HISTORIQUE
Martin Slabber (1), le premier, découvre, en 177$ une Sagitta qu’il place parmi les Vers.
Jusqu'en 1827-1828, on ne trouve aucune mention de ce Ver qui devait faire l’objet de tant de recherches.
À cette époque, Quoy et Gaimard (2) trouvent une nouvelle espèce, la Sagitta bipunctata, flottant à la surface de la mer, non loin de Gibraltar. Ces célèbres naturalistes s’occupent surtout de rechercher les affinités des Chætognathes pélagiques, qu’ils hésitent à ranger parmi les Zoophytes.
Quelques années plus tard, d’'Orbigny (3) porte à cinq le nombre des Sagitta connues. Il ne craint pas de les considérer comme des Mollusques Hétéropodes. Cette opinion, basée non pas sur des considérations anatomiques, mais sur l’homologie due à une même adaptation, fut néanmoins partagée et longtemps soutenue par de nombreux naturalistes.
La position systématique des Chœtognathes préoccupe jusqu'ici l'attention des
(1) M. Scasser. — Physicalische Belustigungen, oder mikrosk. Wabrnebmungen in-und aüslandischer Wasser, etc., in Müller. Nürnberg, p. 23, 1775.
(2) Quoy et GarmarD. — Ann. Sc. natur., t. X, 1827.
(3) D'Orsieny. — Voyage dans l Amérique Méridionale, t. V. 3° part. Mollusques, pp. 140-144,
Paris, 1835-1843.
observateurs, beaucoup plus que l'étude anatomique des Sagitta, dont on ne connaissait guère que les caractères extérieurs, et il faut arriver en 1844 pour avoir des données certaines sur l’organisation interne de ces êtres.
C’est à Krohn (1) en effet que l’on doit la première étude du système nerveux dont il reconnaît la similitude avec celui des Mollusques. Ce célèbre naturaliste décrit en outre dans ses traits généraux l’organisation si complexe de la région céphalique, etc.
Leuckart (2) et Pagenstecher signalent la présence d’une cavité générale, dont le mode curieux de développement devait être mis en lumière par les admirables recherches de A. Kowalevsky. C’est Leuckart également qui crée l’ordre des Chœtognathes, intermédiaire entre les Nématodes et les Annélides, et représenté par le genre Sagitta, Slabber, et le genre Spadella, Langerhans.
Deux ans après, Meïssner (3), trompé par de fausses analogies, rapproche les Chæœtognathes des Vertébrés. Cette opinion, consacrée plus tard par Hæckel, a eu d’ailleurs le même sort que, par exemple, celle de Forbes qui « avait cru trouver de grandes affinités entre les tétards d’Ascidies et les Hydroides. »
Je ne ferai que citer les noms de Claparède, de Leydig, de Burmeister, de Schneider et de Busch qui ont fait connaître des particularités anatomiques, sur lesquelles j’aurai à revenir, pour arriver aux travaux de A, Kowalevsky.
Après avoir décrit la structure intime du ganglion cérébroïde et du ganglion abdominal placé profondément dans les parois du corps, à la face ventrale, l’éminent professeur d’Odessa a suivi le développement embryogénique de la Sagitta (4) avec une précision que ne feront oublier ni le mémoire de Bütschli (5), ni les travaux d'O.Hertwig (6). Unesegmentation totale donne naissance à une blastula. Le refoulement de l’ectoderme dans la cavité de segmentation constitue une gästrula spéciale, dite archigastrula. Le blastopore se rétrécit ensuite de plus en plus et disparaît ; ainsi se réalise une planula particulière, munie de deux feuillets qui entourent une cavité gastrique close, Le pôle opposé au blastopore est alors le siège d’un refoulement qui porte à l’intérieur les deux feuillets préexistants et qui
(1) Kronn. — Aratomisch physiologische beobachtungen über die Sagitta bipunctata. Hamburg, 1844. In Annales des Sciences naturelles 1845.
(2) LeuckarT et PAGENSTECHER. — Zoo/og. untersuchungen. Heft. III, p. 3, Giessen 1854.
(3) Maissner. — Zeitsch. für rationelle Medicin. Dritte Reïhe. Bd. I, 1857. Bericht über aie Fortschritte der Anatomie u. Physiolo. in Jahre 1866, pp. 637-640.
(4) Kowazevsky. — Entwickelungsgeschichte der Sagitta. Mémoires de l’Acad. imp. des Sciences de Saint-Pétersbourg, VII® sér.,t. XVI, n° 12, pp. 7-12, 1871.
(5) Bürscnui. — Zur Entuwicklung:g. der Sagitta. Zeïtseh. f, Wiss. Zool. Bd. XXIII, pp. 409- 413, 1873.
(6) O. Herrwic, — Die Chetognathen, Jenaische Zeïtsch, f, naturwiss. XIV Bd., p. 196, 1880.
correspond à la bouche définitive. Enfin, par destruction des parois, se forme un anus à la place occupée par l'ouverture de la gastrula primitive.
La production du tube digestif réalise un animal qui a un intestin recouvert intérieurement d’un endoderme et extérieurement d’un ectoderme, Entre ces deux feuillets sont deux couches cellulaires mésodermiques, l’une externe, l’autre plus profondément placée. La couche mésodermique externe n’est autre que l’endoderme de l’archigastrula, la couche mésodermique interne est le même endoderme refoulé. Quant à l’ectoderme, c’est toujours le même feuillet, tel qu’il existe dans la gastrula primitive. Enfin, l’endoderme définitif est produit par la seconde invagination de ce dernier feuillet. É
Après la constitution du tube digestif et du mésoderme, entre les deux couches cellulaires et déterminé par leur écartement, se forme un vide ou cavité générale. L’intestin flotte dans cette cavité, qui primitivement représente la cavité gastrique de la larve.
Cette embryogénie, qui permet de rapprocher, au point de vue de la formation du mésoderme, chez tous d’origine endodermique, les Chœtognathes des Échinodermes, des Brachiopodes et des Anthozoaires, a été revue et confirmée successivement par Bütschli et O. Hertwig.
Si le développement des Sagitta était parfaitement connu depuis 1874, si d’autre part dès cette époque les divers détaiis anatomiques étaient presque entièrement mis en lumière, il restait encore à étudier l’histologie de ces êtres. C’est à O. Hertwig (oc. cit.) que sont dues en grande partie nos connaissances sur la structure intime dés Chétognathes.
Battista Grassi, tout récemment enfin (1), a repris le même sujet avec talent et donné des détails importants, négligés entièrement ou incomplets dans la monographie d’'Hertwig, tels que la spermatogénèse, que Krohn et Wilms avaient fait connaître dans ses traits généraux. La structure des parois intestinales et des nageoires, la distribution des muscles céphaliques, etc., ont fait l’objet d’une sérieuse étude de la part de l’éminent naturaliste italien. J'aurai d’ailleurs, dans le cours de mon travail sur la Spadella Marioni, nov. spec., l’occasion de revenir sur Les belles monographies d'Hertwig et de Grassi.
Tout entier à la faune pélagique du golfe de Marseille, j'avais depuis longtemps déjà entrepris une étude sur la Spadella qui est si fréquente dans le golfe. Mes observations confirment en partie celles de Grassi; mais certaines d’entre elles, dont l'importance n’est pas à négliger, sont complètement en désaccord avec les faits avancés par mes prédécesseurs. Telle est, par exemple, la position de la bouche qui, au lieu d’être ventrale, est terminale, et de l'anus qui est toujours
(1) B. Grass. — Die Chetognathen (Fauna und Flora des golfes von Neapel...) 1883.
dorsal et non ventral, etc. D'ailleurs, il faut l'avouer, les dessins d'Hertwig sont trop schématiques pour être l'expression exacte de la réalité; la même critique s'applique également aux coupes, trop peu nombreuses, de B. Grassi.