‹ Considérations sur la FranceChapitre 30 sur 34 · Mgr l'Archevêque de Raguse · texte numérisé non relu

Mgr l'Archevêque de Raguse

vera infailliblement, un peu plus tôt ou un peu plus tard. [Lettres et Opuscules, t. I, p. 381.)

22. — Lycées. — Je me borne à vous assurer que si l'on ne prend pas les mesures les plus sérieuses pour s'assurer de la moralité des professeurs, pour exclure les mauvais livres, et pour rendre impossible dans les lycées toute communication extérieure, ces maisons ne tarderont pas à être diffamées dans l'opinion, comme des écoles de corruption et de mauvaises mœurs. Si l'on n'en vient pas aux anciennes maximes ; si l'éducation n'est pas rendue aux prêtres, et si la science n'est pas mise partout à la seconde place, les maux qui nous attendent sont incalculables : nous serons abrutis parla science, et c'est le dernier degré de l'abrutissement. [Principe générateur, XXXIX.)

23. — La femme forte file, se cache, obéit et se tait. — Au reste, il ne faut rien exagérer : je crois que les femmes, en général , ne doivent point se livrer à des connaissances qui contrarient leurs devoirs; mais je suis fort éloigné de croire qu'elles doivent être parfaitement ignorantes.

Je ne veux pas qu'elles croient que Pékin est en France, ni qu'Alexandre le Grand demanda en mariage une fille de Louis XIV....

La femme ne peut être supérieure que comme femme-, mais dès qu'elle veut émuler l'homme, ce n'est qu'un singe.

Le chef-d'œuvre des femmes, dans les sciences, est de comprendre ce que font les hommes. (Lettres et Opuscules, t. I, p. 190.)

Voici, je crois, ma très chère enfant (1), le premier sermon que je t'aurai adressé de ma vie ; et encore il te fait honneur, puisqu'il ne roulera guère que sur l'excès du bien.

Je suis enchanté de ton goût pour la lecture; et jusqu'à présent je n'avais pas fait grande attention au dégoût qui en résulte pour les ouvrages de ton sexe; mais comme tu as déjà bâti d'assez bons fondements, et que je crains que tu ne sois entraînée trop loin, je veux te dire ma pensée sur ce point important, d'autant plus que, pour certaines choses qui me sont revenues par ricochet , je vois que certaines gens commencent à raisonner sur tes goûts.

Tu as probablement lu dans la Bible, ma chère Adèle :

« La femme forte entreprend les ouvrages les plus pénibles, et ses doigts ont pris le fuseau, »

Mais que diras-tu de Fénelon, qui décide avec toute sa douceur :

« La femme forte file, se cache, obéit et se tait. »

Voici une autre autorité qui ressemble fort peu aux précédentes, mais qui a bien son prix cependant : c'est celle de Molière qui a fait une comédie, intitulée : Les Femmes savantes. Crois-tu que ce

(1; Mademoiselle Adèle de Maistre, devenue duchesse de Laval-Montmorency.

grand comique, ce juge infaillible des ridicules, eût traité ce sujet s'il n'avait pas reconnu que le titre de femme savante est, en effet, un ridicule ?

Le plus grand défaut pour une femme, ma chère enfant, c'est d'être homme.

Pour écarter jusqu'à l'idée de cette prétention défavorable, il faut absolument obéir à Salomon, à Fénelon et à Molière; ce trio est infaillible. Garde-toi d'envisager les ouvrages de ton sexe du côté de l'utilité matérielle, qui n'est rien; ils servent à prouver que tu es femme et que tu te tiens pour telle et c'est beaucoup. 11 y a, d'ailleurs, dans ce genre d'occupations une coquetterie très fine et très innocente.

Car, en te voyant coudre avec ferveur, on dira : « Croiriez-vous que cette jeune demoiselle lit Klopstock et le Tasse? »

Et lorsqu'on te verra lire Klopstock et le Tasse, on dira :

« Croiriez-vous que cette demoiselle coud à merveille? »

Partant, ma fille, prie ta mère, qui est si généreuse, de t'acheter une jolie quenouille, un joli fuseau; mouille le bout de ton doigt, et puis vrrrr ! tu me diras comment les choses tournent.

Tu penses bien, ma chère Adèle , que je ne suis pas ami de l'ignorance ; mais dans toutes les choses, il y a un milieu qu'il faut savoir saisir : le goût et l'instruction, voilà le domaine des femmes. Elles ne doivent point chercher à s'élever jusqu'à la science, ni laisser croire qu'elles en ont la prétention (ce qui revient au même quant à l'efifet) ; et à l'égard même de l'instruction qui leur appartient , il y a beaucoup de mesures à garder : une dame , et plus encore une demoiselle, peuvent bien la laisser apercevoir, mais jamais la montrer.

Voilà , ma bonne Adèle, ce que j'avais à te dire sur ce chapitre important. (Lettres et Opuscules , t. 1, p. 54.)

24. — De la supériorité. — La supériorité a malheureusement pour l'ordinaire , presque toutes les qualités opposées : elle est trop souvent dure, impérieuse, insupportaîite , moqueuse même à bon besoin ; enfin, il n'est pas extrêmement rare de la voir réussir à choquer également ce qui lui ressemble et ce qui ne lui ressemble pas. (Lettres et Opuscules, t. II, p. 174.)

25. — Rarement le mérite seul préside au choix des hommes. — Employer les hommes sans autre considération que celle du mérite, et sans égard aux affections personnelles, c'est le tour de force de la monarchie.

Je n'imagine rien d'aussi difficile. (Lettres et Opuscules, t. II, p. 174.)

Si l'on pouvait voir dans un tableau magique le nombre d'hommes d'Etat, de généraux, d'hommes supérieurs dans tous les genres, écartés par leur supériorité seule , et tous les maux qui en sont résultés, on serait effrayé. (Lettres et Opuscules, t. II, p. 175.)

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