‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 71 sur 78 · DE L HISTOIRE POLITIQUE DE LA RÉVOLLTION · texte numérisé non relu

DE L HISTOIRE POLITIQUE DE LA RÉVOLLTION

ceux que lui fournissent l'audace et la ruse, de manière qu'aux victoii'es brillantes et pour le moment décisives succèdent les combats meurtriers, douteux, inefficaces, et que finalement il succombe sous létreinte de l'Europe, ici trompée sans ménagement, là provoquée à outrance.

— Dès le début de son règne, on a dit que (c Bonaparte était la Révolution faite homme 5), quoiqu'on ne fût pas encore à même- de sentir toute la justesse de cette définition. En effet, s'il procurait aux hommes de la Révolution des sûretés, des richesses, des honneurs, des titres qui prêtaient tant à la satire contemporaine, ce point capital pour eux ne touchait guère la France et ne mérite pas d'attirer l'attention de la postérité. Quant aux idées de la Révolution, on se tromperait fort en jugeant qu'à aucune phase de son pouvoir, il a entendu les soutenir. 11 voulait faire la part des idées du siècle, ce qui est bien différent; et même, après avoir fait d'abord cette part avec une grande habileté, en la purgeant soigneusement de tout alliage révolutionnaire, en ne faisant de concession à la Révolution que sur le chapitre des intérêts, non sur celui des idées, il n'a pas tardé à aller à l'encontre des idées du siècle, dès qu'il s'est cru assez fort (et c'est là son erreur ou sa faute capitale) pour maîtriser le siècle aussi bien que la Révolution. D'ailleurs, en parlant des idées du siècle, nous entendons ici les idées du dix-huitième siècle; puisqu'il est trop évideni qu'avec son intelligence supérieure, Napoléon n'a rien pressenti du grand mouvement d'idées dans lequel le dix- neuvième siècle allait entrer après lui et serait entré plus tôt sans lui (1).

(I) Même à Sainte-Hélène, même à propos de la politique où il s'était montré si habile, le don de Voyant lui a éfé refusé; témoin la prophétie qui a défrayé si longtemps la presse et la tribune : « Dans cinquante ans 1 Europe sera cosaque ou république. » Les cinquante ans sont écoulés ei l'Europe n'est ni république, ni cosaque; elle esl prussienne

Mais il n'y en avait pas moins entre la Révolution fran-, çaise et son héritier cet accord fondamental, que l'une et l'autre prétendaient reconstituer de toutes pièces la France et l'Europe, sans être arrêtés par aucun scrupule, par aucun obstacle, par aucun droit préexistant, sans admettre de limites ni de restrictions à leur propre souveraineté. De là des conformités dans le but et dans les procédés, qui l'emportent sur la divergence des principes et des théories, surtout lorsque l'on a plus égard à ce qui intéresse l'ensemble du système européen qu'à ce qui intéresse en particulier le régime intérieur de la France. 11 est clair que, dans une histoire générale de l'Europe, tout le quart de siècle qui commence en 1789 pour finir en 1814, appartient à la même époque historique.

— Une révolution faite au nom des droits de l'homme et qui menaçait d'une éversion radicale les institutions religieuses et politiques de toutes les nations européennes, ne pouvait manquer d'amener la guerre avec l'Europe. Si les chances de la guerre lui étaient contraires, la marche régulière du phénomène était arrêtée, on entrait dans une série de réactions comme on en a vu plus tard en Espagne et à Naples ; et il serait vain de pousser plus loin la discussion de l'hypothèse. Si au contraire, la coalition était lente à se former, si les divergences d'intérêts, les jalousies, les méfiances, les hésitations donnaient aux armées révolutionnaires le temps de se discipliner et de s'aguerrir, un soldat de fortune devait se saisir du pouvoir, sous un nom ou sous un autre, à moins que, dans la médiocrité de son ambition, il ne préférât traiter avec la famille détrônée. Ni l'un ni l'autre rôle n'exigeait précisément des ta-

et travaillée par le socialisme, ce qui est bien différent. Dans un champ de vision plus rétréci, un personnage bien ordinaire avait visé plus juste. Voir la note de la page 387 de notre premier volume.

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leiits extraordinaires ; on a vu plus tard les révolutions de l'Espagne et de rAraérique espagnole multiplier indéfiniment les exemplaires du t^^e . Mais, qu'un génie prodigieux se soit trouvé tout exprès pour remplii' le rôle de dictatem' militaire avec un éclat, une grandeur^ une audace, un succès théâtral qui semblent appartenir à un autre âge du monde, c'est là un hasard vraiment merveilleux ou un décret providentiel que nulle sagesse humaine n'eût pu prévoir, qui n'est entré et qui ne devait entrer dans aucun calcul.

Cependant, voyez quelle est la puissance, non plus d'une constitution écrite, mais d'un seul mot. Que ce dictateur, que ce protecteur, que ce monarque populau'e, plus fort à certains égards que ne le fut Louis XIV, n'ait pas l'orgueil ou la vanité d'être roi, et par cela seul son ambition est contenue dans des bornes qui font que son génie peut suffire à son ambition. La France se sent encore libre en ce sens que l'obéissance à la magistrature suprême n'implique pas l'idée d'une sujétion à la personne même du magistrat, et que le magistrat sous la toge reste citoyen comme le guerrier sous les armes. Alors plus d'oripSaux de théâtre, plus de royautés de famille (1), plus d'empire d'Occident, plus de conquêtes sans mesure, attendu que la France ne peut pas comme un empire s'agrandir sans cesse. Bien des fautes sans doute peuvent encore être commises, mais les fautes capitales, celles qui ont effectivement perdu le grand dictateur, sont nécessairement évitées. Entre la royauté ou la souveraineté princière et la dictature ou la monarchie civique il y a donc une différence vraiment caractéristique, qui ne tient pas à un mot, comme nous le disions

(i) Dont les membres de la famille ne se contentaient pas toujours. « Croiriez-vous bien, disait le républicain Lucien au maréchal Gouvion- Saint-Cyr de qui je le tiens, croiriez-vous bien qu'il a eu le fronl de m'offrir le duché de Parme, c'est-à-dire une ferme I »

tout à l'heure, ni à une vaine étiquette, mais à une chaîne de traditions, à un ordre d'idées dont le mot et l'étiquette ne sont que les signes. En acceptant si facilement l'étiquette impériale, la France de 1804 a montré que quinze ans de révolutions lui avaient fait perdre le culte de la royauté, sans lui donner les mœurs républicaines. Par sa docilité dans cette conjoncture décisive, elle a abandonné les garanties que lui donnait effectivement un pouvoir fort, quoique viager, pour la vaine sécurité que semblait lui promettre la création sur le papier d'une institution perpétuelle. Elle s'est rapprochée en apparence du reste de l'Europe, faute de pouvoir ou de vouloir faire les efforts nécessaires pour maintenir avec dignité sa situation exceptionnelle, et pour fonder sur cette exception même son hégémonie ou son ascendant politique sur l'Europe continentale.

Chateaubriand a dit dans un pamphlet célèbre, à cause des circonstances où il a paru, qu'un Français n'aurait pas osé s'asseoir sur le trône de Louis XVI. Oui, en ce sens qu'il était contre toutes les analogies qu'un Français de race pût être un Bonaparte. Que l'on relise attentivement l'histoire de France, et parmi tant de Français célèbres dans les armes ou dans la politique, on ne trouvera pas une figure qui ressemble, même de fort loin, à celui que l'on a appelé et qui s'est appelé l'homme du Destin. Que Ton rehse au contraire l'histoire de l'Italie avant son complet asservissement, et des Bonapartes à l'état d'ébauche, sur d'aussi petits théâtres que le théâtre du vrai Bonaparte était vaste, ne manqueront pas de frapper l'attention. On ne saurait méconnaître le type italien dans celui que son rôle a conduit à vouloir si énergiquement la grandeur de la France, dont l'inteUigence a si vite saisi toutes les qualités de l'esprit français et si bien compris tout ce qu'on en pouvait tirer. Peut-être la prophétie de Rousseau sur la

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Corse, tant citée depuis l'événement, n'était-elle qu'un compliment en réponse à un autre : en tout cas la Corse ne figurerait ici qu'à titre de province italienne, préservée par sa situation de l'amollissement où depuis trois siècles était tombée l'Italie continentale. Malgré ses prédilections de jeunesse pour le faux Ossian, malgré le style oriental qu'il affecte en Orient et le prétendu regret d'avoir manqué en Orient sa fortune, Bonaparte est bien un Italien, un Latin qui veut faire de la politique à la romaine, en s'aidant au besoin des commentaires du grand Florentin ; dont en ce sens la politique est classique jusqu'à l'anachronisme, et à qui les doctrines germaniques, anglaises^ américaines ne conviennent pas plus que la métaphysique des idéologues français et que les maximes parlementaires, selon l'ancienne ou selon la moderne acception du mot. Aussi bien^ s'il eût été homme à épouser le moderne idéal du héros citoyen, il ne serait pas devenu le demi-dieu d'une légende populaire. Parce qu'il n'a pas mis à son ambition les bornes qu'indiquait le plus simple bon sens, son empire d'Occident a croulé avant que d'être achevé ; mais aussi, grâce à l'amour des hommes pour le merveilleux, l'empire napoléonien a pu être évoqué du tombeau, après un temps plus long que celui qui avait suffi pour effacer presque de la mémoire du commun des hommes le souvenir de la royauté capétienne. L'éclat de la chute de Napoléon, ce rôle titanesque de Prornéthée enchaîné sur un rocher, ont effectivement plus contribué à sa renommée légendaire que les pompes théâtrales de son règne et que le succès de ses plus habiles manœuvres.

— Reconnaissons donc que si la marche régulière du siècle s'est vu compliquer et troubler par ce grand accident qu'on nomme la Révolution française, de même le cours naturel et régulier de la Révolution française s'est trouvé de bonne heure, et pour toute la suite de ses phases, com-

pliqué et troublé par un autre incident bien plus fortuit, qui consiste dans l'apparition de cet homme extraordinaire, capable de pousser l'audace jusqu'à vouloir maîtriser la Révolution et le siècle. Ici nous avons en quelque sorte affaire à la trajectoire d'une planète pour laquelle la force perturbatrice ne le cède pas en intensité à la force principale. Et quand nous employons cette expression de « force perturbatrice d, ce n'est point que nous voulions donner à entendre que la force intervenante est toujours une cause de désordre social : bien au contraire (car ceci est un livre et nullement un pamphlet), nous reconnaissons volontiers qu'elle a habituellement les apparences et parfois la réalité d'une intervention salutaire, pour le rétablissement du bon ordre. Le mot de « perturbation ^ n'est pris ici par nous que dans le sens d'une analyse purement logique, et au point de vue de la subordination des hasards et des incidents historiques les uns aux autres.

Renouez immédiatement 1799 à 1814, n'importe par quelle hypothèse, pourvu qu'elle n'implique rien d'extraordinaire dans les hommes ou dans les caprices du hasard ; supprimez le court épisode des (( Cent-jours i>, si essentiellement perturbateur à tous les points de vue , et vous serez frappé de la régularité avec laquelle se développe ce qu'on peut appeler l'intrigue révolutionnaire. A la grande crise révolutionnaire succède une réaction, puis des essais avortés de reconstruction du pouvoir sous les formes répubhcaines, puis la Restauration qu'un tel avortement devait infailliblement amener, d'une manière ou de l'autre. Dès lors l'intrigue devient double, puisque par supposition nous écartons ce qui a amené en fait une triple intrigue. D'une part la guerre recommence entre la Révolution pour un moment vaincue et la dynastie restaurée ; d'autre part une lutte s'engage, dont l'objet est pour les uns de contrarier, pour les autres de compléter l'établissement en

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France d'un gouvernement parlementaire, sur le modèle du gouvernement anglais. La première intrigue se dénoue par la défaite des légitimistes en 1830, suivie de l'avénement de nouveaux partis révolutionnaires, imbus d'une idée qui n'avait fait que traverser quelques têtes au plus fort de la grande crise, à savoir l'idée d'innover radicalement, bien plus encore dans l'organisation économique de la société que dans les formes du gouvernement. Au contraire, au point de vue de l'acclimatation du gouvernement parlementaire, 1830 n'est pas le point dirimant entre une phase et une aulre ; c'est plutôt le point culminant d'une même phase, l'instant où, comme d'ordinaire, après la victoire remportée sur l'ennemi du dehors^ viennent les divisions intestines qui doivent ruiner à la longue ce qu'on avait laborieusement édifié. Pour bien comprendre la phase parlementaire, il faut l'embrasser dans son unité, dans son intégralité, en y subordonnant les incidents dynastiques qui se sont succédé depuis l'octroi delà Charte en 1814 jusqu'à l'effondrement de 1848.

Quant à ce qui a suivi l'effondrement en question, inutile de faire ressortir l'influence de ce que nous nommons a la cause perturbatrice » : il est trop clair aujourd'hui que l'intercalation de ce que l'on a appelé ce le second empire d entre les crises révolutionnaires de 1848 et de 1871, n'a fait qu'étendre les plaies et aggraver les périls de la société.

— A travers tant de transformations et de phases diverses il y a encore une généralité à faire ressortir ; c'est la tendance constante à tout expliquer par les fautes des gouvernements; à peu près comme si l'on soutenait que tqus les malades meurent par la faute du médecin, ou que tous les hommes se tuent par des écarts de régime. Sans doute il n'y a guère de gouvernement, républicain ou monarchique, produit de l'hérédité ou de l'élection, qui ne pourrait durer indéfiniment, à la satisfaction des honnêtes

gens, si gouvernants et gouvernés n'écoutaient jamais que la voix de la sagesse et de la raison : mais alors il serait encore plus simple de se contenter d'avoir des administrateurs, des magistrats, des juges, des gendarmes, et de se passer de gouvernement. Il faut prendre l'humanité comme elle est, avec les passions et les infirmités dont on ne peut raisonnablement attendre qu'elle se dépouille, malgré le zèle des moralistes et l'éloquence des prédicateurs, quoique l'on soit fondé à rendre chaque personnage individuellement responsable de ses déterminations individuelles. Permis en ce sens d'infliger le blâme à ceux dont les fautes, suivant les écrivains de tous les partis, royalistes, républicains, libéraux, autoritaires, ont successivement perdu les gouvernements de toute origine : mais la rapide succession de tant de gouvernements, leur obstination à se perdre par la faute de ceux-ci ou de ceux-là, dénotent quelques causes constantes qui, sans exclure les erreurs ou les torts individuels , en restreignent beaucoup la part d'influence. Les erreurs médicales, les écarts de régime entrent bien pour quelque chose dans la fixation du chiffre de la vie moyenne, mais ne sont pas ce qui détermine principalement et foncièrement la durée moyenne de la vie de l'homme.

Il faut tenir grand compte des tentations qui assiègent les gouvernements, quels qu'ils soient : voilà ce que jadis l'Église, dans l'application de sa disciphne aux cas princiers, comprenait à merveille. Aujourd'hui l'on admet que les gouvernements sont les serviteurs des peuples, soit : mais il y a des maîtres connus pour changer souvent de serviteurs, et d'autres qui les conservent longtemps, apparemment parce qu'ils savent, d'une part, les contenir dans les bornes du respect, d'autre part, fermer à propos les yeux sur les défauts, sur les fautes dont les hommes de toute condition, et même les serviteurs ne sont pas exempts. Pour

DE l'histoire politique de la révolution. 399 que les gouvernements aient une certaine durée, il faut qu'ils aient affaire à des peuples qui sachent à propos les contenir et les soutenir. Or, il faut le dire avec tous les ménagements dus au souverain : depuis bientôt un siècle, le peuple français ne s'est montré que médiocrement capable de contenir et de soutenir ses gouvernements, de les arrêter dans leurs entraînements et de leur passer les fautes vénielles. Nous connaissons moins l'opposition et la résistance que l'espièglerie et la mutinerie. Nous sommes si habitués à tout attendre du gouvernement, que nous lui demandons tout pour notre argent, même la sagesse, et que nous le déclarons punissable de ne pas nous l'avoir donnée. Serait-ce là un de ces caractères innés, héréditaires, que nulle éducation, nul changement de régime ne peuvent modifier ou détruire? Nous sommes loin de le soutenir, et en tout cas ce n'est point de cela qu'il s'agit, mais d'un fait historique, renfermé entre des limites déterminées. Nous verrons bien si d'autres peuples réussissent mieux à construire de toutes pièces des gouvernements durables, ou plus durables que ne l'ont été les nôtres ; et alors nous serons plus à même de démêler ce qui est effectivement imputable au tempérament d'une race ou d'une nation, ou aux caractères adventices qu'elle tient de son éducation et de son histoire, ou bien enfin aux erreurs et aux maladresses de ceux qui se sont trouvés à sa tête dans des circonstances critiques.

— En tout cas, au dessus de ces explications physiologiques ou psychologiques qui intéresseraient plus le sort d'une race, d'une nation, que celui de l'humanité, il y a un fait logique qui trouve son application partout, et dont il ne nous semble pas qu'on ait eu une perception suffisamment claire. Voyez les spéculateurs à la Bourse : croyezvons qu'ils s'occupent, qu'ils puissent sérieusement s'occuper de c ' que deviendront dans vingt ans, dans dix ans,

les valeurs sur lesquelles ils opèrent? Nullement : il s'agit pour eux d'escompter, d'anticiper des chances de hausse ou de baisse à très- court délai ; après quoi, qui vivra verra. De même, lorsqu'il s'agit de reconstruire le pouvoir à la suite d'un effondrement politique, que demande à grands cris l'opinion « du pays y>, c'est-à-dire l'opinion de tous ceux qui ne prétendent point au titre de docteurs en politique, et qui ne se sont que faiblement mêlés aux luttes des partis? Elle demande surtout la plus prompte reprise du travail et des affaires, le plus prompt retour au taux normal de toutes les valeurs momentanément avilies. Essayez donc de surmonter ce courant et de persuader au malade qu'il ne doit pas tant se presser de guérir, s'il veut éviter une rechute dans vingt» ans d'ici. Prouvez à cette fin que l'expédient qui s'offre pour sortir de la crise actuelle, contient le germe d'une maladie qui se développera plus tard. Le pays laissera raisonner les docteurs, laissera crier les partis, s'accommodera de l'expédient bâclé, et ne fera guère en cela qu'imiter les plus sages médecins qui, dans une crise redoutable, vont d'abord au plus pressé. Demander plus au bon sens, à l'opinion du pays, lui demander ce qu'une religion demande à ses croyants, ce qu'un parti demande à ses adeptes, la longue patience, la lutte persistante au nom d'une idée, c'est demander à un essaim d'abeilles de montrer qu'il possède l'instinct du chien de chasse; c'est méconnaître cette grande loi de la Nature qui, tout en accordant à l'être coWeciiî la. puissance de faire ce que l'individu ne ferait pas, par exemple à des agrégats de polypes la puissance de construire des îles et des continents, ne lui donne pourtant que des facultés d'ordre inférieur, si on les compare à celles de l'individu .

Cependant, le vice signalé dès l'origine du pouvoir nouveau ne manquera pas d'avoir ses conséquences : car, 1° le gouvernement fera des fautes qui serviront la haine de ses

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