GROUPE DES PÉLAGIQUES NAGEURS
Les Pélagiques nageurs, errants ou côtiers, sont ceux qui ne diffèrent des larves que par la présence des organes reproducteurs. On peut, d’après leur origine, les ranger en deux catégories :
1° Pélagiques errants transitoires ; 2° Pélagiques errants permanents.
Les Pélagiques transitoires sont des organismes ou des individus qui deviennent nageurs pour la dispersion des produits sexuels. Les Pélagiques permanents sont des persistances larvaires adaptées à la vie pélagique errante. Comme ces deux sortes d'animaux pélagiques se rencontrent aussi bien dans les eaux douces que dans la mer, j'étudierai d’abord ceux qui vivent dans la mer et je leur comparerai ensuite les Pélagiques lacustres littoraux.
A. : PÉLAGIQUES NAGEURS MARINS a — PÉLAGIQUES ERRANTS TRANSITOIRES
Il faut distinguer les organismes qui ne s'élèvent au rang d'individus et ne deviennent pélagiques que pour la dispersion des produits sexuels et les individus qui, normalement fixés ou errants à des profondeurs variables, montent à la surface à l’époque de la reproduction. De là la subdivision suivante :
A : Organismes transformés devenant pélagiques côtiers. B : Zndividus devenant pélagiques côtiers.
A : ORGANISMES TRANSFORMÉS DEVENANT PÉLAGIQUES CÔTIERS. — La mise en liberté de ces organismes paraît résulter le plus souvent de la division d’une région déterminée du corps, produite à la suite de la localisation en ce point des produits sexuels. Ce phénomène, que l'on a quelquefois (1) assimilé
(1) Gecensaur, Manuel d * Anatomie comparée.
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à une génération alternante, ne serait-il pas simplement un cas particulier de scissiparité, une adaptation spéciale dont le but final serait la dispersion de l’espèce, grâce à la dissémination des produits sexuels eux-mêmes ?
L'organisme, arrivé à la dignité d’individu, doit, en devenant pélagique errant, acquérir nécessairement des organes locomoteurs et prendre les caractères propres à son nouveau régime. Toutefois, en raison du peu de cas observés, 1l est impossible de formuler des lois générales, qui soient la synthèse de nombreux faits connus. Il est certain cependant que la coloration de ces organismes né dépend pas de leur adaptation : celle qui existe au moment de leur individualisation, persiste tout le temps de leur existence. Les organes respiratoires font entièrement défaut, de sorte que la respiration ne diffère pas de celle des générateurs. Un appareil de locomotion prend toujours naïssance et leur appartient en propre, qu’il soit larvaire (cils ou soies) ou spécial (ombrelle). L'existence des organes des sens est en rapport avec le régime pélagique de ces organismes, dans lesquels, un peu avant leur mise en liberté, on les voit apparaître. Le tact et la vue prennent surtout un grand développement, du moins si ces organismes mènent une existence de longue durée. Lorsque leur rôle ne doit pas se prolonger, les organes des sens, quels qu’ils soient, manquent complètement. Les mêmes causes président à la formation ou à l’absence du tube digestif. Quant au genre de vie de ces individus, il est semblable à celui des pélagiques errants permanents.
1° Campanulaires. — Les Campanulaires médusiformes recueillis dans le golfe en 1882, se réduisent aux deux espèces suivantes :
Environs de Carry. — 7 septembre. 1 (1). Oceania pileata, Forbes. Calanque de Morgilet. — 3 juin. 1. Œquorea violacea, M. Edw. Atlas de Cuvier, Zoophytes, PI. 42.
2° Syllidiens. — On peut distinguer au point de vue de la taille les gros et les petits Sylidiens. Ceux-là rampent au fond de la mer, ceux-ci progressent plus aisément et, au moment de la reproduction, n’ont qu’à pousser des faisceaux de soies dorsales pour devenir pélagiques errants et disperser ainsi plus sûrement les produits sexuels. Ce phénomène est comparable aux métamorphoses des Néreis et a pour conséquence de changer complètement la manière de vivre des êtres qui le présentent. Chez les gros Syllis, comme la production de nouvelles soies ne serait pas capable de les déplacer, un phénomène nouveau intervient. Les organes sexuels, au lieu de prendre naissance indifféremment dans tous les anneaux,
(1) Le chiffre placé en avant du nom des espèces indique le nombre d'individus recueillis.
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apparaissent seulement dans la région moyenne et un peu postérieure du corps. Sur cette moitié croissent des soies dorsales, identiques à celles des petits Syllis. Un bourgeonnement curieux s’effectue alors. Entre les segments sexués et ceux qui ne le sont pas, deux gros bourgeons constituent des lobes céphaliques, munis de deux gros yeux et à la région dorsale prend naissance, aux dépens du mésoderme, un système nerveux qui se met en contact avec le système nerveux préexistant et plus profondément placé. En même temps, le dernier anneau de la moitié antérieure non sexuée, bourgeonne et forme deux lobes caudaux, qui se soudent ensuite intimement entre eux et dans lesquels le tube digestif pénètre. Des dissépiments divisent ce tube et des mamelons constituent des cirrhes. Les deux moitiés se séparent alors. Tandis que la moitié antérieure du Syllis continue à ramper, la moitié postérieure, grâce aux soies de nouvelle formation, s'élève à la surface et disperse au loin les produits sexuels.
En somme, les gros Syllidiens montrent la localisation des organes reproducteurs en une région déterminée du corps, suivie d’un phénomène dc scissiparité en tous points comparable aux gonozoïdes des Campanulaires. On constate donc chez des types bien différents les uns des autres, par des procédés identiques, l'élévation d’un organisme au rang d'individu qui, dissemblable par sa formeet ses mœurs de l’être dont 1l provient, ne retourne à son générateur que par les produits qu’il a mission de disperser.
3° Zoothamnium. — Ces Infusoires présentent un exemple de l'adaptation d’un organisme à la vie pélagique errante. Le rôle dévolu à ces organismes reste cependant encore indéterminé.
Ce sont des Vorticellines fixées par un protoplasme pédonculaire musculoïde, qui se ramifie dans toute la colonie. Chez le Zoofhamnium alternans, Clap. (1), la colonie comprend deux sortes de zovides : les plus communs et en même temps les plus petits, ont une forme campanulacée ; les plus gros sont au contraire sphériques. La forme et la taille seules les distinguent. Or, à un moment donné, les zooïdes sphériques se munissent d’une couronne ciliaire postérieure et se détachent de la colonie pour nager. À cet état, abstraction faite de la ceinture ciliée, ils n’ont pas une forme bien différente de celle des zooïdes fixés ; mais, par suite de leur contraction, leur organe vibratile est retiré à l’intérieur. Quant aux zooïdes campanulacés, ils semblent ne jamais se munir d’une pareille couronne de cils. Donc, tandis que ceux-ci continuent l'espèce en un point donné, ceux-là vont la disperser au loin, soit qu'ils doivent donner naissance à un certain nombre d’em-
(1) Etude sur les Infus. et les Rhix, tome I, page 108, fig. 1-4.