CHAPITRE Jl
lŒS TROGRÈS DES SCIENCES .NATURELLES AU DIX-NEUMÈME SIECLE.
Il doit en être de l'histoire naturelle dans l'encyclopédie scientitique comme de Fliistoire proprement dite parmi les genres de compositions littéraires. L'histoire plaît, a-t-on dit, de quelque manière qu'elle soit racontée, parce c|ue nous y voyons en action la nature humaine ; et tel est le charme qui s' attache aux œuvres de la Nature dès qu'on nous convie à les regarder, c|u'il n'est pas besoin d'un rare talent pour être bien venu à nous en entretenir et à les décrire. Parlons franchement : si le grand naturaliste et le grand historien comptent parmi les x^lus beaux génies, l'histoire naturelle et l'histoire proprement dite sont des (( genres )) qui supportent la médiocrité, et qui doivent être cultivés de préférence quand le nivellement démocratique des esprits se poursuit, non moins que celui des fortunes. Dans des sciences telles que la physicjue et la chimie, les lois seules nous semblent vraiment dignes d'intérêt; les faits qui ne conduisent point à des lois sont du ressort de la pratique plutôt que de la science; on pardonnerait presque au philosophe de les trouver (C méprisables » : tandis qu'il n'y a pas de mousse ni d'insecte dont la seule description, poussée jusqu'aux plus minutieux détails, n'excite notre curiosité, lors même qu elle ne conduit, ce
qui est le cas le plus ordinaire^ ni à une idée nouvelle, ni à quelque application utile.
— La géologie surtout, qui n'est pas une science de cabinet, qui excite et développe toutes les forces de l'homme, en s' associant à toutes les jouissances que peut procurer le spectacle de la Nature, a eu des légions d'amateurs; sans parler des encouragements que lui ont valu, de la part de toutes les administrations, ses applications utiles, dans un temps où, selon l'expression reçue, l'exploitation du globe passe pour être le but de l'activité humaine. Ce qui avait le plus tourmenté les ncptimiens du siècle dernier, c'était l'embarras de savoir où prendre la masse d'eau capable d'élever le niveau de l'antique Océan jusqu'à des altitudes alpestres, et où loger ces eaux après leur retraite. L'ingénieuse théorie des soiilevemenls, justifiée par des observations directes, a résolu le problème de la manière la plus simple et la géologie s'est trouvée constituée. Les niveaux de l'Océan n'ont pas descendu la pente des montagnes; ce sont les montagnes qui sont allées chercher leurs niveaux actuels. Aux relèvements de certaines parties d'un massif correspondent ailleurs des affaissements, des failles, des dépressions tantôt brusques, tantôt séculaires; et Je long des lignes plus fréquemment tourmentées, il a dû se produire des alternatives d'exhaussement et de dépres-» sion, qui rendent raison de l'alternative des dépôts marins et lacustres sur des espaces comparativement restreints, sans qu'il faille supposer autant de grands cataclysmes ou de perturbations générales dans l'équilibre des mers. Tous les faits observés conduisent à reconnaître que le noyau de la masse terrestre conserve une haute température, capable de maintenir les métaux et les substances les plus réfractaires dans un état de lluidité ou de mollesse pâteuse; tandis que les couches superficielles, à la suite d'un refroidissement graduel, ont pris une consistance solide, non
sans éprouver les boursoiiftlements, les rides, les fêlures qui s'observent sur une échelle minime, quand une masse de métal en fusion s'encroûte et se durcit sous nos yeux. En ce sens le procès des vulcam'eiis est gagné; ce qui n'était qu'une hypothèse peut passer pour un fait acquis à la science. Plus on avance, plus on trouve que tout s'expUque dans cette théorie par les lois connues de la physique et de la chimie actueUcs, appliquées aux circonstances et aux conditions des phénomènes dont il s'agit de rendre compte, sans que rien autorise à croire ni même à soupçonner que le monde inorganique ait pu être, dans les temps les plus reculés, soumis à d'autres lois que celles qui le régissent maintenant. Pour ce qui est des phénomènes mécaniques, lintensité des forces agissantes et la longue durée de leur action rendent raison de tout. Pour ce qui est des phénomènes chimiques, la plupart des substances minérales que nous ne savions pas reproduire dans nos laboratoires, ont été les unes après les autres fabriquées de toutes pièces, grâce à un choix convenable des conditions de température, de pression, de temps, de menstrue, de manière à donner lieu de croire que l'art de l'expérimentateur viendra tôt ou tard à bout des outres. Une part reste toujours à l'inconnu : il n'y a plus rien pour la merveille ou pour le mystère. Voilà une remarque capitale, vu le constraste qu'elle tend à établir, à cet égard comme à tant d'autres, entre le monde organique et le monde inorganique.
L'explication des phénomènes géologiques est même si avancée qu'on peut presque dire que la géologie, cette science née d'hier, est une science achevée, en ce qui intéresse les grands principes de la philosophie naturelle et l'économie générale des connaissances humaines. Car, dès maintenant, les géologues semblent forcés de descendre à des détails de localités, dont on peut dire, comme on le dirait du relevé hydrographique d'une côte jusque-là inex-
plorée, qu'ils ajoutent à la masse de nos connaissances plutôt qu'ils n'étendent nos idées ou qu'ils n'en allongent la liste. Or, ce sont les idées qui arrêtent la forme d'une science, qui la ce lixent )), comme on dit; et dire qu'une science est fixée, c'est dire en quelque sorte qu'elle ne se développe plus, quoique des connaissances de détail continuent de venir se loger dans les mailles du réseau scientifique.
— Il demeure entendu que cette observation ne concerne que la géologie proprement dite, la géologie inorganique, et non la paléontologie qui s'unit aujourd'hui si étroitement à la caractéristique des formations et des terrains. En effet, les plus minutieux détails géologiques peuvent acquérir une importance capitale, s'ils contribuent à jeter du jour sur ce qui a trait à l'origine, à l'habitation, à la diffusion, à la durée, à l'extinction des espèces organiques. Qu'on en juge par l'intérêt qui s'attache à toutes les particularités de gisement du plus mince fragment d'un squelette humain, du moindre vestige de l'industrie de Thomme. D'abord on a cultivé la paléontologie comme une science auxiliaire et accessoire, comme la numismatique de l'histoire du globe; les coquilles fossiles étaient des médailles du déluge et pas autre chose : probablement le jour viendra où la description détaillée des accidents géologiques, toujours précieuse au point de vue des services de l'industrie, n'aura guère d'autre but scientifique ou spéculatif que le perfectionnement de la paléontologie, d'où il y a surtout lieu d'attendre^ dans la mesure du possible, l'élucidation des plus grands problèmes de la philosophie naturelle.
Dès les premières années du siècle actuel, les beaux travaux de Cuvier sur la restitution des grandes espèces d'animaux fossiles, détruites par suite ou à la suite des moins anciennes révolutions du globe, avaient attiré l'at-
tention générale sur la paléontologie, lui avaient valu dans le monde lettré et poli celte même faveur qu'obtenaient au siècle précédent les pages solennelles de Buiïon. Le moyen de ne pas s'incliner devant une puissante intelligence à qui un fragment d'os suffit pour retrouver des espèces disparues, grâce à une profonde connaissance des lois de l'organisme et au maniement habile des fils de l'analogie! D'ailleurs ces espèces gigantesques, difformes à notre sens, dont quelques-unes seulement ont survécu comme les témoins d'un autre âge, parlent bien plus à l'imagination que les spires* ou les dentelures dont la description minutieuse sert à distinguer une coquille d'une autre. Cependant l'étude attentive de ces êtres infimes, entassés par millions dans des couches d'une puissante épaisseur, est au fond bien plus propre à manifester des lois générales, si de pareilles lois président à l'apparition et à la disparition des types organiques. Les révolutions sont des accidents fort sujets à tout brouiller : l'ordre reparaît dans les œuvres où la Nature a suivi pas à pas sa marche séculaire.
Que si l'on arrive, avec Elirenberg et ses successeurs, à la paléontologie qu'on peut appeler microscopique et aux degrés les plus infimes de l'organisme, on se trouve en présence de faits primordiaux qui ont, s'il est possible, encore plus d'intérêt pour la philosophie naturelle. Ici l'on ne saurait dire que la roche empâte les dépouilles organiques, ce sont ces dépouilles mêmes, ce sont des milliards de tests calcaires ou de carapaces siliceuses qui constituent la roche. La paléontologie n'est plus seulement l'illustration, mais bien, pour des terrains eniiers que d'innombrables générations d'animalcules ont créés, la base même de la géologie. Il a fallu que des appareils vivants intervinssent pour tamiser, en quelque sorte, parleurs facultés électives des substances chimiques qui n'existent qu'à de faibles
doses dans les eaux qui les dissolvent et qui les amènent des profondeurs à la surface, de manière à accumuler sous forme de dépôts continus, dans les couches superficielles du globe terrestre, des matériaux épars à l'intérieur de la masse. Buffon ne s'était donc trompé qu'à demi, quand il attribuait aux êtres vivants la vertu de produire par transmutation le calcaire que leur organisation réclame et dont le dépôt a produit des bancs et des montagnes. Sans doute les progrès de la chimie ne permettent plus d'admettre une pareille transmutation : la chaux, le calcaire existent chimiquement, indépendamment de toute action vitale, au même titre que leurs analogues chimiques, la magnésie et le magnésium, la strontiane et le strontium, lesquels n'ont point dans l'organisme vivant un rôle analogue. Mais dans ce cas le pouvoir de trier les matériaux opère à la longue ainsi qu'opérerait le pouvoir de changer la nature des matériaux.
Enfin, quoique les débris des plantes ne se prêtent pas à la conservation comme les dépouilles calcaires ou siliceuses provenant du règne animal, la paléontologie végétale a fait, dans le cours du siècle actuel, d'assez importantes acquisitions pour devenir jusqu'à un certain point la contre-partie de la zoologie fossile. Aussi bien convenait-il que, dans un temps où l'homme exploite avec tant d'ardeur, pour les besoins de son industrie, les restes de l'antique végétation du globe destinés à trop promptement disparaître, il ne négligeât pas le parti qu'on en peut tirer pour l'histoire de la Nature et pour la théorie des opérations naturelles.
— Lorsque l'on embrasse, dans une vue d'ensemble, les travaux scientifiques du dix-neuxième siècle, rien n'est plus digne d'attention que la distinction toujours mieux marquée, par suite des progrès de la science, entre les deux mondes organique et inorganique; tandis que
d'autre part les progrès de la science tendent constamment à manifester des analogies, à multiplier les connexions, à combler des lacunes, soit que l'on considère séparément le monde organique ou le monde inorganique. Ce que Ton pouvait rêver encore au siècle dernier n'est plus de mise aujourd'hui : il faut désespérer d'amener jamais les physiologistes, les médecins, les naturahstes à se soumettre aux chimistes, aux physiciens, aux mécaniciens, aux (Géomètres; il faut se résoudre à accepter le contraste de la vie et des forces du monde inorganique, avec toutes ses conséquences.
Pour les hommes des premiers âges la vie est un air, un souffle, ce que nous appellerions aujourd'hui, en termes plus prétentieux, un gaz en mouvement. Avec un degré de raffinement de plus, la vie devient une flamme éthérée, un feu intérieur, un fluide quelconque dont la subtilité dépasse infiniment celles des îluides tangibles ou coercibles. Les philosophes, les médecins le désignaient par des noms divers. Au dix-septième siècle surtout, il il était perpétuellement question d'esprits animaux dans la conversation et dans les livres. Dès que, par suite des découvertes du siècle suivant, les termes de tluide électrique et de tluide magnétique se furent introduits dans la langue des physiciens, il était naturel qu'on les employât à masquer notre ignorance des mystères de la vie. Tous les adeptes de doctrines occultes, tous les entrepreneurs de charlatanisme pouvaient se rencontrer sur ce terrain avec les disciples de la science orthodoxe. La physiologie et la physique semblaient être à la veille de s'unir ou même de se confondre, grâce à ces agents intermédiaires, d'une subtilité et d'une prestesse merveilleuses, capables d'agir sur les corps, quoique différant si fort de ce que nous appelons la matière. La médecine tirait parti des secousses ou des courants électri-
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ques ; l'appareil nerveux devenait un réactif à l'usage des physiciens pour étudier les plus faibles dégagements d'électricité, et ce qui avait été primitivement pour Galvani un objet de recherches physiologiques, conduisait Volta à la construction de sa pile et à toutes les découvertes physiques et chimiques qui en ont été la suite. Cependant, qu'est-il arrivé en déûnitive ? Que la distinction entre les phénomènes vitaux et ceux du monde inorganique ne s'est nullement effacée. Ni la batterie de Leyde, ni la pile de Volta, ni l'appareil de Piumkorf ne nous aident le moins du monde à expliquer par le jeu seul des forces et des agents physiques les premiers rudiments de l'organisme, les plus infimes productions de la vie. Partout ailleurs dans les sciences, des nuances intermédiaires tendent à combler les intervalles ; ici le passage est décidément brusque. L'être vivant a en lui ce qu'il faut pour trier et s'approprier les matériaux que lui fournit le monde extérieur, pour diriger et utiliser à son profit les forces physiques,, l'électricité aussi bien que les autres : à condition, bien entendu, de se soumettre aux lois de la mécanique, de la jihysique ou de la chimie, comme à autant de données ou de conditions fondamentales, selon qu'il -s'agit d'opérations mécaniques, physiques ou chimiques. Mais, ce qui donne à l'être vivant la faculté de triage, d'appropriation et de direction, ce qui produit l'harmonie des fonctions et des organes, doit être cherché ailleurs que dans la composition des matériaux ou dans la vertu des agents physiques ; ou plutôt il faut renoncer à poursuivre ce que nous ne pouvons atteindre, et nous contenter de savoir pourquoi nous ne pouvons l'atteindre. Toutes les fois qu'on a méconnu cette règle de la raison à propos de l'électricité et du magnétisme, on est sorti des voies scientifiques, on est tombé dans les illusions du mysticisme ou dans les filets du charlatanisme.
Sans doute, selon la rigueur du sens logique, les atomes sont toujours des atomes et les mouvements toujours des mouvements, de quelque ténuité qu'on doue les atomes, de quelque agilité qu'on doue les mouvements ; et ce n'est pas en subtilisant ou en raflinant les conceptions d'atome et de mouvement qu'on en tirera l'explication qu'elles ne peuvent fournir sous une forme plus grossière. Cependant il faut convenir que l'imagination se plaît dans ce raftinenient des essences qui semble reculer indéfiniment les dif' licultés, et lui offrir comme un terrain vague où elle échappe aux poursuites de la raison. L'hypothèse des fluides impondérables, lorsqu'elle régnait chez les physiciens à peu près sans contestation, répondait bien à ce besoin de l'imagination. Il faut dire tout le contraire à propos des théories qui tendent à prévaloir dans la physique moderne. Sila chaleur, l'électricité sont |X)ur le physicien les équivalents rigoureux de telle quantité de force mécanique, il y a moins de motifs que jamais d'admettre, à la faveur d'agents spéciaux propres à produire de l'électricité ou de la chaleur, telle explication des phénomènes vitaux que l'on rejeterait d'emblée comme brutale, si l'on n'y faisait figurer qu'une dépense de force mécanique. Et l'on ne réussirait pas mieux à les exphquer par une dépense de force chimique, si la production de force chimique équivaut à une dépense de chaleur ou d'électricité, et par suite à une dépense de force mécanique. Il faut donc que tout ce qui tend à étabhr le grand principe de la conversion des forces physiques les unes dans les autres, tende implicitement à oreuser la distinction entre le monde organique et le monde inorganique.
— Qu'est-ce que l'inertie du corps inorganique et privé de vie, sinon sa parfaite docilité aux actions extérieures, qui fait qu'il est modifié de la même manière quand toutes les circonstances extérieures sont les mêmes, sans que des
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effets ultérieurs et un but final entrent pour rien dans la détermination de l'effet actuel. Que la vie apparaisse, et les choses vont se passer tout autrement. La pression du milieu, les causes externes provoquent l'énergie vitale : mais le principe vraiment actif et opérateur réside dans l'être vivant lui-même; et cette activité a visiblement un but, une fm, à savoir l'admirable agencement de l'organisme pour le jeu des fonctions vitales,' pour la reproduction d'un type, pour la conservation des individus et des espèces, parcourant un cycle de métamorphoses ou de phases déterminées. Dans l'ordre purement physique chaque cause agit ou tend à agir com.me si elle opérait seule, et le concert résultant des réactions mutuelles ne peut s'établir qu'après coup, à la longue, quand les circonstances initiales s'y prêtent, ainsi que l'astronomie en offre un remarquable exemple dans la libration de la lune et dans d'autres phénomènes analogues. Chez les êtres vivants, l'énergie vitale est un principe interne d'unité, d'ordre, d'harmonie, sans cesse en lutte avec les causes externes de compUcations,de perturbations et de désordre. Pour expliquer les phénomènes physiques, tout en sauvant le principe de l'inertie de la matière, le physicien admet l'existence de forces perpétuellement adhéirentes à des molécules ou atomes inertes par eux-mêmes, lesquelles forces sont capables d'agir sur d'autres molécules. Que ce soit là une pure hypothèse que la constitution de notre entendement nous suggère, les choses se passent comme si la Nature l'avait ratitiée. Le raisonnement et le calcul peuvent suivre dans leurs combinaisons ces forces réputées foncièrement indépendantes les unes des autres, auxquelles nous attribuons des actions physiques qui se trouvent être en effet indépendantes les unes des autres. La loi de la pesanteur ne change pas, que le corps pesant soit chaud ou froid, lumineux ou obscur, électrisé ou non.
pES SCIENCES Naturelles au xix» siècle. 157 aimanté ou non, libre ou en combinaison chimique avec un autre corps. Nous ne ferons donc aucune violence à lobservation, bien au contraire nous la représenterons fidèlement, en considérant la pesanteur comme une force qui subsiste indépendamment des autres, et dont les effets toujours subsistants, même lorsqu'ils nous sont masqués, se combinent avec ceux qu'opèrent de leur côté les forces capables de produire la chaleur, la lumière, l'électricité, les combinaisons chimiques.
On n'en saurait dire autant des forces spéciales d'irritabilité, de tonicité, etc., que le physiologiste imagine parfois,, à l'instar du physicien ou du chimiste, pour relier certains faits tant bien que mal, de manière à composer des lambeaux de science plutôt qu'une science. De telles forces ne sont que des mots, flalus vocis, de vaines entités, destinées seulement à figurer dans les livres didactiques ou dans les thèses, pour y déguiser l'ignorance des candidats et des docteurs : au lieu que tous les hommes ont le sentiment de ce principe de vie qui pénètre tous les organismes, qui les crée, qui les modifie et les reproduit sans cesse, qui sait tirer parti de toutes les ressources que présente le monde inorganique, tout en luttant contre les forces auxquelles le mondô inorganique obéit. Partout le principe de vie opère instinctivement, c'est-à-dire (autant que nous en pouvons juger) sans conscience du but poursuivi, des merveilles qui surpassent infiniment notre science et notre industrie. Toujours il se conforme à certaines lois générales qui doivent découler de son incompréhensible essence. Soit que la vie se localise dans des appareils subordonnés, soit qu'elle se concentre dans le tout complet et indépendant qu'on ne doit plus nommer le corps, mais I'ètre organisé, soit qu'elle se propage en détachant un être de l'autre, soit qu'elle les greffe les uns sur les autres pour en former des êtres composés, on la voit procéder de la même manière.
Il s'agit constamment d'un germe qui se développe, qui se perfectionne en se compliquant, par suite d'une attribution plus spéciale de fonctions à chaque organe dont la structure acquiert à cette fin un but plus précis, et dès lors un perfectionnement dans un sens raieuK déterminé. A mesure que la vie se prolonge, l'énergie du principe vital s'affaiblit, de manière à faire passer l'être ou l'appareil doué de vie par les âges de l'enfance, de la jeunesse, de la maturité et de la vieillesse, jusqu'à ce que, la vie l'abandonnant tout à fait, les matériaux de l'organisme, dissous et dispersés, rentrent dans la circulation générale et sous l'empire exclusif des lois du monde physique.
— De là un contraste remarquable entre les sciences physiques et celles qui s'occupent des êtres vivants. Car dans celles-là la précision scientifique appartient surtout aux lois fondamentales, aux faits qui ont le plus de généralité^ aux données premières, et elle s'efface ou se dissimule à mesure que les combinaisons se compliquent, de manière à échapper à la puissance du calcul et à ne plus offrir à l'observation que des lois dérivées et des faits de détails. Au contraire, dans les sciences qui traitent des êtres vivants, ce qui sort de fondement à la caractéristique, à la classification, et partant à la précision scientifique, tient le plus souvent aux détails secondaires de l'organisation, sans qu'on puisse mettre la même précision, une rigueur aussi formelle, dans la démonstration des analogies, des ressemblances qui pourtant témoignent de traits plus généraux et plus fondamentaux dans le plan de la création organique. Aussi la connaissance scientifique des organismes simplifiés, rudimentaires ou abaissés, comme s'expriment les naturalistes, est-elle d'ordinaire moins avancée que celle des organismes plus compliqués et parvenus, par ce surcroît même de complication et par la spécialité des fonctions qui en est la suite, à un degré
d'organisation qu'on est fondé à réputer supérieur. Tout se confond dans le germe, tout se débrouille et se distingue dans l'être parvenu à son entier développement; et pourtant c'est dans le germe que se trouvent le principe et la raison de tous les développements ultérieurs.
— Qu'il s'agisse de l'organisme le plus rudimentaire ou le plus perfectionné, des manifestations de la vie les plus obscures ou les plus éclatantes, il nous est également impossible d'admettre que le principe de vie, que l'énergie vitale adhère à telle particule matérielle déterminée, qu'elle ait pour siège déterminé et exclusif telle région petite ou granile de l'organisme. Le principe de vie, de centralisation, d'unité, de coordination organique, de fmalitc instinctive, est présent partout, agit partout et n'adhère à rien, n'élit domicile nulle part. Les matériaux de l'organisme se renouvellent sans cesse ; la vie les saisit, les imprègne, les utilise, puis les abandonne ou les rejette. Laissons cette feuille à son développement naturel : elle se flétrira quand la saison sera venue et il n'en restera bientôt que quelques atomes de poussière. Prenons-en un fragment et greiïons-le avec soin : ce fragment, ce paquet de quelques cellules végétales va reproduire l'arbre entier avec toute la diversité de ses organes-, avec tous ses caractères d'espèce et de race, avec toutes ses variétés purement individuelles. Où loger l'ame, Veniéîéchie qui opère tout cela; et en imaginera-t-on autant qu'il y a de feuilles dans l'arbre -ou de cellules microscopiques dans la feuille, sauf à les laisser par milliards latentes et inactives, ou même toutes inactives, en attendant que l'homme eût inventé la greffe? Est-il plus facile de loger quelque part la force capable d'organiser un embryon et de lui transmettre, pour les phases diverses d'une longue existence, jusqu'aux plus délicates nuances des qualités et des défauts des ancêtres? Encore resterait-il à tenir compte de l'étrange phénomène
de Vatavisme et à expliquer comment le caractère d'un ancêtre reparaît, après s'être effacé dans les générations intermédiaires. Tout cela est aussi inexplicable par le psychisme que par Yatomismc, par des forces adhérentes à des atomes ou passant d'un atome à l'autre, que par des configurations ou des groupements d'atomes. Et comme nous ne pouvons imaginer autre chose, il faut reconnaître qu'il y a là un mystère insondable ; qu'il manque à l'entendement humain une clef pour déchiffrer cette énigme : ce qui heureusement ne nous emipêche pas de saisir une bonne partie des analogies naturelles et d'entrevoir le plan général.
— Le vitalisme consiste précisément à faire ressortir les analogies que présentent, dans leur étonnante variété, toutes les manifestations de la vie, à prendrez ces analogies pour iil conducteur, sans prétention aucune à pénétrer l'essence de la vie. Il n'a rien de commun ni avec ce qu'on appelle matérialisme, ni avec ce qu'on appelle sensualisme] bien au contraire, car il étabht contre les matérialistes : le contraste profond des lois de la vie et des lois de la matière; et contre les sensualistes que la sensation, bien loin d'être un principe d'explication universelle, n'est que l'une des manifestations de la vie, entre beaucoup d'autres.
Aussi ne tarderons-nous pas à voir que le vitahsme \ contient le vrai principe • rénovateur de la philosophie du dix-neuvième siècle. En effet, au-dessus de la vie animale, et à plus forte raison au-dessus de la vie organique , commune à toutes les catégories d'êtres vivants il y a pour l'homme la vie intellectuelle, ses actes, ses produits. La psychologie a ses racines et ses points d'insertion dans la physiologie. Les négliger ou n'en tirer que médiocrement compte, comme le font ou Font ^fait tant de psychologues, ce serait se créer une psychologie fantastique. D'un autre côté, ce n'est pas en
poursuivant dans rinfmiment petit les expériences, les injections, les dissections, les vi\isections de l'anatomie et de la physiologie technique, ce n'est pas en isolant des fibres nerveuses, en circonscrivant des ganglions et des protubérances cérébrales, que Ton procurera à la psychologie le nouveau flambeau qu'elle réclame. Les essais faits dans ce siècle, par Gall et par d'autres, le prouvent suffisamment. Il faut remonter plus haut; il faut songer que la psychologie étudie aussi, à son point de vue, des manifestations de la vie, et chercher dans les conditions fondamentales (Je la vie le principe des Vraies analogies qui doivent renouer le fil de l'induction là où de vieux préjugés d'école l'avaient rompu. En ce sens il s'agit d'une réforme assez semblable à celle que nous voyons s'opérer dans les sciences physiques, depuis qu'elles remontent à ce principe supérieur de la conservation des forces dans leurs transformations ; principe d'où l'on peut encore tirer des conséquences rigoureuses, utiles dans leur généralité, alors que l'on se perdrait dans la complication des calculs, si l'on voulait arriver aux détails par la combinaison des lois ou des formules particulières, qui s'y appliquent plus immédiatement.
Dans la psychologie, telle que des contemporains l'ont comprise, figurent à la vérité des doctrines marquées au coin d'une fixité, d'une rigidité absolue ou, comme ils disent, inconditionnée ^ ce qui ne s'accorde guère avec le caractère le plus général des manifestations de la vie : aussi ces doctrines abstraites, ces théories rationnelles sont-elles mieux placées en logique qu'en psychologie.
Non-seulement l'homme pris individuellement, mais encore les sociétés humaines sont des organismes que la vie façonne, que la vie entretient, que la vie pénètre^ et dont les fonctions ou, si l'on veut, dont la physiologie ne sera bien comprise qu'autant qu'on les rattachera ii
cette physiologie supérieure, commune à l'animal et à la plante, à l'homme individuel et aux sociétés humaines. Sans doute la physiologie des sociétés humaines, pour les fonctions les plus relevées comme pour les plus grossières, doit différer beaucoup de celle de l'homme pris individuellement, mais non pas plus que la physiologie du chêne ne diffère de celle de l'éléphant. Dans un cas comme dans l'autre il est pareillement vrai de dire que les fonctions analogues s'abaissent, soit que l'on passe de l'éléphant au chêne, soit que l'on passe de l'homme individuel aux sociétés humaines. Nous examinerons plus loin comment le vitalisme compris de la sorte a, dans le cours même du siècle actuel, sans que d'ordinaire on s'en rendît un compte bien net, plus ou moins prévalu dans l'étude scientifique de tous les phénomènes qui tiennent à l'organisation et à la vie des sociétés .
— Il en coûte tant de renoncer à une explication universelle, que de tout temps et par tous les détours on a du essayer de ramener la physiologie à la physique, en attribuant les harmonies du monde organique, comme celles du monde physique, à l'épuisement des combinaisons fortuites dans l'immensité des temps et à l'ajustement final, par voie de réactions mulueiles, des combinaisons singulières auxquelles le hasard avait donné • un commencement d'accord. Les autres disparaissent sans laisser de traces. Voilà ce que disaient, il y a vingt siècles, les anciens atomistes, et ce qu'il faut répéter en variant les thèmes, en rajeunissant les termes, chaque fois que ce vieil atomisme ressuscite. Nousavonsdéjà (livre III, chap. I) dit quelque chose de ce fameux argument qui a l'apparence d'un raisonnement mathématique et qui en effet pèche contre la vraie notion de l'infini mathématique. Admettons, et certes ce n'est pas se montrer trop exigeant, que, pour commencer à rendre probable l'aj'-
rangement fortuit de cellules et de libres, d'où résulte à la longue l'admirable structure de l'œil, parce que l'œil qui commence à voir cherche à mieux voir, il faille disposer d'un temps immense, tel par exemple que celui qui a dû s'écouler avant que, par les seules réactions de la mécanique, le mouvement de rotation de la lune devînt synchrone à son moyen mouvement de circulation autour de la terre : ce sera là ce qu'on peut appeler, en langage de géomètre, la demande d'un infmi de premier ordre. L'oreille en demandera autant apparemment : mais le hasard ne fera pas cadrer l'apparition de l'œil avec l'apparition de l'oreille, à moins qu'on ne dispose d'un infmi du second ordre, c'est-à-dire d'un temps en comparaison duquel celui dont il était question tout à l'heure ne mérite pas d'être compté. Ce sera comme lorsque l'on passe des distances qui séparent les corps de notre système planétaire, et qui déjà effraient l'imagination, aux distances des étoiles fixes, distances vis-à-vis desquelles notre système planétaire tout entier ne figure plus que comme un atome de dimension insensible. Pour rendre raison de l'association fortuite d'un troisième appareil organique, plus indispensable encore à la conservation de l'individu ou de l'espèce, il faudrait passer à des infinis de troisième ordre, et ainsi de suite. Mais, telle est la complexité de l'organisme, telles les relations des espèces les unes avec les autres, telle la multitude des rapports harmoniques qu'il faudrait attribuer à des rencontres fortuites, qu'aucun ordre d'intinis mathématiques n'y sam^ait suffire.
Force est donc de laisser là ces subtilités avec lesquelles l'esprit humain a pu et dû jouer à d'autres époques, et de se rejeter pour expliquer, sinon les harmonies fondamentales du type, du moins beaucoup de convenances entre la nature des fonctions et l'agencement des organes, sur les modifications lentes et continues que l'orga-
nisiiie subit par suite de l'iniluence prolongée des milieux ambiants et des habitudes acquises. Pour faire une juste part aux applications de ce principe, dont la valeur est incontestable, il faut soigneusement distinguer entre ce qui est un progrès, un perfectionnement d'organisme, un surcroît d'organisation, et ce qui n'est que l'extension, l'ampliation, le déploiement d'une trame organique déjà dessinée, ou au rebours la soudure, le raccourcissement, l'atrophie de quelques parties de la trame organique, et par suite la régression vers un organisme inférieur. Si une pièce de l'organisme grandit, se fortifie par l'abondance de nourriture ou par l'exercice, si au rebours elle s'amoindrit ou même se détruit faute d'exercice ou d'alimentation suffisante^ comme l'œil de la taupe ou celui des poissons qui vivent dans les cavernes obscures de la Carniole, l'explication va de soi : elle est aussi claire pour nous que peut l'être celle d'un phénomène de l'ordre physique. Au contraire, quand on passe des yeux à facettes de l'insecte à l'œil des animaux supérieurs, il s'agit d'autre chose que d'une simple ampliation, ou réduction de pièces, il s'agit d'un surcroît de complication, d'artifice et de perfectionnement organique. Ni l'action d'un miheu, ni les habitudes acquises, ni les iransmissions héréditaires ne sauraient fournir alors des explications valables.
Autre exemple. On sait les analogies de composition et de tissu entre les écailles des poissons et des reptiles, les poils du mammifère, les plumes de l'oiseau. Que si les poils du mammifère s'aglutinent pour former des écailles, des piquants, des cornes, des sabots, de manière à lui rendre certains services et à lui en refuser d'autres que son «•enre de vie et le milieu où il vit lui rendent moins nécessaires, il y a là une régression, un abaissement d'organisme, au moins partiel ou local, et qui comporte des explications physiques ou, si l'on veut, physiologiques,
mais du genre de celles qui ne contrastent pas absolument avec les explications physiques, par la manière dont elles impliquent raction mystérieuse de la vie. On en peut à la rigueur dire autant du perfectionnement qui, dans le même genre ou dans la même espèce, procure une meilleure protection contre le froid aux espèces ou aux races qui habitent les contrées froides. Que si l'on passe au contraire du pelage du mammifère, même le plus richement ou le plus douillettement vêtu, au plumage du faisan doré ou du colibri, les explications tirées de cette physiologie de plain-pied ne valent pas plus que les explications purement physiques : la broderie exige autant d'industrie que la trame ; le perfectionnement après coup serait aussi merveilleux que la première création.
— Ce sont là sans doute des remarques bien générales ; mais, en ces matières surtout, peut-on attendre de nous autre chose que des généralités? Ainsi nous nous contenterons de citer en courant, comme l'un des titres de gloire du dixvième siècle, la création d'une science toute nouvelle, V embryogénie f qui a pour annexe une science nouvelle aussi, la tératologie^ sorte d'embryogénie anomale ou pathologique. Sans prétendre pénétrer l'impénétrale mystère de la génération, l'embryogénie fait évanouir les romans par lesquels, jusqu'à notre temps, on avait voulu suppléer aune histoire entièrement ignorée. Il ne s'agit plus de chercher dans les propriétés des agents physiques, ni même dans ce que nous connaissons des fonctions habituelles de l'être vivant, rien qui puisse aider à concevoir l'excitation nouvelle et soudaine donnée au principe de vie lors de la fécondation de l'ovule par le concours des sexes; ni pourquoi la Nature a jugé bon de faire d'un artifice si singulier la règle commune pour la reproduction des êtres vivants des deux règnes, quoiqu'elle eût pu s'en passer, puisque de fait elle s'en passe dans certa,ins
cas exceptionnels. Sur cette donnée primitive de la génération sexuelle, la science n'a nulle prise : mais, en nous faisant assister à l'ébauche des premiers linéaments de l'organisme, à la formation des premières trames vivantes, par une vraie synthèse organique qui a reçu le nom à'épigénie, et non par simple ampliation de parties, elle met à néant la vieille hypothèse de l'emboîtement des germes, la dernière ressource de ceux qui ne veulent pas voir que dans l'être ou dans l'appareil vivant, la force organisatrice^ le principe de l'unité organique est présent partout sans résider nulle part. En notant les premières évolutions de l'être organisé et les points où le travail d'évolution s'arrête dans des conditions normales ou anomales, l'embryogénie ne découvre pas, mais indique comme à travers un voile la cause de toutes les métamorphoses, de toutes les formes transitoires que comporte le même type spérilique. Elle ne donne pas, mais elle fait pressentir l'explication de toutes les ressemblances et de tous les contrastes que nous offrent les types spécifiques dans leur inépuisable variété, dans leur coordination systématique et dans leur association sur le globe ou dans leur apparition successive aux diverses époques géologiques.
Aussi, à côté de la paléontologie, sont venues se ranger les sciences qui traitent de la distribution géographique des types de plantes et d'animaux, ce que l'on nomme aujourd'hui la géographie botanique et la géographie zoologique. Avant le dix-neuvième siècle, toutes les notions sur l'habitation et la patrie des espèces, fournies par les voyageurs et les collectionneurs, ne figuraient chez les naturalistes nomenclateurs, chez ceux qui prétendaient au titre de savants, que comme appendice de la description systém.atique des caractères : et au contraire il y a lieu de croire que dorénavant, plus on avancera, plus les vrais naturalistes, reprenant en cela les vues de Buffon, mon-
treront de penchant à traiter géographiquement et historiquement l'histoire naturelle, à laisser aux herbiers et aux cabinets Tarrangement systématique ou théorique, à insister sur ce qui constitue, dans le propre sens du mot, l'histoire de l'espèce. Car incontestablement chaque espèce, comme chaque peuple, a sa patrie d'origine, ses extensions et ses resserrements de frontières, ses migrations, ses colonies : et l'histoire d'une seule espèce vulgaire, si l'on parvenait à la restituer sans lacunes, aurait plus de prix aux yeux du philosophe que la découverte et la description méthodique de dix mille espèces nouvelles, soigneusement étiquetées. Sans doute par-delà cette histoire, supposée complète, il y aurait encore une genèse que l'histoire n'atteint pas, de même que Tembryogénie n'atteint pas le fait primitif de la fécondation. Vers la solution de ces questions d'origine, comme vers un but suprême que l'on poursuit sans cesse et qu'on n'atteint jamais, convergent tous les pas faits en embryogénie, en anatomie comparée, toutes les conclusions tirées de l'étude de la distribution des espèces actuelles, et du gisement ou de la distribution chronologique des espèces éteintes. Si le problême ne comporte pas de solution scientifique, il se pose en termes plus nets à mesure que la science avance; et les progrès de la science ont au moins ce résultat, de l'éduire le nombre des solutions admissibles. Voyons donc sous quel aspect, dans l'état présent des sciences et de la philosophie naturelle, comparait devant nous ce grand problême que ne peut écarter l'esprit humain, quelque indifférence, quelque parti pris ou quelque neutralité qu'il affecte.