‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 16 sur 78 · QE L KRE DES TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

QE L KRE DES TEMPS MODERNES

ceux de tout acte vrairiient créateur et fécond par luimême, gTandissent et se prononcent toujours davantage: tandis que la trace des causes concomitantes, si profonde qu elle ait été à l'origine, s'oblitère à mesure qu'on s'en éloiL^ne.

Est-ce à dire qu'il faille regarder comme un accident fortuit, comme une heureuse rencontre du génie, placée en dehors de toute série régulière, l'événement qui devait avoir de pareilles conséquences ? Certainement non. Colomb lui-même n'est qu'une des étoiles de cette pléiade de grands navigateurs qui cherchaient partout des voies d'entreprises aventureuses. Déjà les peuples Scandinaves avaient abordé par le nord le continent américain. Un cours régulier de communications avec l'Inde ne se serait pas établi, après le doublement du cap de Bonne-Espérance, sans que quelque bâtiment fût jeté sur les côtes du Brésil et sans que l'Amérique fût abordée par ses plages méridionales. La grande navigation destinée à amener l'exploration de toute la surface du globe habitable était la conséquence nécessaire de la découverte de la boussole, dès que le génie européen s'emparerait de cette découverte, à condition toutefois d'être sous une de ces influences qui excitent et entretiennent l'ardeur des entreprises. Car, il ne fallait pas seulement à Colomb du génie, il lui fallait un principe de foi qui le subjuguât, comme la plupart des hommes de son temps. Les voyageurs lointains, les grands aventuriers, avant et après Colomb, de nos jours môme, n'étaient pas uniquement excités par la soif de l'or ou de la renommée; et les gouvernements qui les aidaient ou les encourageaient^ ne cédaient pas seulement à des vues d'ambition : tous étaient plus ou moins animés d'un véritable zèle de propagande rehgieuse qui n'a pas entièrement changé de nature, lorsqu'il a pris le forme de propagande philanthropique.

Il ne suffirait pas d'avoir dégagé autant que possible de tout arbitraire le choix de l'ère ou de l'origine des temps modernes, il faut voir si l'espace de temps écoulé à partir du point de départ offre des coupures naturelles, en ce sens qu'elles ne se référeraient pas seulement aux divisions arbitraires ou conventionnelles de notre chronologie usuelle, mais qu'elles correspondraient à des chanoements effectifs dans le courant, des idées et dans l'allure des événements.

Les Chinois ont leur cycle de soixante ans, et les anciens Hébreux avaient leur période de sept semaines d'années, au bout desquelles la loi décrétait raboUtion des dettes, l'affranchissement des esclaves, la rentrée des anciens propriétaires dans leurs héritages aUénés : nous en avons tiré notre institution ecclésiastique du jubilé, au lieu que nous tirons des Romains le mot de siècle et l'idée des commémorations séculaires. Les peuples de langues teutoniques n'ont pas de mot, ni par conséquent d'idée précisément adéquate. L'Allemand dit lahrhunderf , l'Anglais century : ce qui revient à faire du mot un pur chiffre, à prendre dans un sens technique et chronologique ce qui a surtout, dans la langue des Romains et dans la nôtre, un sens historique et usuel. Les anciens Romains ne fixaient pas avec ce degré de précision arithmétique le retour de leurs jeux séculaires; et quand nous parlons du siècle de Périclès^ du siècle d'Auguste, du siècle de Louis XIV, nous entendons qu'il s'agit de siècles au sens romain, non de centur.ies. Cependant , s'il y a des siècles pour l'historien , le chronologiste ne peut compter que par centuries ; et toute la question est de savoir jusqu'à quel point l'allure des phénomènes historiques peut cadrer avec les chiffres de la chronologie. Evidemment il ne faut pas songer à une concordance rigoureuse, mais à une telle approxima-

DE l'ère i>ks temps modehnes. 12r>

tion que la langue se prête sans violence aux exigences d'une chronologie artificielle et au fond réel de l'histoire, non sans avantage pour la coordination do nos connaissances historiques, puisque chacun sait combien la bonne facture d'une langue aide à l'éclaircissement des idées.

Même en restant dans cet à peu près, il faut encore compter, au moins en partie, sur le hasard, pour amener la concordance que l'on souhaite ou dont on se contenterait. Or, ceci demande des explications et des distinctions, suivant que Ton considère, soit l'intervalle des coupures ou X étendue de la période chronologique, soit le point de départ des coupures ou Von'giite de la période.

Voyons d'abord pour l'intervalle des coupures. C4e n'est point parce qu'un siècle est regardé comme la durée extrême de la vie de l'homme, qu'il peut avoir naturellement quelques rapports avec la marche des phénomènes historiques : mais, si l'on songe qu'un siècle représente . à peu près, suivant l'opinion des plus vieux auteurs comme d'après les observations modernes, trois générations viriles, mises bout à bout, on commence à entrevoir la possibilité d'une relation naturelle. On a bien cru remarquer qu'il fallait trois siècles pour que le merveilleux eût pénétré dans une tradition historique au point de la rendre apte à devenir fétoffe d'une épopée: et de nos jours on essaye aussi d'expliquer par la loi de mortalité les traces de périodicité que l'on croit remarquer dans la succession rapide de certaines crises politiques. Sans attacher à ces remarques et à ces explications plus d'importance qu'elles n'en ont encore, voici les réflexions que suggère la question actuelle. Chaque génération transmet par l'éducation un certain fond d'idées à celle qui la suit immédiatement; et pendant que cet acte d'éducation ou de transmission s'opère, la génération éducatrice ^t encore en présence.

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subit encore l'influence de tous les survivants d'une génération antérieure, qui n'ont pas cessé de prendre une part notable au gouvernement de la société, au mouvement des idées et des affaires, et qui n'ont pas non plus perdu (quoi qu'en aient dit de tout temps, et surtout de notre temps, des censeurs chagrins) toute autorité domestique. La jeunesse qui débute dans le monde conserve aussi, -plus que sa présomption ne la porte à le croire, la trace des impressions d'enfance, causées par la conversation des vieillards.

Dans la société, il est vrai, tous les âges sont mêlés, toutes les transitions sont continues, les générations ne se placent pas bout à bout, comme sur un tableau généalogique. Aussi n'y a-t-il que l'observation des faits historiques qui puisse nous apprendre au juste comment le renouvellement graduel des idées résulte du remplacement insensible des générations les unes par les autres, et quel temps il faut pour que le changement devienne sensible, au point de distinguer nettement une époque d'une autre. Nous n'avons pas la prétention de prouver théoriquement qu'il faut un siècle pour cela : il nous suffit de montrer que, si le changement nous paraît surtout sensible d'un siècle à l'autre, cela pourrait bien tenir à quelque raison prise dans la nature des choses, plutôt qu'aux habitudes de notre chronologie usuelle.

Les mêmes considérations nous conduisent à apprécier l'influence du choix de l'origine. Au moment où nous écrivons, il y a encore par le monde quelques centenaires qui ont vu de leurs yeux ce que nous appelons (( l'ancien régime »; et certes personne ne supposera que le hasard qui les a fait survivre à tant d'autres, ait la moindre influence sur le mouvement actuel des idées, sur le cours actuel des événements. Mais d'autres vieillards en bien plus grand nombre, et dont la vieillesse n'est pas une

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longévité anomale ou exceptionnelle, sans avoir vu euxmêmes l'ancien régime, ont passé vingt ans, trente ans de leur vie dans un monde plein de gens qui avaient vu de leurs veux ce régime disparu, qui en avaient, pour ainsi dire, respiré l'air, qui le comparaient sans cesse au régime nouveau par ses bons et par ses mauvais côtés. Parmi les vieillards dont je pai-le il en est e-ncore beaucoup qui ne sont pas privés de toute participation aux affaires, de toute influence due à leurs talents, à leur caractère, à leui-s œuvres actuelles^ ou au souvenir de leurs anciens travaux. A côté d'eux vivent des générations plus jeunes, qui ne connaissent l'ancien régime que par ce que leur en ont dit des écrivains, des journalistes, des professeurs qui eux-mêmes, pour la plupart, ne l'avaient étudié que dans les livres, avec les préoccupations de l'esprit de parti ou (ce qui est peut-être encore pis) de l'esprit du système • et Dieu sait combien cet ancien régime, artificiellement restitué, dont la plupart des traits sont nécessairement chargés pour le plus grand succès de l'orateurou de l'écrivain, diffère souvent de celui que bien des gens connaissent encore, par des traditions de foyer ou de salon. Le souvenir qu'ils en conservent et qui leur sert de terme de comparaison pour juger du temps présent, disparaîtra pourtant bientôt avec eux, et la peinture de fantaisie pourra se donner pleine carrière : ce qui assurément n'est pas indifférent, quand il s'agit, comme le mot l'indique, d'un phénomène aussi rare, d'un fait aussi important pour une nation qu'un changement subit de régime. Ce que nous disons de la tradition orale appliquée à l'ancien régime, il faut le dire à plus forte raison de la tradition orale apphquée à la grande crise révolutionnaire. Si donc les coupures séculaires tombent vers ces points critiques dont le souvenir traditionnel aura une influence plus marquée, justement durant l'espace de temps qui

sépare une coupure de l'autre, l'accord d'une chronologie artificielle avec le fond de l'histoire aura d'autant moins lieu de nous surprendre, et il ne faudra plus mettre sur le compte du hasard que la précision accidentelle de certaines concordances dans ce qui ne saurait admettre, en vertu seulement de la nature essentielle des choses, de concordance rigoureuse

— Tâchons maintenant d'éclaircir ces idées par l'application, et supposons d'abord qu'après avoir fait commencer les temps modernes à la date de 1453, qui est celle de la chute de l'empire grec (ou, si l'on veut, celle de la première Bible imprimée) on en partage la durée en quatre siècles ou centuries, terminées aux années 1553, 1653, 1753, 1853 : je ne sais si l'habitude me fait illusion, mais il me semble qu'à aucun point de vue, politique, religieux, philosophique, littéraire, on ne pourrait trouver dans aucune de ces centuries quelques motifs de thèses et d'antithèses, quelques principes d'unité, quelques contrastes, quelques marques bien nettes de transition et de progrès, comme il s'en présente en foule à l'esprit, quand nous nommons, pour les individualiser et les opposer Fun à l'autre^ le seizième, le dix-septième, le dix -huitième, le dixneuvième siècle; quand nous parlons, nous autres Français, du siècle de Louis XIV, ou quand un Italien parle du Cinque centi. Je ne vois guère qu'un janséniste (et Dieu sait s'il y a encore des jansénistes) qui, en songeant aux temps d'éclat et de décadence de sa secte, ferait commencer à l'apparition des écrits d'Arnauld et de Pascal un siècle qui finirait par les querelles des billets de confession. A coup sur il n'y a pas de quoi justifier le novateur qui voudrait composer un siècle comme l'histoire l'entend, en cousant à la seconde moitié du dix-septième siècle la première moitié du dix -huitième. Un historien de mérite, M. César Cantù, a fait naguère quelque chose de semblable en écrivant son

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Histoire de Cent ans, de 1750 à 1850, où il passe en revue la politique, la philosophie, les sciences^ les lettres, l'industrie : eh bien! nous ne craignons pas de dire que cel amalgame du dix-huitième et du dix-neuvième siècle déroute le lecteur et pèche contre le costume, comme si l'on group;\it sur une toile des « coilï'ures à l'oiseau royal » avec c( des barbes jeune France. y> Les Cent ans de M. Cantù n'ont pas d'autre raison de faire groupe que la date de la composition du livre : c'est une centurie à l'anglaise et non un siècle dans le sens romain ou français.

— Au contraire on peut remarquer que, dans l'ordre politique, le siècle qui commence à la découverte de l'Amérique (1492-1 59'2) a bien pour trait caractéristique la prépondérance de la puissance espagnole dans le système européen; que le siècle suivant (1592-1692), en s'étendant de l'abjuration de Henri IV aux commencements de la vieillesse de Louio XIV, n'est pas moins marqué par la substitution de la prépondérance de la France à celle de l'Espagne; que la troisième période séculaire '1692-1792) est bien celle où, à la suite d'une révolution mémorable, prévaut partout l'influence politique et commerciale de l'Angleterre ; jusqu'à ce que la vieille monarchie capétienne, en s'écroulant, communique au monde entier un ébranlement dont on n'a pas besoin de faire ressortir l'influence sur l'avénement d'un ordre nouveau . Il faudrait plutôt nous tenir en garde contre une disposition naturelle à s'exagérer l'importance des choses qui nous touchent de si près.

Vuilà pour la politique, sur laquelle nous pouvions être bref, tant les faits ont de saillie : passons maintenant à ce qui dépend le moins de la poUtique, àl'histoire des sciences; et parmi les sciences considérons en particulier celle qui est pour toutes les autres une sœur aînée, une sœur modèle, l'astronomie. Ici encore la distinction de nos périodes séculaires frappe par sa netteté.

Copernic naît en 1473, dix-neuf ans avant la grande navigation de Colomb, vingt-sept ans avant le commencement du seizième siècle selon le comput vulgaire, et son livre paraît sitôt après sa mort en 1543; Tycho-Bralié naît en 1546 et meurt en 1601 . Ces deux vies illustres embrassent un siècle de l'histoire de l'astronomie : siècle révolutionnaire s'il en fut ; puisqu'il ébranle et que déjà, aux yeux des juges les plus compétents, il renverse un corps de doctrine qui, depuis la rédaction de l'Almageste, c'est-à-dire depuis quatorze siècles, régnait sans contestation dans le monde savant et influait sur toutes les doctrines philosophiques et religieuses par l'idée qu'il donnait à l'homme de sa place dans l'univers. Cependant à d'autres égards et en des. points qui tiennent plus intimement encore à l'organisme de la science, on peut dire que Copernic et Tycho perfectionnaient et n'innovaient pas ; puisque pour eux, comme pour leurs devanciers, l'astronomie n'a d'autre objet que la théorie géométrique des mouvements célestes, le développement d'une hypothèse géométrique ou la substitution d'une hypothèse géométrique à une autre : sans que la mécanique céleste, la théorie des forces qui produisent les mouvements célestes soit encore abordée, autrement que par des conjectures qui n'ont rien de scientiiique ; sans que par conséquent l'on puisse fournir la preuve décisive de la vérité ou de l'erreur de l'hypothèse.

Kepler, né en 1571, va prendre possession en 1600 de l'observatoire de Tycho, pour préluder à la découverte des lois du mouvement elliptique des planètes ; et justement à la même date, Galilée, muni de la lunette astronomique, fait dans le ciel ses curieuses observations, en même temps qu'il découvre par le raisonnement et par l'expépérience, avec une finesse et une sagacité admirables, les fondements de la mécanique physique, dont l'astronomie, à la faveur des lois formulées par Kepler, va devenir la

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plus brillante application. Ainsi commence le i/rand siècle

' l'astronomio, \erlix-scptibme sih'le astronomique, qui se

couronne en 1087 par la publication du livre des Prhicipes

mathématiques de la philosophie naturelle, à la veille do la

volution politique où Newton, comme Locke, devait jouer son rôle modeste, et d'où l'Angleterre date Tépoque de sa grandeur.

Tout le temps qui s'écoule entre la révolution d'Angle terre et la révolution française, entre l'apparition du livre des Principes et la rédaction du livre de la Mécanique céleste, cet intervalle rempli par les travaux de Halley, de . Bradley, des Bernoulli, d'Euler, de Clairault.de d'Alembert, de Lagrange, deLaplace, compose la période neictonienne ou le dix-huitiéme siècle de l'astronomie. D'une part les méthodes et les instruments d'observation acquièrent une précision à laquelle jusqu'alors on n'avait pu songer; de l'autre, l'analyse mathématique se perfectionne , à cause surtout du désir que l'on a de rendre raison, par la théorie le la gravitation nevvtonienne, de toutes les particularités, des moindres perturbations dans les mouvements des corps célestes. On vit sur une grande idée, on la confirme par tous les. moyens, on en poursuit toutes les conséquences, sans qu'il se produise d'idée précisément nouvelle.

Les travaux de William Herschel sur la voie lactée, sur les nébuleuses, sur les étoiles doubles, sa découverte de la planète Uranus en 1781, celle que fait Piazzi le 1^' janvier 1801 de la planète Gerès (la première connue dans ce petit monde de planètes télescopiques, depuis si fort enrichi), l'entrée des aérolithes. des étoiles fdantes, dans le domaine de l'observation scientifique, ouvrent pour l'astronomie une période nouvelle, un siècle nouveau. D'abord ressortissant uniquementdela géométrie, elle était devenue, dans le cours des deux siècles précédents, une application de la physique : maintenant elle devient en quelque sorte

une branche de l'histoire naturelle, par la multitude, la variété, les analogies et les contrastes des objets quelle embrasse et qui donnent l'idée d'y appliquer les mêmes principes de groupement et de classification. Les développements de V astronomie stellaire, en agrandissant encore, et dans une proportion colossale, nos idées sur la constitution de l'univers et sur les plus anciennes époques de la nature, sur les phases cosmogoniques qui ont dû précéder toutes les formations ultérieures, caractérisent surtout le dix-neuvième siècle astronomique. Difficilement imagineraiton une succession d'époques plus marquées, et qui cadrent mieux avec un ordre de faits d'ailleurs si disparates.

— Y aurait-il trop de présomption à mettre en regard de cette caractéristique des époques de l'astronomie moderne, celle que donne Alex, de Humboldt, en se fondant uniquement sur la distinction entre l'observation à l'œil nu et l'observation télescopique ? a II est digne de remarque, dit-il (1), que les fondements de l'astronomie proprement dite, celle du monde planétaire, aient précédé l'époque mémorable (1608-1610) où la vision télescopique a été découverte et appliquée à l'étude du ciel. A force de travaux et de soins, Georges Peurbach, Regiomontanus • (Jean Mûller) et Bernard Walther de Nûrenberg, avaient augmenté le trésor de la science, héritage des Grecs et des Arabes. Bientôt parut le système de Copernic, développement d'idées hardies et grandioses. Puis viennent les observations si exactes de Tycho et les audacieuses combinaisons de Kepler, aidées de la plus opiniâtre puissance de calcul qui fut jamais. Deux grands hommes, Kepler et Galilée, personnifient cette phase décisive de l'histoire où la science des mesures abandonne l'observation antique, déjà perfectionnée, mais toujours faite à la vue

(1) Cosntos, l, IJ, p. (36 el suiv. ilc la Iraducliou Iranraise,

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simple, pour recourir à l;i vision télescopique... Trouvées d'une manière purement empirique, les trois lois de Kepler appartiennent tout à fait à l'époque de la \ision naturelle, c'est-à-dire à l'époque tyclionienne; elles dérivent même des propres observations de Tycho-Br.Mhe, quoique l'impression du livre De motibus stellœ Martis n'ait été achevée qu'en 1609, et que la troisième loi n'ait été exposée qu'en 1619, dans YHarmonia mundi. — Le commencement du XYll" siècle, où s'opéra le passage de la vision naturelle à la vision télescopique, a été plus important pour l'astronomie et la connaissance du ciel que l'an 1 492 pour celle du globe terrestre. Par là se sont agrandies, presque à Tinfuii, la sphère de nos recherches et la portée du coup d'œil qu'il nous est donné de jeter sur la création; par là ont été incessamment soulevés de nouveaux problèmes dont la solution difficile a provoqué dans les sciences mathématiques un développement sans égal... C'est ainsi que l'astronumie s'est élevée progressivement de la conception du système solaire à celle d'un véritable système de l'univers. »

On voit que la caractéristique de Humboldt ne sert qu'à marquer le passage de l'astronomie de Copernic, de Tycho et de Kepler à l'astronomie du dix-septième siècle, sans aider par des coupures à la conception de l'histoire des temps postérieurs, et qu'elle n'exprime aucunement la révolution accomplie en un siècle dans la théorie géométrique des mouvements planétaires, avant que le hasard n'amenât le passage de la vision naturelle à la- vision télescopique. En un mot elle a les défauts d'une caractéristique artificielle, fondée sur un caractère unique, qu'on saisit à la première vue, mais qui n'est pas le plus essentiel. Pour passer de Kepler à Newton, il fallait que Gahlée eût jeté les bases de la mécanique physique; et il n'était point nécessaire qu'il eût excité la curiosité générale par son

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Nimcius sidereus^ comme l'avaient fait un siècle auparavant Colomb et Vespuce par les relations de leurs voyages

— Cependant cette curiosité même, si elle ne déterminait pas le courant des idées, contribuait beaucoup à en accélérer la marche, et c'est ainsi qu'on peut s'expliquer des synchronismes aussi singuliers que ceux dont il vient d'être question. Il est dans l'ordre des causes naturelles que, soumis à une excitation commune, les esprits déploient leur activité dans les sens les plus divers, et que, sur toutes les routes où ils sont engagés, quelques esprits paissants devancent les autres, contribuent encore à les stimuler, et signent une époque de leurs noms. Et puis, si après une étude attentive de l'histoire on trouvait que cette explication naturelle ne suffit pas, tant il y a de coïncidences accumulées, surtout vers les époques critiques où elles devaient avoir les effets les plus considérables, il ne faudrait point s'élonner que les plus belles intelligences, plutôt que de n'y- voir qu'un jeu du hasard, y reconnussent le doigt d'une providence qui préside aux destinées de l'humanité. C'est là ce qu'on pourrait appeler le merveilleux ou la partie divine de l'histoire ; c'est une échappée sur ce monde mystérieux ou invisible où la raison de l'homme ne peut' autrement pénétrer, sans que pour cela elle se croie autorisée à en chasser l'idée comme un vain fantôme.

Tout en nous abstenant de scruter cette question suprême, nous aurons désormais à multiplier les rapprochements de manière à justifier, mieux que par les habitudes d'une chronologie de pure convention^ la division des temps modernes en périodes séculaires, bien caractérisées parla marche générale des événements, par la succession des idées dominantes, par les transformations opérées dans les institutions religieuses et civiles, dans la philosophie et dans les arts, dans les sciences et dans l'industrie. En conséquence nous affecterons à chaque siècle un livre

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