XX. Après avoir ezd:enda la sagesse des
(i)'£y v^arl/tOocyc lik xxXx/iov. (Ibid. p* 384.) {2)N5/xouçTi0c(«, ffvyypa/A/Aa TTolrrcx^v ypotfuv, (Plat, in Pha^ci*
Opp. Tom. X, etc., Bipom. p. 386, 12G.}
(S)Ute^av^(â. (Ibîd.)
(4) BXri Tc« figaly , s7tc fiii. ( Ibid.)
(5) Oûx Ix^siSycc tH ocXriOtiçt fiii oOx inoviiit^rov fîvai , o^i ^y à it«|
iU^ aàno'j fwacviwj. (Ibid. pages 380, 387.)
28 PBmciPB
nations , il ne sera pas inutile j je pense , d'entendre encore la philosophie chrétienne.
c< U eût été sans doute bien à désirer , >9 a dit le plus éloquent des Pères grecs , ce que ce nous n^eussions jamais eu besoin de Técri- « ture, et que les préceptes divins ne fuscc sent écrits que dans nos cœurs, par la ce grâce , comme ils le sont par Tencre , dans ce nos livres : mais, puisque nous avons perdu ce cette grâce par notre faute, saisissons Cl donc , puisquHl le faut , une planche au ce lieu du vaisseau^ et sans oublier cependant ce la supériorité du premier état. Dieu ne ce révéla jamais rien aux élus de TAncience Testament; toujours il leur parla directece ment, parce qu^ voyait la pureté de leurs ce cœurs ; mais le peuple hébreu s^étant préce cipité dans Tablme des vices , il fallut des ce livres et des lois. La même marche s^est rece nouvelée sous Tempire de la nouvelle rêvéce lation ; car le Christ n^a pas laissé un seul ce écrit à ses Apôtres. Au lieu de livre il leur ce promit le Saint-Esprit. CPest lui , leur dit* ce il , qui vous inspirera ce que vous aiwez ce à dire (1). Mais parce que, dans la suite
«(1) Chri/êost. Hom, in Matth, 1. 1.
6ÉA£RAtBt7R. 29
ec des temt>â) des hommes coupables se réf€ Toltèrent contre les dogmes et contre la ce morale , il fallut en venir anx livres. »
XXI. Tonte la vérité se trouve réunie dans ces deux autorités. Elles montrent la profondé imbécillité (il est bien permis de parler comme Platon, qui ne se fâche jamais) , la profonde imbécillité y dîs-je , de ces pauvres gens qui s'imaginent que îes législateui^ sont des hommes (1), que les lois sont du papier, et qu^on peut constituer les nations at^ec de tencre.
aies montrent an contraire que Técritare est constamment un signe de faiblesse, dHgnorânce ou de danger \ qn^à mesure qu'une institution est parfaite I elle écrit nioins; de manière que celle qui est certainement divine , n'a rien écrit du tout en s^établissant, pour nous faire sentir que toute loi écrite n'est qu'un mal nécessaire , produit par rmfirmite ou par la malice humaine ; et qu^elfe n^est rien du tout , si elle n'a reçu une sanction anté-* rieure et non écrite .
(I) Panai une foule de traiU adniirableft doat tes Psaumes de Da^id éUncellënt, je distingue le suiTant : Constitue, Domine, legislatorem super eos, ut sciant çtumiam homines sunt; c'est-â-^re : « Place , Sei- «c gneur, un législateur sur leurs tètes» afin qu'ils sachent « qu'ils sont des hommes. » — C'est un beau mot I
S6 PB^iOPS
XXII. Gest ici qu'il fant gémir sih* le puralq^me foadameatal d*im système qui a si lualheiireiisen^ent divisé rSurope. Les partisans de ce système ont dit : Nous ne crojons qu'à la parole de Dieu^.»... Quel abus dea motsi quelle étrange et funeste iffiof^^nce des choses divines I TSpxis seuls croyons à la parole , tandis que nos chers, ennemis ^^6b^ stln^it à ne croire quVt récriture i cooune si pieu avait pu ou voulu changer la nature àa choses dont il est Tauteur, et communiquer à récriture la vie et Tefficacité qu'elle n'a pas f L'Ecriture sainte n'est-elle donc pas une écriture? n'a-t-elle pas été tracée at^ec une plume et un peu de liqueur noire ? Sait-elle çç qiCiljaxit dire a un hjomme et ce qiCilfaut cacher à un autre (1) ? Leihnits et sa servante n'y lisaient-ils pas les mêmes mots ? Peut-elle être j cette écriture ^ autre chose que le por^ trait du Verhe ? £t ^ quoique infiniment respectable sous ce rapport, si l'on vient à l'interroger , ne faut-il pas qu'e/fe garde uri silence dis^in (2) ? Si on l'attaque enfin , ou si on nnsulté, peut-elle se défendre en tahsence de son père ? Gloire à la vérité ! Si la parole
(t) Revoyez b page 26 et suîv.
OÉNÉtlÂtBUR. 3(|
éternellement vivante ne Vivifie l*écrîture , ja« mais celle-ci ne deviendra pafole , e'^est-à-dîre vie. Que d'autres invoquent donc tant quil vous plaira la parole ]tti7BTtfi, nous rirom en paix de ce faux-^dleu ; attendant toujours avec une tendre impatience le moment oii ses partisans détrompés se jetteront dans nos bras , ouverts bientôt depuis.trois siècles.
XXin. Tout bon esprit achèvera de ie ^:onvâîncre stir ce point ^ pour pen qu'il veuille réftéchir sur un axiome également frappant par son importance et par son universa- ÎStéj e^est que hibn im cbaud n^a bb 6Iuhi>s GOMMfiNGSiiSNts. On ne trouvera pas dans rhistoire de tons les sièdes une seule excep* tiott à eetAé loi. Cresçk ùceulto vdut arhor cevo; €*^est la devise étemelle de. tonte grande fnstitufion ; et de là vient que tonte kistibition fausse écrit beaucoup , parce qn'eUis sent sa faiblesse , et qu^elle cherche à s^appoyer.
De la vérité que )e viens d'énoncer résulte Finébranlable conséquence ^ que ntdle institution grande et réelle ne saurait être fondée sur une loi écrite , puisque les hommes mè* mes , instruments successifs de rétablissement , ignorent ce qu^il dbit devenir , et que Taccroissem^it insen^ble est le véritable signe
311 mmcm
de la dorée, dans tons les ordres possibles de
choses. tJn exemple remarquable de ce gem:^ se trouve dans la puissance des souverains pontifes j que je n^entends point envisager ici
d'une manière dogmatique. Une foale de savants écrivains ont fait, depuis le XYI siècle, une prodigieuse dépense d'àrudition pour établir, en remontant jusqu'au boxeau du christianisme , que les évéques de Rome n'écaient point, dans les premiers siècles, ce qu'ils forent depuis; suj^posant ainsi, comme un point accordé , que tout ce qu'on ne trouve pas dans les temps primitifs , est abus» Or , je le dis sans le moindre e^rit de contention , et sans prétendre choquer personne , ils mon* trent en cela autant de philosophie et de vé* ritable savoir que s'ils cberehai^it dans un enfant au maillot les véritables dimensions de l'homme fait. La souveraineté dont je parle dans ce moment est née comme les autres , s'est accrue comme les autres. C'est une pitié de voir d'excellents esprits se tuer i vouloir prouver par l'enfance que la virilité est un abus , tandis qu'une institution quelconque adulte en naissant, est une absur* dite au premier chef, une véritable contradic tion logique. Si les ennemis éclairés et gêné-
GiNÉRÂTfiUR. 33
renx de cette puissance (et certes , elle en a beaucoup de ce genre) ^ examinent la question sous ce point de vue, comme je les en prie avec amour, je ne doute pas que toutes ces objections tirées de Tantiquité ne disparaissent à leurs yeux comme un léger brouillard.
Quant aux abus, je ne. dois point m^en occuper ici. Je dirai seulement , puisque ce sujet se rencontre sous ma plume , qu^il y a bien à rabattre des déclamations que le dernier siècle nous a fait lire sur ce grand sujet. Un temps viendra oîi les papes , contre lesquels on s^est le plus récrié, tels que Grégoire Ylly par exemple, seront regardés, dans tous les pays , comme les amis , les tuteurs , les sauveurs du genre humaiil , comme les véritables génies constituants, de TEurope.
Personne n^en doutera dès que les savants français seront chrétiens , et dès que les savants anglais seront catholiqu.es , ce qui doit bien cependant arriver une fois. .
XXIV. Mais par quelle parole pénétrante pourrions^AOUs dans ce moment nous faire entendre d^un siècle infatué de récriture et brouillé avec la parole , au point de croire que les hommes peuvent créer des constitu-
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lions , des langues et même des souverainetés ; d^un siècle pour qui toutes les réalités sont des mensonges , et tous les mensonges des réalités ; qui ne voit pas même ce qui se passe sous ses yeux ; qui se repatt de livresy et va demander d'équivoques leçons à Thucydide ou à Tite-Live , tout en fermant les yeux à la vérité qui rayonne dans les gazettes du, temps ?
Si les vœux d^n simple mortel étaient dignes d'^obtenir de la Providence un de ces décrets mémorables qui forment les grandes époques de Thistoire , je lui demanderais dlnspirer à quelque nation puissante qui Taurait grièvement ofiensé , Torgneilleuse pensée de se constituer elle-même politiquement, en commençant par les bases. Que si, malgré mon indignité, Tantique famiUarité dW pa* triarcbe m^était permise, je dirais : ce Accordecc lui tout! Donne-lui Tesprit, le savoir, la ce richesse , la valeur , surtout une confiance ce démesurée en elle-même , et ce génie à la c( fois souple et entreprenant, que rien n'emce barrasse et que rien n'intimide. Eteins son c< gouvernement antique ; ôte*lui la mémoire ; ce tue ses affections ; répands de plus la terci reur autour d'elle; aveugle ou glace ses
GÉNibaATBUQ. 35
et ennemis; ordonne à la victoire de veiller Cl à la fois sur tontes ses frontières , en sorte ce qae nnl de ses voisins ne poisse se mêler Cl de ses alTaires, ni la troubler dans ses ce opérations. Que cette nation soit illustre ce dans les sciences , riche en philosophie , Cl ivre de pouvoir humain , libre de tout Cl préjugé, de tout lien, de toute influence Cl supérieure : donne-lui tout ce qu^elle déci sirera , de peur qu^elle ne puisse dire un Cl jour : Ceci m'a manqué ou cela nCa gênée; Cl qu^elle agisse enfin librement avec cette Cl hnmensité de moyens , afin cpi^elle dece vienne , sous ton inexorable protection , ce une leçon étemelle pour le genre humain . ^^
XXY. On ne peut, sans doute » at^iiendre une réunion de circonstances qui sermt un miracle au pied dç la lettre; mais des événements du même ordre , quoiqucf moias remarquables , se montrent ça et là dans Thistoire, même dans Thi^toire de nos jours; et bien qu'ails niaient point , pour Texemple , cette force idéale que je désirais tout-à rheure , ils ne renferment pas moins de.
grandes instructions.
Nous avons été témoins , il y a moins de vingt-cinq ans , d*un effort solennel fait pour
régénérer une grande nation morteUement malade. G^était le premier essai du grand oeuvre , et la préface , s'il, est permis de s'exprimer ainsi 1^ de ^épouvantable livre.^ qu'on nous a fait lire depuis. Toutes les précautions furent prises. Les sages du pays crurent même devoir consulter la divinité moderne dans son sanctuaire étranger. On écrivit à Delphes^ et deux pontifes fameux r^ondirent solennellement (1). Les oracles qu'ils prononcèrent dans cette occasion ne furent ppint , comme autrefois des feuilles légères^ jouets des vents ; ils sont reliés :
Quidque hœe Sapientia potiii , fimopaiuU.
C'est une justice , au reste , de l'avouer i dans ce que la nation ne devait qu'à son propre bon sens, il y avait des choses qu'on peut encore admirer aujourd'hui. Toutes les convenances se réunissaient, sans doute, sur la tête sage et auguste appelée à saisir les rênes du gouvernement : les principaux intéresisés dans le maintien des anciennes lois , faisaient volontairement un superbe sacrifice au public ; et , pour fortifier l'autorité suprême , ils
(1) Rousseau et Mably.
GÉN^TSUB. 37
se prêtaient à changer une épithète de la souveraineté. — Hélas ! toute la sagesse hu* maine fut en défaut, et tout finit par la mort.
XXYI. On dira : Mais nous connaissons les causes qui firent manquer rentre^ prise. Comment donc? veut-on que Dieu envoie des anges sous formes humaines , chargés de déchirer une constitution ? U faudra bien toujours que les choses secondes soient èniployées : celle-ci ou celle-là, quHmporte ? Tous les instruments sont bons dans les mains du grand ouvrier; mais tel est Faveuglement des hommes , que , si demain quelques entrepreneurs de constitutions viennent encore organiser un peuple , et le constituer ai^c un peu de liqueur noire , la foule se hâtera encore de croire au miracle annoncé. On dira de nouveau : Rien riy màn^ que; tout estpréi^u^ tout est écrit ; toûiùis que, précisément parce que tout serait prévu , discuté et écrit, il serait démontré que la constitution est nulle , et ne présente à Pœil qu\me apparence éphémère.
XXVII. Je crois avoir lu quelque part qu'ail y a bien peu de souverainetés en état de justifier la légitimité de leur origine. Admet-
38 PRllfClPE
tons la ju&tesse de Tasse rtion, il n'en xesulfera pas Ja moindre tache ^\\r les saccesseurs d'un chef dont les actes pourraient souffrir quelques objections : le nuage qui envelopperait plus ou moins Torigine de son auitorité ne serait qu'un inconvénient , suite nécessaire d'une loi du monde moral. S'il en était autrement, il s'ensuivrait que le souverain ne pourrait régner légitimement qu'en vertu d'une délibération de tout le peuple « c'està-dire par la grâce du peuple; ce qui n'arrivera jamais , car il n'y a rien de si vrai qne ce qui a été dit par l'auteur des ConsidériUùms sur la France (1) : Que le peuple acceptera toujours ses nudtres et ne les choisira jamais. Il faut toujours que l'origine dé la souveraineté se montre hors de la sphçre du pouvoir humain, de manière que les hommes mêmes qui paraissent s'en mêler directement ne soient néanmoms que des circonstances. Quant à la légitimité , si dans son principe elle a pu sembler ambiguë, Dieu s'explique par son premier ministre au département de ce monde, le temps ^ 11 est bien vrai néanmoins que certains présages contemporains trompent peu
(I) Chap. IX, p. 136.
GiniRATEUR. 39
lorsqa'^oii est à même de les observer ; mais les détails , sur ce point , appartiendraient â un autre ouvrage.
XXYIIL Tout nous ramène donc à la règle générale : Vhomme ne peut faire une constitution^ et nulle constitution légitime ne saurait être écrite. Jamais on n*a écrit y jamais on n^écrira à priori le recueil des lois fondamentales qui doivent constituer une société civile ou religieuse. Seulement, lorsque la société se trouve déjà constituée , sans qu^on puisse dire commenf, il est possible de faire déclarer ou expliquer par écrit certains articles particuliers; mais presque toujours ces déclarations sont Teffet ou la cause de très grands maux, et toujours elles coûtent aux peuples plus qu^elles ne valent.
XXIX. A cette règle générale que nulle constitution ne peut être écrite^ ni faite à priori, on ne connaît qu'une seule exception ; c^est la législation de MoZse. Elle seule fut , pour ainsi dire, jetée comme une statue, et écrite jusque dans les moindres détails par un homme prodigieux qui dit FIAT ! sans que jamais son œuvre ait eu besoin depuis d'être, ni par lui ni par d'autres, corrigée^ suppléée ou modifiée. EUe seule a pu braver
40 paii\ciPE
le temps, parce qu'elle ne lui devait rien et n''en attendait rien; elle seule a vécu quinze cents ans ; et même après que dix-huit siècles nouveaux ont passé sur elle, depuis le grand anathème qui la frappa au jour marqué, nous la voyons, vivante, pour ainsi dire, d'une seconde vie, resserrer encore, par je ne sais quel lien mystérieux qui n^a point de nom humain, les différentes familles dHin peuple qui demeure dispersé sans être désuni : de manière que, semblable à Tattraction et par le même pouvoir, elle agit à distance , et fait un tout d'une foule de parties qui ne se touchent point. Aussi cette législation sort évidemment, pour toute conscience intelligente, du cercle tracé autour du pouvoir humain ; et cette niagnifique exception à une loi générale qui n^a cédé qu'une fois et n'a cédé qu^'à son auteur, démontre seule la mission divine du grand législateur des Hébreux , bien mieux que le livre entier de ce prélat anglais qui , avec la plus forte tête et une érudition immense, a néanmoins eu le malheur d'appuyer une grande vérilé sur le plus triste paralogisme,
XXX. Mais puisque toute constitution est divine dans son principe , il s'ensuit que
GHIliRAlVOR* A i
rhomme ne peut rien dans ce genre & moins qa^il ne s^appoie sur Dieu, dont il devient alors rinstrament (1). Or , c'est une vàîté à laquelle le genre humain en corps n^a cessé de rendre le plus éclatant témoignage. Ouvrons rhistoire) qui est la politique expéri* mentale , nous y verrons constamment le berceau des nations environné de prêtres, et la Divinité toujours appelée au secours de la faiblesse humaine (2). La fable, bien
(1) On peut même généraliser l'assertion et prononcer sans exception : Que nulle inêU'tuiion quelconque ne peut durer, êi elle n'est fondée sur la religion.
(2) Platon , dans un morceau admirable et tout-à-fait mosaïque, parle d'un temps primilif où Dieu avait confié rétablieiement et le régime des empires , non à des hommes, mais à des génies; puis il ajoute , en parlant de la difficulté de créer des constitutions durables : Cest la vérité même que si Dieu n'a pas présidé à rétablissement d'une cité, et gu^elle n'ait eu qu'un commencement humain, elle ne peut échapper aux plus grands maux. Il faut donc tâcher, par tous les moyens imaginables , iTimi ter le régime primitif; et nous confiant en ce qu'il y a d'immortel dans F homme, nous devons fonder les maisons , ainsi que les états , en consacrant comme les lais les volontés de f intelligence (suprême). Que si un état ( quelle que soit sa forme) est fondé sur le vice, et gouverne par des gens qui foulent aux pieds lafustiee , il ne lui reste aucun moyen de salut» (Plat« de Leg.^ f . VIII* Edit. Bipont.^ pag. 180; 181.)
42 rameras
plus vraie qae ThUtoire ancienne, pou^ des yeox préparés , vient encore renfoncer la démonstration. Cest toujours un oracle qui fonde les cités; c^est toujours un Oracle qui annonce la protection divine et les succès du héros fondateur. Les Rois surtout , chefs des empires nsôssants, sont constamm^ent désignés et presque marqués par le ciel de quel^ que manière extraordinaire (1). Combien d'hommes légers ont ri de la sainte ampoule^ sans songer que la sainte ampoule est un hiéroglyphe , et qu'il ne s'agit que de savoir lire (2)!
(i) On a fait grand usage dans la controverse de la fa<meuse règle de Richard de Saint-Victor : QuodiempeTf quod uhique, quod omnibus. Mais cette règle est gêné* raie et peutj je crois, être exprimée ainsi : Touic croyance con$tamment universelle est vraie : et toutes les fois qu^en séparant d'une croyance quel^ conque certains articles particuliers aux différentes nations, il reste quelque chose de cotnmun à toutes^ ce reste est une vérité.
(S) Toute rdtgîoa, par la nature même des choses , pousse une mythologie qui lui ressemble. Celle de la religion chrétienne est, par cette raison, toujours chaste, toujours utile , et souvent sublime, sans que (par un privilége particulier) il soit jamais possible de la confondre avec la religion même. De manière que nul mythe chrétien ne peut nuire, et que souvent il mérite toute Tat-* tention de l'observateur.
GÉnÉaATBua. 43
XXXI. Le sacre des Rois tient & la même racine. Jamais il n^y eut de cérémonie , ou , pour mieux dire , de profession de foi plus s^[mficative et plus respectable « Toujours le doigt du pontife a touché le front de la souveraineté naissante. Les nombreux écri- ' vidns qui n'ont vu dans ces rites augustes que des vues ambitieuse , et même Taccord exprès de la superstition et de la tyrannie., ont parlé contre la vérité, presque tous même contre leur conscience. Ce sujet mériterait d'être examiné. Quelquefois les souverains ont cherché le sacre , et quelquefois le sacre a cherché les souverains. On en a vu d'autres rejeter le sacre comme un signe de dépendance. Nous connaissons assez de faits pour être en état de juger assez sainement ; mais il faudrait distinguer soigneusement les hom mes, les temps, les nations et les cultes.
Ici , c'est assez d'insister sur Fppinion générale et éternelle qui appelle la puissance divine à rétablissement des empires*
XXXn» Les nations les plus fameuses de l'antiquité » les plus graves surtout et les plus sages, telles que les Egyptiens, les Etrusques, les Lacèdémoniens et les Romains, avaient précisément les constitutions les plus religieuses;
et la durée de5 empires a toajoors été proportionnée au degré dlnfluence que le principe religieux avait acquis dans la constitution politique : Les villes et les nations les plus adonnées au culte dii^in ont toujours été les plus durables et les plus sages , comme les siècles les plus religieux ont toujours été les ' plus distingués par le génie (1).
XXXIII. Jamais les nations tf ont été civilisées que par la religion. Aucun autre instrument connu n'a de prise sur Thomme sauvage. Sans recourir à Tantiquité , qui est très décisive sur ce point, nous en voyons une preuve sensible en Amérique. Depuis trois siècles nous sommes là avec nos lois ^ nos arts, nos sciences, notre civilisation , notre commerce et notre luxe : qu^avons-nous gagné sur Tétat sauvage ? Rien. Nous détruisons ces malheureux avec le fer et Teau-devié; nous les repoussons insensiblement dans Fintérieur des déserts, jusqu^à ce qu'^enfin ils disparaissent entièrement, victimes de nos vices autant que de notre cruelle supériorité.
XXXIV. Quelque philosophe a-t-il jamais imaginé de quitter sa patrie et ses plaisirs
(I) Xéoophon^ Moxnor, Socr, I, 4, 16. ;
pour s^en aller dans les forêts de FAmérique à la chasse des Sauvages , les dégoûter de tous les vices de la barbarie et leur donner une morale (1) ? Ils ont bien fait mieux; ils ont composé de beaux livres pour prouver que le Sauvage était Thomme naturel ^ et que nous ne pouvions souhaiter rien de plus heureux que de lui ressembler. Condorcet a dit çue les missionnaires n^ ont porté eh Asie et en Amérique que de honteuses superstitions (2). Rousseau a dit, avec un redoublement de folie véritablement inconcevable , que les missionnaires ne lui paraissaient guère plus sages que les conque^ rants (3). Enfin , leur coryphée a eu le front ( mais qu'^avait-il à perdre î ) de jeter le ridicule le plus grossier sur ces pacifiques conquérants que Tantiquité aurait divinisés (4).
(1) Condorcet nous a promis^ à la vérité, que les philosophes se chargeraient incessamment de la civilisation et du bonheur des nations barbares. (Esquisse tTun Ta* hleau historique des progrès de V esprit humain g in-8*, pag. 335.) Nous attendrons qu'ils veuillent bien commencer.
(S> Esquisse, etc. (Ibid. pag. 335.)
(3) Lettre à l'archevêque de Paris.
(4) Bh! mes amis y que ne restiez-vous dans votre patrie? Vousn^y auriez pas trouvé plus de diables ^
46 PUiKciPB
XXXV. Ce sont eux cependant ^ ce sotA les missionnaires qui ont opéré cette meK veille si fort au'^dessus des forces et même dé la volonté humaine. Eux seuls ont parcouru d'aune extrémité à Pautre le vaste continent de TAmérique pour y créer des hommes.
Eux seuls ont fait ce que la politique n'^avait pas seulement osé imaginer. Mais rien dans ce genre n^égale les missions du Paraguay :
c^est là oii Ton a vu d^une manière plus mar^ quée Tautorité et la puissance exclusive de la religion pour la civilisation des hommes.
On a vanté ce prodige , mais pas assez : Tes* prit du XVm siècle et tin autre esprit, son complice, ont eu la force d^étoufier, en partie, la voix de la justice et même celle de Tadmîratipn. Un jour peut-être (car on peut es^ pérer que ces grands et nobles travaux seront
tnats vous y auriez trouvé tout autant de êottUes* Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit , etc* Introd. De laMa^itm)
Cherehez ailleurs plus de dérstison , pitis d'iodécence. plut de mauvais goût même, tous n'y réussirez pas» C'est cependant ce livre, dont bien peu de chapitres sont exempts de traits semblables; c'est ce colifiùhei fastueuaf que de modernes enthousiastes n'ont pas craii^t d'appeler un monument de Veiprit humain i sans doute» comme la chapelle de Versailles et les ta«bleaux de Boucher.
GÉNÉRATE0H. 47
r^prb ) , au sein d'une ville opulente assise sur unfi antique savane , le père de ces mission^ n4ires aura une statue. On pourra lire sur le piéde^t^ :