CHAPITRE K
GMnmeat se fera k (joatre-rérolatioo , m éDe arritef
En formant des hypothèses sur la contrerévolution , on commet trop souvent la faute de raisonna comme si cette contre-révolution devait être et ne pouvait être que le résultat d'une délibération populaire. Le peuple craint , diton ; le. peuple veut^ le peuple ne consentira j a-mais; il ne confient pas au peuple, etc. Quelle pitié ! le peuple n^est pour rien dans les révolu*tions, ou du moins il n'y entre que comme instrument passif. QuiEitre ou cinq personnes, peut-être , donneront un roi à la France. Des lettres de Paris annonceront aux provinces que la France a un roi, et les provinces crieront : Fïi^e le roil A Paris même, tous les habitants, moins une vingtaine, peut-être, apprendront, en s'éveillant, qu'ils ont un roi. Est4l possible^ s'écrieront-ils, voilà qui est dune singularité rarel Qui sait par quelle porte il entrera? Il serait bon^ peutrétre^ de huer des fenêtres
1 34 GOJVSIDBAATIOlf s
éfwance^ car on s'étouffera. Le peuple ^ si la monarchie se rétablit , n'en décrétera pas plus le rétablissement qu'il n'en décréta la destruction ou l'établissement du gouvernement ré^ volutionnaire«
Je supplie qu^on veuille bien appuyer sur ces réflexions^ et je les recommande surtout à ceux qui croient la révolution impossible» parce qu'il y a trop de Français attachés à la républi^ que, et qu'un changement ferait souffrir trop de monda. SoiUcet is svperis labor est! On peut certaipement disputer la majorité à la répilbliquej mais qu'elle l'ait ou qu'elle ne l'ait pas> c'est oe qui n'iinporte point du tout : l'enthousiasme et lie fanatisme ne sont point des états durables. Ce degré d'érétbisme fatigue bientôt la. nature humaine; en sorte qu'à supposer même qu'un peujde, et auftout le peuple firançais> puisse vouloir une chose longtemps^ U est sûr a^u moins qu'il ne ssuirait la vouloir avec passion. Au contraire ^raccès de flèvre Payant lasséy l'abattement y l'apathie, l'indifférence^ succèdent. toujours aux grandseiforisde l'en-^ tliousiasii|e« Cest le cas où se trouve la Fiance» qui piç délire plus rien avec passion , excepté le rçpos. Quand on supposerait donc que la repu* blique a la n^jorit^é en France (ce qui est in-* dubitablement . faux), qu'importe? Lorsque le roi s.e présentera^ sûrement on ne comptera pas
SI7i^ L^ FRANCE. i3&
les voix 9 cji personne ne remuera ; d'abord pdr la raison que celui même qui préfère h république à la mpD^rdhîe, préfère cependant te repos à la république; et encore parce que les volontés contraires à la royauté ne pourront se réunin
£n politique y comme en mécanique, les théories trompent^ si l'on ne prend en consi-^ dération les différentes qualités des matériaux: qui forment les machines. Au premier coup d'o^l, par exemple y cette proposition parait vraie ; Le consent ement.ptéaiaile des Français estnécessmre au rétablissement de- la Jnonàr' chie. Cependant. ri0n n'est jJqa faux. Sort^n^ des théories I et rçprésentons-nous des faits*
Un courrieir arrivé à Bordeaux , à Nantes y à Lyon., etc. , apporte la nouvelle que le roi est reconnu à Paris f quunefactimi^ ifûetôon(fue ( ^qu'on nomme ou qu'ob ne nomme f^y s'est emparée de F autorité ^ et a déclaré yu^ elle ne là possède qiùau nom du roi : qiûon a dépêché ùh courrier au sout^eraùt^ qui èH attendu inCes*^ somment ^ et que de toutes parts on arbore la cocarde blanche^ La renommée s'empare de ces nôuyelles, et les ch|uf;e de mille circonstakices imposantes* Que fera^t^onS pour donner plus beau jeu à la république , je lui accordé la majorité, et même un coi^s de troupes réptibli* caines. Ces troupes prendront, peut-être^ dans
le premier moment , une attitude mutine; mais ce jour-là même elles voudront dîner , et com* menceront à se détacher delà puissance qui ne paye plus. Chaque officier qui ne jouit d'aucune considératioa^ et qui lèsent très-bien ^ quoi qu'on en dise, voit tout aussi clairement, que le premier qui criera : Fii^ le roi^ sera un grand personnage i l'amour-propre lui dessine, d'un crayon séduisant, Fimage d'un général des armées de Sa Majesté très^chrétienne ^ brillant des signes honorifiques, et regardant du haut d^ sa grandeur ces hommes qui le mandaient naguère à la barre de la municipalité. Ces idées sont si simples,, si naturelles, qu'elles ne peuvent échapper à personne : chaque officier le sent; d'où il suit qu'ils sont tous suspects les uns pour les autres. La crainte et la défiance produisent la délibération et la froideur. Le soldat ,^ qui n'est pas électrisé par son officier, est encore plus découragé : le lien de la discipliae reçoit ce coup inexplicable, ce coup ma-» gique qui le relâche subitement. L'un tourne les yeux vers le payeur royal qui s'avance : Tau tre profite de l'instant pour rejoindre sa famille : on ne sait ni c(Hnmander ni obéir; il n^y a plus d'ensemble.
C'est bien autre chose parmi les citadins : on va^ on vient, on se heurte, on s'interroge:
chacim redoute celui dont il aurait besoin; le
StJR LA FRANCE. 1 37
doute consume les heures, et les minutes sont décisives : partout Taudace rencontre la prudence; le vieillard manqué de détermination , et le jeune homme de conseil : d'un côté sont des périls terribles^ de l'autre une amnistie certaine et des grâces probables. Où sont d'ailleurs les moyens de résister? où sont les chefs ? à qui se fier? 11 n'y à pas de danger dans le repos y et le moindre mouvement peut être une faute irrémissible : il faut donc attendre. On attend ; mais le lendemain on reçoit l'avisqu'une telle ville de guerre a ouvert ses portes ; raison de plus pour ne rien précipiter. Bientôt on apprend que la nouvelle était fausse ; mais deux autres villes , qui l'ont crue vraie , ont donné l'exemple, en croyant le recevoir, elles viennent de se soumettre , et déterminent la première, qui n'y songeait pas. Le gouverneur de cette place a présenté au roi les clefs de sa bonne
viUe de C'est le premier officier qui a eu
l'honneur de le recevoir dans une citadelle de son royaume» Le roi l'a créé^ sur la porte, maréchal de France; un brevet immortel a couvert 6on écusson de fleurs de Us sans nombre; son nom est à jamais le plus beau de la France. A chaque minute, le mouvement royaliste se ren^ force ; bientôt il devient irrésistible. Vive lb roi! s'écrient l'amour et la fidélité, au comble de la joie : Vive us roi ! répond Thypocrite ré-
l38 CONSID<RATIOKS
publicain , au comble de. la terreur* Qu'iiuporte ? il n'y «a qu'un cri. «^ Et le roi est sacré,
• Citoyens ! voilà comment se font les contrerévolutions* Dieu, s'ëtant réservé la formation des' souverainetés, nous en avertit en ne confiant jamais \ la multitude le choix de ses mai<tres. ]1 ne remploie, dans ces grands mouvement^, qui décident le sort des empires j^ que CQmqaeun instrument passif. Jamais eUe n^obtient ce qu'elle veut: tpiyours elle accepte , jamais elle ne choisit. On peut même remarquer uBeqffeclatîon de la Providence (qu'on me permette cette expression ) , c'est que les efforts du p^ple, pour atteindre un objet, sont précisémeAt le n^oyen qu',eUe emploie pour l'en éloigner. Ainsi, le peuple romain se donna des maîtres en.croyant combattre l'aristocratie à la suite de César* C'^t l'image de toutes les insurrections populaires. Dans la révolution françsMse, le peujple a constamment été enchaîné^ outiiagjs, ruiné j mutilé par toutes le& factions; et les factions, à leur tour^ jouet les unes des i^Ures^ opt. Goxistap^men t. dérivé, malgré tous leurs fâffofts, .pour se briser en^ surl'écueil qui les attendait^ .
Que si l'on veut savoir le résultat probable de la révolution française, il suffît d'examiner en quoi toutes les factions se sont réunies : toutes ont voulu l'avilissement^ la destruction même
SUR LA FRANGE. l3i^
du christianisme onivarsel et dé la monarchie; d^oh il suit que tous leurs efforts n'aboutiront qu'à l'exaltation du christianisme et de la mbnàrchie.
Tous les hommes qui ont écrit ou nlédite l'histoire^ ont admire cette force secrète qui se joue des conseils humains. Il était des nôtres ce graind capitaine de l'antiquité , qui l'honorait comme une puissance intelligente et libre^ et qui n'entreprenait rien sans se recommander à elle(i).
Mais c'est surtout dans l'établissement et le renversement des souverainetés que l'action de la Providence brille dé la manière la plus frappante. Mon-seulanent les peuples en masse n'entrent dans ces grands mouvements que comme le bois et les cordages employés par un machiniste \ mais leurs chefs même ne sont tels que pour les yeux étrangers : dans le Êiit^ ik sont dominés comme ils dominent le peu^e.
Ces hommes y qui^ pris ensemble^ semblent les tyrans de la multitude , sont eux-mêmes tyrannisés par deux ou trois hommes^ qui le sont par un seul. Et si cet individu unique pouvait et voulait dire son secret, on verrait qu'il n«
(I) iVtAf/ rerum hwnimarumilm Deorwn pmnine gçri pu(aba$ Timo* kon; Uaque suce domi saceUum Avro/inriaç comti(ueFat , idqtie iane*- Mssimà çolebau Corn. Nep. Vit, TâimI. cap. IV,
1 4o GON SIDiRÀTIONS
sait pas lui-même commeat il a saisi le pouvoir : que son influence est un plus grand mys» tère pour lui que pour les autres ^ et que des circonstances^ qu'il n'a pu ni prévoir ni amener, ont tout ùdt pour lui et sans lui*.
Qui eût dit au fier Henri Y qu'une servante de cabaret lui arracherait le sceptre de la France? Les explications niaises qu'on a données de ce grand événement ne le dépouillent point de son merveilleux; et quoiqu'il ait. été déshonoré deux fois, d'abord par l'absence et ensuite par la prostitution du talent , il n'est pas moins demeuré le. seul sujet de l'histoire de France véritablement digne de la muse épique.
Croit-on que le bras y qui se servit jadis .d'un si faible instrument, soà raccourci; et que. le suprême ordonnateur des empires prenne l'avis des Français pour leur donner un roi ? lï^on : il choisira encore,. comme il l'a toujours fait, ee qiiily a déplus faible pour confondre cequil y a de plus fort. U n'a pas besoin des. légions étrangères , il n'a pas besoin de la coalition; et comme il a maintenu l'intégrité de la France, malgré les conseils et la force de tant de princes, qui sont devant ses yeux comme. s^ ils n^ étaient pvs , quand le moment sera venu , il rétablira la monarchie française malgré ses ennemis; il chassera ces insectes bruyants puberis exigui jactu : le roi viendra , verra et vaincra.
OT
SUR LA FRANCE. l4l
Alors on s'ëlonnera de la profonde nullité de ces hommes qui paraissaient si puissants. Aujourd'hui , il sçpartient aux sages de prévenir ce jugement, et d'être sûrs^ avant que Texpérience Tait prouvé^ que les dominateurs de la France ne possèdent qu'un pouvoir factice et passager, dolit l'excès même prouve le néant; qu*ils rCont été ni plantés, ni semés; que leur tronc fia point jeté.de racines dans la terre y et qtiunsoufi fie les emportera comme ta paille (i).
C'est donc bien en vain que tant d'écrivains insistent sur les inconvénients du rétablissenrient de la monarchie; c'est en vain qu'ils effraient les Français sur les suites d'une contrerévolution; et lorsqu'ils concluent, de ces inconvénients, que les Français, qui les redoutent, ne souffriront jamais le rétablissement de la monarchie , ils concluent très-mal; car les Français ne délibéreront points et c'est peutêtre de la main d^une femmelette qu'ils recevront un roi.
Nujle nation né peut se donner un gouvernement : seulement, lorsque tel ou tel droit existe dans sa constitution (2), et que ce droit est méconnu ou comprimé, quelques hommes.
(i)l8aie, XL, 24.
(3) J'entends sa conslituUon mMtnlUf car sa coniilitulîon écrite nW que du papier.
t4a QO]rSI0EllA.TIOlfS
'^idés de quelques circonstances^ peuTent écar« ter les obstacles et faire reconnaître les droits du peuple : le pouvoir humain ne s'ëtend pas au delà*
Au reste^ quoique la Providence ne s'embarrasse nullement de ce qu'il en doit coûter aux Français pour avoir un roi , il n'est pas moins très-important d'observé qu'il y a certainement erreur ou mauvaise foi de la part des écrivains qui font peur aux Français des maux qu'entraînerait le rétablissement de la mopar-
SUR LA FBAireE. V^Z