‹ Considérations sur la méningite cérébro-spinale et particulièrement sur les récentes épidémies de BayonneChapitre 9 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pathogénie

Nous abordons maintenant la question si controversée de la nature de la méningite cérébro-spinale, et, à ce sujel, nous serons amené à étudier les rapports de cette affeclion avec quelques autres maladies infectieuses.

Nous ne citons que pour mémoire les deux théories qui se trouvèrent en présence lors de l'épidémie des Landes, en 1837 : la théorie inflammatoire, défendue par Serres, de Dax, et la théorie de la nature typhique de la maladie, défendue par Hrarr, de Mucron. En 1839, Faure-VizLars rapproche ses nombreux cas de Versailles des maladies typhoïdes. Puis Tourpes (1841), Boupin (1849) font de la méningite une sorte de {yphus, «le typhus cérébro-spinal ». Plus tard, on remarqua que la méningile cérébro-spinale coïncidait très souvent avec d'autres maladies infectieuses, et principalement avec les fièvres éruplives, les oreillons, la pneumonie, la grippe, etc. Aussi a-t-elle élé rapprochée de ces diverses maladies, surtout de la scarlatine, de la pneumonie et de la grippe.

La scarlatine a souvent coïncidé avec la méningite, et, en parliculier, lors de l'épidémie d'Orléans, en 1886 (Lemoine) ; et certains auteurs, s'appuyant sur la fré-

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quence relalive des angines et des complications du côté des séreuses, ont défendu la théorie de l'identité des deux affections. « Il est possible, dit LAvERAN, que, dans cerlaines conditions, sous l'influence des refroidissements, par exemple, la scarlatine se localise sur les méninges, de même qu'elle se localise chez certains malades sur les plèvres, le péricarde ou les séreuses articulaires. » Nombre d’observations sont venues démontrer que la scarlatine n'était nullement nécessaire à l’éclosion de la méningite épidémique, et que son rôle se borne simplement à préparer le terrain, à en faire un locus minoris resistantiæ. I semble bien en êlre ainsi chez le malade T... (obs. IT) qui avait eu la scarlatine du 29 novembre au 13 décembre 1896, et qui ne s'était jamais complètement rétabli avant son entrée à l'hôpital pour méningite. M. Gescawimp fait, d’ailleurs, remarquer (/oc. cit.) qu’une seule autre scarlaline fut signalée de juillet 1896 à février 1897. Un autre cas fut observé en février, et deux en mars, mais après l'épidémie de méningite: en décembre 1897 et janvier 1898, onne trouve pas un seul cas de scarlatine.

Les rapports de la méningite et de la pneumonie sont encore bien plus intéressants à étudier. Déjà, en 1837, Hiarr signale la coïncidence « de la pneumonie alonique et du lyphus ataxo-adynamique des Landes ». EmmericH, en 1859, signale deux cas de pneumonie dans une famille : la domestique mourut de méningite. M. Herr (thèse de Paris 1885-1886) a montré queles deux maladies avaient subi, dans leurs courbes, les mêmes variations pendant l’année 1884. M. Lemoine signale, à Orléans, en 1886, des pneumonies très graves, en nombre aussi consi-

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dérable que celui des méningites dans les régiments de celle garnison. M. le médecin principal ZAEPFELL à Également observé, en 1897, à Saint-Élienne, de nombreux cas de méningite épidémique au 16° d'infanterie, alors que le 38° régiment, logé dans la même caserne, était en proie à une épidémie de pleuro-pneumonie. — Bien plus, on à constaté fréquemment chez le même individu la coïncidence de la méningite et de la pneumonie: nous en donnerons {out à l'heure des exemples, el tout ceci est facile à comprendre si l’on veut bien se rappeler que le pneumocoque est souvent, sinon toujours, le germe pathogène de la méningite épidémique. Mais cette coïncidence est presque toujours, il faut Le dire, le fait de la grippe. « [y à des microbes qui s'appellent mutuellement, » dit Grasset. Les pneumocoquessont fréquemmentappelés par la grippe, comme le bacille de Koch est appelé par larougeole, comme les microbes du pus sont appelés par la variole. Nous sommes ainsi conduit à parler des rapports si étroits qui unissent la grippe et la méningite épidémique.

Dans la plupart des épidémies de méningite décrites par les auteurs, nous retrouvonsla grippe au point de départ ; celle-ci est presque toujours, à ce moment, l’expression de la constitution médicalerégnante. La première d'entre elles, celle de Bayonne et des Landes, en 1836- 1837, a été accompagnée d'une épidémie .de grippe : la grippe détermine cette « pneumonie atonique » dont nous avons déjà parlé et qui est elle-même «suivie de ce typhus ataxo-adynamique, malheureusement célèbre dans

(1) Dr Hranr. La grippe en 1837 et ses transformations.

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les Landes {1) ». La grippe est encore signalée pendant les épidémies de 1842, de 1847, pendant l'épidémie de Metz, pendant l'épidémie du grand-duché de Bade en 1864, etc. Puis à mesure que la grippe est mieux connue, sa coïncidence avec la méningite épidémique apparaît encore plus fréquente. A Rochefort, en 1886, six cas de méningite sont provoqués par la grippe (Rereaup, CLa- VièRE, thèses de Bordeaux, 1886). Pendant l'épidémie de grippe de 1889-1890, de nombreux cas de méningite épidémique sont observés. Grasser (1) rapporte trois cas de méningite cérébro-spinale, complications de grippe. Lors de l'épidémie d’Aix,les hommes atteints de méningite cérébro-spinale étaient grippés (Vigne, thèse de Paris, 1895). Enfin, lors des épidémies de Bayonne, nous voyons encore la grippe évoluer parallèlement à la méningite. Celle-ci se montre en février 1897 : tous les cas débutent dans le courant de ce mois; elle n’atleint qu’une seule caserne. La grippe apparaît un peu plus tôt et disparaît un peu plus tard (8 cas en janvier, 13 en février, 6 en mars); elle atteint à la fois la population civile, l'arlillerieà pied et toutes lescasernes d'infanterie. Puis après huit mois d’accalmie, la grippe réapparaîl en novembre (27 novembre) et la méningite en décembre (14 décembre). Nous trouvons alors pour la grippe: 3 cas en novembre, 26 en décembre, 15 en janvier, 34 en février et mars; pour la méningite : 6 cas en décembre, 1 en janvier, 11 en février el { en mars. La grippe, cette fois encore, disparail un peu plus tard que la méningite. Comme cette dernière, elle se montre dans les troiscasernes d'infanterie, surtout

(1) Grasser, in Montpellier méd., mars 1894.

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à la Citadelle ; mais elle frappe, en outre, le 18‘ escadron (1 cas) et la 18° section d’infirmiers (2 cas).

Tous ces faits montrent bien l'étroite parenté de Ia grippe et de la méningite épidémique. Mais il s’agit de savoir jusqu'où va cette parenté, et c’est là que commencent les discussions.

Les malades de Bayonne n’ont pas eu la grippe avant la méningite (peut-être cependant faudrait-il faire exceplion pour le malade qui fait le sujet de l’obs. L et aussi pour les quatre cas abortifs de février dont nous avons jugé inutile de rapporter les observations),

Ces malades sont donc entrés d'emblée dans la méningite; aussi M. GEscawinp (/oc. cit), s'appuyant sur les symptômes si caracléristiques de la maladie et sur ce mode de propagation un peu spécial (en tâche d'huile) que nous avons déjà signalé plus haut, conclut à l'entité morbide de la méningite épidémique.

Nous n’oserons pas aller si loin; ce parallélisme, cette coïncidence si fréquente de la grippe et de la méningite nous font penser que la grippe fait plus que de favoriser simplement la méningite, et les renseignements que nous transmet si complaisamment M. Rogerr, médecin chef de l'hôpital militaire de la Rochelle, sur larécente épidémie du 123°, ne font que nous confirmer dans notre opinion.

Le début de celte épidémie s’est montré vers le 18 février 1899 par l'entrée à l'hôpital de quelques cas de grippe commune.

Le 23, entrée d'urgence à 10 heures du matin d'un jeune soldat,originaire de Pouillon (Landes), qui fut enlevé en 36 heures avec les phénomènes cliniques les plus caractérisés de la méningite cérébro-spinale.

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Le 25, un jeune soldat de Rochefort, engagé volonlaire depuis deux mois, entre d'urgence pour une grippe qui évolue avec caractère infectieux: phénomènes pulmonaires et méningiliques consécutifs. Décès le 3 mars. A l’autopsie : hépatisation, congestion intense ; méningite (on constate de plus une adhérence ancienne au sommet des convexités, adhérence de la dimension d’une pièce de 0,50 cent).

Trois autres jeunes soldats, dont un Bayonnais et deux Charentais, meurent les 4, 7 et 24 mars, après avoir présenté des phénomènes de grippe infectieuse avec complicalions pulmonaires et accidents méningitiques consécutifs.

Enfin, un jeune soldat meurt le 21 mars de grippe infecüieuse avec complications pulmonaires, mais sans phénomènes cérébraux. Au total : 6 décès dont un par méningite cérébro-spinale d'emblée, 4 par complications pulmonaires et méningiliques consécutives aux phénomènes pulmonaires, un par complications pulmonaires.

Les complications ont présenté un caractère clinique et nécropsique commun chez ces malades : congestion intense, broncho- ou pleuro-pneumonie, hépaiisation rouge ou grise, dans un cas purulente. Congestion des méninges ; plaques et trainées laiteuses ; épanchement sous-arachnoïdien el céphalo-rachidien louche; adhérences méningées de chaque côté de la scissure sur 3, 4 ou 5 centim. ; granité de la surface cérébrale.

L'épidémie s’est éteinte vers le 20 avril : en outre des six cas précités, M. Rogerr a noté 41 eas de grippe simple à complications banales, légères ou de moyenne intensilé ; un cas avec complications nerveuses spasmodiques primilives, chez un soldat des Basses-Pyrénées (spasmes de La

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glotle et des muscles du lronc) ; un cas avec accidents méningitiques lardifs, sans phénomènes pulmonaires, chez un soldat des Basses-Pyrénées ; enfin un cas avec accidents méningitiques chez un malade qui avait présenté primilivement une broncho-pneumonie. Dix malades ont vu leur grippe s'accompagner de complications exclusivement localisées aux poumons. Ces 54 malades ont tous guéri. Fait intéressant à noter: parallèlement à la grippe ont évolué 5 cas de fièvre typhoïde confirmés cliniquement, par le séro-diagnoslic et par l’autopsie chez deux malades décédés. Ces deux derniers ont présenté des complications pulmonaires et cérébrales, particulièrement accusées chez l’un d'eux, analogues à celles des grippés infectieux. Nous devons ajouter que la petite épidémie de méningile signalée à Paris en 1898 paraîl également s'être montrée sous l'influence de la grippe, tandis que, l'hiver dernier, la grippe a surtout porté ses coups du côlé de l'appareil respiratoire.

La grippe, ou, à son défaut, toute autre maladie infectieuse, nous paraît donc nécessaire pour Le développement de la méningile épidémique ; même dans les cas où les phénomènes méningitiques apparaissent d'emblée, c'est la grippe qui est venue modifier le lerrain et diminuer la résistance de l’économie ; c’est par son fait que deviennent pathogènes des micro-organismes qui sont tantôl nos hôtes, tantôt nos voisins, mais qui, en tous cas, seralent restés inoffensifs sans son intervention : ces micro-organismes acquièrent une virulence de plas en plus grande en passant d'individu à individu et servent alors d'agents de transmission : l'épidémie est ainsi créée.

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