‹ Considérations sur la France (volume 4)Chapitre 23 sur 26 · Que la religion de ce peuple est fausse · texte numérisé non relu

Que la religion de ce peuple est fausse

(f) La raison ne peut qne par /er^ c'est l'amour qui chante; et voilà pourquoi nous chantons nos symboles; car la fin n'est qu'une croyance par amours elle ne réside point seulement dans l'entendement : elle pénètre encore et s'enracine dans la volonté. Un théologien philosophe a dit avec beaucoup de vérité et de finesse : « II « y a bien de la différence entre croire et juger qu'il Cauk o croire. » Aliud est eredere, aliud judicare esse cre* dendum. (Léon. Lessii Opuseula. Ludg. 1651^ in-fol. pag. 556, col. 3. De Prœdestinatione')

2. Qu'ail a écrit son code religieux dans un accès de fièvre ;

3. Qu^on s'en moquera en peu de tempjs chez cette nation même ^ et qu'ail ne peut avoir ni force ni durée. Tels sont par exemple j ces fanieux aruglbs , çu^on signe plus qu'on ne les lity et qiCon lit plus qiùon ne le^ croit (1). Non-seulement ce catalogue de dogmes est compté pour rien , ou à peu près, dans le pays qui Ta vu naître ; mais de plus il est évident, même pour Toeil étranger, que les illustres possesseurs de cette feuille de papier en sont fort embarrassés. Us Voudraient bien la faire disparaître, parce qu'elle impatiente le bon sens national éclairé par, le temps, et parce qu^elle leur rappelle une origine malheureuse; mais la constitution est écrite.

XyiL Jamais , sans doute , ces mêmes Anglais n^auraient demandé la grande charte,, si les privilèges de la nation n'avaient pas été violés; mais jamais aussi ils ne l'auraient demandée , si les privilèges n'avaient pas existé avant la charte. U en est de PEglise comme de l'Etat : si jamais le christianisme n'avait

(I) Gibbon 9 dans ses Mémoires, tom. I, chap. 6 ^ de la tfaduçtion française.

éi PRINGIPB

été attaqué, jamais il n^aurait écrit pour fixer le dogme; mais jamais aussi le dogme ii\i été fixé par écrit , que parce quïl existait antérieurement dans son état naturel , qui est celui de parole.

hes véritables auteurs du concile de Trente furent les deux grands novateurs dû XYI. siècle (1), Leurs disciples, devenus plus calmes, nous ont proposé depuis d^eflacer cette loi fondamentale, parce qu^elle contient quel^ ques mots difficiles pour eux; et ils ont essayé de nous tenter, en nous montrant comme possible à ce prix une réunion qiH nous rendrait complices au lieu de nous rendre amis; mais cette demande n'^est m théologique ni philosophique. Eux-mêmes amenèrent jadis dans la langue religieuse ces mots qui les fatiguent , désirons quHls appren* nent aujourdliui à les prononcer. La foi, si ta sophistique opposition ne Tavait jamais forcée d'écrire, serait mille fo« plus angelîque : elle pleure sur ces décisions que la révolte lui arracha et qui furent toujours des malheurs, puisqu'elles supposent toutes

(I) On peut faire la même observation en remontant jusqu'à Anus ^ jamais FEglise n'a cherché à écWre ses j^gmes; toujours on l'y a forcée.

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le doute OU rattaqae, et qu'elles ne purent naître qu^au milieu des commolioDâ les plus dangereuses. L'état de guerre éleva ces rem parts vénérables autour de la vérité : ils la défendent sans doute , mais ils la cachent ; ils la rendent inattaquable, mais par là même moins accessible, Ab I ce n'est pas ce qu'elle demande I elle qui voudrait serrer le genre humain dans ses bras,

XYin. J'ai parlé du christianisme comme système de croyance ; je vais maintenant l'envisager comme souveraineté 9 dans son association la plus nombreuse* Là ^ elle est monarchique , comime tout le . monde le sait , et cela devait ètre^ puisque la monarchie devient, par la nature même des choses, plus nécessaire à mesure que l'association devient plus nombreuse. On n'a point oublié qa^nne bouche impure se fit cependant ap- {MX>tiver de nos jours , lorsqu'elle dit quo la France éiait géométriquement monarchique.

Il serait difficile, en ejBet, d'exprimer plus heureusement une vérité plus incontestable. Mais si l'étendue de la France repousse seule l'idée de toute autre espèce, de gouvernement, à plus forte raison cette soirreraineté qui , par Tessence même de sa constitution , aura tou«

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joiirs des Sujets sur tous lés points du globe , ne pouvait être que monarchique; et Texpérience sur ce point se trouve d^accord avec la théorie. Gela posé , qui ne croirait qu^mie telle monarchie se trouve plus rigoureuse^ ment déterminée et circonscrite que toutes les autres y dans la prérogative de son chef? C^est cependant le contraire qui a eu lieu.

Lisez les innombrables volumes enfantés par la guerre étrangère , et même par une espèce de guerre civile qui a ses avantages et ses inconvénients , vous verrez que de tout côté on ne cite que des faits; et c^est une chose surtout bien remarquable que le tribunal suprême ait constamment laissé disputer sur la question qui se présente à tous les esprits comme la plus fondamentale de la constitution, sans avoir voulu jamais la décider par une loi formelle ; ce qui devait être ainsi, si je ne me trompe infiniment, à raison précisément de ^importance fondamentale de la question (1). Quelques hommes sans mis-

(1) Je ne sais si les Anglais ont remarqué que le plus docte et le plus ferrent défenseur de la souveraineté dont il s'agit ici, intitule ainsi un de ses cha|Htres : Que la monarchie mixte tempérée ^aristocratie et de dé^ ^fiûcratte, vaut mieux que la monarchie pure, (Bel-

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Mon, et téméraires par faiblesse , tentèrent de la décider en 1 682 , en dépit d^un grand homme; et ce fîit une des plus solennelles in[q>nidences qui aient jamais été commises dans le monde. Le monument qui nous en est resté est condamnable sans doute sous tous les rapports ; mais il Test surtout par un côté qui n'a pas été remarqué, quoiqu'il prête le flanc plus que tout autre à une critique éclairée. La fameuse déclaration osa décider par écrit et sans nécessité , même apparente (ce qui porte la faute à rexcè») , une question qui devait être constamment abandonnée' à une certaine sagesse pratique , éclairée par la conscience unitersellb.

. Ce point de vue est le seul qui se n^orte au dessein de cet ouvrage ; mais il est bien digne des méditations de tout esprit juste et de tout cœur droit,

XIX. Ces idées ne sont point étrangères (prises dans leur généralité) aux philosophes de Fantiqnité : ils ont bien senti la faiblesse , î^ai presque dit le néant de récriture dans le> grandes institutions ; mais personne n^a mieux \u, ni mieux exprimé cette vérité que Platon ,

larminus, de summo Pontif., cap. III.) Pas mal pour un fanatique !

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qa^on trçQve toujovs le premier sur la route de touteis las grandes vérités. Suivant lui^ d'abord, «x Thomme cpii doit toute. sou. ins* traction à récriture , n^aura jamaU quç r apparence de la sagesse (1)*. La parqle^ ajoui^t41 , est à récriture ce qu'un homme est à son portrait. Les productions de récriture se présentent à nos yeux comme vivrâtes; mais si on les interroge ^ ^lles g€(rdent le silence auec dignité (2)* U en est de même de récriture, ^w ne sait ce qu^ilfaut dire à uri homme , ni ce qu'il faut cacher à un autre. Si Ton vient à Fattaquer ou à Tinsulter ^ans raison , elle ne peut se défendre; car son père n'est J€Êmais là pour la soutenir (3), De manière que celm qui s'imagine pouvoir établir par récriture seule une doctrine claire qt durable, EST UN GRAND SOT (4). Sil possédait réellement les véritables germes

(i) A«Ç^90fOc ytyoy^Tss «vrl croyûv. ( Plat, in Phsed, 0pp.

tom., edîU Bipont.^ p. S8l. )

(9) 2t/tyA( icdhni 9178. (Ibîd. p. 982. )

(3) T06 naxf6ç Mfttc ^M. ( Ibid. p. 3S&. )

(4) OaIA^s fo t(5q«tl«c v^i. (Ibid. p. 382.) Mol à mol : // regorge de bêtise.

. Prenons garde , chacun dans noire pays , que celle espèce de pléthore ne devienne endémique.

« de la vérité , il se garderait bien de croire te qii^av^c un peu de liqueur notre et une ce plume (1) il pourra les faire germer dans Cl l^imivers , ks défendre contre Tînclémence u des saisons et leur communiquer Teffica- « cité nécessaire. Quant à celai qui enlre- •^c prend d'écrire des lois ou des constitutions « di^iles (2) , et qui se figure que parce qu'ils ce les a écrites il a pu leur donner Tévidence rc et la stabilité convenables , quel que puisse ce être cet homme, particulier ou légîsla- « teur (3) , et soit qu'on le dise ou qu'on ne ce lé dise pas (4) , il s'est déshonoré ; car il ce à prouvé par là qu'il ignore également ce ce que c'est que rinsfnration et le délire , le ce juste et Injuste , le bien et le mal : or , c< cette ignorance est une ignominie , quand ce même la masse entière du vulgaire apcc plaudirait (5), »

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