham se présente comme un bréviligne brachycéphale, alors que le bétail des Pays-Bas demeure longiligne et dolichocéphale. Cornevin le démontre par le calcul des indices suivants :

Indice facial Indice céphalique Le Top Taureau Hollandais ... 63 38 SP DUT RAM EME 78 49 Vache Hollandaise ..... D7 50

— . Durham... 65 43

De plus, depuis l’époque assez lointaine à laquelle nous faisons remonter ces détails historiques, les deux variétés en question, Durham et Hollandaise, ont pu subir des modifications dans leurs formes, leurs aptitudes. L'histoire signale qu’en 1745 sévit en Hollande une peste bovine qui fit périr 200.000 têtes de bétail. Les importations diverses faites dans la. suite pour reconstituer le cheptel ont très bien pu transformer ce qui restait de l’ancienne race, aujourd’hui disparue. M. Housemann pense que justement les importations faites en Angleterre le furent avant 1745, avec des animaux appartenant à l’ancienne race Hollandaise.

Enfin, poussant encore plus loin nos investigations, il est singulier de remarquer que les animaux peints par Paul Potter, Rubens, Guyp, ne ressemblent nullement à la race Hollandaise actuelle.

Toutes ces constatations nous permettent de conclure que la similitude entre les animaux importés en 1740 par Sir William St.Quéntin et la race indigène, permit la production d’un bétail harmonique dans ses formes et dont l’aptitude primordiale était la précocité.

Formation de ia race

Nous parlerons longuement des frères Colling, éleveurs réputés. Ils ne créèrent pas la race, mais ils surent développer au maximum les précieuses possibilités de ces animaux.

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Cependant, nous ne pouvons passer ici sous silence le nom de Bakewell. Cet éleveur appliquait à ses troupeaux de Leicester et de Longhorns ce qu'il appela l'élevage « in and in », c'est-à-dire par consanguinité étroite. Les succès de ses méthodes servirent d’exemple aux Colling. Cependant, sans vouloir rien enlever à Bakewell de la part indirecte qu’il prit dans l’amélioration du Shorthorn, nous remarquons avec M. Housemann qu'il n’a commencé la fondation de son troupeau qu’en 1750. Or, la plus ancienne famille des Shorthorn, celle des Princess, dont la généalogie remonte à une vache élevée à Ketton par M. Stephenson en 1739, présente jusqu’à la naissance du fameux Hubback en 1777, quatre unions de frère et sœur.

Les Colling

Avant les frères Colling, certains éleveurs étaient déjà connus pour les succès obtenus avec leur Shorthorn. Leur habileté avait fait nommer le type Teeswater : « Shorthorn improved ». Mais les Colling étant les plus réputés, nous nous bornerons à dire quelques mots de leurs troupeaux.

Charles et Robert Colling, tout d’abord associés, se séparèrent en 1793. Robert s’établissait à Barmpton; Charles, à Ketton.

Le but précis qu’ils se proposaient était d'obtenir plus de précocité, plus de développement et d'aptitude à l’engraissement, de réduire encore le squelette, d’avoir des animaux plus fins. Le progrès fut surtout réalisé au point de vue de la viande, bien que les familles ori-

ginaires des troupeaux Colling aient suffisamment prouvé que ceux-ci n’avaient pas négligé les qualités laitières. | |

En 1785, Charles Colling rendant visite à M. John Maynard d'Eryholme, fut à même d'admirer une vache déjà âgée, Favourite. Il offrit 35 guinées de la vache et de son veau, Young Strawberry. Le marché ne fut pas conclu. L'histoire raconte que là où Colling échoua, Mme Colling, qui s’intéressait aux travaux de son mari, réussit; et que, finalement, Favourite et Young Strawberry entrèrent dans le troupeau de Ketton. Or ce fut de cette vache que naquit Phénix qui produisit le fameux taureau Favourite (252).

Généalogie de Favourite (258)

Taureau inconnu

Vache Phènix 2 NACHe a Toute Taureau Favourite

Taureau Bolingbroke (252)

Le coup de maître de C. Colling fut l’acquisition en 1783, pour la somme de 221 francs, du fameux Hubback. Ce taureau avait été acheté primitivement à un jeune ménage de Darlington par R. Colling ; mais Charles, qui avait su discerner, chez le jeune taureau, les qualités propres à l’amener au but qu'il poursuivait, décida son frère à le lui céder.

Cet animal, fils d'une très bonne laitière, était de petite taille, aux membres courts, d’un maniement excellent et ayant un tempérament parfaitement lranquille. Son premier soin fut de le réserver exclusivement aux vaches de son troupeau quel que fut le prix

(1) Live Stock Journal, N° 828, p. 145, col, 2,

offert pour les saillies. Tous les produits qu'il en obtint furent reproduits en étroite consanguinité.

L’habileté de Colling fut de savoir profiter de tous les avantages d'une semblable méthode et d'en éviter tous les inconvénients.

Hubback devint lourd, indolent, improductif et dut être réformé. Bolingbrocke le remplaça; à ses côtés se trouvaient des vaches célèbres: Duchess, Lady Maynard (ex-Favourite) et Phenix, la mère du fameux Favourite (252). Ces deux derniers sujets accouplés donnèrent Young-Phenix, celle-ci engendra avec son. père le non moins fameux Comet.

Généalogie de Comet :

Taureau Bolingbroke Taureau Favourite Vache Phénix Youg Phénix Vache Phénix

Comet

Taureau Favourite

L'emploi de Bolingbroke enclin à la mollesse comme Hubback (ce que Golling avait tout d'abord recherché) menaça bientôt la fécondité du troupeau de Ketton. Vint alors Favourite (252), fils du précédent, peut-être un peu moins fin, mais plus vigoureux; il fit la monte 16 années consécutives.

Le succès des Colling tint également aux soins intelligents et à la minutie apportés dans l'alimentation de leurs troupeaux.

En 1796, C. Colling obtint de Favourite et d’une vache des environs, un produit qu'il fit castrer. Telles étaient les aptitudes de ce produit qu’à 5 ans il pesait 1.370 kgs. Ce bœuf, vendu 3.500 fr., fut promené et exhibé en An-

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gleterre sous le nom de « Durham Ox ». Dans ses tribulations, Durham-Ox se démit la hanche à Oxford; 2 mois après on dut l’abattre épuisé; il pesait encore 1.053 kgs et rendit 70 kgs de suif. On peut penser combien cette exhibition rendit populaire le nom de Calling et la réputation de son élevage.

En 1810, le troupeau de Ketton fut vendu. Celui de R. Colling tout en étant moins coté avait cependant sa renommée; il fut vendu en 1820. À Ketton, Comet fut vendu 1.000 guinées; 47 têtes firent un total de 174.896 fr. À Barmpton, les résultats furent un peu moins élevés; mais cependant 61 têtes firent un total de 196.217 francs. |

Ces prix, énormes pour l’époque, indiquent à quel degré de perfection les remarquables éleveurs qu'étaient Colling avaient su amener le bétail de la Tees. |

Fondation du Herd-Book

Nous ne nous étendrons point ici sur le Herd-Book du Durham, ce premier chapitre n'étant qu’une introduction nécessaire à l'esprit même de notre travail.

Nous dirons simplement que ce livre fut fondé en 1822 par M. Coates qui en surveilla le fonctionnement jusqu’en 1844. La gestion en fut confiée à la « Shorthorn Society of Great Britain and Ireland ».

Dans le Coates « Shorthorn Herd-Book » aucun taureau ne provenant pas de 5 croisements n’est susceptible. d’être inscrit, ni aucune vache qui ne proviendrait

pas de 4 croisements de sang Shorthorn inscrits dans le Herd-Book ou méritant de l'être (1).

Pour tout ce qui regarde une époque antérieure à son début, l'ouvrage a été fait d’après les notes et les mémoires d'éleveurs de marque.

Les premières inseriplions suivirent un ordre alphabétique; on n’y inscrivit que les sujets de la descendance authentiquement prouvée des animaux de Golling.

Il est à remarquer que les taureaux seuls ont des numéros, les vaches se distinguent par le nom de leur père.

L'exemple suivant donne une idée de la notation employée :

Généalogie des Duchess

: Duchess TI par Comet (155), sa mère par Favourite (252); sa grand’mère par Daisy-Bull (186): 2° grandmère par Favourite (252); 3° grand-mère par Hubback (319); 4° grand’mère par Brown's Red Bull (97) ; o° grand'mère une vache du domaine de Stanwick. Ce simple exemple montre l'usage de la consanguinité, on voit en effet Favourite (252) saillir sa petite-fille.

Ajoutons en passant que l’usage français est de mettre entre parenthèses les numéros des animaux anglais; cela, à seule fin de les distinguer des animaux nés en France. La lecture d’une généalogie est alors facilitée et, à première vue, on reconnaîtra à quel animal finit l’importation et à quel autre commence l’élevage français.

(1) Les races anglaises de bestiaux, Londres, 1910,

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