‹ Considerations sur la France (volume 3)Chapitre 20 sur 28 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

Quiconque a voulu chercher la cause de cet esprit inquiet qui depuis plus de trente ans agite l'univers , a reconnu que les systèmes enfantés par la philosophie moderne ont déplacé ou détruit les véritables bases de la société.

En entretenant l'homme de ses droits prétendus, et en lui laissant ignorer une partie de ses premiers devoirs , de hardis novateurs ont flatté ses passions, lui ont iuspiré des prétentions inouïes, et l'ont eu bien vite amené à révoquer en doute jusqu'à ces vérités précieuses que l'expérience de tous les siècles avait confirmées. Dès-lors tout a été problème, les lois les plus inviolables se sont évanouies, le gouvernement des états n'a plus eu de règle , l'harmonie politique s'est écroulée , et il a fallu recueillir dans le champ de la révolution les fruits trop multipliés des doctrines nouvelles.

Les législateurs les plus anciens avaient mis leur» lois sous la sauve-garde des dieux , ils avaient établi des cérémonies religieuses, ils avaient reconnu les principes constitutifs des états; et si, dans ces temps reculés, tant de peuples ont successivement brillé et disparu , c'est qu'en s'appuyant sur des religions fausses et de peu de durée , ils ne pouvaient avoir une base solide.

L'établissement du Christianisme a rendu les révolutions moins fréquentes, et c'est à lui que nous devons le bonheur dont la France a joui pendant quatorze siècles. Si la Providence a permi» que notre patrie éprouvât de

si funestes catastrophes , c'est que nous nous étions éloignés des saintes maximes de nos ancêtres , et qu'elle a voulu nous rappeler, par cette terrible leçon, que , sans la religion , tout est erreur et calamité.

Cette vérité première d'où découlent toutes les autres a été développée par M. de maistre, avec autant de force que de logique, dans son livre ayant pour titre : Essai sur le principe générateur des Constitutions politiques. Déjà il l'avait établie dans ses Considérations sur la France; mais il a cru devoir en faire l'objet d'un traité séparé pour la rendre plus évidente encore, en la dégageant de toutes les circonstances particulières qui semblaient l'appliquer uniquement à la révolution française.

Ce second Ouvrage étant en quelque sorte le complément du premier, dont nous venons de donner une nouvelle édition, nous ne pouvons nous refuser à la réimprimer également sur du papier pareil , avec le3 mômes caractères et dans le même format que les autres œuvres de M. de Maistre, afin de répondre aux demandes des personnes qui désirent en faiie la collection.

PRÉFACE. VI j

Iosophes allemands ont inventé le mot métapolitique pour être à celai de politique ce que le mot métaphysique est à celui de physique. Il semble que cette nouvelle expression est fort bien inventée pour exprimer la mttaphy sique de la politique ; car il y en a une , et cette science mérite toute l'attention des observateurs.

Un écrivain anonyme qui s'occupait beaucoup de ces sortes de spéculations, et qui cherchait à sonder les fondements cachés de 1 édifice social, se croyait en droit, il y a près de vingt ans , d'avancer, comme autant d'axiomes incontestables , les proposition* suivantes diamétralement opposées aux théories du temps.

1 ° Aucune constitution ne résulte d'une d£» libération : les droits du peuple ne sont jamais écrits, ou ils ne le sont que comme de simples déclarations de droits antérieur* non écrits.

VÏij PRÊFACB.

2° L'action humaine est circonscrite dans ces sortes de cas , au point que les hommes qui agissent ne sont que des circonstances.

3° Les droits des peuples proprement dits , partent presque toujours de la concession des souverains , et alors il peut en conster historiquement : mais les droits du souverain y et de l'aristocratie n'ont ni date ni auteurs connus.

4° Ces concessions même ont toujours été précédées par un état de choses qui les a nécessitées et qui ne dépendait pas du sou« verain.

5° Quoique les lois écrites ne soient jamais que des déclarations de droits antérieurs , il s'en faut de beaucoup cependant que tous ces droits puissent être écrits.

6° Plus on écrit , et plus l'institution est faible.

7° Nulle nation ne peut se donner la li-

PliÊFACE. ▼

un état puissant ? «. Il faut avant tout favoriser « la population par tous les moyens possi» « blés. » Au contraire , toute loi tendant directement à favoriser la population, sans égard à d'autres considérations, est mauvaise. Il faut même tâcher d'établir dans l'Etat une certaine force morale qui tende à diminuer le nombre des mariages, et à les rendre moins hâtifs. L'avantage des naissances sur les morts établi par les tables, ne prouve ordinairement que le nombre des misérables, etc., etc. Les économistes français avaient ébauché la démonstration de ces vérités, le beau travail de M. Maîthus est venu v l'achever.

Comment faut-il prévenir les disettes et les famines? — « Rien de plus simple. Il faut « défendre l'exportation des grains. » — Au contraire, il faut accorder une prime 4 ceux qui les exportent. L'exemple et l'auto»

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