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Chapitre IL

De la Rédemption

La Trinité est l'objet, de la science dc^ la religion. Source inépuisable de méditations, de découvertes et d'harmonies, ce dogme renferme tous If : principes des vérités métaphysiques et naturelles. 11 est le centre radieux de cette sphère d'intelligence, que l'esprit humain est appelé à parcourir. Mais cette grande révélation ne devient accessible et salutaire à l'homme, que moyennant l'oeuvre médiatrice de la rédemption. Entre la puissance infinie de Dieu, et la profonde dégradation de l'homme, il fallait nécessairement un médiateur. Ce ne pouvait être que l'Amour. Car l'homme né libre, mais entraîné au mal par dei intelligences supérieures, séduit par les prestiges de la nature physique, impatient de jouir avant d'avoir admiré, et de connaître avant d'avoir suffisamment aimé 7 5e constitua lui-même esclave; et

dislors il ressortit volontairement au tribunal de éternelle justice. Or il n'y avait que T Amour infini qui put commuer l'arrêt de la toutet.ffuissanco,) L'image primitive ayant été effacée par la oompUcité. de l'homme, il cessa d'être sa propre loi, ain^i que-, le dictateur de la nature. Les deux qui jadis obëis-r. salent à sa pensée , lui racontèrent sa condj^mnation et ley êtres organisés lui attestèrent ses f agites, et sa misère; ^La loi pénale naquit, et devint reine des mortels et des immortels *) parceque l'homme se trouvait déchu de sa royauté originaire. Le mal, prin« dpe de rébellion et de division au moral comme au physique, caractérisa visiblement la rébellion interii^ de la nature humaine.

Le beau te sépara du bien , les influences àstra* les se placèrent entre la vérité relative et la réalité des choses, l'arbre de la science ne porta plus que des fruits d'ainertume , la terre revendiqua les sueurs et les larmes de l'homme, les iexet se divisèrent, lés Isoîgnes se confondirent, le sang des races- humaines fut infecté par l'altération de l'esprit de vie, et le système des compensations générales prit la place de 09lui des harmonies et de l'unité. Il était inhérent à l'essence même de Dieu de créer des êtres libres,

susceptibles de s'élever, et de décheoir. Mais surtour;

il' était digne de lui de les rappellei; à soi, et delQS

•) PindMra. .. !^ '

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rëgënërer par l'action de cette même liberté. Cette marche d'une providence impënëtrable> excliitPidëe' de contrainte, .comme nous l'avons observé dans Pintrodaction de cet ouvrage. Elle suppose donc ux&e opération de la grâce et de Pamour. Or i'amoar est le médiateur nécessaire entre tous les extrêmes , et le principe de 4:oute égalité. Le coeur humain, atteste œtte vérité par ses affection^ même les plus vulgaires , et la contemplation de la nature nous apprend, qu'il ne peut y avoir de contact et de rapprochement intime entre deux substances séparées et devenues hétérogènes, que par l'intervention d'un principe médiateur *)

Entre le monde intellectuel et les formes maté- XielleSy-.ce médiateur, c'est l'esprit de vie;^ source âpitarissable du mouvement et de la réprpductioik Entre le Créateur et les créatures , entre la toute* puissance et le libre arbitre, entre l'être universel et l'individu, entre Pocéan de lumière, et ]|b xniroi;r réfracteur, entre Dieu et Phomme, ce médiateur c'est l'amour, le verbe divin^ ndfre Seigneur, Jësu#- OixisU

On sait t][ue cette dernière dénomination n'est 'point indifférente ou arbitraire. Elle désigne Voint du Seigneur'^*) selon ses tiiples fonaions^ c'est à

*) Voyez la théorie des atsimilationi chymiqtttf.

dire comme Aoi, comme Pontife et comme JVo»

phèie. L'Homme - Diea rëanit en sa personne cet trois attributs , parcequ'ils sont originairement ceux de la nature humaine. L'homme était iloi\ parcequ'il était appelé à commander & la nature. Il était Pontife y parceque sa seconde vocation consistait 1t rendre un culte *). Enfin il était Prophète parceque sa destination est de pressentir Dieu dans la création, èi de proclamer les merreilles de sa puissance et de itf sagesse»

JLe Régénérateur devait par conséquent réunir en soi tous les attributs distinctifs et primitiijs de Péére dégénéré.

L'oeuvre de le rédemption a donc troi» grada^r tiens bien distinctes. Elle commence par rétablir le genre hum&in dans les fonctions de la prophétie: elle. I^ppele à l'apostolat, en le chargeant de la manifestation des mûséricorde^ divines, et en l'initiant par Toi foi Aux mystèTres de l'étemité. De ce premier degré , l'homme s'élevant vers sa source sera promu Étal pontificat, c'est à dire au culte divin > en esprit et en vérité^ Puis il remontera sur le trône dejses premiers pères , et jouira de la plénitude des prérogatives inhéi^entes à la royauté. C'est à dire: qu'il dominera la nature, après avoir cessé par' degré^

•) Lit dt 8t. J«a« ClirytptfUÀie. ■ . . .t^i.

d'obëir an mal.. Telle est la marche asceadante fut Toeuvre de la rëdemption s'est tracée, pour rexxxpnteK rers le p^wcipe de nos prëvaricationd.

La chiite de l'homtqe est une maladie contagieuse. Car l'esprit de vie infecté par sa dégradatiom primitive ^ forme une ckatoe de communication npii iaterrompile qui unit ehtie elles -toutes les race^hui maines. Les dons faits «à rhomme par la di^it4 étaient originairement transmissibles. Il en f ut 4o. même des effets de sa prévarication.

. L^hoinmiev ayant péché iaUi moral et au phjaique^ ayant convoité la puissance de la divinité ètles çhfqrr. mes de la nature, il était juste que le moral et le pl^ysique de l'espèce fut également affecté des suites de sjEi transgression. Delà la parenté du péché et de la mort. Delà, la source de l'abâtardissement. det races. Pour soustraire aux censé qu ences delà chil^^t la postérité innocente du prévaricateur , il aurait fal^ lu anéantir les sentimens de la nature »/ et rompre Iq lien nécessaire qui unit la cause à l'effet ^ et le.pèn^ à ses enfans. ' Delà nait la solidarité du gen]!0f humaii;;^ qui n'est aux yeux de Dieu qu'un seul .être » surlfi quel il exerce la plénitude de $a puissance et de,,9# paternité. 'L'homme .ainsi t^onstitué, et assujetti 1^ une Ipii générale 9 parcequ'il ^vait résigné son au» tonomie, ne pouvait se guérir lui-même de la contagion qui l'avait atteint. ^ :Ca£f. comme Tobserve Çi-

e^roâ ^ en comparant ^la philosophie à la mëdô- )>dBe; la première de ces sciences ne saurait £airé i,Ies mêmes progrès que l'autre attendu que dans la yiinëdecme, c'est Tâme qui traite le corps malade, fytandisque pour les maladies intellectuelles, c'est /iFime qui doit se replier surfile- même, c'est- à -r i^dire , qu'elle doit être en même tems le point d'ap- ^pui et le levier, le médecin et le malade'*. Cette hypothèse impliqué contradiction. Elle exclue donc la possibilité d'une guérison radicale , sans le secours et rintervention de la divinité. Il suit évidemment de ces considérations que l'homme ne peut se régénérer par ses propres forces , ce qui' établit et constate la nécessité de Poeuvre de la rédemption. EUo eut lieu dans le tems , à ime époque prédestinée et annoncée par les prophètes et qui était la seule convenable, pour propager la vérité et neutraliser 1q principe du mal.

Jésus • Christ descendit sur la terre , et xévétit la forme humaine pour se rendre accessible et palpable aux hommes. Le mal ayant donné naissance k la douleur et à la destruction des êtres, cette tendance vers l'abyme ne pouvait être rectifiée qu'en associant le bien suprême à cette même douleur physique et morale, pour qu'il en devint le correctif et le remède» L'homme divin avait péché, et c'était

^) Tnsciilaiitf Liv. 3. an jeomiBencviiieiit.

à VHomme-Dieu qu41 appartenait d^éxpier sa diût#« Une seale prévarication avait dégradé la race humaine ; une seule expiation devait aussi la racheter. Jésus -Chifist est l^anique médecin des âmes; il en est aussi le remède souverain. Il est cette source à )a« mais intarissable d^eau vivante» qui retrempe la natti^ re hu3)aaine aux tortens de régénération et de vie» Fils de rhomme, selon la chair, il participe à toiites nos misères et à nos destinées. Frère de l'homn^e» 11 descend jusqu'à nous, et il rompt avec nous le pain de nos sueurs, et boit le calice de nos larmes. Père des humains, il nous prodigue les trésors de l'amour et du repentir, substitués à l'admiration et à radora«* tipn, dont se composait primitivement notre eadstence *), Lui seul épanche dans nos coeurs la.rosé6 vivifiante de la grâce divine, et fait luire à nos yeux les mystérieux flambeaux de la vérité. Parole toa« jours renaissante du sein de la pensée snprèoiey le Chrisl est perpétuellement immolé sur la terre jusqu'à ce que son régne arrive. Ce n'est point un simple personnage-historique 9 appartenant à cine époque quelconque des annales du globe, c'est l'unique principe permanent > éternel et régénérateur.

La rédemption indépendamment de l'influence qu'elle li exercé et qu'elle exerce de nos jours sur les destinées des peuplés, et sur la marche de l'esprit

*) Mr. de St. M. Etprit dt§ choiet. To]l|. X.

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Immain en général, opëre des merveilles ineffables dans le fond des coeurs. Elle seule enfante les pibdiges de la charité^ ouvre les trésors du repentir^ et féconde les germes de toutes les vertus ig- Aorées. Elle est Funique antagoniste du vice de* itructeur qui s^assied sur les trônes, et ravage imponément les cites et les campagnes. Elle est le premier sanctificateur des générations naissantes et la dernière consolation des mourans. Cette oeu^vre divine, consommée et pondue palpable par le Chris-" tianisme, étend son indestructible empire sur toutes les afflictions de Tesprit, siir toutes les illusions du coeur, sur tontes les douleurs physiques. Sem^ blable à la culture terrestre, la rédemption fait germer la vie du sein de Tabjection et de la moi t. Elle plonge dans la tombe, descend dans tous les repaires du orime, dans tous les asyles de la vertu et dans les humbles demeures du repentir. Elle plane au dessus des champs de bataille» et son «oufile divin absorbe les derniers soupirs des mou« rans. Des milliers d'êtres égarés reçoivent dans leur sang un nouveau baptèm^. Enfin elle est aussi là, où lutte contre la mort le pauvre sauvage et elle a pitié de lui. Aussi invisible que la cha« leur, aussi rapide que la lumière, la puissance de la rédemption agit le plus souvent sur le genre humain d*uAe manière imperceptible et lente, mais qui n*en est que plus sûre. Enfin Tacte de la ré* demption s^est effectué dans la personne de Jésujs-*

Christ y moyennant le supplice de la croix, à Vexr clusion de tout autre^ et c^est ce dont il nous reste à rechercher les motifs. La croix est un représentant de la structure humaine. Elle semble uni« quemei^t faite pour Thomme, et ce genre de supplice caractérise symboliquement toute sa misère et sa grandeur. Debout , dominant de son front ce, qui l'environne, les bras étendus comme pour embrasser cet .espace immense dont il semble être le roi; les pieds fixés à cette vallée de larmes, la tète couronnée d'épines, emblèmes des soucis rongeurs qui raccompagnent jusque dans la tombe voilà Vhomme^ ecce homo, voilà Tadorable attitude de l'Homme «Dieu sur la terre. Aucun autre supplice n'allie ainsi tous les extrêmes. Infamant chez les peuples anciens, réservé aux esclaves, douloureux y expiatoire, le supplice de la croix est en même tems subliutie, imposant, mystérieux. Il fait souffrir, il . exalte l'homme tout entier; lui fait franchir debout et sans mutilation le seuil d'une autre vie. Ce n'est qu'à ce seul aspect, que l'on peut' s'écrier : voilà Vhomme , selon la sublime parole de l'Ëvangile. Plus on médite, et plus on se persuade que ce n'est que par le supplice de la croix, que Jésus - Christ pouvait caractériser en soi toutes les misères et les transgressions humaines, les expier, les racheter toutes, représenter collectiv^ement le genre humain, comme un seul être, s'écrier,: ^ytoutes choses sont accomplies^*' et descendre

tcmt entidr dans cet abyme creuse par le péché qàe noos appelions la tombe.

L'acte de la rédemption établit -cette vérité importante» savoir: y^que Vhomme n*est point en ftétat de se régénérer par ses propres forces et ^tfuHl a besoin pour cette fin ^ de la coopération n^de la grâce divine ^ jointe au concours de sa ^olorUé^\

Cette théorie sur ]/e£Eîcacité de la grâce divine a donné naissance à une foule d'interprétations abu- j lives et d'opinions contradictoires. Mais ce qu'il ' y a de plus déplorable c'est Tusage arbitraire que font encore plusieurs parties de TË^ise^ d'un principe aussi consolant qu'il est «impie et lumineux; L'église orthodoxe n'a donné constamment à la doc^» trine de la grâce , tjue la signification et l'exten» non qui lui est propre. Celle d'Occident, par suite de ses opinions exagérées sur l'unité du vicariat de lésus- Christ dans ce 'monde, et par un abus du \ droit.de lier et d'absoudre, a transformé cette vé'- ' rite auguste , en une espèce de monopole. Sans . égard aux nombreuses circonstances qui doivent accompagner l'acte de la pénitence et de la régé« Aération, le siège de Rome a institué la pratique des indulgences accordées indistinctement à de certaines occasions. Sans parler de l'abus scandaleux > qu'en en fit en Allemagne >au i6me siècle, et qi

provoqua le dëveloppemeàt du Luthéranisme» hi mêmes profusions de la grâce, se renouTeUent- à répoque de tous les jubiles. On a été jusqu'à en faire un trafic pécuniaire, fondé sur le pouvoir magique de la papauté, et sur des promesses qui ne sont point celles du Seigneur. Cette . profanailion des mérites du médiateur suprême est ausn condamnable que la base ^ur laquelle elle reposa Elle a pour but de constituer les pasteurs, usufruitiers absolus du patrimoine de la grâce, tandis qu'ils n'en sont que les organes passifs. Un semblable scandale n'a jamais dominé daiis Téglise prthodoxe, ce dont nous devons rendre grâce à notre divin inaître, qui a voulu qu'on recom^nt l'arbre à son fruit. On ne fait qu'indiquer ici en

passant, cette circonstance remarquable, comme uB résultat des controverses sur la doctrine de la grice, qui, ainsi que bien d'autres, également gratuites, ont déchiré le sein de l'Eglise d'Occident. Les mêmes considérations se reproduiront sous une autre forme, dans le second livre de cet ouvrage » oi nous traiterons des sacremens.

^ La itédemption et la grâce n'étant point une force coactive, elle n'agit que sous de certaines eonditions. Pour fructifier un champ , il faut le soc de la charrue, un sillon qui en ressente l'iafluence, un germe fécondateur, une main qui le Tépande^ et d'abondantes rosées célestes qui con-

tctaïoit à le bënir. Mais il est des guerets stên* les, il existe des esprits rebelles , aveugles ou en* durcis» que la providence réserve à un autre ordre de choses y et qui se refusent à Tentrainement de la rëdemptioïi. De là resuite la nécessité des pei* nés et des récompenses dans une autre vie, et t'est de quoi nous allons nous occuper au Chapitre suivant, ^

Fin au second Chapitre.

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