Chapitre V
Delà vie ascétique^ et des ordres reli^ieuitd'Orient et d'Occident*
Un des principes fondamentaux sut lesqueU »*appuye l'édifice de la religion chrétienne, c'est le sacrifice du juste pour expier les transgressions du Coupable, et fléchir la justice divine. Ce dogme sert de base à Tinstitution de la vie monastique et ascéti*^ que de ceux parmi les fidèles qui ont une vocation poor cet holocauste perpétuel. Au betceau même de la religion , on vit de pieux anachorètes , s'éloigner du gouvernement des âmes pour se vouer à ^a pénitence dans les déserts de la Thébaïde et passer par toutes les épreuves de la solitude , pour échapper aux tentations d'un monde pervers. Ensevelis dans leurs retraites au milieu de plaines consumées par les ardeurs d'un soleil brûlant, ces âmes altérées de vérité, travaillaient sans relâche à mourir au monde, pour renaître à Dieu seul. Seuls dans des plaines sans
bornes et sous un ^ciel sans nuages , ces anachorètef méditaient continuellement le nëant de la vie et réternit é de Ta venir. Purifiés par degré ils élevaient à l'être suprême, leurs coeurs embrasés d^une foi toute divine et s'offraient comme St. Paul, a être anathémes pour leurs frères , demeurés en proie aux orages et aux tentations d'ici bas. Ces vénérables solitaires portaient leurs croix sans appui coiQnie fans témoin, et s'immolaient tous les jours avecr^ signation et allégresse , selon l'exemple du Fils de l'homme. Leur nombre s'accrut rapidement , et le désert se peupla de plus en plus des merveilles de la piété, La période des martyrs de la pénitence, remplaça celle des martyrs de la persécution, afin que l'enchaînement des miracles opérés par^ le Christianisme, fut aussi soutenu que la transmission non interrompue des vérités.
Sx, Basile alla lui - même contempler dans les déserts ces pieux anachorètes, et c'est d'après C€S, observations qu^il fonda la règle monastique qui porte son nom. L'église orthodoxe n'a cessé d'y adhérer, sans se .laisser éblouir par cette multitude d'ordres religieux que l'Occident vit éclorre, grâce aux instigations des Papes et au génie inquiet de quelque^ novateurs» C'eut été le cas de profiter du principe métaphysique, qui recommande de ne point multiplier les êtres sans nécessité. Comment n'a -t- on pas senti, que la diversité de nom ^ de vêtement et de
nourriture, n'était qu'une reforme superficielle et que ce qui constituait l'essence de la vie religieuse, c'était le travail, la retraite, la pureté, la méditation, la prière et la charité. Ces inventions souvent puériles, * n'étaient dans le fond que des palliatifs destinés à voiler le relâchement qui régnait parmi les moines; des tentatives pour les ramener à leurs devoirs par l'attrait de la nouveauté. C'est un aveu que sont obligés de faire plusieurs écrivains du rit romain, et notamment le respectable Fleury, qui n'hésite pas à reconnaître la supériorité de l'église d'Orient , quant à l'observance de la règle mon^ti* fue, qui n'y subit jamais aucune altération. ^}.
Le spectacle qu'offre l'Occident est d^une toute ftutre nature. Ordres mendians, prédicateurs, guer* riers, tous également animés d'un esprit factieux, entièrement contraire aux divins préceptes du Sau» veur dés hommies , tous rivaux de crédit , de succès, ■ de savoir et de richesses ; plus jaloux de maintenir et d'étendi:e leurs prérogatives que les vrais intérêts de la religion : souvent même assez téméraires pour xompre le lien de l'obéissance envers leurs chefs spi* rituels et créer une nouvelle hiérarchie, funeste à l'unité de l'institution primitive. Les services partiels quils peuvent avoir rendus d'ailleurs , aux scien-
*) Divcours sur Thistoire ecclésiastique par TAbbé Fleury, prêti» dt l^Oratoire.
ces, aux lettres et à Tagriculture^ ne contrebalai»cent point le mal qu'ils ont fait et ne sauvaient les soustraire à ce juste reproche. C'est leur dé» viation de la voie directe et simple, qui a tant :8€andalisë le corps entier des fidèles et doxmé prise aux têtes immorales sur la religion. En efiPet, rëglise Romaine a nui à la vérité et produit des maux incalculables, pour avoir perdu de vue II distinction essentielle qui existe entre la hiérarchie et la vie monastique, La hiérarchie est une in' stitution divine y qui repose sur les actes et U commandement de Jésus- Christ, La vie manastir que au contraire , quoique dérivée d'aune idii fondamentale et de quelques conseils du Sau»
tfeur^ n'en est pas moins une institution pure* ment humaine et par conséquent subordonnée i Vordre hiérarchique.
Or en multipliant indéfiniment les. ordres religieux, en les subordonnant à des chefs ou génl' taux qui ne sont point des Ëvêques et qui ne re* lèvent eux-mêmes que du siège de Rome, on n'a fait que créer une nouvelle église dans le sein de l'église véritable. Les moines sont devenus les iih strumens dociles, les satellites intrépides, les fane* tiques prétoriens de la papauté. Les Ëvèques se sont vus dès lors restreints et contrôlés dans l'ex» ercice de leurs augustes fonctions ; les nations entières envahies et dominées par des essaims d'i^om*
mes devenus ëtrangers à leui^ propre patrie. Bientôt ces pnissans leviers du Vicariat terrestre , substituant l*e«prit de corps à l'esprit de Dieu, et les passions, ambitieuses aux vertus humbles et résignées, riva» Usèrent entre eux. C'était à qui subjuguerait la faiblesse ou circonviendrait le plus habilement la puissance. La réformation, les guerres d'Italie^ les fnretirs de Tinquisition , Timpostûre des fausses décrétftles , une foule de schismes et de -commotions forent provoqués par ces rejetons dénatures de l'antique hiérarchie. Les abus de la confession et de la direction des consciences, n'eussent jamais été si grands , si des religieux imbus des maximes de leur ordre ne s^étoient emparés de ces ressorts invisibles. ' Tous les , services que les ordres monastiques ont '4 londas à la société durant la période du moyen âge, ne sont tout a!u plus que des correctifs du mal qu'ils ont fait à la religion. Mais ils ne proiivent point que Textension et la multiplication des formes de la classe monastique, soit légitime en elle* même, ou analo- R gne à l'esprit de l'institution primitive. Tout ce qu'on aurait le droit d'en inférer, c'est que le Christ qni veille sur son ëglise, a fait naître des compensations du sein même de ces monstrueux désordres. lilais il n'en demeure pas moins incontestable et dé' s 4 nuaitrë:
rfj| |0 Que l'institution des ordres monastiques n'est fondée que sur l'idée fondamentale cViine expiation bon tH>Ioii;^2r^ de rinnocent pour le coupable.
2^ Que pesant sur cette base unique l'institation doit être essentiellement une , simple et uniforme.
3® Qu'elle doit être entièrement subordonnée et P soumise au gouvernement de la hiérarchie. ~^
4° Qu'elle ne saurait donc relever d'un. ou de \ plusieurs chefs distincts des Ëvêques. ]
5^ Que la vocation des moines consiste dans l'ob- . servance de leurs voeux et lu pratique des devoirs ] qui en dérivent, non dans toutes ces professions accès- : soires, qui peuvent offrir beaucoup d'utilité selon Tes- i prit des tems, mais ne sont plus strictement confor- j mes à l'esprit de l'institution primitive.
D'après pet apperçu, il ne reste plus qu'à considérer laqu^elle des deux églises , s'est tenue la plus rapprochée de ce type originaire, qui est le seul véritable»
Or il est évident que l'unité des ordres religiea;r, offre la garantie la plus certaine de leur adhésion invariable au pouvoir hiérarchique. Cette unité n'empêcha jamais les moines de l'Orient de prêcher TEvangile, de desservir les hôpitaux, de soigner les pestiférés, de visiter les prisons, de vêtir, de désal« térer et de nourrir les pauvres; enfin de se vouera toutes les austérités de la vie contemplative. Le pèlerin et le voyageur , errans dans les plaines de la Syrie et de la Palestine, ou bien parmi les ruines imposantes de la Grèce, trouvent chez eux l'hospitalité. Les sommets du Mont Athos , et les alentoori du Sinaï reproduisent toutes les merveilles d'une pé*
nitence silencieuse et d'une vertu ignorée. Le mé* créant, TinOdèle et Tarabe vagabond ont appris à respecter* ces asyles inaccessibles et le malheureux y trouve un refuge assure.
La totalité des individus qui se consacrent à la vie religieuse, est^souniise à la même règle, porte le même vêtement, prononce les mêmes voeux et tous, lervent uniformément ce Dieu qui s'est immolé ppur le salut des hommes. Depuis les glaces du pôle, jusqu'aux sables de l'Egypte, par tout les mêmes for-
mes antiques, la même soumission à la hiérarchie et le même recueillement. St. Basile reparaissant au milieu d'eux, ne saurait les méconnaître. Les plages chenues de Solovetzk que visita Pierre le Grand, et les cimes superbes d'Âthos, encore empreintes des traces gigantesques d'Alexandre , sont consacrées aux mêmes rites religieux, aux mêmes pratiques expiatoires. Les souvenirs de l'antiquité slavonne reposent dam les catacombes de Kief» Les plus belles époques de l'histoire de Russie se perpétuent dans Tin vulnérable cloître de la Trinité près de Moscou. Le mo» naitfere de Niamtzo dépose en faveur de l'antique énergie des colonies romaines. Le lac Ladoga renferme dans son sein une isle toute peuplée des merveilles de la pénitence. C'est là qu'un vieillard solitaire interrogé par le voyageur sur les livres qu'il lisait dans son humble demeure, lui montra pour toute réponse la terre et les cieux. C'est là que lu force invisible de la prière agît dans le silence, pour
le salut de la Russie. C'est laque des «fiorïnes simples, mais immuables, racontent san^ cesse le passe, absorbent le présent, et proclament un avenir ëlernel.
Que la nature soit mère ou marâtre, que Tholrizoïl silencieux voie flotter la bannière de Su Georges ou celle du Croissant ; la religioii demeure toujoi^rs la même. Ni les ëlémens, ni les calamités^ ni la puissance mondaine ne sauraient -attenter à son san* ctuaire.
Si l'activité de Téglise ne s'étend pas au dehors comme autrefois ; si l'Abyssinie , là Chine et l'Inde *ne sont plus visitées par nos missionnaires , comme '. elles le furent à une époque plus reculée ♦) ; si l'arche . de l'église orthodoxe ne compte pas dans son enceinte autant de soeptres, de langues et de vanités mondaines que sa soeur d'Occident, grâces en soyent ren* dues à celui qui éprouve et qui console > à celui qui isévre des grandeurs pour soustraire à la corruption.
La multiplicité des ordres monastiques, indép^dammefnt de la scission réelle qu*elle a produite dans l'église, comme nous l'avons démontré plus haut, a de plus l'inconvénient de favoriser les vocations téméraires ^t d'augmenter le nombre des mauvais religieux. La nouveauté et (la variété des formes est uï* appât séducteur. L'individu le moins fait à la vi-^ ascétique, se détermine souvent à Fembrasser ave* ,une légèreté criminelle ,. parceqa'il a le choix entX'^
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» ordre* mendîans, casaïste», prëdîcaleurs et gaerers. De cette source découlent tous les scandales li dénatuient et desnonorent Tinstitution primive; tous les a.bus qui ont rempli le monde de fcnux 5vats , de parasites et de petits tyrans.
C'est évidemment tenter Dieu et ouvrir une large )rte de perdition à l'espèce humaine y que d'attirer itour de l'autel par toute sorte de prestiges, une luls d'individus incapables d'observer leurs voeux : d'accomplir leurs devoirs.
Or l'inconvénient est moindre, il est presque il dès qu'on réduit, comme l'a fait notre église, »as Le^ religieux à un seul ordre, qu'on les suborinné à la hiérarchie et qu'on n'impoie. qu'à eux $euls obligation du célibat^
, Aussi le respectable ÏFleury atteste-t-îl avec une apartialité digne des plus grands éloges, que la ^gle monastique a été- de tout tems mieux observée i Orient qu'elle ne Va été en Occident. L'ordre iligieux fut toujours parmi nous^ la pépinière des vêques et ]a seule barrière contre la force impéeuse^du Mahométi?me.
Celte classe ne fut pas moins féconde en proparteurs de la foi. La Chine a consente le souvenir. f« missionnaires de l'Orient. Il existe aux Indes à coiximunes de fidèles réfugiées dans l'intérieur du ^ys , qui adhérent à la communion de l'église orr odoxe. Les moines Méthodius et Cyrille travailtentj avec un succès prodigieux k la conversion dé
la Russîfe et la traduction de la Bible , qu'on leur attribue en grande partie, a donné à la langue slavonne cette unité et cette consistance, qu'elles n'avaient paf eues jusqu'alors. Les dialectes infiniment variés à raison des peuplades et des contrées où ils étaient en usage* s'identifièrent en un seul idiome sacré. La conversion de la Russie à la religion orthodoxe dôh être considérée avec raison comme le germe d'événe^ mens plus extraordinaires peut-être, que ceux qui ont été occasionnés par la découverte de l'Amérique; Kous aurons lieu de traiter avec quelque détail cette question intéressante» au livre suivant.
Après ce qui vient d'être exposé au lecteur sur le 'principe de la vie monastique en général, et sur son application aux rits et disciplines de notre église; il ne nous reste plus rien à ajouter sur les différence» qui séparent l'église d'Occident de ^la n^tre , et sur les causes intrinsèques du déplorable schisme, qui afflige la chrétienneté. Les causes extérieures et purement humaines feront l'objet des recherches que nous allons entreprendre dans la dernière partie de cet ouvrage.
Nous n'hésitons pas à en appeller avec sécurité à la conscience et au jugement de no$ lecteurs, pool prononcer sur la solidité des argumens qui constatent la pureté de dogmes, de rits et de disciplines, pro* fessés invariablement par l'église orthodoxe, à travers tant de siècles, d'épreuves et de révolutioP*' Telles soîLt les bases inébranlables sur lesquelles t^
pose notre conviction intérieure. Les preuves abstraites et les preuves de faits , la tradition ecqlësiastique et la critique la plus équitable ; en un mot les annales de la religion, celles du genre humain, et le livre de la nature que nous avions osé consulter, concourent à établir la bonne -foi de nos assertions et la réalité de nos théories. L'auteur aurait pu lans inconvénient terminer ici la défense raisonnée de la religion qu^il professe. Il a parcouru la chaîne entière des argumens, qui en démontre la pureté et la parfaite identité avec l'église primitive. Mais il lui a semblé nécessaire d'étendre en quelque sorte les bornes du sujet en offrant à ses lecteurs, quelques considérations historiques, propres à augmenter la conviction et à développer entièrenient la vérité.
Car si la vérité ri est que le représentant de la rialité des êtres; les événemens à leur toUr n'étant çiue la chaîne des causes réelles et des effets nécessaires, deviennent pour quiconque sait les interroger ivçc constance, les témoins irrécusables des vérités abstraites, émanées de la grande pensée qui préside ^ toutes les vicissitudes terrestres.
Mais la vérité n'est aussi que le bien en théorie, Puisqu'elle ne nous retrace le mal que comme une ^ndition nécessaire au développement dû bien, ici »as. Le bien à son tour , dans l'acception la plus générique , n'est que la vérité en pratique et en action* ''est à dire qu'il est le signe de manifestation de la éxité et l'attribut essentiel de son existence.
Il suit de ce principe, qu'après avoir analyse rexc'ellence .intrinsèque de la doctrine orthodoxe^ nous isommes tçnus d'en étudier les conséquences temporelles; de caractériser Tarbre par son fruit, après en avoir admiré la sève vivifiante; de récapituler les bienfaits de cette religion maternelle , paur en découvrir le véritable esprit, enfin de constater à la face de l'univers que les épreuves , les persécutions et les calamités, n'ont point altéré le dépôt de la foi, con» fié à nos pères, pour être transmis intact à la postérité la plus reculée.
Puisse -t -elle recueillir les moissons abondantes de la grâce divine, se nourrir du pain de nos sueurs et de nos larmes et rendra perpétuellement le même culte à ce Ûieu méconnu, qu'ont invoqué et adoré ' nos ancêtres. Puisse un jour la totalité de ceux qui croyent et qui espèreiit , chanter les louanges du Seigneur dans le même temple et se confondre en esprit et en vérité.
Fin du second lipre.
sur
la
doctrine et l esprit
de
''Eglise o r t
h o d o X ft.
L i V r e III.
'çus historiques sur V église d'' Orient et celle d'Occident,