‹ Considérations sur la France (volume 4)Chapitre 19 sur 26 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La politique j qni est peut-être la plus épineuse dès sciences , à raison de la difficulté toujours renaissante de disceirner ce qu^il y a de stable ou de mobile dans ses éléments, présente un phénomène bien étrange et bien propre à faire trembler tout homme sage appelé à Tadministration des Etats : c^est que tout ce cjae le bon sens aperçoit d'abord dans cette science comme une vmté évidente y se trouve presque toujours , lorsque Texpérience a parlé, non-seulement faux, mab funeste.

A commencer par les bases « si jamais on

iV PRÉFACE.

n'avait ouï parler de gouvernements , et que les hommes fussent appelés à délibérer , par exemple, sur la monarchie héréditaire ou élective, on regarderait justement comme un insensé celui qui se déterminerait pour la première. Les arguments contre elle se présentent si naturellement à la raison , qu'il est inutile de les rappeler.

L'histoire cependant , qui est la politique expérimentale ^ démontre que la monarchie héréditaire est le gouvernement le plus stable, le plus heureux , le plus naturel à Thomme, et la monarchie élective, au contraire, la pire espèce des gouvernements connus*

En fait de population , de conunefce , de lois prohibitives , et de mille autres sujets importants, on trouve presque toujours la théorie la plus plausible contredite et annulée par Texpérience. Citons quelques exemples.

Comment faut-il s^y prendre pour rendre

PBÉFACE. T

wi état puissant ? a U faut avant tout favoriser ce la population par tous les moyens possicc blés.» Au contraire, toute loi tendant directement à favoriser la population, sans égard à d^autres considérations, est mauvaise. Il faut même tâcher d^établir dans TEtffl; une certaine force morale qui tende à diminuer le nombre des mariages , et à les rendre moins hâtifs. L^avantage des naissances sur les morts établi par les tables, ne prouve ordinairement que le nombre des misérables, etc., etc. Les économistes français avaient ébauché la démonstration de ces vérités, le beau travsdl de M. Malthus est venu l'achever.

CvmmetU faut^il prévenir les disettes et les famines? — ce Rien de plus simple. Il faut «défendre l'exportatioa des grains. >, - Au contraire, il faut accorder une prime i ceox qui les exportent. L'exemple et Tauta^

vj PBÉFAGE.

rilé de rAngleterre aous ont forcés Je/»ghutir ce paradoxte.

Comment Jaut-il soutenir le change en faveur et un pays. — c< Il faut sans doate

ce empêcher le numéraire de sortir ; et , par

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A conséquent ^ veiller par de fortes lois profc hibitires à ce que l^Etat n'^achète pas plus ce qu^ ne vend. x> Au contraire , jamais on n'a employé ces moyens sans faire baisser le change , ou , ce qui revient au même, sans augmenter la dette de la nation ; et jamais on ne [««ndra une route opposée sans le faire hausser , c^est-à-dire , sans prouver aux yeux que la créance de la nation sur ses voisins ^ s'est accrue , etc. , etc.

Ifeis c^est dans ce que la politique a de plus siibstantiel et de plus fondamental , je *^veux dire dans là constitution même des em« pires , que Tobservation dont il s^agit revient le plus souvent. J'entends dire que les phi-

PEÉi^AGB. Vi)

losophes allemands ont inventé k mot metapolUique podr être à celui de poUtitjue c« que le mot métaphjrsitfiie est à celui de physique. Il semble que cette nouvelle expression est fort bien inventée pour exprimer la métaphysique de la politique ; car il y en a une , et cette scienœ mérite toute Tattention des observateurs»

Un écrivain anonyme qui s^occupait beaucoup de ces sortes de spéculations, et qui cherchait à sonder les fondements cachés de rédiiice social, se croyait en droit, il y a près de vingt ans , d^avancer, comme autant d'axiomes incontestables , les proposîtionfi suivantes diamétralement opposées aux théories du temps.

1 "" Aucune constitution ne résulte d^une délibération : les droits du peuple ne sont jamais écrits, ou ils ne le sont que comme de sunples déclarations de droits antérieurs non écrits..

Viij PRÉFACE.

V L^action hizmaine est circonscrite dans ces. sortes de cas y au point que les hommes qui agissent ne sont qne des circonstances.

3"* Les droits des peuples proprement dits , partent presque toujours de la concession des souverains , et alors il peut en conster historiquement : mais les droits au souverain et de Taristocratie n^ont ni date ni auteurs connus.

A^ Ces concessions même ont toujours été précédées par un état de choses qui les a nécessitées et qui ne dépendait pas du sou* verain.

5*" Quoique les lois écrites ne sdent jamais que des déclarations de droits antérieurs ^ il s^en faut de beaucoup cependant que tous ces droits puissent être écrits.

. 6*» Plus on écrit , et plus l'institution est faible.

V Nulle nation ne peut se donner la lî-

PRÉFACE. ÎX

berté , si elle ne Ta pas (1 ) ; rinfluence humaine ne s'étendant pas au-delà du développement des droits existants.

JS*" Les législateurs proprement dits sont des hommes extraordinaires qui n'appartiennent peut-être qu'au monde antique et à la jeunesse des nations.

9** Ces législateurs , même avec leur puissance merveilleuse, n'ont jamais fait que rassembler des élémen|s préexistants , et toujours ils ont agjL au nom de la Divinité.

1 0"" La liberté , dans un sens , est un don des Rois ; car presque toutes les nations libres furent constituées par des Rois (2).

(1) Machiavel est appelé ici en témoignage : Un populo usa a vivere soUo un principe % seper qualehe accidente diûenta liherOy con difficoltà mantiene la libertà. Disc. sopr. Tit. Liv. î, cap. XVL

(3) Ceci doit être pris en grande considération dans les monarchies modernes. Comme toutes légitimes et saintes franchises de ce genre doivent partir du souverain, tout ce qui lui est arraché par la foi :e est frappé d'ana-

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