‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 13 sur 78 · DE LA FORMATION DES LANGUES MODERNES · texte numérisé non relu

DE LA FORMATION DES LANGUES MODERNES

à celle d'un prosateur de nos jours; et de Calvin à Descartes le changement est plus grand que de Descartes à M. Cousin, malgré la disproportion des espaces et la prodigieuse accélération du mouvement dans les faits et dans les idées. Le phénomène de la fixation de la langue littéraire n'est même pas en rapport nécessaire avec l'abondance ou l'originalité de la littérature. Au commencement du seizième siècle l'allemand moderne était une langue bien plus fixée ou bien plus près de lètre que le français, comme le ' prouve la comparaison de la Bible de Luther aux psaumes de Marot ou à la prose de Calvin ; et cependant plus de deux siècles devaient s'écouler encore avant que l'Allemagne ne devînt le foyer d'une grande activité littéraire. Il faut, pour produire une littérature à la fois féconde et originale, outre les excitations extérieures ou du moins l'absence d'obstacles extérieurs, le concours d'un certain degré de perfection dans la langue et d'un fond de traditions ou de conceptions populaires, qui donne aux œuvres de l'imagination une physionomie, un style et un caractère propres. Dans la Grèce antique tout cela s'est rencontré à point, et les premières productions de la Muse ont été des œuvres immortelles. Dans la moderne Allemagne (pour mettre les deux extrêmes en contraste) où la langue littéraire débutait par une traduction, et où pendant si longtemps les lettrés latinisaient ou grécisaient jusqu'à leurs noms, le fond de poésie populaire ne pouvait que se conserver obscurément, jusqu'au jour où les vicissitudes du goût convieraient enfin les lettrés à puiser à cette source d'où devait sortir , quoique si tardivement, une httérature nationale et originale.

Les progrès de la civilisation tendent à la fusion des dialectes déjà formés et mettent nécessairement obstacle à la scission ultérieure des dialectes. Tant que le cercle

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des relations sociales ne dépasse pas la bourgade ou le canton, comme cela devait être à la limite extrême de l'émiettement féodal, le patois, dans toute son indétermination ou sa fluidité, peut 'suffire à la rigueur. Lorsque les guerres, le commerce, les procès, les pèlerinages, les études, le débat des intérêts religieux et politiques font entreprendre de longs voyages, lorsque ceux mêmes qui ne voyagent pas ont la curiosité de connaître ce qui se voit et ce qui se fait ailleurs, le besoin d'une langue commune se fait sentir et elle se forme, comme se forme le mot dont on sent le besoin, la locution devenue nécessaire par l'infusion d'une idée qui circule. Une cour, une université, une grande ville, un centre de commerce, d'affaires et de plaisirs donnent le ton et le troupeau suit. L'unité politique contribue puissamment à hâter la formation de cette langue commune qui prend alors le nom de langue nationale, et qui plus tard deviendra le signe le plus sensible à l'aide duquel la nationalité se reconnaît et s'affirme. Cependant, comme d'une part les causes de la subordination des dialectes locaux ou provinciaux à une langue commune peuvent ne pas dépendre des liens politiques, et que d'autre part les mêmes attaches politiques peuvent relier des populations dont les idiomes radicalement distincts ou trèsanciennement séparés, repoussent toute fusion dans une langue commune, il ne sera pas permis d'identitier sans réserve la langue et la nationalité.

C'est précisément parce qu'une langue nationale protège et renforce la nationalité, que la diversité des langues concourt au progrès de la civilisation générale. L'obstacle qui naît de la difficulté plus grande des communications internationales, par suite de la diversité des idiomes, est une résistance passive que la société, sinon l'individu, parvient toujours à surmonter par un travail en quelque sorte

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mécanique, pour lequel il ne faut que du temps et des manœuvres : au contraire, la force qu'un peuple puise dans son génie national est une force vive, une puissance d'action et d'invention que rien ne peut suppléer; et plus il y aura de forces de cet ordre au service des intérêts généraux de l'humanité, mieux ces intérêts seront servis. Or, les langues peuvent différer par des caractères d'une telle importance, qu'ils aient par eux-mêmes, à toutes les époques de la civilisation, et indépendamment du degré de culture littéraire, une influence marquée sur le génie des peuples qui les parlent. Personne ne contestera qu'il y ait entre les nations française, anglaise, allemande, une diversité de caractères intellectuels, en partie indépendants de l'idiome mais entretenus à la faveur de la diversité d'idiome, en partie causés par la structure même de l'idiome qui sert d'instrument et de véhicule à la pensée. Les siècles ont beau se succéder, la civilisation a beau marcher, trois grandes nations ont beau échanger avec une rapidité croissante leurs idées et leurs découvertes : la distinction se maintient toujours, et l'on regretterait qu'elle put disparaître ; tant il est manifeste que ce continuel échange de produits non similaires tourne à l'avantage comoQun. Du moment que l'on voit dans la distinction des nationalités européennes l'une des causes de la supériorité de la civilisation moderne, on ne doit pas plus souhaiter la domination d'une langue universelle que la monarchie universelle.

— Outre ces caractères de premier ordre, au moins dans le sens psychologique, les langues en offrent d'autres, foncièrement moins importants et moins persistants, dont la culture et le talent littéraire savent tirer parti pour produire des effets, des beautés qui sont, comme on dit, intraduisibles. Il y a des langues, des dialectes, comme l'attique ou le florentin, dont la richesse, l'énergie ou les

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grâces natives viennent d'un fond populaire, à ce point que la marchande d'herbes en remontre au lettré : d'autres, comme le latin cicéronien, qui sont redevables de leur perfection à l'urbanité et aux goûts littéraires des hautes classes de la société. L'auteur ou les auteurs des chants homériques disposaient d'un idiome parlé par des peuples dans un état de civilisation encore grossier, qui ne connaissaient ni la grammaire, ni même l'écriture; et ils trouvaient cet idiome déjà naturellement pourvu de qualités admirables : au lieu qu'il a fallu deux siècles d'une culture littéraire assidue, pour passer de la rude langue d'Ennius à la langue harmonieuse de Virgile. Le propre des langues littéraires, quelque part que la culture litté raire ait à leur formation, est d'avoir un âge d'or, un âge classique, celui où leurs grands écrivains expriment avec le plus de bonheur, avec les nuances d'expression que la langue comporte, des idées, des sentiments communs à tous les hommes : après quoi leurs successeurs ne peuvent plus reprendre les mêmes thèmes sans faire autrement et sans faire moins bien. Chaque langue cultivée de la sorte doit avoir ses chefs-d'œuvre classiques, son écrin littéraire, que les amateurs de tous les pays et de tous les siècles sont conviés à regarder et à admirer. Yoilà sans doute une précieuse richesse que les hommes, il faut l'espérer, ne dédaigneront jamais : mais pourtant la parure et les plaisirs de l'esprit ne constituent pas le fond de la vie sociale ; les nations continuent d'avancer dans les voies de la civilisation, bien après que l'âge classique de leur littérature a passé sans retour; et si elles conservent dans leurs musées, en les encadrant richement, des bijoux impérissables qui n'auront jamais leurs pareils, elles doivent tenir encore plus de compte des moissons toujours renaissantes.

Ainsi, dans la péninsule ibérique, les incidents de l'histoire politique ont procuré à deux dialectes, le castillan et

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le portugais, Tavantage de devenir des langues littéraires, . ce qui a valu au monde entier Cervantes et Camoëns : il n'en est pas moins permis de penser que la civilisation de nos jours s'accommoderait mieux de trouver la même langue en usage à Lisbonne et à Cadix, à Rio-Janeiro et à Buenos-Ayres. La comparaison que nous faisions tout à l'heure entre le français, T anglais et l'allemand, une Julie d'Angennes, une Sévigné, qui ne songeaient guère à apprendre l'anglais ou l'allemand, l'eussent fait Tolontiers entre les langues de Pétrarque, de Cervantes et de Voiture. Cependant, qu'est-il arrivé? Au bout de deux siècles, la prose française, la prose italienne, la prose espagnole ont Uni par se ressembler tellement dans le style usuel, qu'il faudrait être bien fin connaisseur pour reconnaître, à la lecture d'un livre de philosophie, de politique, d'histoire, de voyages^ s'il est français d'origine ou s'il est traduit de l'italien ou de l'espagnol. On pourrait être tenté d'expliquer le fait par l'influence que les écrivains français des deux derniers siècles ont exercée sur les lettrés d'Italie et d'Espagne ; mais la cause en est plus intime et tient à ce que les caractères distinctifs des trois idiomes sont d'un ordre assez subalterne pour que les progrès d'une civilisation commune les aient effacés, ou du moins en aient neutralisé l'influence sur le mouvement des idées et sur la caractéristique intellectuelle. Si cette diversité d'idiomes nous vaut encore par la suite des chefs-d'ojuvre littéraires, dignes de figurer à côté des anciens modèles^ il faudra s'en féliciter : pour ce qui est de la coopération à une civilisation progressive, on doit trouver que les frais de traduction ou de transport ne trouvent plus leur compensation dans la variété foncière des produits.

11 est de mode chez nous, depuis quelque temps^ de s'apitoyer sur le sort de cette langue des troubadours, si méchamment mise à mort par la barbarie des inquisiteurs,

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au moment de sa pleine efflorescence. Nous ne songeons pas à blanchir Simon de Montfort et les inquisiteurs, mais nous croyons qu'on s'exagère le tort qu'ils ont fait en cela à la cause de la civilisation. Rien ne ressemble plus à la langue d'Oc que le catalan, et la Catalogne, sans éprouver les mêmes désastres que la terre des troubadours, a subi la suprématie du dialecte castillan, comme la langue d'Oc celle de la langue d Oyl : évidemment parce que, dans un cas comme dans l'autre, les variétés dialectiques n'avaient pas une valeur intrinsèque capable de les soutenir dans la lutte contre les causes politiques d'unification ou d'absorption.

Au point de vue de la linguistique, l'histoire des langues européennes appartenant aux groupes teutonique et slave n'offre rien d'exceptionnel, rien qui ressemble à une crise ou à une palingénésie. Le développement et T atrophie organiques y suivent leur marche habituelle et spontanée, jusqu'au jour où la civilisation et l'art les saisissent dans l'état où elles se trouvent par suite des accidents de la route et des variétés natives de tempérament, les unes un peu en avance, les autres un peu en retard du mouvement général. On a la mesure de ces. écarts quand on compare l'allemand et l'anglais modernes : deux langues congénères dont l'une conserve encore tant de plasticité, tant d'aptitude à la soudure des vocables et à la flexion des racines ; tandis que l'autre semble avoir atteint la limite extrême que comportent, au moins dans la grande famille de langues qui nous occupe ici, la simplification grammaticale et (( la bâtisse en pierres sèches p. Si les Anglo-Saxons parviennent un jour à faire parler leur langue sur tout le globe habitable, ils le devront en partie à ce qu'ils ont su lui donner la culture littéraire dont elle est susceptible, l'approprier à tous les besoins d'une civilisation avancée, sans essayer de lui rendre artificiellement la plasticité ou

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la richesse grammaticale que le temps lui a fait perdre. En raison même du degré de simplification grammaticale et de l'absence de toute prétention à une harmonie organique, le vocabulaire a pu supporter le mélange de mots normands en proportion si considérable, surtout dans la langue écrite, sans que la langue en fût constitutionnellement affectée, pas plus que le français ne l'a été par le mélange de mots empruntés aux langues teutoniques, au grec ou même au latin, mais de seconde main et par suite d'une culture artificielle de la langue. Aussi l'hybridité du t^'pe anglais, quant à la langue, n'est-elle qu'apparente ; et si l'on a eu raison de regarder la conquête normande comme une sorte de répétition du phénomène des invasions germaniques dans le monde romain, il n'y a point lieu de considérer l'intrusion du patois normand dans le dialecte saxon comme un phénomène qui rappelle, dans l'histoire des langues, celui de la décomposition du latin et de la formation des idiomes modernes, issus du latin. Si l'histoire des langues teutoniques dans le "passé témoigne d'un mouvement persistant dans le même sens, et exclut toute idée d'un retour périodique des mêmes phases ou de phases analogues ; il serait contre toute vraisemblance d'admettre pour elles des causes de destruction ou de rénovation dans l'avenir, soit internes, soit externes. Et puisque l'histoire de la langue fait une partie si considérable de l'histoire de la civilisation, cela suffit pour que l'on soit autorisé à regarder la théorie des cycles de Vico comme définitivement condamnée par l'expérience historique.

Quant au phénomène vraiment critique et exceptionnel que présente la décomposition du latin et la reconstruction des langues romanes avec ses débris, on peut dire qu'il témoigne encore de l'action soutenue d'une cause persistante, vu les ressemblances qui s'établissent finalement

entre le système grammatical des langues de récente formation et le système grammatical des autres idiomes européens qui n'ont subi que la lente action du temps, sans secousse révolutionnaire, en passant par exemple, du gothique d'Ulphilas à l'allemand intermédiaire et de l'allemand intermédiaire à l'allemand de Luther, ou du slave de la liturgie russe au russe actuellement parlé. Pas plus pour les uns que pour les autres on n'entrevoit donc de causes internes ou externes d'un futur bouleversement.

Dans l'Europe romane l'invasion barbare a précipité la crise pluiôt qu'elle ne l'a déterminée; et elle l'a précipitée, moins par le fait même de l'invasion et par les convulsions politiques qui en ont été la suite, que par le trouble et la langueur qu'elle a portée dans toutes les fonctions de la vie sociale. Suivant Grimm et Bopp (1), l'emploi du verbe auxiliaire pour la conjugaison du temps parfait n'aurait commencé à se montrer dans les langues germaniques que vers le Vlir ou le IX" siècle, c'est-àdire vers l'époque où des innovations de cet' ordre transformaient la langue latine en patois romans. Avec un certain nombre de pareils synchronismes, on établirait que les mêmes causes internes amenaient, presque en même temps, les mêmes métamorphoses organiques dans tous les idiomes de la même famille : de sorte que, pour le latin en particulier, l'invasion barbare n'aurait agi qu'indirectement en supprimant une cause externe, à savoir la discipline grammaticale, qui combattait l'action des causes internes de transformation et en retardait les effets.

Nous avons déjà remarqué que la constitution du latin classique et les circonstances de sa formation, l'exposaient plus que d'autres langues à se corrompre et à

(O Grimm, Grammaire allemande, IV, p. 149. — Bopp, Grammaire comparée, III, p. 220 de la trad. française.

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se détruire. Le grec a mieux résisté, non pas uniquement à cause des incidents qui ont prolongé la vieillesse de l'empire grec, mais parce que la culture et la domination du grec avaient quelque chose de moins factice que la culture et la domination du latin. Si le travail de réduction des formes et de la décomposition logique auquel participent toutes les langues européennes, avait été plus avancé pour le latin quand Rome l'a imposé à rOccident conquis, ou, pour fixer les idées, si sa structure grammaticale n'avait pas été plus compliquée que celle de l'allemand moderne, il aurait pu traverser les temps de confusion sans périr ; ou tout au plus aurait-il, en subissant des amputations plus complètes, pris une forme nouvelle où l'on reconnaîtrait le latin ancien aussi aisément que l'on reconnaît dans l'anglais le fond germanique. Lors donc que les beaux esprits de RomOj allant sans s'en douter contre les lois naturelles du langage, s'efforçaient de communiquer à leur idiome l'abondance, la ductilité, le nombre, l'harmonie de celui des Grecs, ils accomplissaient une œuvre, utile il est vrai à la future civilisation de l'Europe occidentale, en ce sens qu'elle trouverait dans la littérature latine des modèles de goût littéraire plus à sa portée ; tandis qu'un idiome populaire et franchement italiote aurait mieux valu qu'un latin poli par l'hellénisme, à titre d'instrument de civilisation destiné à braver l'action du temps, même dans les jours mauvais. Au contraire, cette langue de l'aristocratie romaine, que la plèbe de Rome n'a peut-être jamais correctement parlée ni parfaitement comprise, a été imposée à des populations bien moins aptes encore à s'en approprier le génie et les formes. Elle n'a pu redevenir un jargon populaire sans subir des altérations profondes qui en troublaient toute l'économie, parce qu'il fallait retrouver des moyens d'exprimer ce

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que la langue mutilée n'exprimait plus. Les Barbares n'auraient pas envahi l'empire romain, que ce travail se serait accompli de même : il se serait formé pour l'usage des classes populaires des patois romans, pendant que les hautes classes auraient continué de parler latin, à la manière dont le parlaient encore naguère, quoique pour d'autres causes, les nobles magyars et polonais.

L'unité romaine rompue quant à la langue, et l'instinct populaire abandonné de nouveau à ses allures, le patois devait changer d'un lieu à l'autre, dans toute l'étendue des pays romans, par des transitions insensibles, sans qu'il y eût d'abord possibilité de caractériser et de circonscrire nettement des langues ou des dialectes. Dans le brassement et le mélange des anciennes races, le sol et le chmat reprenaient tous leurs droits : le patois était sonore et chantant chez les populations du Midi, sourd et monotone chez les populations du Nord. Pour les langues comme pour les coutumes, le ressort territorial se substituait au hen du sang; et c'est en ce sens purement négatif qu'il faut entendre la constitution d'une famille de langues romanes, artiiicielle quant à son principe originel d'unité, et artificielle aussi quant à la détermination et à la caractéristique de ses individualités, telles qu'elles se sont dessinées plus tard, à la suite du travail de formation des nationalités européennes.

— Le mérite d'une parfaite clarté, si souvent revendiqué comme le mérite propre de notre langue française, est plutôt une qualité commune à toutes les langues romanes, et qui tient aux conditions générales de leur formation, à une époque où le sens logique l'emportait sur le sens poétique, et où d'ailleurs il était plus aisé de remettre dans un ordre réguUer les débris d'une langue mutilée, que de leur rendre le ton, la couleur, la grâce native, la vigueur d'expression qui appartiennent aux langues non

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