CHAPITRE IV
DE LA. LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE ET DES TENDANCES ANTIRELIGIEUSES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.
Nous passons de la philosophie à la littérature philosophique, bien plus faite pour agir sur le monde, lequel certainement n'eût pas pris feu à propos de la statue de Condillac et de ses sensations transformées. Toutes les littératures qui vieillissent ont de la disposition à prendre un ton philosophique : comiiient en serait-il autrement, puisque dans les langues qui servent à la fois d'étoffe et d'instrument à la littérature, on peut constater, même en l'absence de toute culture littéraire, un travail intérieur d'abstraction et d'analyse , une tendance à substituer l'idée à l'image, à devenir un chiffre^ un verbe, une raison parlée, après qu'elles ont perdu, en grande partie du moins, cette plasticité et cette sève qui y entretiennent la circulation et comme le frémissement de la vie.
Grâce à son grand siècle littéraire et à d'autres avantages de position qui augmentaient ses moyens d'influence, la France tenait en Europe le sceptre de la littérature, comme celui du goût et de la mode; quel usage allait-elle en faire? Les goûts littéraires sont changeants de leur nature : car, après qu'un genre a atteint la perfection qu'il