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DE LA RENAISSANCE LITTÉRAIRE

pendant trois siècles qui en valent trente dans l'histoire de rhumanité"? Pourquoi ne sait-on aujourd'hui, ni comment s'en accommoder, ni comment s'en passer? Il y aurait làdessus une foule de choses à dire • nous ne pouvons ici qu'effleurer le sujet.

Dans l'étude d'une langue vivante, à titre de langue classique, il y a des causes évidentes de corruption pour la langue nationale, toujours exposée par là à des imitations, à des calques, à des emprunts contraires à sa structure, à son génie et à ses allures naturelles. Il n'en est pas de même pour une langue morte, justement parce qu'elle est morte et parce qu'on ne réussit pas à greiïer le mort sur le vif. Les littérateurs français du seizième siècle en ont fait l'épreuve : on s'est moqué d'eux et ce de leur faste pédantesque, )) quand ils ont « en français parlé gi^ec et latin » ; et la langue parlée autour d'eux, la vraie langue vivante, ne s'en est point ressentie. Au contraire, il a fallu en Allemagne une réaction énergique, favorisée par les circonstances et qui s'est fait attendre longtemps, pour purger la langue allemande du mélange de mots français et de tournures françaises qui l'altérait, par suite d'un engouement aujourd'hui trop passé de mode.

Mais l'action régulatrice qu'exerce sur une littérature vivante, à toutes les phases de son développement, un type classique et fixe, dont la fixité exige qu'il soit emprunté à une langue et à une littérature mortes, est quelque chose de plus manifeste encore. La littérature qui est, comme on l'a dit, l'expression de la société, ou l'expression de la nature humaine, telle que l'a façonnée la culture sociale, la littérature n'a de vie et de puissance qu'à condition d'être comprise ou sentie parle commun des hommes, de ceux du moins que ne subjuguent pas entièrement des besoins ou des appétits grossiers. Les études regardées comme la base d'une éducation libérale, commune à tous les esprits un

peu cuUivéy, ne peuvent donc manquer d'avoir la plus grande influence sur l'éducation du sens littéraire, sur la conservation du goût littéraire. Un système d'études classiques, sujet sans doute à se modifier comme toutes les institutions, mais qui du moins ne subit que des altérations séculaires, agit comme un frein pour contenir les écarts et prévenir ou retarder la corruption du goût littéraire que tant d'autres causes, inutiles à rappeler ici, poussent sans cesse aux mouvements désordonnés, capricieux ou aventureux.

Nous avons beau citer nos classiques français du dixseptième siècle et les placer à côté de ceux de l'antiquité : en réalité il était plus facile à un Italien du quinzième siècle d'écrire dans un style réputé cicéronien^ qu"il ne l'est à un lettré de nos jours d'écrire ou de faire croire qu'il écrit dans la langue du dix-septième siècle. Si donc il est aisé, dans une classe de rhétorique latine, de persuader aux écoliers qu'ils doivent prendre Cicéron pour modèle, quel modèle se proposeront nos jeunes rliétoriciens, bon gré malgré le régent, dans une classe de rhétorique française? Ce ne sera pas Bossuet ou Massillon qu'il est visiblement impossible d'imiter : sera-ce Rousseau, Chateaubriand ou Victor Hugo ? Probablement celui qui est venu le dernier et qui fait actuellement le plus parler de lui. A ce compte, il n'y aura bientôt plus de tradition littéraire, plus de règle, plus de type consacré, et miette branche de l'art, qu'on appelle la littérature, risquera fort de devenir tout simplement une branche de la mode ; elle en aura la fluidité et l'inconsistance, au point que plusieurs modes littéraires pourront se succéder dans le cours delà vie d'un homme. Car, ce qui distingue la mode des vêtements ou des meubles de ce qu'on appelle le style ou le goût dans les i œuvres d'art ou dans les œuvres littéraires, ce n'est pas seulement la futilité des choses sur lesquelles règne la

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