‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 38 sur 78 · DE LÀ RÉVOLUTION D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE LÀ RÉVOLUTION D'ANGLETERRE

exercée par les protestants français sur leurs coreligionnaires du continent : car, en Angleterre, l'histoire des sectes puritaines a bien aul rement d'originalité et d'importance, et elle s'y mêle tellement à la politique locale qu'elle doit faire l'objet de considérations à pnrt. Le contraste entre les îles Britanniques et l'Europe continentale, préparé de si longue main, destiné à avoir de si grandes conséquences, éclate enfin au dix-septième siècle; et il éclate d'abord par ce fait grave, que la lièvre de révolutions et d'innovations religieuses éprouve sur la terre anglaise un nouvel accès, plus fort que le premier : tandis que, sur le continent, les sectes religieuses qui luttent encore pour la domination ou l'affranchissement, ne procèdent plus d'une foi religieuse assez intense pour pousser au prosélytisme ou à l'enfantement de sectes nouvelles, dignes du moins d'attirer l'attention par l'importance de leur rôle historique. Tout le monde connaît le jansénisme, tout le monde connaît les indépendants et les niveleurs angkis; au lieu que l'histoire des sectes réformées sur le continent n'intéresse plus le commun des hommes.

— La race anglo-saxonne se distingue certainement par deux qualités que son histoire dans les temps modernes a fnit plus particuhèrement ressoi'tir : l'homme y tient à son indépendance personnelle, à ses droits de citoyen, en même temps que les populations se montrent plus intimement pénétrées de leurs croyances religieuses, plus foncièrement animées de l'esprit de propagande et de secte. Des philosophes, des moralistes, des politiques peuvent avoir la prétention d'expliquer cette idiosyncrasie en y faisant tout dériver d'un môme caractère primitif : mais, en attendant le succès complet de ce chef-d'œuvre d'analyse, il est plus sûr de s'en tenir aux faits tels que l'observation les donne. Chez beaucoup d'autres nations, la passion rehgieuse n'a point poussé aux libertés politiques;

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et si l'on comprend aisément que la pureté des mœurs soit une condition favorable au maintien d'institutions libres, héritage des ancêtres, il ne paraît pas moins clair que les mœurs peuvent rester pures sans que les peuples se soucient beaucoup de libertés politiques, ou sans qu'ils soient portés à s'entêter de controverses et de querelles théologiques. La religion n'entrait pour rien dans les anciennes luttes des barons ou des communes d'Angleterre contre le pouvoir royal ; et l'on ne saurait admettre qu'il faille faire la part des préoccupations politiques dans le zèle que mettent de nos jours des sociétés anglaises à répandre partout des traductions de la Bible, à fournir aux dépenses 'des missions, à fonder des prix pour la défense de. la cosmogonie mosaïque, à profiter des expositions universelles pour distribuer des brochures propres à tirer les pécheurs et les incrédules de leur endurcissement. Mais, soit que l'on considère la coïncidence comme accidentelle ou comme essentielle, il reste avéré que l'initiative, l'exemple des populations anglo-saxonnes ont tout à la fois contribué à faire naître le goût de la liberté politi(|ue et à empêcher le christianisme protestant de tomber dans la langueur sur toute l'Europe continentale. On ne peut guère comparer ce phénomène des temps modernes qu'à l'influence exercée mille ans plus tôt par les moines des îles Britanniques sur la restauration de la foi chrétienne et de la science humaine dans le continent de l'Europe, submergé par la barbarie. — La réformation religieuse s'était faite au seizième siècle en Angleterre dans des conjonctures et sous des formes toutes particulières. D'abord le théologien Henri VIII avait voulu laisser intacts le dogme et la hiérarchie, en se contentant de chasser les moines, de prendre et de donner aux seigneurs les biens des abbayes et des couvents, et de se mettre à la place du pape. Il n'y avait là que du despotisme brutal et rien de propre à flatter les inclinations d'un

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peuple libre et religieux'. Le véritable anglicanisme fut fondé par des' actes parlementaires sous Edouard VI et Elisabeth; et le système, pris dans ses grandes lignes, consista à adopter le dogme calviniste, tout en touchant le moins possible à l'antique hiérarchie, à la liturgie en usage et au vieux rituel. On constituait ainsi une Église vraiment nationale, dont la séparation d'avec le vieux tronc se justifiait par la prétention de conserver ou de recouvrer la pureté du dogme, sans briser les formes extérieures et séculaires du culte chrétien ni les cadres traditionnels de la cléricature, en un mot sans faire à propre ment parler une nouvelle religion, ainsi que le faisaient avec une hardiesse si peu mesurée les sectes calvinistes du continent. Le roi était le chef suprême de l'Éghse comme de l'État, mais il n'était pas plus absolu dans l'Église que dans l'État.

On s'est beaucoup moqué en Angleterre, à plus forte raison à l'étranger, de l'importance que sectes et partis attachaient au surplis, au rochet et à la mitre : mais il en était de ce surplis, comme deiarobe de l'écolier d'Oxford et du sac de laine du lord chancelier. Ce qui frappe aujourd'hui en Angleterre les hommes du continent, bien plus qu'ils n'en pouvaient être frappés il y a un siècle, c'est la conservation étrange, parfois grotesque, des reliques on des loques du moyen âge en pleine civilisation moderne. Quand on s'égorgeait pour le surplis ou pour la robe, il s'agissait en réahté de savoir si la vieille Angleterre opposerait à elle seule une digue à la marée montante des innovations, en conservant soigneusement un respect même superstitieux pour de vieux usages qui rappelleraient sans cesse aux esprits faciles à se laisser séduire par la nouveauté, la part qu'a eue le moyen âge dans l'enfantement de la civilisation moderne. Après tout, le « clergyman )) sans surplis n'est plus ce prêtre à qui le paysan est tenu

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parle droit divin et la coutume de payer la dîme; ce n'est qu'un gradué laïque; et difficilement s'habituerait-on à voir un évêque, un prédicateur sorti des rangs du peuple, siéger à la Chambre haute avec les plus grands seigneurs, s'il était toujours coiffé corhme le commun des hommes. Supposons que la réformation se fût faite en Angleterre comme en Hollande ou en Ecosse : l'industrie, la richesse, la puissance anglaises auraient bien pu devenir tout ce qu'elles sont devenues, tout ce qu'elles deviendront par la suite; mais l'aristocratie anglaise ou, pour employer un terme i^lus juste, l'esprit de conservation en Angleterre aurait manqué de ce puissant secours qu'il a trouvé dans les habitudes religieuses contractées depuis un siècle par la plus grande partie de la population, gentilshommes et paysans des comtés, et qu'avaient violemment froissées les excès des novateurs, emrortés par un fanatisme sectaire, ennemi de toute transaction. De là cet attachement systématique des plus grands hommes d'État à TÉglise établie, à sa hiérarchie, à ses rites, à ses droits, à ses prérogatives et même à ses obus. De là cette ferme conviction, qu'on ne saurait toucher à la constitution de l'Église officielle sans ébranler dans ses bases la constitution de TÉtat ou, pour employer le terme de comparaison dont on dispose aujourd'hui, sans incliner la liberté parlementaire anglaise vers la démocratie américaine, sans effacer avec l'empreinte du moyen âge la distinclion essentielle entre le type anglais et le type an glo- américain. Sans doute la distinction tend de jour en jour, malgré tous les efforts des conservateurs anglais, à s'effacer davantage; et avoir les concessions successives faites de notre temps sans que les entreprises s'arrêtent, il est clair qu'on ne doit plus complei sur la vertu propre de l'établissement ecclésiastique pour sauver ce' qui reste encore de l'ancien système : cependant un système qui a eu pendant trois siècles (et

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quels siècles!) des effets si considérables, mérite bien de compter parmi les fortes conceptions de l'esprit biimain. — Envisagé d'un point de vue purement théologique et ecclésiastique, ranglicaîùsme , comme tous les systèmes mixtes, provoquait en deux sens opposés les attaques et les concessions Jamais Rome n'a désespéré du retour des vrais anglicans, dégagés de la politique, sincèrement attachés à l'antiquité chrétienne, et disposés à passer sur toutes les considérations humaines, du moment qu'on leur montrerait dans leur Éghse nationale quelque déviation importante de l'ancienne et commune orthodoxie. Effectivement l'on a vu chez un peuple si foncièrement religieux bien des conversions sincères au catholicisme , et il s'est formé parmi les théologiens anglicans des sectes (jui, sans cesser de reprocher de graves erreurs au papisme, ont reconnu dans la doctrine de TÉglise officielle telles innovations qu'elles ne sauraient accepter. Mais le travail des espiits religieux dans celle direction n'a acquis quelque importance que dans des temps voisins de nous, depuis que les passions religieuses se sont amorties, que l'horreur du papisme n'est plus regardée comme la vertu essentielle du patriote anglais, et que l'esprit de tolérance aiait des progrès au point de rendre aux catholiques , d'abord leurs droits civils, puis la plénitude de leurs droits civiques, et enfin de permettre la restauration patente de l'épiscopat catholi([ue, sous la seule condition de ne pas afficher, par la dénomination des sié^-es, une lutte directe avec l'Édise établie. Au contraire le « non- conformisme )) presbytérien, calviniste ou puritain, favorisé par les inch nations naturelles de la race, par l'exemple des nations voisines et no tamment de l'Ecosse, a fait tout d'abord à l'anglicanisme' une guerre acharnée, comme à une idolâtrie dont les souillures n'étaient guère moins abominables que celles du papisme. De là, les circonstances politiques aidant, la crise

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révolutionnaire du protestantisme britannique dans le cours du dix-septième siècle. Le puritanisme insulaire, écossais ou anglais, se distingue du calvinisme du continent, bien moins parle fond du dogme ou de la discipline que par une prédilection pour la tradition hébraïque, qui le fait ressembler extérieurement et dans ses manifestations populaires, plutôt à. une reprise du judaïsme, qu'à un christianisme évangélique. Par delà le puritanismeissu de Calvin viennent les sectesradicales, dont les unes poussent encore plus loin l'àpreté et le fanatisme judaïques, la haine farouche de toute hiérarchie et de tout rituel, dont les autres ne visent qu'à soulager la raison d'un plus grand nombre de mystères ou à remettre en pratique la fraternité des premiers âges chrétiens. C'est surtout en ce sens que le travail d'enfantement des petites communautés religieuses, parmi les populations d'origine anglo-saxonne, s'est perpétué, jusqu'à nous, sans qu'il y ait de raison d'en prévoir le terme.

— Durant le long règne d'Elisabeth, il était tout simple que la cause de la royauté anglaise se confondît avec celle du protestantisme et du patriotisme anglais. La tyrannie capricieuse et sanguinaire de Henri Vllï, la réaction non moins sanguinaire de Marie avaient passé comme ces tourmentes auxquelles les pays qui jouissent habituellement de plus de libertés politiques sont plus exposés que d'autres ; et le gouvernement anglais, en se mettant constitutionnellement, légalement, à la tête de la révolution religieuse, avait acquis le droit de la diriger. Ce n'était pas le moment de marchander à une femme supérieure, à un gouvernement habile et fort, leurs prérogatives.

L'avènement des Stuarts et les inclinations si fatalement marquées des princes de cette race renversaient la situation . Toujours impatients du frein parlementaire, indignés de n'être pas rois à la manière des autres rois d'Europe, faibles ou malheureux dans la conduite des affaires exté-

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Heures du pays, entêtés de leur droit divin, de leur prérogative ecclésiastique, et pourtant constamment suspects de tenir de leur orij;ine ou de leurs alliances un secret penchant pour le catholicisme, voulant imposer de force le régime épiscopal à l'Ecosse et regardant les presbytériens d'Angleterre comme les plus dangereux ennemis de leur autorité, ils excitèrent l'exaltation puritaine jusqu'au fanatisme, le sentiment de la lilierlé britannique jusqu'à un républicanisme mi-parti de souvenirs bibliques et de souvenirs de la classique antiquité. Ilsparvinrent ainsi à opérer entre les partis politiques et les sectes religieuses cette alliance intime qui curactérise l'.Angleterre du tiix-septième siècle. Pour le moment, l'intensité de la passion religieuse rejetait en quelque sorte la politi(jue sur le second plan, et la liberté politique était surtout regardée comme un moyen de sauvegarder la liberté religieuse : plus tard il s'est trouvé que les résultats politiques conservaient seuls de l'importance, et que de fait la religion avait été l'aliment plutôt que le but final des dissension^ civiles. Sans doute il ne dépendait pas de la conduite des Stuarts d'éluder la capitale question de la souveraineté, d'éviter la lutte sourde et toujours prête à éclater entre le droit héréditaire et les institutions établies pour en modérer l'usage. Mais, aux moments décisifs de cette lutte entre la nation anglaise et les Stuarts, le corps de la nation a fait preuve de tant de bon sens et de modération relative, qu'on doit croire qu'avec une dose ordinaire de prudence, il eût dépendu de la royauté de ne point pousser les choses à l'extrême et de gagner les temps où la passion religieuse aurait été hors de cause, où une légitimité d'assez fraîche date aurait pu s'accommoder des libertés parlementaires aussi bien qu'une quasi-légitimité l'a fait depuis La lutte actuelle entre les parlementaires et les démocrates anglais, lutte où la rehgion n'intervient point et où l'apphcation des

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doctrines, quelque absolues qu'elles soient de part et d'autre, n'est jamais poussée à outrance, nous donne l'idée de ce qu'aurait pu être, dans des conditions analogues, la lutte entre la prérogative royale et les libertés parlementaires.

— Jl a fallu un concours de circonstances bien singulières, quelque chose commela résurrection en pleine Europe, en pleine civilisation moderne, de ce qui s'était vu jadis au cœur de l'Arabie, une poignée de sectaires fanatiques et pourtant enrégimentés et disciplinés, un homme extraordinaire, unissant les talents miUtaires, le génie politique à un entliousiasme vrai ou feint, il a fallu tout cela pour amener cette aventure, cette tragédie grandiose et pathétique qu'on appelle la grande Révolution d'Angleterre, ce fait anomal qui a saisi tous les esprits sans laisser de trace dans les institutions et dans les mœurs, cette révolution qui n'a pas réussi puisqu'elle n'a rien fondé, et dont assurément la nation anglaise ne voulait pas. La nation avait subi le joug d'une faction, d'un parti extrême ; et un beau jour, les conjonctures s'y prêtant, tous les autres partis se sont réunis pour opérer une restauration et replacer le fils dans la même condition où il se serait trouvé si le père fût mort dans son lit, entouré des pompes de la royauté! Ecoutons là dessus le plus éminent des historiens anglais, l'éjcrivain qui a su le mieux peindre et faire ressortir l'un par l'autre l'état passé et l'état actuel de la civilisation de son pays.

€ La Restauration, ditMacaulayfl), comme la Révolution (relie de 1688), se sont accomplies par des coalitions. Lors de la Restauration, les politiques les plus particulièrement zélés pour la liberté avaient concouru au rétablissement de la monarchie, et lors de la Révolution, les politi-

i\} IJhtoire du rég?ie de Guillavme ni, ch»p. IV, traJ. de M. Picbol.

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ques les plus . particulièrement zélés pour lu monarchie avaient aidé à revendiquer la liberté. Le Cavalier, dans la première conjoncture, n'aurait rien pu effectuer sans laide des puritains qui -avaient combattu pour le Covenant et le wigh, dans la dernière, n'aurait pu faire une résistance heureuse au pouvoir arbitraire sans l'appui des hommes qui, très-peu de temps auparavant, avaient condamné toute résistance à ce môme pouvoir comme un péché mortel ».

Les coalitions dont parle l'historien pouvaient se faire sans froisser aucun sentiment de patriotisme : car l'Angleterre, grâce à sa position insulaire, avait pu détruire la royauté et la rétablir sans que l'étranger s'en mêlât ; et s'il n'était pas permis d'en dire lout à fuit autant du mouvement qui portait Guillaume sur le trône, du moins il était assez clair que la Hollande ne se prévaudrait pas du service rendu, au [)oint de prétendre à une supériorité sur l'Angleterre, tandis que le danger d'une collusion du gouvernement déchu avec un ennemi séculaire comme la France, frappait tous les yeux. Réciproquement, les scènes les plus étranges de révolution et de restauration ont pu se passer en Angleterre, sans que l'Europe continentale y vit une menace sérieuse contre ses propres institutions. On était depuis longtemps habitué à regarder le peuple anglais comme ayant avec ses rois des procédés tout particuliers et qui ne tiraient point à conséquence dans d'autres pays. Cette remarque s'applique surtout àla tragédie de 1649 et à l'usurpation de Crornwell ; car l'Europe, quarante ans plus tard, prit une part autrement vive, dans un sens ou dans l'autre, à la chute des Stuarts et à l'élévation de Guillaume (1). On ne s'imaginait pas

(\) « Voilà donc où lout le monde en est (sur les affaires d'Anglelerrftj el comme nous tiu'ssons coUo année, el comme nous commen-

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encore qu'il put jamais devenir de mode, chez d'autres nations, d'imiter dans leur régime intérieur les allures d'un peuple si singulier : mais l'on comprenait déjà que les bases de l'autorité royale étaient partout ébranlées (1).

— Quant à la révolution de 1688, ainsi qu'on l'appelle, elle mériterait mieux le nom de « coup d'État » que celui de « révolution 5), d'après les idées que ces mots réveillent aujourd'hui chez nous. C'est un coup d'Etat de l'aristocratie anglaise pour sauver la religiou établie et la vieille constitution du pays. C'est un remède extraordinaire, dans l'emploi duquel on met un soin scrupuleux, superstitieux même, à ne dévier de la coutume des ancêtres, du droit national, que tout juste autant qu'on y est contraint par une nécessité extrême. Le roi, par ses failles, s'est aliéné tous les protestants, à quelque secte qu'ils appartiennent, tous les Anglais qui tiennent aux vieilles franchises nationales, dans quelque parti politique qu'ils figurent. Le roi est absent, et en son absence il n'y a plus de parlement, plus de cours de justice, plus de magistrature chargée de

rons l'autre, celle année 89 si prédite, si marquée, si annoncée pour (le grands événements...» Lettre de madame de Sévigné, du vendredi 31 décembre 1688. — Cent ans plus lût et cent ans plus tard, « l'année .S9 » méritait bien aussi d'être « marquée » par les faiseurs de centuries et de prédictions. Que le lecteur veuille bien se reporter à ce que nous avons dit ci-dessus, liv. I, chap VIII.

(1) « Ce qu'il devait appréhender, c'était le ressentiment de plusieurs rois qu'il outrage en la personne d'un seul roi; mais ils tiennent pour lui; ils lui ont presque dit : « Passez la mer, dépouillez votre père, » montrez à tout l'univers qu'on peut chasser un roi de son royaume, » ainsi qu'un petit seigneur de son château, ou un fermier de sa mé- » taii'ie ; qu'il n'y ait plus de diflérencn entre de simples particuliers » et nous; nous sommes las de ces distinctions : apprenez au monde y> que ces peuples que Dieu amis sous nos pieds peuvent nous aban- » donner, nous trahir, nous livrer, se livrer eux-mêmes à un étranger, » et qu'ils ont moins à craindre de nous que nous d'eux et de leur » puissance, elc. » La Bkuyérf, des Jugements, n° MS,

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rexécutioii des lois et des arrêts ; la légalité est absente elle-même, la vie civile est suspendue comme la vie politique ; il faut absolument sortir au plus vite de cette situation et avoir un roi. A défaut de parlement pour la convocation duquel un roi serait nécessaire, une Assemblée, une Convention composée d'ailleurs comme le serait un parlement véritable, se hâtera de créer un roi ou plutôt de le proclamer, en ayant d'ailleurs égard autant que possible au droit héréditaire. Mais, qu'on le remarque bien, car c'est le point essentiel, cette Convention, cette Assemblée extraordinaire, irrégulièrement investie par là nécessité des conjonclures d'un si grand pouvoir lie sera pas, selon la doctrine qui doit plus tard prévaloir dans la philosophie révolutionnaire, une Assemblée constituante, une représentation de la volonté nationale, d'autant plus haute qu'elle s'exerce plus rarement et dans des cas plus importants, en un mot quelque chose de plus qu'un parlement. Non, ce sera au contraire quelque chose de moins, un parlement imparfait dont il faut bien se contenter faute de mieux, et dont, aussitôt que possible, un parlement régulièrement convoqué par lettres royales, des bills touchés du sceptre royal, viendront régulariser et ratifier les actes. ,0n peut se moquer de cette superstition de légistes, et quand le pays ne l'a pas on ne saurait la lui inoculer ; mais il faut grandement louer de=: lords, des évêques, des gentilshommes^ des bourgeois d'avoir partagé la superstition des légistes ou d'avoir agi comme s'ils la partageaient; en quoi ils montraient plus d'inteiligence du droit politique que les chercheurs de fondements rationnels, à la manière de Hobbes ou de Locke. Car autrement le roi n'était plus roi, et les chambres elles-mêmes restaient à la merci de la première bourrasque qui servirait de prétexte à l'appel d'une autre ConveMion. C'était alors une révolution dans toute l'acception du mot.

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(( Dans la législature anglaise, dit encore l'éminent historien (I), l'élément pratique a toujours prédominé, et souvent prédominé outre mesure sur l'élément spéculatif. Ne songer aucunement à la symétrie et beaucoup à la convenance j ne jamais écarter une anomalie, simplement parce que c'est une anomalie ; ne jamais innover, excepté lorsque le mal se fait sentir ; ne jamais innover au delà de ce qui esl nécessaire pour se débarrasser du mal ; ne jamais poser un principe plus étendu que le cas particulier auquel il est nécessaire de pourvoir : telles sont les règles qui, depuis l'époque du roi Jean jusqu'à celle de la reine Victoria, ont généralement guidé les délibérations de nos deux cent cinquante parlements. Notre aversion naliouiile pour tout ce qui est abstrait dans la science politique va sans doute jusqu'à un excès, mais c'est un excès du bon côté. Que nous ayons été beaucoup trop lents à améliorer nos lois, on n'en peut disconvenir. Mais si, dans d'autres pays, il y a eu parfois de plus rapides progrès, il ne serait pas facile d'en citer un où il y ait eu si peu de pas faits en arrière. ))' Les mêmes choses ont été dites bien des fois, mais on ne saurait les dire mieux d'une autre manière, ni peut-être aussi bien. Au fond, cela signifie que le patriotisme anglais s'est laissé discipliner par les légistes et que les légistes anglais ont porté dans l'élaboration de la jurisprudence politique le même esprit que le préteur portait chez les Romains, et que porte encore notre Cour de cassation dans l'élaboration de la jurisprudence civile.

(1) Macaulay, ouvrage cilé, chap. I.

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