ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Une maladie qui porte une atteinte aussi profonde aux forces vitales, qui plonge l’économie dans un si grand anéantissement, doit nécessairement, laisser de funestes traces de son passage, et produire de graves altérations dans les organes. En effet le tube intestinal, le cerveau, les cavités thoracique et sphlarichnique, sont presque toujours le siège de désordres plus ou moins considérables.
Le cerveau présente rarement des lésions importantes ; la plupart du temps on y découvre des injections, soit à la surface des membranes, soit dans la substance blanche; quelquefois il y a ramollissement, épanchement de sérosité dans les ventricules. La bouche présente quelques altérations, l’épiglotte, le pharynx, le larynx , offrent des lésions avec perte de substance, la trachée artère est d’un rouge lie de vin. Les poumons sont engoués ou hépatisés selon les symptômes qui se sont présentés, dans les fièvres qui ont apparu avec un appareil de symptômes formidables, on trouve un épanchement sanguin dans la poitrine , le cœur gros ou diminué de volume plein de caillots d’un sang noir, ou exsangue. On a trouvé le foie et la rate dans un état de ramollissement; l’estomac, les reins, la
vessie et le pancréas ont aussi présenté des lésions plus ou moins
considérables. Le tube digestif est le siège des lésions les plus graves ; on remarque dans la muqueuse de l’intestin grêle des plaques d’une largeur inégale, faisant une sailüe, les unes sont d’un blanc mat, les autres d’un rouge foncé , et d’autres présentent des nuances intermédiaires ; les plus grandes de forme elliptique , dépassent rarement deux ou trois pouces dans leur plus grand diamètre; outre ces plaques, on remarque les glandes de Peyer et de Brunner tuméfiées.
Leur volume s’accroît de jour en jour; au dixième, leur surface est bosselée, rugueuse, leur tissu est rouge, épaix. Les ganglions mésentériques sont de la grosseur d’une noisette et rosés à l’intérieur; les jours suivans , la tuméfaction augmente encore ; on aper. çoit des espèces de fongosités coniques, louges, légèrement ulcérés à leur sommet. Les ganglions diminuent de volume , deviennent mous et violacés; plus tard la base des tubercules s’élargit; leur sommet est teint de bile , d’une couleur safranée. Le centre des fongosités est converti en escarres gangréneuses , le bourbillon se détache, et l’on voit une large et profonde ulcération dont les bords se renversent et sont entourés d’une aréole inflammatoire. Bientôt l’escarre tombe, et l’on voit la membrane muculeuse et péritonéale détruite et perforée. Les ganglions mésentéricjues sont très moux et violacés, ils peuvent être rompus et donner lieu a des hémorrhagies mortelles. Toutes les glandes engorgées ne viennent pas à suppuration; beaucoup se terminent par une résolution plus ou moins lente ; au vingt-deuxième jour les glandes de Peyer et de Brunner ont presque repris leur volume; elles sont molles et rouges, les altérations s’effacent, le cercle inflammatoire disparaît. Les ganglions reprennent leur volume , mais ceux qui ont suppuré contiennent une matière semblable à du pus mêlé de sang. L’éruption occupe presque toujours la fin de l’iléon et le commencement du cæcum. Les perforations n’ont jamais lieu qu’au centre d’un cryptede Brunner ou d’une glande de Peyer ulcérée, l’estomac, le duodénum le jéjunum, le colon ne sont presque jamais affectés de cette éruption , dans le plus grand nombre des cas, Perruption , parvenus au
dixième jour se termine par résolution et va en diminuant jusqu'au quatorzième , époque à laquelle les glandes sont encore légèrement tuméfiées, rougeâtres, et comme réticulées, au vingtième il ne reste presque plus aucune trace de la phlegmasie.
ÉTIOLOGIE.
Il ne paraît pas y avoir des causes qu’on puisse dire spéciales.
Il n’y a que des causes occasionnelles ou prédisposantes. Les tempéramens ne paraissent pas y prédisposer sensiblement : cependant les hommes y sont plus sujets que les femmes.. Elle est plus commune et plus dangereuse chez les sujets de dix- huit à trente ans. Une cause qui à frappé MM Petit et Serres, c’est l’acclimatement, l’habitation récente dans une grande ville , le changement dans le régime et les habitudes, l’abus des plaisirs de toute espèce.
L’habitation dans une rue bourbeuse, humide, la respiration d’un air corrompu l’absorption de miasmes tenant en dissolution des matières animales qui se décomposent. Baglivi, a observé que lorsque les eaux du Tibre débordaient, il se manifestait un grand nombre de fièvres mésentériques, elle se montre sous toutes les constitutions, et elle revêt plus particulièrement la forme des maladies produites par les constitutions régnantes Enfin elle peut régner épidémiquement, car beaucoup d’auteurs ont observé des épidémies de fièvres typhoydes, et j’ai eu aussi occasion défaire la même remarque.