‹ Considérations sur la France (volume 4)Chapitre 16 sur 26 · COirSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

COirSIDÉRATIONS

Un gouvernement entièrement militaire et despotique est presque sûr de tomber , au bout de quelque temps, dans un état die'Iangueur et d'impuissance; mais ; lorsqu^il succède immédiatement à un gouvernement l^itime y il peut dans les premiers moments déployer une force surprenante; parce qu'il emploie avec violence les moyens accumulés par la douceur. Cest le spectacle que présenta l'Angleterre à cette époque. Le caractère doux et pacifique de ses deux derniers rois, l'embarras des finances et la sécurité parfaite où elle se trouvait à l'égard de ses voisins, l'avaient rendue inattentive sur la politique extérieure; en sorte que l'Angleterre avait; en .quelque manière, perdu le rang qui lui appartenait dans le système général de l'Europe ; mais le gouvernement républicain le lui rendit subitement, p. 263. Quoique la révolution eût coûté des flots de sang à l'Angleterre, jamais elle ne parut si formidable à ses voisins, p. 2og, et à toutes nations étrangères > p. 24^- Jamais, durant les règnes des plus justes et des plus braves de ses rois, son poids^ dans la balance politique ne fut senti aussi vivement que sous l'empire des plus violents et des plus odieux usurpateurs, p. 263.

Le parlement, enorgueilli par ses succès^ pensait que rien ne pouvait résister à l'eiTort de ses armes; il traitait avec la plus grande hau^

teur les puissances du second ordre; et pour des offenses réelles ou prétendues ^ il déclarait ]a guerre^ ou exigeait des satisfactions solennellesy p. 221.

Ce fameux parlement , qui avait rempli l'Europe du bruit de ses crimes et de ses succès, se vit cependant enchaîné par un seul homme, p.

128; et les nations étrangères ne pouvaient s'expliquer à elles-mêmes comment un peuple si turbulent, si impétueux, qui, pour reconquérir ce qu'il appelait j^^ droits usurpés ^ avait détrôné et assassiné un excellent prince , issu d'une longue suite de rois; comment , dis-je, ce peuple était devenu Tesclave d'un homme naguère inconnu de la nation, et dont le nom était à peine prononcé dans la sphère obscure où il était né , p. a36 (1),

Mais cette même tyraQnie, qui opprimait l'Angleterre au dedans, lui donnait au dehors une considération dont ellen^avait pas joui depuis l'avant-dernier règne. Le peuple anglais semblait s'ennoblir par ses succès extérieurs,

0) Les hommes qui réglaient alors les affaires étaient si étrangers au}( talents de la législation , qu'on les vit fabriquer en quatre jours l'acte constitutionnel qui plaça Cromwel à la lélc de la république, tôtd. , pag. 245.

On peut se rappeler à ce sujet cette constitution de 1 795 , faiit eu quelques jours par quelques jeunes gens^ comme on l'a dit à Paris après la cbule des ouvriers.

ao6 CONSlDiftATIOIYS

k meswe quil s^avilissait chez Itli par le joiig qu'il supportait j «1 b vanité nationale , flattée par le rôle imposant que FAngleterre jouait au dehors, souffrait moins impatiemiv^etft les cruautés et les outrages qu'elle se Toyak foreée de dérorer, pag; âSo, â8i.

' Il semble à propos de jeter un coup d'œil sur Fétat général de l'Europe à cette époque, et de considérer les relations de TAngleterre , et sa conduite envers les puissances voisines^i: pag. 261.

Richelieu était alors premier ministre de France. Ce fut lui qui , par ses émissaires ^ attisa en Angleterre le feu de la rébellion. Ensuite, lorsque la cour de France vit que les matériaux de Tincendie étaient wffisamment combustibles, et qu'il avait fait de grands progrès, elle ne jugea plus convenable d'animer les Anglais contre leur souverain ; au contraire, elle oflTrit sa médiation entre le prince et ses sujets^ et soutint avec la famille royale exilée les rela-** tions diplomatiques prescrites par la décence, pag. 264.

Dans le fond, cependant, Charles ne trouva aucune assistance à Paris, et même on n'y fut pas prodigue de civilités à son égard , p« 170 et 266.

On vit la reine d'Angleterre, fille de HeniiilW

SUA LA FRAffCB. AO^

teiûr le lu ii Paris ^ au. milieu de ses parenls, faute de boîsiponr se chauffer, pag. 266. .

Enfin 9 le roi jugea a pnopos de qaitleir la France, pour s'iéviter Fliuaiiliation d'en naee-^ voir Tordre^ pag: q67«

L'Espagne fut la première puissance qui re-n connut la république , quoique la famille royide fik pairenie de celle d'Angletenre^ Elle enwya un ambassadeur à Londres^ eft.^en recnt un. du pademeol, pag*^68.

La Suéde étant alors an phis haut point de sa graodeur, la nouvelle république recberclia son aJliaiKie et l'obtint, pag. ^63.

I^e roi de Portugal airait osé fermer ses ports à Tamiral républicain; mais bientôt , effrayé par ses pertes et par les dangers terribles d\ioe. lutte trop inégale , il fit tou4es les soumissions imaginables à la fière république , qui Touhit bien réciouer l'aneienne alliance de l'Ajdgleferre et du Portugal.

En Hollande, on aimait le roi > d'afitan t plus qu'il était parent de la maison d'Orange, extrêmement chérie du peuple hollandais. On plaignait 4'aîUeurs ee malheureux pi*îoce , autant qn'on abhorrait les meurtrière de ton père. Cep^ddant la présence de Charles ^ ifuî était venu chercher un asile en Hollande, fotîguait les états généraux^ qui craignaient de se compromettre avec ce parlement si redoutable

âo8 covsiDâRATiom

par son pouvoir^ et si heureux dans ses éntre^ prises. H y avait tant de danger à blesser de» hommes si hautains , si violents , si précipites dans leurs résolutions, que le gouvernement crut nécessaire de donner une preuve de àé^ férence à la république , en écartant le rci, pag. 169.

On vit Mazarin employer toutes les ressources de son génie souple et intrigant, pour captiver l'usurpateur , dont les mains dégouttaient en-« core du sang d'un roi, proche parent de la famille royale de France. On le vit écrire à Cromwel : Je regrette que les affaires nt^empèchent (Palier en Angleterre présenter mes res^ pects en personne au plus grand homme du monde j^Rg. 307.

On vit ce même Cromwef traiter d'égal à ^al avec le roi de France , et placer son nom avant celui de Louis XIV dans la copie d'un traité entre les deux nations ^ qui fut envoyée en Angleterre, pag. a68 (note).

Enfin , on vit le prince Palatin accepter un emploi ridicule et une pension de huit milllivres sterlings^ de ces mêmes hommes qui avaient égorgé son oncle , pag. a63 ( note )•

Tel était l'ascendant de la république à Tex-^ lérîeur.

Au dedans d'elle-même, l'Angleterre renfermait un grand nombre de personnes qui se

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fiiisatentup principe de s'attacher aia pouvoir du moment, 'et de soutenir le gouvernement établi, quel qu*il fût , pag* aSg. A la tête de ce système était l'illustre et vertueux Blake, qui disait, à ses marins : Notre deiH)ir in^anable est de nous battre pour notre patrie , sans nous em* barrasser en quelles mains réside le gouverne f menl^ pag. 379.

Contre un ordre de choses aussi bien établi^jt les royalistes ne firent que de fausses entreprises, qui tournèrent contre eux« Le gouvernement aviut des espions de tous côtés, et il n'était pas fort difficile d'éventer les projets d'un parti plus distingué par son zèle et sa fidélité que par sa prudence et par sa discrétion , pag* a 59. Une des grandes erreurs des royalistes était de croire que tous les ennemis du gouvernement étaient de leur parti : ils ne voyaient pas que les premiers révolutionnaires, dépouillés du pouvoir par une faction nouvelle, n'avaient pas d^autre cause de mécontentement, et qu'ils étaient encore moins éloignés du pouvoir actuel que de la monarchie , dont le rétablissement les menaçait des plus terribles ven " geances , pag. aSg. .

La situation de ^ces malheureux, en Angleterre , était déplorable. On ne demandait pas mieux à Londres que ces conspirations imprudentes y qui justifiaient les mesures les plus c. F. 14

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tyranniqués^ pdg. 260. Leg royalistes fVireni emprisonnés : on prit là dixième partie de leurs biens^pour indemniser la république des frais que lui coûtaient les attaques hostiles de ses ennemis. Ils ne pouvaient se racheter que par des sommes cônsidérables| un grand nom« bre fut réduit a la dernière misère* Il suffisait d'être suspect pour être écrasé par toutes ces exactions, pag. 260 , 261.

Plus de la moitié des biens meubles et im-

meubles^ rentes et revenus du royaume^ était séquestrée^ On était touché de la ruine et de la désolation d'une foule de familles anciennes et honorables, ruinées pour avoir fait leur devoiri pag. 66 , 67; L^état du clergé n'était pas moiiis déplorable : plus de la moitié de ce corps était éduit à la mendicité, sans autre crime que son Attachement aux principes civils et religieux , garantis par les lois sous l'empire desquelles jk avaient choisi leur état f et par le refus d'un serment qu'ils avaient en horreur, pag* 67. -

Le roi, qui connaissait l'état des choses et des esprits , avertissait les royalistes de se tenir en repos, et de cacher leurs véritables sentiments sous le masque républicain, pag. a54« Pour lui, pauvre et négligé , il errait en Europe, changeant d'asile suivant les circonstances , et Se confiant de ses calamités présentes par l'espoir d'un meilleur avenir, pag. f 5a«

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' Mais là causé dé ce imàlhèureux monarque l^aràissàit à Punivers entier absolument c)&e&* ]^êtée j pag. 34i , d'autant plus que, pour sceller ^^s tnalheurs, toutes les communes d'Angle^ te^re vénsûéilt dé ligner, sans hésiter, l'enga* Cément solennel de maintenir la forme actuelle du gouvérâeméuty pag.3â5 (t).Sesàniîs avaient été tnalheiireùx dans toutes les entreprises qu'ils avaient essayées peur son service^ iiid^ Le sang des plus ardents royalistes avait coulë iur réobafaiid} dTautres, en grand nombre, avaiéât perdu leur courage dans les prisons ; tbus étaient fuitaés par les confiscations, les amenclés et les impôts extraordinaires. Personne n ôsàit s'avouer royaliste; et ce parti paraissait si peu nombreux aux yeux superficiels, que si jamais la nation était libre dans son cboix ( ce qui ne paraissait pas du tout probable), il paraissait très-douteux de savoir quelle forme de gouvernement elle se donnerait, pag. 34^.

Mais, au' milieu de ces apparences sinistres, la Jbriune (a) /"pàt un retour extraordinaire, aplanissait au roi le chemin du trône, et le ramenait eh paix et en triomphe au rang de ses ancêtres, pag. 34^-

(1) En 1659 9 une année av^t U rettaura^ioo ! l L Je m'Î9<^« devant ia volonté du peuple.

(i) Sans doute I

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Lorsque Monk commença à mettre ses grands projets en exécution y la nation était tombée dans une anarchie complète. Ce général n^âvait que six , mille hommes , et les forces qu'on pouvait lui opposer étaient cinq fois plus.fortès; Dans sa route à Londres, l'élite des habitants de chaque province accourait sur ses pas , et le priait de vouloir bien être l'instrument qui rendrait à la nation la paix, la tranquillité et la jouissance de ces franchises qui apparte* naient aux Anglais par droit de naissanôe, et dont ils avaient été privés si longtemps par des circonstances malheureuses 9 pag. 35^. On attendait surtout de lui la convocation légale d'un nouveau parlement 9 pag. 353. Les excès de la, tyrannie et, ceux de l'anarchie^ le souvenir du passée la crainte de l'avenir, Findignation contre les excès du pouvoir militaire, tous ces sentiments réunis avaient rapproché les partis et formé une coalition tacite entre les royalistes et les presbytériens. Ceux-ci convenaient qu'ils avaient été trop loin, et les leçons de l'expérience les réunissaient enfin au reste de l'Angleterre pour désirer un roi, seul remède à tant de maux, pag. 333 , 353 (i).

(1) En 1659. Quatre ans plutM» les royalistes» suiyant ce même historien , se trompaient lourdement^ lorsqu'ils s'imaginaient que les ennemis du gouvernement étaient les amis du roi. Voyez ci-devant y Mg. S09,

SUR LA FRANCE. 2i3

Monk n^avait point cependant encore Tintention de répondre au vœu de ses concitoyens, pag. 353. Ce sera même toujours un problème de savoir à quelle époque il voulut un roi dé bonne foi ; pag. 345. Lorsqu'il fut arrivé à Londres ^ il se félicita , dans son dis» cours au parlement , d'avoir été chobi par la Providence pour la restauration de ce corps « pag. 354- 11 ajouta que c'était au parlement ac^ tuel qu^il appartenait de prononcer sur la nécessité d'une nouvelle convocation , et que, -s'il se rendait aux vœux de la nation sur ce point important, il suffirait^ pour la sûreté publique, d^exclure de la nouvelle assemblée les fanatiques et les royalistes , deux espèces d'hommes faites pour détruire le gouvernement ou la li* berté , pag. 355.

Il servit même le long parlement dans une mesure violente, pag. 356. Mais^ (lès qu^il se fut enfin décidé pour une nouvelle convocation , tout le royaume fut transporté de joie. Les royalistes et les presbytériens s'embrassaient et se réunissaient pour maudire leurs tyrans , pag. 358. Il ne restait à ceux-ci que quelques hommes désespérés , pag. 353 (i).

(i) Eo 1660 ; mais en 1655 ils eraignaient bien plus h rélabUtH" ment de la monarchie 9 qu'ils ne haïssaient le gowernetnent établi^ pag. 209.

a 1 4 CO;!f SiDJÊRATIOirS

Xe^.f^^publiicaiqs décidés |, et surtout les Jttges du roi 9 ne $VubIièreot pA$ dans cette occa«sioa. Piir eux ou par leurs émissaires^ ils re^ présentaient aux soldats que tous les actes de brayourf^ qui lès avaient illustrés aux yeux du parieineDt» seraient des crimes à ceux de$ royalistes j dont les yengeances n'auraient point de bornes ; qu'il xie fallait pas croire à toutes les protestations d'oubli et de clémence; que TexécuUop dii roi,, celle de tant de nobles, et Vewr prisonnement du reste ^ étaieiM des crimes inon pardonnables aw yeiix des royalistes , p. 36Gu

Miûs l'accord d» tous les partis formait nj»

de ces torrenl;s. populaires que rien ne p«ul arrêter^» Ih^s fai^Uques mèmels étaient désar^ mes; ^t, suspendus entre le désespoir et l'étonnementy ils laissaient faire ce qu'ilsne pouvaient empêcher y pag. 363. La nation youlaiti^ wee UM ankurinfittJief quoique en silence, le réta^ bUssement de la monarcbie, ibid. (i). Les ré- PwWi^sMsPf^fw se, trommmt, enwne à ceUe ^fioqm matins du ro^mme (a), voulurent alors parler de conditions et ra{^ler d'an<-

<|)llatt Tannée préoé^nle, u rEoptE signait, sam hésiter, rt^gagenent d« maintenir la répnUîqae. Ainsi, il ne faut qne 36S |»W« an plus, pour dianger, dans le cœur de ce sonveram, la haàm M nitâ^etenee en ardeur A^Me»

d) Semarques bml

SUR i.A JRAWCï:. 2l5

ciennes propositions ; mais ropinion publique réprouvait ces capitulations avec le souverain. L'idée seule de négociations et de délais effrayait des hommes harassés par tant de souffrances. D'ailleurs , féntbousiasme de la liberté, porté au dernier excès , avait fait place , par un mouvement naturel , à un esprit général de loyauté et de subordination. Après les concessions faites à la nation par le feu roi , la coaitiuition anglaise pami^aait jsuf&aixiinënt co!a6olidée> pag. 364-

La parlement^ dont Ua fonetiom Mmenk sur le point d*expirer> avak hmà fait une \ok pont interdira au peuple la fiiculté d'élire certaines personnes à. la proehatoe assemblée, p^ 365; car U seAlait bien que» dans les droonstances actuelles^ convoquer librement la nation^c'était rappderk roi, |>ag. 3&i«.Hai&le peuple se mo^ qua delaloi^ et nomma les députés qui lut coDYÎdQrefit, pag* 3G5.

T^Ue é4ait la dbposkton générale des caprhs,

lorsque*..

Oetera pesimman^pcil

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