CHAPITRE
HE LA RKNAISSANCE LITTÉRAIRE ET bE LA FONDATION DU SYSTÈME DES ÉTUDES CLASSIQUES.
Le culte voué par les lettrés des quinzième et seizième siècles à l'antiquité grecque et romaine n'a pas été seulement une mode littéraire à l'usage des beaux esprits, il a imposé, au moins pour plusieurs siècles, à tous les esprits cultivés un genre de culture ; il a abouti à créer de vraies institutions, destinées à agir puissamment sur la société, et dont l'influence se fait encore sentir dans notre monde moderne : c'est principalement de ce point de vue- qu'il nous conAÎent de l'envisager.
Il ne s'agissait plus seulement de familiariser la jeunesse studieuse avec un latin barbare, affecté à des exercices purement scolastiques : il fallait la mettre à même d'entendre et de goûter les chefs-d'œuvre de la littérature antique, écrits dans des langues dont le génie diffère tant de celui de nos idiomes modernes, pleins d'allusions à des mœurs, à une religion, à des institutions politiques si éloignées des nôtres. Voilà ce qui désormais serait regardé comme le fond des humanités^ comme la condition essentielle d'une éducation libérale, donnée aux hautes et aux moyennes classes de la société, à celles qui semblent appelées par la force des choses (du moins on l'a cru long-
temps) à en régler seules l'économie et les mouvements! Une pareille culture, tout artificielle, exigeait des exercices lents et gradués, remplissant toutes les années de la seconde enfance et de Tadolescence, donnant lieu à une discipline, à des habitudes scolaires, capables par leur durée d'influer sur l'éducation morale et physique des générations, indépendamment de l'influence propre et directe, exercée par le genre d'instruction et l'ordre d'idées auxquels le système d'éducation sert de véhicule.
Ces anciens qu'on admirait tant n'avaient rien connu de semblable . Les Grecs ne cultivaient que leur langue, n'estimaient que leur littérature nationale: les Romains faisaient de la langue et de la littérature des Grecs le fond de leurs exercices pédagogiques, mais ils apprenaient le grec, langue vivante pour eux, comme nous faisons apprendre à nos fils et à nos filles l'anglais ou l'italien, comme les étrangers apprennent le français, sans jouir des avantages et sans souffrir des inconvénients d'un système qui fait de l'étude lente, pénible, artificielle, d'une langue morte et d'une littérature antique, dans ses modèles réputés les plus purs, la base d'une éducation commune à toutes les classes de la société.
Le temps est venu où le public est assez frappé des inconvénients pour qu'il n'y ait plus besoin de le renseigner à cet égard : il faut bien plutôt songer à lui rappeler les avantages qu'il oublie, et qui en effet, dans l'état actuel des choses, ne sont pas à beaucoup près aussi sensibles à la première vue. Nous sommes bien loin de f époque où Erasme et Rabelais avaient le monde pour eux aussi bien que les lettrés, quand ils versaient le ridicule sur la vieille scolastique, en vue d'y substituer ce système d'humanités ou d'études classiques, à son tour fort suspect aujourd'hui de décrépitude.
Pourquoi ce système s'est-il rnaintenu à peu près intact*