HABITAT, MŒURS
La Spadella Marioni est un Chétognathe pélagique que l’on rencontre fréquemment, quelle que soit la saison, dans le golfe de Marseille et plus particulièrement au vallon des Auffes, au milieu des larves et des Copépodes, dans les points où abondent les matières organiques en voie de décomposition. |
L’abondance constante de cette espèce dans le voisinage des côtes permet 2 priori de la ranger parmi les pélagiques côtiers à faciès larvaire. Toutefois, un examen compara‘if de la distribution géographique des diverses espèces connues de l’ordre, ainsi que l’observation anatomique, montrent que les Chœtognathes sont des pélagiques actifs à faciès larvaire, mais que nombre d’entre eux tendent à quitter la haute mer pour se rapprocher des côtes, à l'exemple des Pelagia noctiluca, Beroe ovata et autres Hydroméduses dont j'ai précédemment signalé la distribution aux abords du rivage.
Il faut d’abord remarquer que des vingt espèces de Chétognathes actuellement connues, quatorze au moins sont en général capturées en pleine mer ou près des côtes battues par les courants du large. On ne peut dès lors refuser aux Chæœtognathes le titre d’animaux essentiellement pélagiques. De plus l’abondance de ces Annelés oligomériques est très variable avec les saisons et leur récolte paraît être en tous cas sous la dépendance de ces courants. C'est ainsi que dans les calanques abritées, ils se rencontrent très rarement, et pour ainsi dire d’une façon accidéntelle. Ce sont bien des habitants de la haute mer.
Leurs mouvements sont surtout musculaires, les nageoires n’ayant pas, à vrai dire, des mouvements propres,indépendants de ceux du corps. Je croirais volontiers que les nageoires sont le reste d’un appareil autrefois complexe, maïs qui, par suite de la tendance que manifestent tous les pélagiques actifs de flotter autant que possible passivement, s’est réduit de plus en plus. De là à considérer avec Meissner les nageoïres comme homologues et peu éloignées de celles des Poissons, il ya loin. Je pense, cependant, que les nageoires devaient occuper complètement les parois du corps, dont elles ne sont qu’une modification, et posséder des fibres musculaires. Quoi qu'il en soit, l'appareil tel qu’il existe, a seulement pour objet d'augmenter la surface du corps sans l’alourdir et faciliter ainsi la natation.
Jetées à la côte par les courants du large qui les éloignent ensuite, et quelque fois apportées accidentellement dans un golfe qui est naturellement en dehors de ces
courants, certaines espèces se sont accoutumées à ces nouvelles conditions de milieu et, soit par impuissance matérielle, soit en luttant contre les courants, sont devenues côtières. Tel est le cas de la Spadella Marioni et probablement aussi de la Sagitta? Batziana, Giard. Comment pourrait-on expliquer autrement la présence dans le golfe de Marseille de cette Spadelle que l’on y trouve toute l’année et toujours en grande quantité?
L'habitude qu'ont tous les pélagiques, sauf les passifs, de quitter la surface lorsqu'elle est fortement soulevée, se retrouve chez la. Spadella Marioni et paraît être commune à tous les Chétognathes qui habitent normalement la surface. Ces recherches n’ont pas beaucoup sollicité l’attention des naturalistes. B. Grassi cependant a constaté, mais il s’est trompé, à mon avis, sur le sens du phénomène, que « certe specie s'incontrano di solito vicin vicino alla superficie, certe altre in fondo ; quelle di fondo in certe circostanze fanno migrazioni e vengono alla superficie. Fors’anche quelle di superficie possono migrare al fondo...…. E possibile che appena gli individui con uova mature si approfondino (1). » Cette raison ne me paraît pas justifiée par les faits et j’ai constaté une très grande quantité de Spadella Marioni, dont les œufs étaient mûrs, nager à la surface. A l’époque de la maturité, leur nombre ne m'a jamais semblé y diminuer ni augmenter également.
Ce qui est certain, c’est que les Chétognathes peuvent vivre à la surface et à des profondeurs variables. Tel est le cas de la Spadella Marioni et très probablement des espèces voisines qui, le jour, nagent indifféremment à un, deux et même cinq mètres, ou à la surface. |
La Sagitta Darwinii, Grassi, recueillie par Darwin dans l'Océan Atlantique, habite le plus souvent la surface; mais elle a été prise aussi à six pieds de profondeurs sur les côtes du Chili et même à dix brasses sur celles de Patagonie. La Sagitta cephaloptera, Busch, vit à Orkney, à une profondeur de dix toises; Busch ne dit pas si cette espèce vit également à la surface.
La plupart des Chétognathes sont diurnes, mais certaines espèces ne paraissent venir à la surface que la nuit ; ceci mérite d’ailleurs confirmation. Ce qui est vrai, c’est que les Spadella hexaptera, d'Orb., Sagitta Darwinii, Grassi, Sagitta ? triptera, d'Orb., et Sagitta diptera, d'Orb., ont été recueillies, re seule fois cependant, la nuit ou au crépuscule.
La Spadella Marioni se meut très rapidement, mais elle progresse plutôt par vives saccades que par des mouvements ondulatoires.
Sa nourriture habituelle consiste surtout en larves, en Infusoires et en Diatomées. Je n'ai pu voir les individus de cette espèce se manger entre eux, comme l’a observé B. Grassi pour certaines espèces de Naples.
(1) Grassi, Le. cit, page 26.
On ne peut les conserver plus de vingt-quatre heures en captivité et encore c’est l'extrême limite. Dans cet état, on les voit tantôt traverser le cristallisoir avec rapidité, tantôt s’immobiliser et flotter passivement. D’autres fois, ils gagnent le fond et s’y reposent, sans contracter avec le verre la moindre adhérence.