‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 55 sur 78 · LA LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE AU WHI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE AU WHI* SIÈCLE

des bénéfices d était devenue pour les rois un département réservé, d'ordinaii'e étranger à la politique et à l'administration civile, une sorte de département des grâces qu'ils se donnaient le plaisir de répandre sur leurs courtisans et sur leur noblesse, avec l'approbation expresse ou tacite, ou du moins sans l'improbation formelle du directeur de leur conscience. Pourvu en effet que la conscience du chrétien ne fût pas compromise par un choix trop scandaleux, le choix ne semblait pas avoir des suites bien importantes pour le monarque et pour la royauté. Cependant il est clair que, même avec le soin d'éviter le scandale, ce n'était pas le moyen d'avoir un épiscopat investi de toute l'autorité morale que réclame sa haute mission, c'est-à-dire un épiscopat vraiment supérieur par les lumières et les vertus chrétiennes au clergé et au peuple dont il est appelé à gouverner la foi, la discipline et les mœurs. Encore moins était-ce le moyen d'avoir un épiscopat capable de conjurer des périls vraiment extraordinaires. Encore moins cette vieille monarchie, fondée, dit-on, par des évêques, pouvait-elle être soutenue dans sa décrépitude par des évêques choisis de la sorte. L'EgUse gallicane n'avait donc échappé avec ses richesses à la tourmente du seizième siècle que pour voir, dans uu temps où toutes les plaies devenaient plus dangereuses, se rouvrir des plaies qui étaient la suite inévitable de ses richesses, et dont elle ne pouvait guérir qu'en perdant ses richesses.

Les novateurs avaient affaire à trois puissances protectrices de l'ordre établi, la royauté, les évêques, les parlements, et entre ces trois puissances il y avait au dix-huitième siècle de continuels conflits. Piéuni dans des Assemblées dont ses intérêts temporels étaient officiellement l'objet direct ou même le seul objet, après avoir débattu contre le ministère et la Cour la quotité de son don prétendu gratuit, après avoir vivement protesté contre l'intention

soupçonnée de méconnaître la gratuité ou d'enfreindre les privilèges de l'Ordre, le seul qui eût vraiment encore une représentation dans l'Etat, le clergé ne manquait pas d'y joindre des doléances sur la tolérance dont les protestants commençaient à être l'objet, sur les entreprises des parlements qui portaient la main à l'encensoir, sous prétexte de protéger une secte canoniquement condamnée ou par haine d'un institut dévoué à la bonne cause, enfin sur l'audace croissante d'une secte impie, ennemie de toute autorité. Mais ces doléances, venant de dignitaires si privilégiés, si bien rentes, si peu sévères pour eux-mêmes, se nuisaient mutuellement. L'odieuse législation sur les protestants, qu'on n'avait pu obtenir de Louis XIV qu'en lui déguisant les faits et leurs conséquences, était devenue au bout d'un siècle par trop insoutenable. Beaucoup de prêtres austères et de pieux laïques, sans partager les derniers écarts du jansénisme aux abois, regardaient encore la magistrature comme l'unique rempart contre les entreprises de Rome et le despotisme d'une prélalure de Cour. D'un autre côté, lorsque le parlement sévissait contre les philosophes, comme pour justifier ses procédures contre les évêques et son opposition tracassière aux ministres « du seigneur roi )), il ne fallait pas s'étonner que les ministres à leur tour usassent de beaucoup d'indulgence envers les gens d'esprit sur qui tombaient les foudres parlementaires.

— La haine et non le mépris avait amené dans ce siècle ce que l'on regardait alors comme la suppression et ce qui n'était en réalité que l'oppression passagère de la fameuse société. Amis et ennemis ont sans doute fort exagoré l'importance d'un tel événement. Croire aujourd'hui que les jésuites, au moyen de leurs collèges et de leurs confessionnaux, auraient été de taille à empêcher la révolution, ce serait afficher une grande fatuité,

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