CHAPITRE V
Symptomatologie.
Nous ne nous attarderons pas à décrire longuement la symptomatologie de la méningite épidémique : elle est bien connue et se trouve exposée dans nos observations.
D'après ce que nous avons dit de la marche progressive de la maladie dans les casernes de Bayonne, on peut présumer que la période d’incubation peut être très courte, du moins dans certains cas.
Le début, en général, est brusque ; parfois, en quelques heures, la température monte à 40 ou 41 degrés. On observe alors une céphalalgie occipilo-frontale extrèmement violente, une prostralion très marquée ou, au con: traire, des phénomènes d’excilation, des vomissements bilieux plus ou moins fréquents, de la constipation el des douleurs généralisées avec prédominance à la nuque et au dos.
Puis se déroule toute la série des phénomènes méningiliques.. La rétraction de la tête, la sensibilité et la douleur des muscles du cou sont constantes et paraissent ordinairement de bonne heure: la contracture de la nuque est si caractéristique que, dans certains pays, la maladie a reçu le nom populaire de « crampe de la nuque ». On observe encore de l’opisthotonos, des contractures partielles des groupes musculaires, des sou-
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bresauts des muscles et des tendons, rarement des convulsions, du moins chez l'adulte; car celles-ci sont fréquentes chez l'enfant. |
Les paralysies ne sont pas aussi communes que les autres symplômes nerveux : elles affectent soit les extrémilés, soit les sphincters et on note, en ce cas, des troubles de l’excrétion urinaire, soit quelquefois la face ; elles sont rarement complètes et presque toujours temporaires.
L'otite moyenne est assez fréquente; il en est de même des troubles oculaires : dilatation, rétrécissement ou inégalité pupillaires, réaclion incomplète à la lumière, photophobie, strabisme,nystagmus, etc. ;
L'hypéresthésie est fréquente et apparaît de bonne heure, elle estsouvent généralisée. La peau présente parfois des sugillations sanguines, des sudamina et plus souvent encore des groupes d’herpès aux lèvres, au menton, aux oreilles et aux joues. L’herpès s’est montré chez presque tous les malades de Bayonne ; on l’a même vu envahir le tronc {obs. X).
Les irrégularités du pouls sont très intéressantes à noter : il y a, en effet, souvent, désaccord entre le pouls. el la fièvre, ou les symptômes généraux; tantôt le pouls est ralenti en dépit dela fièvre, tantôt, il estprécipité alors que la température est’ normale. Dans tous les cas, il est très variable d’un moment à l’autre, et ces variations portentsur une différence de 20 à 30 pulsations par minute.
Les irrégularités de la respiration sont également fréquentes : lantôl 1l y a successivement mouvements respiraloires précipités et ralenlis; tantôt respiration de Cusy- NE-SrokEs. Dans {ous les cas, ou du moins presque tou-
ARE PR jours, les troubles respiratoires et les phénomènes asphyxiques jouent un grand rôle el liennent la première place au moment de la mort.
La marche de la température n’a rien de caractéristique : il y a même quelquefois apyrexic, avec ou sans légères élévations temporaires, surtout dans les formes subaiguës ou trainantes de la maladie ; la fièvre prend le plus souvent le type rémittent irrégulier, parfois le type intermittent (obs. XVIT. Elle peut s’abaisser au moment de la mort ; mais le plus souvent elle s'élève alors jusqu’à 42, 43° el monte quelquefois encore après la mort (obs. XIX).
Les troubles de l'intelligence sont variables : cependant l'état mental est le plus souvent altéré : il y a tantôt apalhie, inconscience, coma, tantôt un délire violent ou tranquille, continu ou intermittent, toujours plus marqué pendant la nuit.
Les complicalions articulaires sont assez fréquemment notées dans nos observations ; le cœur et les reins ont été rarement touchés, et l'urine a élé rarement albumineuse.
La marche de l'affection est variable : tantôt rapide et foudroyante (obs. III, XX), tantôt aiguë, tantôt subaiguë, chronique et traînante, les symptômes présentant une série d’exacerbations et de rémissions (obs. VII). La mort arrive généralement dans le coma et par asphyxie ; elle esl quelquefois précédée de convulsions généralisées. Dans les cas qui se terminent par la guérison, la défervescence est brusque ou lente et les symptômes nerveux se dissipent plus ou moins rapidement. Dans un cas (obs. XX VIIT), le malade, deux mois et demi après sa guérison, s’est suicidé à la suite d’une légère contrariété.